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"La Dispute", d'après Marivaux: un projet d'adaptation mené auprès de lycéens

mis à jour le 06/11/17

la dispute 150 Vanessa Henriette De Hillerin, enseignante au lycée Jacques Decour, a travaillé l'an dernier avec ses élèves à la mise en scène une adaptation de La Dispute de Marivaux, en théâtre d'ombres et vidéo projection. Voici la présentation du projet ainsi qu'une captation d'une représentation des élèves.

La Dispute d'après Marivaux

            L'an dernier nous avons monté une adaptation de La Dispute de Marivaux avec Mélanie Christensen, metteure en scène et marionnettiste et ma classe de première S. Nous avons présenté à l'oral du bac le texte intégral de La Dispute  et vu plusieurs Marivaux au passage (L'excellent Jeu de l'amour et du hasard au Lucernaire , La Double inconstance en grande résonance avec La Dispute  à l'Epée de bois).

            Nous avons commencé par adapter le texte collectivement en le réduisant et en introduisant un prologue, ce qui a permis aussi aux élèves de bien se saisir du texte. Je leur ai présenté des photographies et témoignages sur la mise en scène de Chereau qui a exhumé la pièce et l'a sertie d'une force sauvage et sadienne. Chereau avait d'ailleurs ajouté un prologue à cette courte pièce en un acte, un curieux objet littéraire sur le principe du centon : un texte homogène mais constitué de répliques de Marivaux venues des différentes pièces. Le prologue de notre petit spectacle venait lui d'un article du Spectateur français, un morceau autobiographique où Marivaux raconte une anecdote fondatrice : son premier amour à dix sept ans pour une jeune femme apparemment sans coquetterie et sincère ; à l'issue d'un entretien amoureux avec elle, il oublie son gant et la surprend face au miroir qui reprenait toutes les attitudes et postures qu'il avait crues spontanées et naturelles… Il rompt alors brutalement en ajoutant qu'il a désormais vu les coulisses de l'opéra et qu'il ne pourra jamais plus prendre le même plaisir au spectacle. Nous avons tourné ces scènes dans un appartement XVIIIème où vécut la Malibran, cantatrice célébrée par Musset. Puis nous avons inséré le film vidéoprojeté dans le prologue narré par Marivaux, afin de créer une mise en abyme supplémentaire. L'épilogue en ombres lui fait écho et sert de clôture au spectacle (Marivaux retrouve sa coquette in fine…).

            Pour la mise en scène, Mélanie a travaillé avec les élèves par groupes extraits de la classe par rotation afin de ne pas manquer trop d'heures de Français, tout en les aidant à tout rattraper. On a eu aussi de nombreuses séances collectives au fil de la création (hors des heures de cours à la fin). Nous avons comme d'habitude monté des équipes (son/ régie plateau/ lumières/ acteurs/ accessoiristes/ musiciens etc. ) avec des chefs d'équipes qui nous relaient. Les élèves ont tous choisi ce qu'ils voulaient faire dans ce projet autant en fonction de leurs désirs que de leurs compétences. Nous avons reçu l'aide de nombreuses bonnes âmes parmi les parents d'élèves : Cécile Delozier pour le jeu d'acteurs, Jean Pierre Allain, peintre, pour les belles toiles de décors végétaux ; Madame Baciocchi qui dirige l'école de mime international de Paris nous a dispensés de précieux conseils pour les scènes en ombres.

            Nous avons joué deux fois avec deux équipes d'acteurs différents. Les élèves ont infléchi le scénario en choisissant un couple homosexuel pour incarner le couple final de Dina et Meslis.

            Je crois que notre grand plaisir du travail partagé se voit à la fin de la représentation : ils ont improvisé leurs saluts en ombres, en musique et avec une allégresse contagieuse !