Bandeau

"Mardi 14 février 2017, Paris 19h30 : je ne comprends pas pourquoi ils veulent être autant riches" - Journal de lecture pour le roman d'Emile Zola, La Fortune des Rougon

image argent 100 Julie Beauval, professeure de lettres au lycée Gabriel Fauré (13e), a demandé à ses élèves de seconde de créer un journal de lecteur afin de leur faire expliciter leur questionnement, leurs démarches et les obstacles rencontrés au fur et à mesure de la lecture de cette œuvre longue. Le journal de lecteur est un outil essentiel pour mieux comprendre comment chaque élève engage le processus de la lecture et les compétences qu'il mobilise. À partir des remarques consignées, il offre de nombreux appuis pour entrer dans un enseignement explicite de la compréhension et cerner les apprentissages à mettre en œuvre. Il permet à chacun de se construire dans son identité de lecteur.

 image de tête zola

 

Consignes

Au fil de la lecture, c’est-à-dire pour chaque chapitre, mais cela peut aussi être pour 5 ou 10 pages, ou au moment où vous viennent les idées/sentiments provoqués par le texte, couchez sur le papier tout ce qui vous vient à l'esprit (en lien avec votre lecture, bien-sûr).

1)      Au début de chaque « pause-lecture », indiquez la date, l'heure et les pages lues.

2)      Puis, notez :

✔    vos impressions sur l’histoire racontée, sur le caractère et le comportement des personnages, sur les événements qui se produisent, sur ce que vous évoque tel ou tel passage, sur les autres livres auxquels vous pensez en lisant, ou tout autre commentaire qui vous vient à l'esprit.

✔    vos hypothèses de lecture (ce que vous pensez qu'il va se passer ensuite). À la pause-lecture suivante, vous pourrez alors vérifier si votre hypothèse s'est ou non réalisée.

✔    vos remarques sur le style d'écriture (vocabulaire, niveau de langue, construction des phrases et l'effet qu'elles produisent, construction de l'histoire, intention(s) du narrateur...)

Attention : rapportez vos commentaires aux pages et aux lignes qui les ont suscités.

Il doit y avoir 7 pauses-lecture minimum dans votre journal,

la dernière devant prendre place après avoir lu tout le roman.

L'ensemble du journal doit comporter au moins 4 pages rédigées,

et chaque pause-lecture doit être longue d'au moins 10 lignes.

 

Pour lancer le travail d'écriture, vous pouvez commencer avec les phrases suivantes :

Aujourd’hui, j’ai lu le passage où…/ Je me demande…/ Si j’étais tel personnage…/ Je pense…/Je crois…/ Je trouve…/ J’aimerais savoir…/ J’imagine… / J’ai cherché… / Les images qui me restent :…/ Les mots qui me reviennent : …/ Ce qui m’étonne, c’est…/ Je ne comprends pas …/ Ce qui me choque … / Ce qui me fait penser à …/ Ce que j'ai préféré…

Vous pouvez ajouter des dessins, des plans, des cartes, des croquis, des photos de choses qui vous font penser à votre lecture… (mais le plus important restera ce que vous aurez écrit). Vous pouvez aussi recopier des phrases du roman que vous avez aimées.

Le journal de lecture peut prendre des formes variées : carnet, cahier, blog, feuilles manuscrites ou dactylographiées… Attention, il ne s'agit pas d'un journal intime, inutile de raconter votre vie.

➢    Vous serez notés sur l'intérêt et le sérieux de vos réflexions (8 pts), l'orthographe et l'expression (5 pts), la présentation (3 pts), le respect des consignes (2 pts), la compréhension du roman (2 pts).

Retour sur l'activité

Proposer à mes élèves de rédiger un journal de lecture présentait à mes yeux quatre intérêts majeurs :

✔    De mon côté et d'un point de vue pratique, c'était un excellent moyen de vérifier que les élèves avaient vraiment lu le livre, un moyen plus fidèle qu'un questionnaire de lecture, auquel il est facile de répondre en apprenant par cœur un résumé déniché sur internet.

✔    Le journal de lecture me permettait de cerner les passages mal compris ou au contraire appréciés par les élèves, de façon à adapter mon cours par la suite.

✔     Pour l'élève lui-même, le journal de lecture est venu encadrer et aider la difficile entreprise qu'est la lecture d'une œuvre longue. Il était donc particulièrement indiqué dans la lecture de La Fortune des Rougon, d’Émile Zola.

✔    Pour l'élève, ce fut aussi l'occasion inconsciente de se raconter en tant que lecteur, et, lors de la séance de reprise, d'examiner, consciemment cette fois, son acte de lecture.

 

   Peu d'élèves ont adopté dans leur journal une lecture réflexive, analysant le style de l'auteur, ou tout autre procédé que l'on étudie en cours. Cela ne m'a pas dérangée, car ce n'était pas l'intérêt premier de l'exercice.

   Un certain nombre d'entre eux ont eu tendance à résumer l'histoire. Si je devais refaire l'exercice, je préciserais donc dans les consignes que cela n'est en aucun cas un passage obligé du journal. Cela présentait en effet très peu d'intérêt, la majeure partie de ces résumés venant d'internet.

   Les autres élèves ont bien compris qu'il s'agissait de donner leurs impressions sur le roman, et, en émettant puis vérifiant ou infirmant des hypothèses, d'observer comment l'histoire se laissait deviner ou déjouait au contraire l'attente du lecteur.

  Certains journaux se sont révélés passionnants à lire, amusants, intéressants. Les élèves se sentaient libres de créer des liens avec des activités ou lectures de leur monde – littérature de jeunesse, bandes dessinées, jeu vidéo –  ce qui leur permettait de s'approprier l'histoire, d'y lire aussi un peu de leur vie à eux.

  J'ai été surprise par la force et la justesse de certaines de leurs réactions qui montraient à quel point certains passages de l'histoire les avaient touchés, en particulier les luttes familiales féroces ou l'idylle adolescente que l'on trouve dans La Fortune des Rougon. Avant même que je ne leur en parle en cours, ils découvraient seuls comment Zola, au moyen de l'histoire d'amour de Miette et Silvère, ménage des pauses enchantées au milieu d'un roman assombri par les intrigues politiques et les rivalités.

  Le journal de lecture ne peut certes suffire à construire un lecteur accompli de littérature. Il faut, en aval, inscrire l'ouvrage dans un contexte plus vaste, aider l'élève à rentrer dans la fabrique du texte, lui montrer le travail de l'auteur sur la narration, la construction du récit, la beauté des mots. Mais le journal de lecture permet certainement aux élèves de formuler à l'écrit ce à quoi ils n'auraient guère prêté attention si on ne les y avait invités : le goût, amer ou tendre, d'une histoire qu'ils ont commencé par détester avant de s'y plonger avec empressement. Il constitue ainsi une première porte d'entrée dans la littérature.

Productions

 

Les productions des élèves sont visibles en pièces jointes de cet article