CAMILLE CLAUDEL
Jacques Vilain |
| César Portrait de Camille Claudel vers 1884 papier albuminé 15,5 x 10,3
cm Ph.527
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« Ma très bonne à deux genoux devant ton beau
corps que j'étreins ». Lettre de Rodin à Camille Claudel (fin 1884 - début 1885
?).
Ces quelques mots enflammés, qui évoquent l'érotisme de
l'Eternelle
Idole, traduisent parfaitement la passion
qui unit les deux sculpteurs. Née d'une famille modeste, soeur du célèbre
écrivain Paul Claudel (1868-1955), Camille (1864-1943) décida très tôt de
devenir sculpteur ; elle s'établit à Paris en 1881, sûre de son destin et de sa
beauté : « Un front superbe, surplombant des yeux magnifiques, de ce rare bleu
si rare à rencontrer ailleurs que dans les romans », notait Paul en
1951.
En 1883, elle rencontre Rodin et entre dans son atelier l'année
suivante. Très vite l'élève douée devient la maîtresse de Rodin, alors en pleine
maturation de la Porte de
l'Enfer et des Bourgeois de Calais. Les deux artistes s'influencent mutuellement ; la Jeune Fille à la gerbe de 1887, annonce la Galatée de Rodin,
et les Trois
Faunesses sont à l'origine des figures
féminines de la Vague de Camille
Claudel.
Ce n'est cependant qu'au début des années 1890 que Camille donne
toute la mesure de son art, alors que les relations avec Rodin commençent à se
détériorer comme en témoigne la cruauté des dessins charges que Camille consacre
au couple Rose-Rodin, le Système cellulaire, le
Réveil, le Collage... Camille s'aperçoit
qu'elle ne sera jamais madame Rodin et qu'elle n'arrivera pas à évincer Rose
Beuret ; les deux amants rompent définitivement en 1898, et la blessure de cette
rupture fut à la mesure de l'amour incandescent que vécurent, même
irrégulièrement, les deux artistes pendant plus de dix ans. Camille ne s'en
remit jamais, même si son art commençait alors à s'affranchir de l'influence de
son illustre maître avec la Valse de 1892, reprise en 1895 et
éditée à de nombreux exemplaires par Eugène Blot après 1905, la Clotho
de 1893, les différentes versions de la Petite Châtelaine
commencée en 1893 ou l'Age
mûr de 1895, repris en 1898 et en 1907,
cruel constat de l'abandon, Rodin laissant Camille qui l'implore à genoux pour
rejoindre Rose. La part la plus profondément originale de l'oeuvre de Camille se
situe au tournant de ce siècle quand, avec entre autres les Causeuses (1897) et la Vague (1900), elle aborde un
nouveau style issu du japonisme alors en vogue et profondément ancré dans l'Art
nouveau. Utilisant l'onyx, matériau rare, elle fonde ses compositions sur
d'élégants jeux de courbes ; Camille est alors un sculpteur en phase avec l'art
de son temps. Hélas, les prémices de la maladie de la persécution commençent à
se manifester.
A partir de 1906, la folie s'accentue et elle détruit.
C'est ici au musée, avec quinze sculptures, que l'on peut voir la sélection la
plus représentative de l'art de Camille. Rodin le voulut ainsi, et il n'est qu'à
citer ce qu'il écrivait en 1914 à l'ami Morhardt, alors que son projet de musée
était enfin en train de prendre forme : "Quant à l'hôtel Biron, rien n'est
encore fini. Le principe de prendre quelques sculptures de Mlle Say (pseudonyme
phonétique de Camille Claudel, Mademoiselle C.) me ferait grand plaisir. Cet
hôtel est tout petit et je ne sais comment on fera pour les salles. Il y aurait
quelques constructions pour elle et pour moi". A la suite de l'exposition de
1951, Paul offrait au musée la Clotho en plâtre,
l'Age mûr en bronze et Vertumne et Pomone en marbre. En
1963 entrait la version des Causeuses en onyx, rejointe tout
naturellement en 1995 par la Vague, le chef-d'oeuvre de bronze
et d'onyx, également acheté par le musée