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L'enseignement du français en Sections de Techniciens Supérieurs

Ce texte paru pour la première fois dans la lettre de rentrée lycée de septembre 2012, des IA-IPR de l'Académie de Rouen, François Didier, Elisabeth Pédot-Jaugin, Françoise Robin et Daniel Sénéchal, est une analyse de fond des problématiques posées aux enseignants de culture et expression en BTS, avec la montée en puissance des élèves de Bac Pro dans les STS. On y trouvera également des pistes de travail fructueuses pour assurer les progrès des élèves.

Faire écrire en classe de BTS1

La montée en puissance des élèves de bac pro dans les Sections de Techniciens Supérieurs et ce qu’elle dit des besoins du monde du travail et de la société

Une exigence de promotion sociale qui recouvre l’élévation générale des compétences induite par les mutations des métiers tertiaires et industriels. Il est indispensable de prendre en compte cette évolution : il s’agit à la fois de faire réussir ces nouveaux étudiants et de maintenir attractivité et efficacité de la formation post-bac STS pour l’ensemble des jeunes adultes qui l’ont choisie.

Rappel : proportion des bacheliers entrant en STS selon la série du baccalauréat en 1999 et 2010 (en %) France métropolitaine + DOM (hors agriculture) :

Source : Les étudiants en sections de techniciens supérieurs à la Rentrée 2010 
Note d’information DEPP février 2011
  Bac. général Bac technologique Bac. professionnel
1999 24% 69% 8%
2010 24% 56% 20%

Á travers les programmes*, ce ne sont pas des objectifs intellectuels abstraits qui sont prescrits mais, définis par les exigences professionnelles affichées dans les écoles d’ingénieurs, les E.N.S. et les chambres consultatives de commerce, les besoins réels de la société d’aujourd’hui.

*Nous renvoyons les collègues à la lecture du B.O. n°47 du 21 décembre 2006 qui définit les objectifs de la discipline Culture générale et expression et détaille les capacités (ex. : Communiquer oralement), les compétences qui leur sont associées (ex. : Mémoriser et restituer à l’oral un message écrit ou oral). Les situations proposées (ex. : Questionnement à des fins d’information) constituent une ressource didactique et pédagogique qu’il ne faut pas négliger si l’on veut donner du sens aux contenus proposés.

La qualité de l’expression (écrite et orale) _ et de la réflexion personnelle qu’elle est censée traduire _ est l’une de ces exigences.

Pourtant, dans le cadre de la discipline Culture générale et expression, si l’enrichissement de la culture générale est bien pris en compte dans les pratiques, il n’est pas sûr que l’expression occupe la place qu’elle mérite.

Des pratiques d’écriture contraintes par les productions de certification…

C’est que les professeurs ont nécessairement à privilégier des pratiques d’écriture en rapport avec les seules productions attendues pour la certification terminale. La préparation des exercices prévus à l’examen modélise donc l’essentiel des productions exigées des étudiants, au détriment d’autres formes d’écriture, tout aussi formatrices, pas forcément longues ni systématiquement évaluées mais qu’il faudrait pouvoir pratiquer de façon motivée et régulièrement.

Elle contraint sans doute aussi le développement de l’expression orale en limitant le temps et les formes que pourrait prendre le développement d’une compétence pourtant essentielle si l’on veut s’assurer que les étudiants s’approprient de manière consciente et autonome les objets d’étude et de réflexion proposés en classe. Ainsi par exemple le débat argumenté, la revue de presse, les exercices oraux encadrés consignes liées à l’amélioration de la qualité de la prise de parole (forme/contenu) des jeunes adultes, exercices déjà largement pratiqués par certains professeurs méritent-ils d’être placés au coeur des pratiques.

… sans doute aussi par les traditions disciplinaires

Conformément aux programmes du second cycle, les professeurs de lycée ont à mettre l’accent sur la lecture des textes littéraires. L’enseignement de la discipline en S.T.S. les invite à donner plus de place à tous les autres types de textes, ceux-là même qui constituent l’environnement intellectuel et moral de nos contemporains.

Ainsi, au lycée, notre enseignement focalise sur des écritures d’amplification (glose et imitation essentiellement). L’écriture de synthèse proposée en S.T.S. ouvre la voie à des pratiques d’écriture très diversifiées et tout aussi nécessaires, parce que tout aussi formatrices en termes de développement de l’esprit critique et d’initiation à l’expression personnelle

.… et aussi, bien sûr, par la diversité des profils d’étudiants qui intègrent les classes de S.T.S.

Des étudiants qu’il faut aider à passer au-delà des problèmes de syntaxe – il faut donc se demander comment : il n’est pas possible de faire comme si ce public disposait de capacités d’expression homogènes et suffisantes.

Des étudiants qu’il faut aussi décomplexer sur la question de l’expression personnelle, en particulier ceux qui passent du bac pro en classe de BTS.

La réflexion sur le passage Bac pro/BTS est l’occasion de réfléchir sur des évolutions possibles et indispensables

En termes d’information transversale, d’un cycle à l’autre 

La réforme de la voie professionnelle a été l’occasion d’écrire les programmes en tenant compte des objectifs de S.T.S.

La réforme du lycée, avec l’AP (Accompagnement Personnalisé) et la création d’une nouvelle voie en seconde débouchant sur les BTS amène à porter un autre regard sur les possibilités d’évolution des élèves et la place de toutes les formes d’accompagnement pédagogique qui peuvent aider à les faire progresser.

En termes d’harmonisation des pratiques 

Ce contexte indique des pistes pour l’adaptation des pratiques : prendre en compte la notion d’accompagnement par exemple, désormais présente au lycée général comme au lycée professionnel. Les élèves de la voie professionnelle sont habitués à être accompagnés: ainsi l’écriture longue* suggère-t-elle une approche progressive et individualisée de l’écriture personnelle, considérée comme une tâche complexe.

Au lycée professionnel, il faut le savoir, c’est aussi la diversification des types de textes donnés à lire et des types de lecture qu’ils induisent (textes de presse, par exemple) qui a été clairement affichée.

*La lecture des Programmes de français Bac professionnel est éclairante – elle s’impose désormais à tous les professeurs de lettres intervenant en STS. Sur la question de l’écriture, nous renvoyons notamment aux ressources proposées en annexe : Français/Lycée professionnelRessources Baccalauréat professionnel – Écrire mai 2009.

Une question centrale : comment entrer dans les textes donnés à lire en S.T.S. pour, à partir d’eux, faire écrire les étudiants (synthèse de documents et expression personnelle) ?

Déconstruire les préjugés et cibler les difficultés

Ce n’est pas le français qui fait échouer les étudiants de B.T.S. mais les langues et les mathématiques. Il faut, résolument, porter un autre regard sur ces élèves. Ce ne sont donc pas les mauvais élèves de français qui vont en B.T.S. : la diversité des compétences d’écriture d’une spécialité à l’autre suffirait d’ailleurs à montrer qu’on ne peut se satisfaire d’une vision aussi réductrice.

La question du vocabulaire est fondamentale : prendre le temps de travailler à l’enrichissement du lexique est une priorité : d’une part en s’attaquant au vocabulaire conceptuel, voire philosophique, qui doit ouvrir l’accès à une réflexion réellement autonome, d’autre part en travaillant le vocabulaire du juste et de l’injuste, de façon à donner le goût d’un jugement clair (en opposition avec l’incompréhensible, l’inexact, l’inapproprié…).

C’est dire l’importance de la liste de mots -clés fournie, pour chacun des thèmes d’étude pour la seconde année, à la parution au B.O.

Construire des progressions pour la maîtrise des exercices de synthèse et d’expression personnelle

C’est là une question didactique essentielle : poser un diagnostic en début de première année : où en sont les étudiants ? Les premiers échanges oraux et les premières traces écrites renseignent sur la progression à concevoir.

Le schéma de la modularisation, en cours d’ application dans certains B.T.S., peut être regardé comme une ressource intéressante en matière de progressivité des apprentissages. (Des éléments d’information sur la modularisation de l’enseignement de "Culture Générale et Expression" seront prochainement mis en ligne dans l’espace BTS du site Lettres vers octobre 2012).

Il n’est pas nécessaire, par exemple, de faire rédiger d’emblée des synthèses de documents intégrales… Faire acquérir l’esprit de l’exercice, par la confrontation des documents et des idées, importe davantage, au début de la première année du moins : travail sur la reformulation, synthèses partielles (deux documents courts, un texte + une image par exemple), exercices progressifs de mise en forme des idées… peuvent permettre d’asseoir la légitimité de la démarche dans l’esprit des étudiants, d’en montrer l’intérêt en même temps que la faisabilité.

Quel diagnostic de positionnement des professeurs pour une prise en charge de la réussite des élèves de bac pro… et de beaucoup de leurs condisciples venus de l’enseignement technologique ou général ?

Retravailler les préjugés sur les postures supposées qui empêcheraient les étudiants d’écrire : le manque de motivation (comment amener naturellement les situations d’écriture ?), le déni de toute capacité d’écriture (comment faire avec le « J’ai jamais été bon en français » et son « argument » immédiat : les fautes d’orthographe ?), le complexe du bac pro (comment faire partager les modes de questionnement intellectuel du cours de culture générale ?), la difficulté des enseignements en S.T.S. (comment problématiser des objectifs de séquence pour une appropriation sans a priori ?)

Explorer des pistes essentielles pour atténuer ces difficultés : dédramatiser l’examen et le contenu du cours, faire face aux difficultés réelles des étudiants (en première année notamment), concevoir des progressions qui tiennent compte de ces difficultés, imaginer des approches par le détour, bâtir sur un a priori de la réussite, travailler sur la formation de l’étudiant en tant que jeune adulte, privilégier des méthodes qui s’inspirent de l’AP (Accompagnement personnalisé), motiver l’écrit (toutes sortes d’écrits) à partir des productions orales des étudiants etc.

 

Diversifier les objectifs et les formes d’écriture pour rendre cette dernière à la fois plus spontanée et plus motivée

Des exemples : écriture de blog, écriture longue (telle qu’elle est pratiquée en classe de CAP) sur des objectifs complexes : rédaction d’une note de synthèse après une première présentation du thème par exemple, ou compte rendu de séance après un débat collectif... ou encore : rédaction d’argumentaires concurrents par des sous-groupes en vue d’un débat contradictoire.

Au-delà des seuls modèles d’écriture prescrits par les productions finales (notes de cours, devoir de fin de séquence, examen) – pour mieux les préparer sans réduire notre enseignement à leur seule préparation – il faut donner toute sa place à une écriture de travail quotidienne, spontanée et motivée.

L’enjeu est de permettre aux étudiants de traduire une pensée personnelle – non pas forcément une idée personnelle « originale » mais, bien plutôt, une reformulation individuelle consciente de ce qui s’est dit en cours. Il est aussi de développer chez eux l’idée que les mots et les phrases sont le moyen de révéler une capacité de réflexion dont ils ne se savaient pas forcément porteurs.

La légitimité de la discipline (les termes culture générale et expression le rappellent) est dans cette mise en cohérence des deux pôles qui la composent : pas de progrès possible, en classe de B.T.S., si les contenus culturels ne sont pas mis en mots par les étudiants eux-mêmes.

Constat majeur, universellement formulé : les étudiants – comme les élèves qu’ils ont été au lycée professionnel, technologique ou général (et auparavant au collège !) n’écrivent pas assez.

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