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Du tableau noir au tableau blanc interactif

Résumé

Le tableau blanc interactif (TBI) n'est pas, comme on pourrait le penser, une révolution dans les salles de classe, il n'est en réalité que l'évolution numérique d'un outil pédagogique séculaire, connu de tous les maîtres et de tous les élèves : le tableau noir. Dans cet article vous en apprendrez un peu plus sur l'histoire du tableau numérique.

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Le tableau blanc interactif (TBI) n'est pas, comme on pourrait le penser, une révolution dans les salles de classe, il n'est en réalité que l'évolution numérique d'un outil pédagogique séculaire, connu de tous les maîtres et de tous les élèves : le tableau noir.

Une classe en 1959

Une salle de classe en 1959

"Musée national de l'Education - I.N.R.P. - Rouen" www.inrp.fr/musee

Le premier usage du tableau noir date de 1850

Le premier usage rapporté d'un tableau noir date de 1801 (Etats-Unis), avant d'être généralisé dans les salles de classes d'outre atlantique vers 1850.

Le symbolique tableau noir avec ses craies et son éponge ainsi que ses successeurs directs - le tableau vert et le tableau blanc effaçable à sec - ont été des décennies durant, tout à la fois une zone d'écriture, d'explication, de correction, visible par tous mais une zone éphémère ; toute trace écrite devant être obligatoirement effacée afin de laisser la place à la suivante.

Au cours des cinquante dernières années, la vie de la classe a continué de se construire autour du tableau avec cependant l'apparition progressive d'outils complémentaires comme le tableau papier, le rétroprojecteur, le vidéoprojecteur... Ces accessoires connaissant des destinées variées.

Le tableau papier ou paper-board aurait pu être une alternative possible au tableau traditionnel, son utilisation permettant de limiter la perte du contenu mais la zone d'écriture trop réduite et son coût élevé n'ont jamais séduit les enseignants.

Le rétroprojecteur a été inventé par le chinois Suaing Chong et c'est l'armée américaine qui l'utilisa en premier pour la formation de ses soldats durant la seconde guerre mondiale. L'usage du rétroprojecteur dans les écoles d'outre atlantique est daté de la fin des années 50, début des années 60.

Le rétroprojecteur a apporté une véritable innovation technologique dans les salles de classe. Il devenait possible d'écrire un cours sur des rouleaux ou des feuilles de transparent projetables sur un écran. La trace écrite pouvait être conservée et modifiée et cela de façon définitive ou non, suivant la nature des feutres utilisés. L'enseignant pouvait projeter par exemple une image photocopiée sur transparent et annoter sa projection devant la classe ; les cours y ont gagné en visibilité et en souplesse. De part sa fonctionnalité et son faible coût au quotidien, le rétroprojecteur reste un outil très usité dans les salles de classe même si son apogée en terme de ventes se situe dans les années 90.

L'apparition du vidéoprojecteur au début des années 90 est à rapprocher de l'avènement de l'informatique dans le monde éducatif. Associé avec un ordinateur, le vidéoprojecteur permet la projection d'une image numérique ouvrant de nouvelles perspectives dans la construction et l'illustration d'un cours. Le couple vidéoprojecteur/ordinateur peut être assorti avec un tableau blanc effaçable à sec ; cette association autorisant l'écriture sur l'image vidéo-projetée. Mais il est à noter que la surface de la plupart des tableaux blancs effaçables à sec n'est pas adaptée à la vidéo-projection, cette dernière générant un désagréable point chaud (reflet).

Le tableau blanc interactif réalise la synthèse des apports cités plus haut, en combinant la mémorisation des traces écrites, l'utilisation et l'écriture sur des supports numériques, la commande des applications logicielles... ; il se place en digne successeur du tableau traditionnel.

Les origines du tableau numérique

Le principe du tableau blanc interactif trouve sa source dans les nombreuses voies de recherches explorées dès les années 1970 aux Etats-Unis dans des laboratoires comme le Xerox PARC (Xerox Palo Alto Research Centre), centre de recherches en informatique de la firme Xerox, situé à Palo Alto en Californie. C'est du PARC que le LiveBoard a été développé en 1987. Le LiveBoard a été commercialisé en 1992 par la société LiveWorks, il s'agit d'un tableau interactif à projection arrière qui permet l'annotation des documents ouverts sur un bureau virtuel.

Toujours au Xerox Parc, Une équipe de chercheur travaille dès 1991 sur une application logicielle pour le LiveBoard, c'est le projet Tivoli. Tivoli sera commercialisé avec le LiveBoard en 1992. Il s'agit d'une application permettant de transformer les caractères ou les figures dessinées par l'utilisateur sur le tableau en objets vectoriels avec pour corollaire l'interactivité. Il devient possible d'écrire ou de dessiner sur le LiveBoard et de déplacer les annotations avec le stylet.

Equipe TIVOLI

L'équipe Tivoli en 1991. De gauche à droite : Frank Halasz, Elin Rønby Pedersen, Kim McCall, Tom Moran.

Utilisation 1 TIVOLI

Un exemple d'utilisation de Tivoli : déplacer un mot

Utilisation 2 TIVOLI

Un autre exemple d'utilisation de Tivoli : en mode interprétation de geste, la courbe (en pointillé sur l'image de gauche) exprime une demande de création d'une séparation verticale du texte situé au-dessus et en-dessous. La partie droite de l'image montre le résultat de l'interprétation.

LiveBoard et Tivoli préfigurent les premières applications de l'informatique ubiquitaire (ubiquitous computing) établie par Mark Weiser en 1988.

Mais l'idée du premier tableau blanc interactif tel que nous le connaissons aujourd'hui date de 1986. Ce serait, selon la légende, au cours d'un long trajet dans l'état de New York que David Martin conceptualisa le tableau interactif avec sa compagne Nancy Knowlton. L'année suivante, ils fondèrent la société Smart Technologie, une entreprise de distribution de vidéoprojecteurs mais dont les bénéfices servaient à financer la R&D sur leur projet de tableau interactif. C'est en 1991 que le premier tableau blanc interactif fut commercialisé sous le nom de SMART Board.

Taux d'équipement variable en Europe

Après des débuts hésitants, le concept de ce nouveau tableau s'imposa pour être aujourd'hui largement répandu dans les salles de classes des pays pionniers en la matière ; d'autres constructeurs venant étoffer l'offre interactive.

Une étude de juillet 2007 sur l'évaluation de l'équipement en TIC en Grande Bretagne révèle que 98 % des établissements secondaires sont équipés en TBI (moyenne de 22 tableaux par établissement), on atteint 100 % pour les écoles primaires (moyenne de 8 tableaux par école).

La France accuse un certain retard même si de nombreuses expérimentations sont menées à l'heure actuelle. Le taux d'équipement en solutions interactives dans les salles de classes françaises reste cependant sans commune mesure avec les pays anglo-saxo

Tableau 1955 Tableau 2005

Un élève au tableau en 1955 (photo de gauche) et en 2005 (photo de droite)

Photographie de gauche : "Musée national de l'Education - I.N.R.P. - Rouen" www.inrp.fr/musee

Les deux photos de la page précédente illustrent le propos liminaire à savoir que le tableau interactif n'est pas une révolution dans les salles de classe. Un demi-siècle sépare ces deux clichés et l'on constate que l'élève est toujours au centre de l'apprentissage, que l'enseignant accompagne et que le tableau n'est qu'un outil. Un outil séculaire connaissant une mise à jour technologique pouvant déboucher sur de nouvelles pratiques pédagogiques.

Vincent FAILLET