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L’école maternelle : Quels piliers pour la refondation ?

livre l'école maternelle  q Cet ouvrage présente les forces et les faiblesses du système scolaire actuel et Les grands axes de la loi de refondation. Elle ouvre des pistes de réflexion sur le projet éducatif du XXIe siècle et propose une étude sur : l'état des lieux, les défis à relever, les priorités de la refondation, la conception et la préparation de l'enseignant (accompagnement, formation...)

Fiche de lecture publiée par Chantal Costantini, Conseillère pédagogique de la Mission maternelle en juin 2015

Préfacé par Philippe Joutard, ancien professeur d’histoire à l’Université, cet ouvrage rédigé par Eve Leleu-Galland, inspectrice de l’éducation nationale, s’appuie sur plusieurs études comme celles de l’OCDE concernant les évaluations PISA ou celles du Rapport de l’Inspection Générale sur l’école maternelle publié en 2011, pour mieux appréhender les enjeux de la refondation.  La professionnalité des enseignants, le fonctionnement, les pratiques de l’école maternelle, et la place essentielle que cette école occupe au sein du système éducatif sont des éléments mis en évidence et problématisés. A partir d’analyses étayées par de nombreux apports théoriques, l’ouvrage est un outil de référence contextualisé qui rend compte de la part importante de l’école maternelle dans le développement des élèves. L’auteur revisite l’héritage de cette école à préserver pour ouvrir  les perspectives de son avenir fondées sur la confiance envers nos élèves et les ressources dont ils témoignent pour réussir la construction de la société de demain. Citant Marcel Gauchet qui évoque « l’enfant du désir » et Laurence Gavarini qui parle de «  la passion de l’enfant », Eve Leleu-Galland soutient l’idée que l’enfant est aujourd’hui reconnu comme un « être en progrès incessants ». A ce titre, elle défend l’idée d’une éducabilité cognitive chez tous les enfants.

L’ouvrage se présente en deux parties : L’école maternelle des années 2010, et Réussir la refondation, suivies de 5 annexes.

Dans son introduction, l’auteur nous interpelle en citant  Maria Montessori qui dit : « Qu’est-ce que l’enfant ? C’est le « dérangeur » de l’adulte (…] ». Par ces termes, on est placé d’emblée dans une réflexion sur l’enfance et ses caractéristiques dont l’école n’a peut-être pas suffisamment tenu compte. Aujourd’hui, précise l’auteur, nous sommes confrontés à des problématiques sociétales complexes qui envahissent le champ de l’éducation. L’école maternelle dont le rôle reste de protéger les enfants, doit se saisir de cet enjeu que représente la refondation pour conserver sa place d’école première, d’école bienveillante et exigeante qui s’occupe d’abord du bien-être des enfants. Lieu d’accueil unique de la petite enfance, l’école maternelle a, ces dernières années, quelque peu perdu ce qui faisait sa spécificité. La grande section, située sur les 2 cycles, s’est laissé absorber par des pratiques empruntées à l’école élémentaire qui ne correspondaient pas aux processus d’apprentissage des jeunes enfants. Des évaluations trop systématiques, un domaine d’activités mal compris (le « Devenir élève »), des modalités d’enseignement par le jeu parfois abandonnées, ces éléments ont affaibli cette exception française que d’autres pays nous envient encore. Du fait de cette position unique, l’école maternelle conserve un rôle essentiel de prévention et de repérage des difficultés. De la même manière, elle sait aménager les liaisons crèche-école, grande section-CP.

La première partie consacrée à « L’école maternelle des années 2010 »,

retrace en 3 chapitres, un état des lieux du cadre et du fonctionnement institutionnel qui structure cette école, du cadre et du fonctionnement de la classe, ainsi que des résultats de l’école maternelle en matière d’efficacité. L’auteur rappelle que l’école maternelle a sensiblement dérivé vers des pratiques outillées comme à l’école élémentaire alors que les spécificités de la maternelle se sont installées dans une certaine routine. Ainsi, le fonctionnement de la classe en ateliers ou la répétition des rituels ne sont pas toujours porteurs d’apprentissage bien identifiés. L’attention portée au développement du langage reste à améliorer. Il demeure une nécessité pour que les enfants s’approprient les outils pour structurer la pensée. L’enseignant reste un modèle de langue qui accompagne ses élèves vers un développement langagier indispensable. L’auteur constate que la part accordée à l’évaluation a brouillé les enjeux de l’école maternelle qui doit se concentrer d’abord sur un accueil pensé pour les enfants et les familles d’aujourd’hui : l’enfant, comme ses parents doivent être reconnus dans leur singularité.

langage oral#1

La seconde partie de l’ouvrage porte sur l’analyse de 4 aspects de l’éducation :

les jeunes enfants aujourd’hui, les priorités, construire le socle fondateur et une professionnalité spécifique pour « Réussir la Refondation ». Il est précisé que l’école d’aujourd’hui, si elle conserve les aspects de l’école d’hier, ne peut plus faire abstraction des nouvelles parentalités, et de toutes les questions qui traversent la société actuelle : l’égalité filles-garçons et la lutte contre les stéréotypes, l’éducation citoyenne et en particulier la laïcité, les écrans qui envahissent le quotidien dès le plus jeune âge, la question du langage qui reste déficitaire chez de trop nombreux enfants. Eve Leleu-Galland apporte des éléments de comparaison européenne pour enrichir et améliorer le projet éducatif de l’école maternelle. Elle rappelle par exemple que dans d’autres pays, l’importance accordée au développement et à l’épanouissement de l’enfant reste première avant d’aborder les apprentissages. Elle invite à s’interroger sur la nécessité de prendre en compte l’enfant dans sa globalité pour l’accompagner vers ses propres progrès : lui donner confiance en lui, renforcer l’estime de soi, le respect envers les familles, reconnaitre chacun dans sa singularité. Pour l’auteur, la réforme des rythmes doit conduire vers une co-éducation réfléchie entre l’école et les familles, entre l’école et les partenaires municipaux pour que l’enfant ne soit plus cet être découpé entre divers acteurs, mais la même personne que l’on guide de manière concertée. La place accordée au développement du langage doit être la préoccupation première des enseignants de maternelle dont la professionnalité est reconnue et encouragée dans ses spécificités.

Se dégagent de ces analyses, 6 piliers bien identifiés pour réussir la refondation :

  • L’école maternelle comme cycle unique et autonome, dont l’objectif est l’éveil et le développement de l’enfant dans ses aspects cognitifs, sensoriels, moteur, affectif et social
  • Une socialisation prise en charge par tous les partenaires à travers une co-éducation partagée
  • La coordination de deux modèles pédagogiques associant une approche développementale et une approche structurant les apprentissages
  • Une pédagogie du « faire-agir » pour réussir et comprendre
  • Le recours à différentes modalités d’apprentissage telles que le jeu, la résolution de problèmes, la recherche pour aborder les situations
  • Repenser la place de la grande section comme classe charnière introduisant les marques de la forme scolaire sans abandonner les spécificités de la maternelle

L’avis du lecteur :

Cet ouvrage constitue une ressource indispensable pour les enseignants, débutants ou expérimentés, les formateurs, les personnels de l’éducation, les parents. Il apporte des éléments de compréhension pour réussir la refondation en orientant le focus sur les spécificités de l’école maternelle. Pour qu’elle demeure cette exception française qui a fait sa notoriété, l’auteur invite à interroger les pratiques pour les repenser en fonction des enfants d’aujourd’hui. L’auteur nous fait partager ses convictions sur cette école qui renforcent notre volonté de toujours l’améliorer. Se référant constamment aux chercheurs reconnus, elle valorise en particulier les travaux de Boris Cyrulnik qui soutient, à partir de la théorie de l’attachement, la nécessité « d’une parole affective qui socialise et tisse les liens ». Eve Leleu-Galland témoigne ainsi, qu’au-delà des enjeux cognitifs, l’école maternelle doit apporter aux enfants le soutien rassurant dont il a besoin pour grandir : développer ses compétences langagières pour apprendre à se servir de la parole comme le lieu d’une réalisation de soi pour aller vers les autres restent, pour elle, une priorité absolue.

L’auteur :

Séminaire maternelle 067Eve Leleu-Galland, Inspectrice de l’éducation chargée de la Mission maternelle à Paris est également Conseillère auprès du Recteur pour l’enseignement pré-élémentaire et  
experte internationale de Scolarisation de la Petite Enfance. Ses missions à l’étranger lui ont apporté des connaissances contextualisées dans la prise en charge de l’éducation des jeunes enfants à travers une approche comparative qu’elle diffuse auprès de publics professionnels variés.

 

 

Auteur de nombreux ouvrages et articles, le site qu’elle a crée sur le portail de l’académie de Paris : http://www.ac-paris.fr/portail/jcms/p1_610272/disciplines-maternelle-portail offre de multiples ressources pour la  formation initiale et continue.

 

Pour en savoir plus :

1 - L’école maternelle : quels piliers pour la refondation ? (lien ici)

Support d'une conférence donnée à Dijon le 14 janvier 2015 par Eve Leleu-Galland, Conseillère du Recteur de l'Académie de Paris pour l' Ecole maternelle. Les grands axes de la loi de refondation y sont présentés. (Le diaporama de la conférence est téléchargeable).

2 - La page de l'auteure (lien ici) sur le site de Canopé .

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