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Le rapport Jules Ferry 3.0 et le professeur documentaliste

Jules ferry 3.0 Le rapport Jules Ferry 3.0, paru en octobre 2014, a été élaboré par le Conseil National du Numérique (CNNUM). Il a été piloté par Mme Sophie Pene, professeur à l’Université Paris Descartes et chargée du groupe de travail "éducation et numérique" au Conseil national du Numérique. Principalement rédigé par des acteurs qui n’appartiennent pas au monde éducatif, le rapport apporte un éclairage distancé sur le défi majeur que constitue le numérique pour l’école. Il trace un ensemble d’enjeux, d’objectifs et de moyens qui permettrait à l’école de rentrer dans l’ère numérique.

Jules Ferry 3.0Trois orientations majeures sont proposées en ce qui concerne l’enseignement dans la société numérique: enseigner l’informatique, installer la littératie numérique et créer un bac Humanités Numériques. Il redessine aussi le tissu éducatif en proposant de faire vivre l’école en réseau, et de développer la recherche, l’édition et l’industrie de l’éducation numérique. Enfin, le rapport propose 40 recommandations pour bâtir une école créative et juste dans un monde numérique.
Ce rapport invite à une vision positive du numérique comme chance pour l’Ecole du XXIe siècle, comme manière de renouveler la pédagogie et, ainsi, de tenter de résoudre la triple crise de l’égalité, de l’assiduité et de la motivation. Selon les auteurs, il s’agit de rendre de nouveau l’École « désirable ».

En lisant ce rapport, on saisit pourquoi le professeur documentaliste est un acteur essentiel du développement du numérique dans l’éducation. C’est surtout le chapitre « Installer la littératie de l’âge numérique » qui signale l’importance de celui-ci notamment en montrant comment le numérique va bouleverser l’éducation aux médias et à l’information (EMI). Ce chapitre mérite donc à lui seul le compte-rendu que nous proposons ici.

Littératie numérique

En moins de 20 ans, Internet a multiplié la quantité et la variété des savoirs et transformé l'univers de la connaissance.
Le professeur documentaliste, principal artisan de l’éducation aux médias et à l’information, est au premier chef concerné par l’enseignement de la « littératie » numérique. Cependant, avec le numérique, il ne s’agit plus seulement de trouver, évaluer et ordonner les informations. Le terme « littératie » signale un élargissement des aptitudes nécessaires pour exploiter intelligemment le monde numérique. En effet, « la littératie numérique, c’est non seulement des savoirs, des compétences, mais aussi des méthodes qui font qu’un individu peut être acteur de sa vie dans une société numérique. Ancrer l'école dans cette dynamique, c'est inviter les élèves à participer à une culture et à une économie, fondée sur l’échange des savoirs, la coopération, la création ».
L'expression "littératie numérique", traduction de la « digital literacy » anglo-saxonne, encore peu utilisée en français, a été choisie par les auteurs pour 2 raisons :

  • l'expression marque une rupture par rapport aux approches historiques de l’éducation aux médias (EMI) où l’apprenant était essentiellement en position de « consommateur » d’information;
  • elle insiste sur le fait essentiel suivant : pour qu’un individu puisse être acteur de sa vie dans un monde numérique, il a besoin bien entendu d’un certain nombre de connaissances, mais plus encore de compétences, de méthodes qui sont porteurs d’une transformation du rapport même aux savoirs et aux apprentissages (p.34).

Le rapport ne cherche pas à définir ce que serait le référentiel idéal d’une littératie numérique qui, par essence, deviendrait vite obsolète (p.34). Il s’agit plutôt de développer une posture nouvelle : « la littératie de l’âge numérique, c’est-à-dire l’ensemble des compétences qui donnent de l’aisance dans les situations sociales contemporaines d’apprentissage, d’interaction, d’action, celles-ci étant toutes reconfigurées par le numérique. Au-delà des techniques informatiques, la société numérique invite chacun à des postures actives, solidaires, confiantes d’affirmation de soi, de responsabilité et d’appui sur des communautés. Cette littératie numérique touche la vie sociale et les styles d’apprentissage. Elle touche aussi la lecture et l'écriture, le calcul, la mémoire, la capacité conceptuelle. Toutes les situations éducatives (dans la classe et en dehors, le sport, la recherche en bibliothèque, la pause de la cantine... et bien sûr l’éducation non scolaire) sont concernées. Les enjeux sont immenses, car il s’agit aussi de s’en servir comme levier pour transformer la vie à l’école (de manière progressive, dans le respect de la diversité des élèves, des enseignants et des établissements) » (p.17).
Cette littératie est donc un enrichissement, un élargissement de l’éducation aux médias et à l’information. Elle relève plus d’une posture générale face au monde numérique. Elle est aussi source d’une profonde rénovation pédagogique.

Rénovation pédagogique

Le changement le plus important induit par le numérique est de rendre l’élève acteur de ses apprentissages: « de nombreux professeurs privilégient déjà des styles pédagogiques qui mettent les élèves en action : apprendre par projet, travailler en interdisciplinarité, apprendre par le faire et à son rythme. Avec ou sans écran, l’idée est de répondre à une nouvelle dynamique des élèves : fabriquer, créer, choisir, travailler en groupe. Les démarches qui réussissent donnent aux élèves l’initiative. Elles développent les transversalités, la créativité et l’envie d’entreprendre. Le plaisir d'apprendre devient central dans la vie quotidienne ». (p.16)

La place du professeur documentaliste, par essence interdisciplinaire, est centrale dans cette rénovation pédagogique. Avec l’éducation aux médias et à l’information enrichie par le numérique, il s’agit de transmettre des méthodes, des approches, des compétences autant que des savoirs.
En effet, le numérique participe à une croissance exponentielle de la masse d’informations disponibles, face à laquelle l’apprenant à des difficultés à faire le tri, évaluer. Cette problématique n’est pas nouvelle, mais est décuplée (p.45). Le rapport souligne donc qu’il « est aujourd’hui tout aussi important de savoir chercher de l’information, de citer des sources, de construire un avis critique, de chercher par sérendipité, d’apprendre à interpréter que d’acquérir des savoirs et des connaissances disciplinaires. L’un n’est pas substituable à l’autre et inversement (p.43). » Il faut sortir d’une logique d’accumulation des savoirs pour faire l’apprentissage de la sérendipité et valoriser la curiosité (p.43).
Le rapport indique aussi que le numérique pourrait permettre de passer d’une culture de la compétition à une culture de la coopération. Le numérique est un vecteur pour toutes les pédagogies qui cherchent à mettre l’apprenant en posture coopérative, active, de construction de projet. La pratique d’outils de type Wikipedia, cartes participatives, traitements de texte collaboratifs induit une posture de travail collaboratif en groupe, en proximité ou distant.
À ce propos, il préconise la création dans le Secondaire d’espaces dédiés au temps de travail collectif de type « co-working encadré ». Ces espaces seraient différents du CDI qui reste un lieu de silence. « Ce co-working scolaire doit permettre d’accueillir les élèves qui travaillent ensemble sur des projets » (p. 45).

Le professeur documentaliste au centre de la révolution numérique

Selon le rapport, le socle de la littératie numérique « devrait être confié à une équipe pédagogique, coordonnée par un de ses membres, sous la responsabilité du chef d’établissement. Ce groupe pourra ainsi vérifier, régulièrement, tout au long de l’année, que toutes les compétences prévues auront bien été abordées dans l’une ou l’autre des matières et organiser la redistribution des apprentissages manquants » (p.35). Le rôle du professeur documentaliste est essentiel pour mettre en œuvre ce socle puisque, selon les auteurs, il pourrait être désigné dans chaque établissement comme « référent coordinateur de la littératie numérique » (p.36). Enfin, le rapport préconise de former les enseignants, et prioritairement les professeurs documentalistes (p.37), aux grands enjeux sociétaux du numérique (voir la formation au numérique en documentation dans l’académie de Paris).

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