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Bac option facultative : Messe en sim ou Grande Messe en si mineur (1724-1749) de Johann-Sebastian Bach (1685-1750)
Résumé

bachFiche pratique de la Messe en sim de Johann-Sebastian Bach

Chapeau

Fiche pratique proposée par P. Choukroun

Contenu

 

I. Qu’est-ce qu’une messe ?

Langue : latin.
Période d’épanouissement : du Moyen Âge jusqu’à nos jours.
Caractéristiques : liturgie catholique (musique destinée aux offices).
Texte : immuable, il comporte 5 grandes parties (prières de l’ordinaire) mises en musique : Kyrie, Gloria, Credo Sanctus et Agnus Dei. Les messes « brèves » (missa brevis) ne décomposent pas ce texte, pas de répétition… Les messes « solennelles » (missa solemnis) permettent de répéter ce texte, de le subdiviser.
Structure : la messe peut contenir des passages instrumentaux, des chœurs, des solistes, des ensembles vocaux, chœurs a cappella éventuellement…
Principaux compositeurs : Machaut (Messe Notre Dame), Bach (Messe en sim), Mozart (Messe du « Couronnement », Haydn (Messe Nelson), Schubert (Messe allemande), Beethoven (Missa solemnis), Stravinsky, (Messe), Poulenc (Missa brevis), Bernstein (Messe)…

II. Quels sont les numéros au programme du baccalauréat ?

Le Symbolum de Niceum ou Symbole de Nicée (texte du Credo établi, au IVème siècle, dans la ville de Nicée, en Turquie). Le Credo, dans la Messe en sim,  contient 8 numéros (structure à numéros). Au bac, 5 numéros à étudier :  

n°12 « Credo », LaM

n°13 « Patrem omnipotentem », RéM

n°15 « Et incarnatus », sim

n°16 « Crucifixus », mim

n°17 « Et resurrexit », RéM  

Remarque : le n°14 « Et in unum deum »  est un air en duo pour soprano et alto.

III. Quelles sont les circonstances de composition de cette messe ?

Composée sur un quart de siècle (25 ans).  Œuvre de compilation écrite à différentes périodes de la vie de Bach. C’est l’un des derniers projets de la carrière compositionnelle de Bach. La messe est un résumé esthétique de l’art du compositeur (influence des styles : français, italien, ancien, moderne, parodie). Bach a tendance au regroupement en cycle dans ses dernières œuvres (L’Offrande musicale/1747, L’Art de la fugue/1750). Bach est alors Kantor à Leipzig : il est directeur des deux principales églises de Leipzig et a la charge de toute la musique religieuse. A partir  de 1736, il est compositeur à la cour.

-1724 : Sanctus (pour Noël)
-1733 : Kyrie et Gloria (pour Philippe August II, prince catholique)
-1747-49 : Credo, Agnus Dei

 Exploitation de la parodie : mélodies sur d’autres textes retravaillées et incorporées dans une nouvelle œuvre. Chez Bach, ce sont des auto-citations issues de cantates sacrées ou profanes. Deux exemples de parodies dans le Credo :

  -n°13 « Patrem omnipotentem » d’après le premier chœur de la Cantate BWV 171 « Gott wie dein Name, so ist auch dein Ruhm », écrite 1729 pour célébrer la circoncision du Christ (Nouvel An).

-n°16 « Crucifixus » d’après le premier chœur de la Cantate BWV 12 « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen », écrite en 1714 pour le dimanche Jubilate (commémoration de la résurrection du Christ).

La Messe en si m  n’a jamais été jouée intégralement du vivant du compositeur (création en 1859).

 Cette messe fait cohabiter deux traditions, celle du stile antico et celle du stile moderno :  

Stile antico : contrepoint sur motifs courts, thèmes d’inspiration grégorienne, notation spécifique (note carrée, mesure 4/2 alla breve). Tradition des grands maîtres de la polyphonie du Moyen Âge et de la Renaissance.
Stile moderno : valorisation du texte, figuralismes (arias, duos, certains chœurs).

IV. S’agit-il d’une messe catholique ou d’une messe luthérienne ?

-œuvre oecuménique
-œuvre qui, par ses dimensions, exclut toute exploitation liturgique.
-allégeance de Bach à des princes catholiques et luthériens. Au temps de Bach, le culte luthérien n’exclut pas le latin et certaines prières de l’ordinaire catholique. L’office comporte le Kyrie (texte en grec) et le Gloria (dont la réunion forme la Missa) mais aussi le Credo et le Sanctus.  Les cinq prières réunies relèvent du culte catholique romain. 

Remarque : en dehors de cette messe, Bach a écrit quatre messes luthériennes (Kyrie et Gloria) et quelques pièces séparées de l’ordinaire de la messe  (Kyrie, Sanctus…). Il écrit aussi des cantates,  passions, oratorios et un Magnificat.

V. Qu’est-ce que le Credo ?

Le Credo formule les principales vérités de la foi. Ce texte apparaît dans la messe romaine à partir du XIème siècle (Moyen Âge) :

                « Je crois en un seul Dieu, Père Tout-Puissant, […] Incarnation de Dieu, […] qui a été crucifié […] et qui est ressuscité ».

VI. Nomenclature

2 sopranos, 1 alto, 1 ténor et 1 basse solistes, chœur mixte à 4 ou 5 voix et orchestre. Pour le Credo : même orchestre que pour l’ensemble de la messe, moins le cor et les bassons.

VII. Analyse

N°12 Credo in unum Deum, LaM

Stile antico, sévère et savant : note carrée, mesure 4/2, écriture fuguée, usage limité des dissonances, réponse plagale.
-Caractère : solennel, d’une grande ferveur.
-Ecriture :

-mouvement fugué : tissu alimenté par des entrées du Sujet, de la Réponse et  du CS 
-écriture en imitation, strettes.
-travail de diminution progressive des valeurs rythmiques.
-au continuo : ligne de basse fluide en noires régulières.

-Structure :

-pas de césure, pas d’arrêt, jamais de cadences.
-trois grands lieux d’exposition. Expo1 (1-21), Expo 2 (21-32), Expo 3 (33-fin).
-Echelles : LaM, ambiguité avec RéM (couleur mixolydienne/mode de sol sur la avec le sol bécarre) : emprunt au Credo grégorien. De nombreuses colorations d’emprunts dans l’Expo2
-Voix/texte/musique : traitement syllabique et quelques mélismes sur « Deum » et « Credo ».

N°13 Patrem omnipotentem, RéM

Stile moderno, souci d’expression des mots du texte.
-Caractère : puissant et solennel. Evocation de la toute-puissance divine.
-Ecriture :

- Ecriture concertante : instrumentation singulière : présences des trompettes au timbre éclatant.
-- mouvement fugué : tissu alimenté par des entrées du Sujet, de  la Réponse et  du CS. Imitation, strettes.
-continuo : fluidifie et anime le discours (mouvement de croches)
-Structure particulière : 2 parties de 42 mesures. La deuxième partie reprend les deux textes en inversant les parties
-Echelles : RéM, quelques colorations d’emprunts.
-Voix/texte/musique : traitement syllabique et de nombreuses vocalises. Pluritextualité : superposition du « Credo in unum Deum » et de « Patrem omnipotentem, factorem coeli et terrae »
-Figuralisme : l’animation finale en strettes et les vocalises sur « omnium » expriment l’omniprésence divine. 

N°15 Et incarnatus est, sim

Style mixte.
-Caractère : tendre et douloureux.
Echelles : si m, tonalité propre à exprimer la douleur si on se réfère à la rhétorique baroque et à l’ethos des modes.

-tonalités minorisées (emprunts à fa#m, mim) 

-Ecriture : aux violons, guirlande mélodique très expressive (de nombreuses appoggiatures, écriture continue en unissons). Ecriture en imitations avec blocage sur pédale de tonique si : effet d’accumulation et de tension sur « et incarnatus ».
-Structure en 3 sections (1-20 ; 20-39 ; 39-fin).  Section, sur pédale de tonique, fondée sur des entrées en imitations séparées par des conduits. Section 2 sur pédale de tonique en fa#m (ton de la dominante) et section 3 (après cadence parfaite en sim) qui s’achève sur un accord de V en mim (tonalité du n° 16). La mélodie des violons est reprise partiellement au continuo.
-Voix/texte/musique : évocation du mystère de l’incarnation. Traitement syllabique, mélisme sur « homo » (Dieu fait homme).

N°16 Crucifixus, mim

Stile antico

-Caractère : recueilli et douloureux.

-un des plus beaux passages de cette messe.

-Ecriture :

-passacaille ou chaconne : danse lente fondée sur une basse obstinée sur un mouvement chromatique descendant en noires régulières, de quatre mesures (mi-ré#-ré bécarre-do#-do bécarre-si).  13 entrées de la basse.

-écriture fuguée : imitations, strettes

- au départ, sauts disjoints et musique ponctuée par les silences puis remplissage graduel de l’espace sonore

-chaque phrase du texte est traitée en contrepoint

-Structure : deux sections (1-36, 37-fin). Les dernières mesures sont très émouvantes : rare chez Bach, indication de la nuance piano. Ton de la confidence sur « et sepultus est ». Les voix sont en homorythmie ( solennisation de cette fin).

-Echelles : mim/ SolM (ton du relatif majeur).

-Voix/texte/musique :

-traitement syllabique avec quelques mélismes sur  « crucifixus », « Pilato»….

-expression de la douleur : les dissonances (chromatismes, retards, broderies, appoggiatures, septièmes diminuées…).

-modulation en SolM et passage homorythmique : exprime la paix du tombeau (« et sepultus est »).

N°17 Et resurrexit, RéM

Stile moderno
-Caractère : joyeux et victorieux.
-Echelles : RéM, des modulations et de nombreuses colorations d’emprunts
-Ecriture contrapuntique avec imitations et strettes

-éclatant tutti de l’orchestre : sorte d’éblouissement, passage jubilatoire (mouvements de doubles croches, trilles mesurées…).
-Ritournelles sur motifs principaux (3).
-Structure : Strophe 1/Ritournelle/Strophe 2/Ritournelle/Strophe 3/Strophe 4/Ritournelle
Discours ponctué par des cadences parfaites.

-Rapport Texte/musique :

-strophe 1: thème de la résurrection : fugato, travail à partir de trois motifs récurrents. RéM à La M (ton de la dominante). Jubilation.
-strophe 2: thème de l’ascension : intervalles d’octaves ascendants sur « et ascendit », en sim

-strophe 3 : thème du jugement dernier : contraste, solo de basse, blocage sur pédale de tonique (ré)

-strophe 4 : thème de l’éternité du règne du Christ : effet de réexposition, passages homorythmiques puis fugués,

de nombreuses vocalises sur « resurrexit » (jubilation).

 Vocabulaire

Ambitus : étendue d’une mélodie, de la note la plus grave à la plus aiguë.
 Basse continue ou continuo : partie de basse, chiffrée ou non, confiée à un instrument polyphonique, dans les œuvres allant du milieu du XVIème siècle au milieu du XVIIIème siècle. Elle sert de guide pour un accompagnement improvisé des autres parties vocales ou instrumentales.
 Basse obstinée/obligée/contrainte : formule harmonique, mélodique et/ou rythmique répétée obstinément, à la basse. (cf. ostinato
 Contrepoint : art de combiner des lignes mélodiques entre elles.
 Contre-Sujet : ligne mélodique écrite à la suite du sujet.
 Dynamique : tout ce qui relève des nuances.
 Emprunt : dans une tonalité donnée, incursion fugitive d’une autre tonalité. Les colorations d’emprunts  augmentent la tension harmonique.
 Figuralisme : mise en musique d’un mot ou d’une idée littéraire.
 Homorythmie : simultanéité rythmique de toutes les voix.
 Homophonie : simultanéité rythmique de toutes e les voix et unissons.
 Imitation : reproduction d’un motif  mélodique à une autre voix.
 Mélisme : figure mélodique ornementale chantée sur une voyelle. Se distingue de la vocalise par sa dimension plus restreinte et son absence de virtuosité. 
 Notes étrangères : retards, appoggiatures, notes de passage, note pédale, échappée, broderie., anticipation… Notes très expressives. 
 Réponse : sujet transposé à la quinte supérieur ou à la quarte inférieure.
 Ritournelle : petite séquence instrumentale, en forme de refrain, destinée à préparer, lier ou conclure les couplets d’une chanson, d’un air ou d’une pièce instrumentale.
 Strette : entrées en imitation très rapprochées.
 Sujet : thème principal d’une pièce contrapuntique.
 Unisson : même noms de notes.
 Vocalise : figure mélodique ornementale chantée sur une voyelle et exprimant en général la jubilation. 

Credo

N°12 :

Credo in unum deum,

Je crois en un seul Dieu, 

N°13 :

Credo in unum deum, Patrem omnipotentem,  

Je crois en un seul Dieu, le Père tout-Puissant,

Factorem coeli et terrae, visibilium omnium, et invisibilium.

Créateur du ciel et de la terre, de tout l’univers visible et invisible

 N°15 :

Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria virgine et homo factus est.

Qui s’est incarné par l’opération du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie et s’est fait homme.

 N°16 :

Crucifixus etiam pro nobis, sub Pontio Pilato, passus et sepultus est.

Il a aussi été crucifié, pour nous, sous Ponce Pilate, il a souffert et a été mis au tombeau.

 

 N°17 :

Et resurrexit tertia die secundum scripturas. Et ascendit in coelum,

Et il est ressuscité le troisième jour suivant les Ecritures. Il est monté au ciel

 

sedet ad dexteram Dei Patris, et iterum venturus est cum gloria

 et il est assis à la droite de Dieu le Père, et il reviendra dans sa gloire 

 

judicare vivos et mortuos, cujus regni non erit finis

pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin.