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Le décrochage, les adolescents difficiles et le lien École-Parents : comment construire la co-éducation ?

mis à jour le 19/04/17

« On ne choisit pas ce qu’on est mais on choisit ce qu’on en fait. » Conférence de Philippe Jeammet, professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'université Pierre-et-Marie-Curie, dans le cadre des réunions de bassin des chefs d’établissement.

Philippe Jeammet part de 3 constats :

  1. Plus un individu va mal, plus l’explication est simple au sens de primaire.
  2. La vie est un échange permanent. Elle est caractérisée par le processus d’individuation. Elle invite à l’échange et à la relation aux autres. C’est pourquoi elle crée de la dépendance et fait courir le risque de la déception dans le rapport à l’autre. Plus vous aimez, plus vous donnez du pouvoir à l’autre !
  3. Nous avons tous des peurs et nous sommes programmés pour réagir face à la menace et à l’impuissance.
    Lorsque les peurs deviennent contraignantes et pathogènes, on parle de phobies psychologiques. Le malade réagit alors de façon primaire pour fermer la relation à l’autre et ne dépendre de personne. Face à la menace, il se sent impuissant et adopte une conduite adaptative qui l’enferme, empêche le lien avec la vie mais lui permet de reprendre le contrôle.
    Il s’attaque à l’un de ces trois champs : les soins du corps, les compétences, la sociabilité.
    Agir est une façon de maîtriser ses peurs (l’anorexique par exemple exerce un contrôle sur son corps et sur son appétit.) Quand on (se) détruit, on devient acteur. La croyance doit être considérée aussi comme un acte et le syndrome de Stockholm, par exemple, consiste à croire que mourir pour la cause de ses kidnappeurs est acceptable.

 

 

 

 

 

 Le pouvoir absolu, c’est détruire le lien de dépendance pour ne pas risquer la déception. Attendre peu c’est risquer peu de déception.

La destructivité s’explique par ce cercle vicieux : si je n’attends rien, je ne serai pas déçu, je n’ai donc rien à perdre à détruire ce dont je n’ai rien à faire.
Pour l’élève, ne pas passer un examen, c’est le meilleur moyen de ne pas être déçu. Au contraire, réussir un examen, c’est acquérir de la liberté, vous pouvez en faire quelque chose mais vous vous rendez dépendant du contexte, de professeurs, d’employeurs…
La vie se joue entre deux émotions fondamentales : la confiance et la peur (plus la solitude).

Préférer la créativité à la conjuration (je ne crois à rien, de toute façon on va tous mourir…), c’est-à-dire penser que notre finalité n’est pas la mort mais la transmission. Nous ne sommes que le matériel de transmission de la vie qui continue au-delà de nous. La vie n’est pas binaire mais dynamique et en tension. Certes, on ne choisit pas ce qu’on est mais on choisit ce qu’on en fait.
Qu’est-ce qui fait changer ?

  • Les rencontres et la confiance qui se gagnent en continuité. Le comportement d’un décrocheur n’est pas fou mais triste. L’agitation n’est pas un choix. On peut lui dire qu’on n’est pas d’accord parce qu’il y a d’autres possibilités, parce qu’on sait qu’il en vaut la peine. Les adolescents n’envoient pas les messages qu’on attend : sur 800 adolescents interrogés, 75% disent attendre quelque chose des parents et sur 800 parents interrogés, seuls 30% pensent que l’adolescent attend quelque chose d’eux. Ils sont à une période de bouleversements physiologiques qu’ils cherchent à maîtriser par l’identification à un groupe, par des rites, par des actions.
  • Il est important d’éviter de répondre en miroir : la colère à la colère, l’agacement à l’agacement, la violence verbale à la violence verbale. Pour cela penser à faire asseoir, à poser la question : « Mais qu’est-ce qui se passe ? Venez avec moi, on va prendre rendez-vous… » Cela permet de sortir de la position de combat primaire en escalade.
  • Remettre du jeu, ne pas réduire la personne à sa maladie, créer une ambiance au centre de la rencontre (réunion pluridisciplinaire de tous les intervenants). Aller mal est une demande ; ne pas travailler n’est pas un choix mais une conduite adaptative, un comportement qui a semblé être la solution -voire la seule solution- à un moment donné.