Bandeau

La République et la question ouvrière : le Front populaire

Vignette front pop « La vie est à nous » ou « La Belle Illusion » ? Mise au point scientifique et propositions documentaires pour les classes de 1ère L-ES (thème 5 – Les Français et la République) ou de 1ere S (thème 3 – La République face aux enjeux du XXe siècle). Par Catherine Dupuy professeur au lycée Jacques Decour (IXe).

La place dans le programme

Séries L/ES

  • Thème 5 – Les Français et la République
  • Question – La République et les évolutions de la société française
  • Étude - La République et la question ouvrière : le Front populaire

Série S

  • Thème 3 – La République face aux enjeux du XXe siècle
  • Question – La République et les évolutions de la société française                  
  • Étude au choix - La République et la question ouvrière : le Front populaire

Problématique

« La vie est à nous » ou « La Belle Illusion » ?

         La problématique dépend de la place que l’on accorde au Front populaire. Rétrospectivement, cette courte période (moins d’un an en fait), apparait comme une césure (cf analyses de Simone Weil, témoignages des acteurs et salariés, photographies, et aussi – selon une lecture ontologique - réussite d’une République intégratrice par l’égalité et la justice sociale, à la différence des précédents régimes). Cependant la démission rapide de Léon Blum remet l’épisode en perspective : rupture de l’alliance électorale de Front populaire (position du PCF), retour aux 48 heures avec le gouvernement Daladier, échec de la grève générale du 30 novembre 1938, contexte européen de la marche à la guerre, puis séquence vichyste avec la suppression des libertés politiques et syndicales, la traque des militants « de gauche » et le procès de Riom, discours sur le retour à la terre.

 On peut, dès lors, penser que le Front populaire ne marque qu’une première rupture. Il faut attendre les trente glorieuses pour voir une intégration réelle de la classe ouvrière -française et masculine essentiellement (« la nouvelle classe ouvrière » décrite par le sociologue Serge Mallet dans son ouvrage éponyme en 1963) ; trente glorieuses qui accolées à l’Etat-providence (lui-même issu du programme du CNR) permet dans une société plus riche d’intégrer économiquement et socialement les ouvriers les plus qualifiés. Intégration rendue également possible politiquement par le poids électoral et la fonction tribunicienne du PCF – seul parti qui se définit comme « le parti de la classe ouvrière », 1er parti en voix pendant la IVè République, même s’il n’est pas au pouvoir et poids de la « Banlieue rouge » comme laboratoire de réalisations (logements HLM, politique de loisirs, mairies comme relais des revendications portant sur les salaires et les conditions de travail).

         Il faut également garder à l’esprit pour définir la problématique que les accords Matignon procèdent du règlement d’un vaste mouvement de grèves, grèves qui démarrent à la base sans être impulsées par les appareils politiques et syndicaux de gauche. De même, les débuts de la lutte contre « le danger fasciste » procèdent d’une lecture identique : ce sont les ouvriers qui demandent à intégrer la République versus une vision essentialisée d’une République qui veut intégrer.

On peut dès lors proposer une problématique médiane entre « La vie est à nous » et « La Belle Illusion » :

- Comment le Front populaire marque -t-il une rupture courte, incomplète, mais essentielle et fondatrice des rapports entre les ouvriers (plus largement le salariat modeste) et la République ?

- Quels jalons les acquis du Front populaire permettent-ils de poser pour la période de l’immédiat après-guerre et des trente glorieuses ?

L'horaire de la question préconisé étant de 6 à 7 heures, on peut consacrer 2 heures à l'étude.

 

Objectifs

         La mise en relation du titre du film de Jean Renoir et de celui choisi par Pascal Ory pour sa thèse (là aussi en référence au cinéma du Front populaire : La Belle Équipe de Julien Duvivier en 1936 et La Grande Illusion de Jean Renoir en 1937) permet de prendre en compte l'ampleur des réalisations sociales portées et réalisées par le Front populaire – coalition inédite d'une gauche antifasciste  et sociale multiple (union des gauches), mais de ne pas mythifier une séquence politique courte (mai 1936-juin 1937 pour le 1er gouvernement Blum/avril 1938 pour la fin de la coalition du Front populaire) qui s'inscrit dans un principe de réalité, celui d'un contexte de crises nationales et de fortes tensions européennes (Allemagne, Italie, Espagne) qui ne permet pas de mener à bien certaines réformes annoncées et qui en laissent volontairement d'autres de côté.

         L'historiographie récente publiée dans le cadre du 80è anniversaire permet d'insister sur un aspect moins connu que celui des grèves ouvrières abondamment photographiées, celui d'une contestation également importante du monde paysan et de la société coloniale.

         De même, il faut insister sur la résistance et la combativité des adversaires du Front populaire (patrons, colons, antisémitisme des droites à l'égard du président du Conseil).

         Traiter du Front populaire ne se limite donc pas à la seule question ouvrière, même si le libellé de l'étude et la mémoire de l'événement en font le point central, dès lors que le monde ouvrier conteste massivement et contribue à un changement électoral majeur dans une République qui, pour se consolider, s'est à l'origine appuyée sur les classes moyennes et sur la paysannerie, délaissant pour partie la question ouvrière ( conditions de vie précaires, longues journées de travail, répression des grèves sous le gouvernement Clemenceau ; cependant mise en place à la fin du XIXè siècle et avant la première guerre mondiale d'une législation sociale-durée journalière du travail, repos hebdomadaire, retraites).

         Le Front populaire installe doublement pour quelques temps - avant la guerre et la séquence vichyste - les ouvriers dans la République : appropriation de la légitimité politique par le soutien qu'ils apportent à la coalition de gouvernement antifasciste (« la paix, la liberté) et sociale (« le pain)  conduite par Léon Blum, premier et seul socialiste président du Conseil de la  IIIè République. On assiste à l’appropriation de l'espace de travail avec, pour la première fois, l'occupation des usines. Le déroulement des grèves montre également une forme d'autonomisation ouvrière à l'égard des structures partisanes et syndicales les représentant, ce qui illustre une intégration par la base à la construction républicaine (se percevoir comme légitime). 

 

I.Un contexte multiscalaire de tensions, de crises et d'union des gauches

1-Un triple contexte de crises

● En France : une crise économique multiple qui touche les ouvriers de l'industrie, mais aussi le monde paysan et le monde colonial. On recense 500 000 chômeurs secourus en 1935 contre 12 000 à la fin de 1930. Ce chiffre, faible au regard des 6 millions de chômeurs en Allemagne, reflète cependant une réalité tronquée puisqu'il ne comptabilise que ceux aidés par les fonds de chômage qui ne sont pas présents dans toutes les communes (absence de véritable système d’assurance-chômage) ; marches de la faim protestataires en 1934 et 1935 qui partent du Nord et de la région parisienne.

● Une crise du système politique : alternance très rapide des majorités parlementaires et instabilité ministérielle qui en découle ; scandales politico-financiers dont l'Affaire Stavisky constitue l’acmé ; violence des ligues d’extrême-droite antiparlementaires (Croix-de-Feu, Jeunesses patriotes, Solidarité française, Francistes) ; journée d'émeute du 6 février 1934 (20 morts, 265 blessés).

● Dans les pays frontaliers, montée des tensions et arrivée au pouvoir de régimes fascistes (Allemagne, Italie) et autoritaires (Espagne, Portugal) qui nient le modèle français de République démocratique et ont des visées hégémoniques (conquête de l’Éthiopie par Mussolini, réarmement de l'Allemagne, remilitarisation de la Rhénanie).

 

2- La réponse des gauches  : la construction du Front populaire, "pour le pain, la paix, la liberté"

Il s'agit d'une construction à emboîtement d'échelles, à dimension sociale et antifasciste et pas seulement d'une coalition politique ayant pour but l'exercice du pouvoir.

● Serment du 12 février : "le fascisme ne passera pas", grève générale et manifestation dans tout le pays.

● Rôle des intellectuels dans la mobilisation antifasciste après le 6 février (CVIA, soutien de Giono, Gide, Malraux).

● Coalition politique qui se met en place à partir de juillet 1934 (27 juillet 1934 : signature du pacte d'unité d'action et slogan fédérateur) et finalement rendue possible par l'assouplissement de la ligne politique stalinienne et kominterienne : main tendue de Maurice Thorez aux chrétiens et aux Radicaux qui, jusque là, gouvernaient avec des coalitions de droite.

Le PCF, « parti de la classe ouvrière » investit et légitime pour la première fois la défense de la République démocratique. Le 14 juillet 1935, au stade Buffalo, discours de Jacques Duclos  qui réconcilie les drapeaux rouge et tricolore, L'Internationale  et La Marseillaise.

« Désistements républicains » lors du second tour des élections municipales de 1935 ; 1ère visualisation de la « banlieue rouge » en région parisienne, symbole du poids électoral ouvrier.

● Réunification syndicale de la CGT et de la CGTU en septembre 1935 (scission de 1921) grâce à un rapprochement voulu à la base.

3- La violence et la victoire de la campagne électorale

● Violences de rue, violence verbale des droites partisanes et ligueuses autour de la figure de Léon Blum : "mieux vaut Hitler que le Front populaire", articles antisémites de Je suis partout, Gringoire, Candide ; agression violente par des Camelots du roi lors des obsèques en février 1936, de Jacques Bainville, écrivain royaliste et journaliste à L'Action française.

● La victoire électorale (26 avril et 3 mai 1936) : la coalition de Front populaire obtient la majorité absolue à la chambre des députés à l'issue du second tour grâce à la discipline républicaine (146 députés SFIO, 72 PCF, 116 radicaux qui entrent dans l'alliance et 47 divers gauche) contre 222 députés de droite.

● La géographie électorale du PCF et de la SFIO reflète l'ancrage ouvrier avec les communes ouvrières et populaires de la région parisienne et les régions industrielles du nord.

Donc : Appropriation par les ouvriers et les salariés modestes de l'espace politique républicain.

II. "Changer la vie"

1-Un vaste mouvement de grèves après la victoire électorale

Le mouvement est spontané après la fierté de la victoire électorale et avant l'installation du gouvernement Blum ; appropriation de l'espace de travail avec installation des ouvriers dans les usines (« grèves sur le tas »).

● Démarrent en province les 11 et 13 mai de façon isolée au Havre (usine Bréguet) et à Toulouse (usine Latécoère) en riposte aux licenciements des ouvriers qui avaient fait grève le 1er mai de l'entre-deux-tours (journée chômée mais pas fériée).

Mouvement qui se généralise en métropole et dans l'empire avec une première vague (25 mai-1er juin) qui concerne d'abord les bastions ouvriers de la métallurgie en région parisienne et en province et les mines, puis le commerce, la banque, l'artisanat. Renault en grève seulement le 28 mai (donc pas d'impulsion directe de la puissante CGT)

● 2è vague au lendemain de la signature des accords Matignon (8-12 juin) : le maximum avec 74% des usines occupées et 2 millions de grévistes le 12 juin. Donc pas de sortie immédiate de la crise malgré les mots restés célèbres de Thorez le 11 juin (« Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes  les revendications n'ont pas été encore acceptées mais que l'on a obtenu la victoire sur les plus essentielles des revendications. »)

● 3è vague fin juin, courant juillet

Là encore, emboîtement d'échelles : pas seulement le monde de la grande industrie, mais également l'économie rurale (industrie du bois) et les ouvriers agricoles ainsi que les colonies (Alger, Oran, Maroc, Réunion puis Indochine)

Analyse des grèves : un mouvement spontané parti de la base avec appropriation d'un espace qui jusque là était un lieu de contraintes, occupation avec respect de l'outil de travail qui induit le refus de la révolution (donc intégration réformiste des ouvriers à la République démocratique), aspect festif (bals, accordéon), solidarité à l'égard des grévistes (repas apportés par les familles, des commerçants, soutien des municipalités de gauche). Idée d'une "insubordination ouvrière" (expression de l'historien Xavier Vigna) responsable liée aux violences de la société française.

 

2-Les accords Matignon et leur prolongement

● Léon Blum, chef du parti majoritaire à la chambre est appelé à former un gouvernement. Il le constitue le 4 juin (SFIO et radicaux-socialistes ; pour les communistes, soutien sans participation). Entrée de 3 femmes comme sous- secrétaires d’État (Irène Joliot-Curie à la Recherche scientifique, Suzanne Lacorne à la Protection de l'enfance, Cécile Brunschvicg à l’Éducation nationale)

Le patronat sollicite dès le 4 juin le gouvernement pour sortir de la crise. Négociation les 6 et 7 entre délégation patronale, CGT et gouvernement. 

● Contenu des "accords Matignon"

- augmentation des salaires de 15% pour les moins élevés à 7% pour les plus élevés ;

- la semaine de 40 heures sans perte de salaire, contre 48 auparavant ;

- congés annuels (12 jours ouvrables) auquel s'ajoute le 3 août le billet populaire de congés payés offrant une réduction de 40% sur les tarifs appliqués par les compagnies privées de chemin de fer (la SNCF date de 1937) ;

- les contrats collectifs (ou conventions collectives) ;

- les délégués du personnel élus pour les entreprises de plus de 10 salariés ;

Le patronat s'engage également à respecter la liberté syndicale et à ne pas prendre de sanction à l'encontre des grévistes.

● Ensuite : juillet 1936, réforme de la Banque de France ; août 1936 création de l'ONIB (Office interprofessionnel du blé) pour protéger les revenus du monde paysan touché par la crise ; politique de grands travaux pour relancer l'économie et lutter contre le chômage ouvrier ; nationalisation des industries d'armement et d'aéronautique.

3- Des loisirs et du temps libre pour tous : le loisir n'est pas la paresse

● La politique en faveur des loisirs conduite par Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État à la Santé publique (loisirs et sports) ne concerne pas seulement les vacances, d'autant que la plupart des ouvriers ne partent pas loin et surtout  dans la famille à la campagne (poids de l'exode rural ouvrier). Les photographies emblématiques des couples en tandem ne rendent pas compte d'une autre réalité : le tandem n'est pas à la portée de tous.

Le but de Léo Lagrange est de "populariser" la culture, le sport et l'éducation : auberges de jeunesse, mise en chantier de 235 stades, entrée à tarifs réduits dans les musées, création de Maisons de la culture en 1936-1938 dont celle d'Alger animée par Albert Camus. Volonté de démocratiser les savoirs.

● Également illustré par le volet éducatif impulsé par Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale : scolarité obligatoire prolongée d'une année jusqu'à 14 ans (loi du 11 juin) afin d'élever l'instruction des enfants des familles populaires en repoussant leur entrée dans la vie active. Dans les colonies, le décret Blum-Moutet de décembre 1936 interdit le travail des enfants de moins de 12 ans.

 Cependant ...

III. Les angles morts et la fin du Front populaire

Idée que Léon Blum se heurte dans son exercice du pouvoir au principe de réalité.

1-Les angles morts

● Pour les femmes, ni égalité politique, ni égalité sociale. Le droit de vote ne figure pas dans le programme de coalition électorale que porte Léon Blum. Le Front populaire se contente d'un geste symbolique en nommant trois femmes sous-secrétaires d’État alors que la dernière proposition de loi concernant le droit de vote des femmes date de 1935 et qu'en banlieue parisienne, lors des élections municipales de 1935, certaines listes communistes ont placé des femmes en position éligible (élues, elles sont ensuite invalidées par préfecture de la Seine).

Les femmes ont joué un rôle important lors des grèves. Les photographies les montrent lors des occupations d'usine et des grands magasins, Certaines sont aussi des actrices syndicales (Rose Zehner, immortalisée par Willy Ronis en 1938 alors qu'elle harangue les ouvrières des ateliers de sellerie de Citroën à Javel). Cependant, pas d'égalité salariale proposée lors des négociations et les conventions collectives établissent souvent une codification sexuée des qualifications qui freine la mobilité professionnelle, cantonne les ouvrières dans des taches parcellaires et entérine voire aggrave les écarts de salaire existants. Elles obtiennent toutefois le droit de participer à l'élection des délégués du personnel.

● Les colonies : en Algérie, échec du projet Blum-Viollette, pourtant modéré et pas de remise en cause du code de l'indigénat. Certains militants anti-coloniaux modérés comme Ferhat Abbas ont pourtant soutenu l'arrivée du Front populaire dans l'attente d'une égalité des droits et d'une promotion sociale des plus modestes. La réforme défendue par Maurice Viollette, ministre d’État chargé de l'Algérie, propose d'accorder le droit de vote à un nombre restreint de musulmans appartenant à l'élite francisée, environ 22 000 personnes, anciens combattants et diplômés . Cette volonté réformatrice se heurte à l'opposition farouche des colons lorsque le projet est déposé le 30 décembre 1936 devant les députés. Plus généralement, si le décret Blum-Moutet octroie des augmentations de salaires, il ne reconnaît pas tous les droits syndicaux alors accordés en métropole.

● La non-intervention lors de la guerre civile en Espagne divise fortement les différentes composantes du Front populaire. Le 18 juillet 1936, cinq semaines après la nomination du gouvernement Blum, les militaires espagnols soutenus par l'Italie fasciste, se soulèvent pour abattre le gouvernement de Front populaire (« Frente popular ») élu démocratiquement cinq mois plus tôt. Les communistes souhaitent une intervention, les radicaux la refusent formellement. Léon Blum choisit finalement la voie moyenne de la « non-intervention relâchée » afin de sauvegarder la paix, ce qui permet à Pierre Cot, ministre de l'Air, d'aider les républicains espagnols en laissant le libre passage frontalier à des livraisons d'armes, soviétiques notamment. Parallèlement de nombreuses municipalités de la « banlieue rouge » et de province accueillent des enfants espagnols. Les volontaires français, majoritairement issus des communes à direction communiste, sont également nombreux au sein des Brigades internationales.

 

2-Le poids de la réaction

● La résistance patronale - Face aux occupations d’usine, rappel patronal immédiat des atteintes portées à la propriété privée. Si le patronat sollicite le gouvernement dès le 4 juin pour sortir de la crise, il n'en adopte pas moins le plus souvent une position de résistance et de combat, actée avec le changement de nom de la CGPF en août (Confédération générale du patronat français versus Confédération générale de la production française). Dénonciation de l'emprise des communistes sur le gouvernement (peur du « rouge » dans les usines et les campagnes). Remettre l'autorité au cœur du processus d'encadrement et de direction : revoir le commandement au sein de l'entreprise et combattre l'emprise des syndicats ouvriers. Image des « salopards en casquette » pour désigner les ouvriers et les meneurs « bolcheviks ».

● Les droites et la presse - Violence et récurrence des propos antisémites à l'égard de Léon Blum. On peut se référer à l'intervention célèbre du député de l'Ardèche Xavier Vallat, le 6 juin 1936, à la chambre lors de la présentation du gouvernement : «[...] Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné […] par un juif. […] Je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas, que pour gouverner cette nation paysanne qu'est la France il vaut mieux avoir quelqu'un dont les origines, si modestes soient-elles, se perdent dans les entrailles de notre sol qu'un talmudiste subtil. ». On peut également citer ce passage de Bagatelles pour un massacre de Céline en 1937 : « Moi je voudrais bien faire une alliance avec Hitler. […] Il les aime pas les Juifs … Moi non plus […] Je préférerais douze Hitler plutôt qu'un Blum omnipotent. Hitler encore je pourrais le comprendre, tandis que Blum c'est inutile, ce sera toujours le pire ennemi, la haine à mort, absolue. […] Les boches au moins, c'est des blancs... » ;  ainsi que des articles dans Gringoire, Au pilori, Candide, L'Action française, L'Appel (Blum, « chef du Front popujuif »).

Il faut également mentionner la campagne de presse calomnieuse menée par la droite qui entraîne le suicide de Roger Salengro, maire de Lille et ministre de l'Intérieur, le 17 novembre 1936.

 

3- La fin rapide de l'expérience

● La volonté réformatrice se heurte au principe de réalité : 800 000 chômeurs à la fin de l'année 1936, insuffisance de la dévaluation tardive de septembre 1936 (prix français plus élevés que ceux de la concurrence britannique et étasunienne), fuite des capitaux.

En février 1937, Léon Blum annonce une « pause » des réformes sociales et de structure : coût de la politique engagée (politique sociale et réarmement), nécessité de l'équilibre budgétaire, volonté de rassurer les milieux d'affaires et les investisseurs. Mais, fragilisation de l'alliance de Front populaire, remous au sein du mouvement ouvrier, surtout au PCF qui dénonce la pause, moindre soutien des radicaux, renforcement de l'opposition du patronat et des droites. Reprise des grèves car l'augmentation des prix annule la hausse des salaires.

●Conduit à la démission du gouvernement Blum  le 21 juin 1937. Malgré l’éphémère second gouvernement Blum (10 mars – 8 avril 1937), déplacement progressif de la coalition vers la droite entériné en avril 1938  lorsque les radicaux quittent le Front populaire avec la constitution du gouvernement Daladier en avril 1938.

●Rapprochement des périls que ne masquent pas la signature des accords de Munich avec l'Allemagne hitlérienne le 30 septembre 1938.

Et en point d'orgue, répression violente de la grève générale du 30 novembre 1938 par la riposte conjointe du gouvernement Daladier et du patronat.

Conclusion

Fin concomitante des deux missions du Front populaire : installer la question ouvrière au cœur de la République et lutter contre le fascisme.

Cependant, l'esprit du Front populaire et l'intégration des ouvriers à la République se prolongent lors de la Résistance (versus la stigmatisation ouvrière de Vichy - « la terre elle ne ment pas ») puis avec la mise en place du programme du CNR par le GPRF et la IVè République à ses débuts (sécurité sociale, État-providence).

Bibliographie récente

  • Jean Vigreux, Histoire du Front populaire. L’échappée belle, Paris, Tallandier, 2016, 366 p. ( synthèse incontournable)
  • Louis-Pascal Jacquemond, L'Espoir brisé. 1936, Les femmes et le Front populaire, Belin, 2016, 480 p.
  • Michel Winock, Le Front populaire expliqué en images, Le Seuil, 2016, 165 p.

 

Ressources pour l'étude

Pour l'ensemble de l'étude,

  • les photographies de Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Gisèle Freund, François Kollar, Eli Lotar, David Seymour, Willy Ronis                                         
  • les supports iconographiques de l'ouvrage de Michel Winock

Pour les différentes parties

I- Un contexte multiscalaire

●Témoignages sur la condition ouvrière :

-Georges Navel, Travaux, 1è éd 1945, chapitre VI sur « L'usine », Folio, 1994.

-Simone Weil, « La vie et la grève des ouvrières métallos », in La Condition ouvrière, 1è éd 1951, Gallimard Folio, éd 2002, p. 264 à 281.

-Ferdinand Béghin, industriel sucrier, témoignage cité par André Harris et Alain de Sédouy, Les Patrons, Le Seuil, 1977.

●Le 6 février 1934 et la réponse des gauches :

-Catalogue Gallica de la BN : comparaison des unes de l'Action française, du Populaire et de l'Humanité au lendemain de la journée du 6

 

II - « Changer la vie »

●Les grèves

-Documentaires :  sites de l'INA et de Ciné-Archives (fonds audiovisuels du PCF), manuel numérique Magnard, éd 2015 (www.lienmini.fr/magnard-hg-1-044)

-Témoignage incontournable de Simone Weil sur la « joie pure » des grèves in      «  La vie et la grève des ouvrières métallos », art. cit.

-Extrait du film : La vie est à nous de Jean Renoir

-Analyse historiographique du caractère non révolutionnaire des occupations d'usine : Antoine Prost, Autour du Front populaire, aspects du mouvement social au XXe siècle, Le Seuil, 2006, chapitre 3 : « Les grèves de juin 1936 revisitées » (notamment p. 91 à 97)

● Les accords Matignon - le volet des loisirs

-site INA     

-Extrait du film : La Belle Equipe de Julien Duvivier dont la bande originale chantée par Jean Gabin, « Quand on s'promène au bord de l'eau »                       

-Extrait de la déclaration de Léon Blum au procès de Riom (audience du 11 mars 1942) in Léon Blum face à Vichy : 1942, textes présentés par Julia Bracher, Omnibus, 2014.

III- Les angles morts et la fin du Front populaire

● les angles morts

Photographie de Willy Ronis, Rose Zehner à l'usine Citroën du quai de Javel en mars 1938

Le site.tv : vidéo sur « la gauche, le Front populaire et l'immigration nord-africaine »

Site de l'INA pour les brigadistes de la guerre d'Espagne ou Le site.tv : vidéo sur « la guerre d'Espagne »

● le poids de la réaction

-supports iconographiques dans l'ouvrage de Michel Winock dont p. 98, caricature de Dubosc qui ironise en 1937 sur les réactions des bourgeois aux congés payés ; p. 97, affiche contre les 40 heures par Ordre et Bon Sens, association de droite soutenue par le patronat.

Ateliers GIPTIC
  • Découvrir et utiliser les ressources Éduthèque
  • Devenir un cyber citoyen : Agir et utiliser le Web de façon écologique, responsable et civique.
  • Devenir un cyber citoyen : Agir et utiliser le Web de façon écologique, responsable et civique.