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« Le jeu des trois figures » au collège Alviset

mis à jour le 29/06/16

Une réunion s’est tenue avec Serge Tisseron et les équipes au collège Alviset le 30 mai 2016 pour faire le point sur deux ans de pratique sur tout le niveau 6e.

Serge Tisseron à Grenoble 2013 - portrait posé

Serge Tisseron rappelle l'état de la recherche. Précédemment, la littérature faisait état de 2 à 3% de personnalités qui ne peuvent éprouver d’empathie (les psychopathes). La recherche montre que c’est plus compliqué que cela, car on peut perdre la capacité de se mettre à la place d’autrui. Un enfant soumis à des agressions peut chercher à inverser les choses. Il perd la capacité de ressentir ce que d’autres souffrent. Pour ces enfants, les gens sont ou bien bienveillants ou bien malveillants. Ils ne peuvent lire sur les visages d’autrui la variété des émotions : tristesse, ennui…  qui sont pour eux des mimiques trop complexes. Tout ce qui n’est pas positivement bienveillant est agressif.  Quand on est face à quelqu’un qui exprime une émotion, notre visage reflète, de façon atténuée, cette même émotion. Et il semble bien que ce soit cette capacité à refléter l’émotion d’autrui qui permet l’empathie, le corps et l’esprit étant intimement liés. Une expérience, réalisée avec du botox, a supprimé pour une partie des personnes testées les rides de la souffrance, pour une autre partie les rides du plaisir. Ces personnes n’ont pu distinguer la souffrance ou le plaisir chez autrui quand elles-mêmes ne pouvaient plus activer les rides correspondantes.
Il est donc important  de proposer aux enfants, ou bien très jeunes (le jeu a tout d’abord été pratiqué en grande section de maternelle), ou bien entre huit et douze ans comme c’est le cas pour les élèves de 6e, de méthodes, comme le « jeu des trois figures », qui permettent d’envisager différentes positions (harceleur, victime, observateur ou sauveur) et d’éviter l’enfermement dans l’une d’entre elles. C’est le sens du soutien que l’académie de Paris (cardie, dafor) apporte à l’expérimentation du « jeu » dans les écoles et les établissements dans le cadre de l’axe 5 du projet académique Créer un cadre serein et respectueux de tous pour des apprentissages de qualité.
L’intérêt du « jeu des trois figures », dit Serge Tisseron, est qu’il permet aux élèves de vivre les choses et de faire comme s’ils ne les vivaient pas : peu d’engagement apparent ne signifie pas que les élèves n’éprouvent pas. La théâtralisation permet d’apprivoiser la situation. La décontextualisation à laquelle il est procédé « détoxique » les images.
Serge Tisseron insiste sur le fait que c’est la régularité du jeu qui en fait l’efficacité : une situation jouée trois fois par une équipe qui change de rôle à chaque fois.
Plus généralement, pour faciliter les relations entre les élèves, Serge Tisseron propose de les faire travailler en groupe et que le professeur compose lui-même les groupes plutôt que de laisser jouer les affinités. Il rappelle également un principe : quand un enfant vient se plaindre il faut que sa parole soit prise en compte, qu’il y ait une suite.

 Comment évaluer les effets du « jeu des trois figures » ?

  • Suivre l’évolution du nombre d’incidents liés à des faits de harcèlement
  • Suivre le nombre de communications à des adultes de difficultés rencontrées par les élèves eux-mêmes ou leurs camarades
  • Identification de comportements manifestant un climat d’entraide et de coopération dans la classe (prêt de matériel sans solliciter, aide dans la réalisation de tâches, absence de moqueries en cas d’échec ou de réponses erronées…)