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Quelques exemples simples d’usage des cartes mentales en cours de français

mis à jour le 06/02/18

Exemples d'exploitation de cartes mentales en cours de français au collège pour la grammaire, la lecture, le vocabulaire... Présentation de scénarios pédagogiques.

Une « carte mentale » ou « carte heuristique » est une représentation graphique des relations hiérarchiques entre différents éléments. Elle permet d’avoir un aperçu visuel d’informations que nous appréhendons habituellement par une liste hiérarchisée avec titre, sous-titres, etc.

1. Les cartes mentales en classe, pourquoi est-ce intéressant ?

Ainsi par exemple, un cours de français ou une fiche de révision visant à récapituler les types et formes de phrases en troisième, se présenterait traditionnellement de cette manière :

Les types et formes de phrases
1. Les types de phrases (Rappel)
a. La phrase déclarative

  • définition
  • exemple

b. La phrase interrogative
etc.

2. Les formes de phrases
a. La phrase passive
Exemple : …
b. La phrase emphatique
c. La phrase impersonnelle

La carte mentale donne une représentation visuelle globale de ce cours :

La phrase   2  cours
Exemple n° 1

Cette représentation visuelle, en plus d’être plus attrayante et plus gaie, présente trois intérêts principaux :

  • les rapports entre les différents éléments d’information sont immédiatement visibles, et donc plus faciles à se représenter (cela ne passe plus par une opération intellectuelle de re-présentation) ;
  • la carte est plus facile à mémoriser (particulièrement pour les élèves qui ont une « intelligence visuelle », si l’on peut dire, en reprenant la théorie d’Howard Gardner sur les « intelligences multiples ».)
  • certains élèves présentant des troubles dys- sont formés, généralement par leur orthophoniste, à la réalisation de cartes mentales, plus faciles pour eux à manipuler qu’un cours.

Si les cartes mentales peuvent avant tout être exploitées comme supports de cours à imprimer, que l’on peut fabriquer facilement chez soi, leur forme numérique permet une élaboration collective ou individuelle par les élèves pendant le cours et facilite leur modification ultérieure. Celle-ci peut donc se faire soit en vidéoprojection : l’élaboration est collective, la carte est le support du cours ; soit individuellement, si les élèves ont des ordinateurs ou tablettes : la carte est alors le support de leur activité.

2. En vidéoprojection : la carte support de cours

Comme toujours, c’est quand les élèves élaborent le cours eux-mêmes qu’ils le comprennent et le retiennent le mieux. Il est donc plus efficace de consacrer du temps à fabriquer la carte avec eux, que de la leur donner tout faite. En classe de troisième, la création de cartes mentales peut même devenir une activité régulière pour réaliser des fiches de révision.

On pourrait ajouter aussi que, comme toujours avec le numérique, ce qui en fait l’intérêt n’est pas l’outil lui-même mais l’exploitation didactique et pédagogique qu’on en fait. Voici donc quelques scénarios d’utilisation, même si on peut, bien entendu, en imaginer bien d’autres selon ses objectifs, ses élèves et, pourquoi pas, sa fantaisie.

La phrase : un cours en mode puzzle

Ainsi par exemple, le cour sur les types de phrases n’a pas été donné tel quel. Il s’agissait dans cette classe de remettre en place des notions déjà connues mais souvent confuses. On connait les points douloureux de cette leçon : on confond « types » et « formes », « exclamative » et « injonctive », bien souvent. Ou on oublie « injonctive », quand on n’a pas appris à la place « impérative ». Enfin, on assimile légitiment les « formes de phrases » à la négation et à l’affirmation, dans la mesure où ce n’est que dans les programmes de 2016 que les « formes » désignent la caractéristique « passive », « emphatique » ou « impersonnelle ».

La carte mentale en ligne (popplet.com) est présentée au vidéoprojecteur « en vrac » : elle sert de support de cours.

 La phrase   1  exercice

Exemple n° 2

Étape 1 : Les élèves sont invités à retrouver ce que désignent les termes « types » et « formes » de phrases, et dans un premier temps réfléchissent chacun pour soi en retraçant la carte complète au brouillon. La consigne est de classer dans chaque « type » et « forme » les désignations qui en relèvent et d’ajouter pour chacune un exemple.

Étape 2 : Pour la correction de l’activité, un élève vient à l’ordinateur du professeur et manipule les « popples » (c’est le nom des bulles sur Popplet.com) pour les relier correctement puis ajoute les exemples proposés par ses camarades. Le résultat attendu doit ressembler à la première copie d’écran ci-dessus (« Exemple n° 1 »).

Étape 3 : Selon le matériel dont dispose l’enseignant dans la salle, et sa dextérité numérique, on peut soit demander aux élèves de recopier la carte au propre, soit la copier/coller dans le traitement de texte (deux par page ; la commande « exporter au format Jpeg » facilite la tâche) et l’imprimer (en couleurs…) pour que les élèves la collent aussitôt dans leur cours. On peut même en profiter (pendant qu’ils coupent et collent…) pour l’intégrer en pièce jointe dans le cahier de texte numérique comme complément au cours du jour (on peut même pousser jusqu’à profiter de ce répit pour remplir le cahier de texte, et ainsi ne pas prendre le temps de l’interclasse ou de la récréation pour le faire, mais c’est une autre habitude à prendre…).

Mais l’usage des cartes ne se limite pas aux cours de grammaire. Celles-ci peuvent en effet être précieuses également pour travailler sur des textes longs, comme le montrent les deux exemples qui suivent.

Œdipe en colonnes

Toujours en classe de troisième, au début de l’étude de l’Antigone de Jean Anouilh, il est prudent de vérifier que les élèves ont bien compris qui sont les personnages de la pièce et quels liens les relient. On aura bien sûr pris soin d’évoquer l’histoire d’Œdipe (par un exposé d’élève, par exemple) et d’avoir découvert les personnages de la pièce. On se propose donc rien moins que de faire un petit arbre généalogique des Labdacides, en donnant la consigne suivante :

Étape 1 : Faites l’arbre généalogique d’Antigone en plaçant les personnages suivants : Ménoecée (père de Créon), Eurydice, Créon, Jocaste, Laïos, Œdipe, Antigone, Hémon, Étéocle, Polynice et Ismène.

Une carte heuristique (« en vrac » à ce stade) vidéoprojetée viendra avec bonheur compléter la consigne pour dédramatiser le nombre de personnages :

 Les Labdacides

On peut même commencer l’exercice collectivement pour encourager les élèves. Chacun travaille ensuite au brouillon.

Étape 2 : Pour la correction, on procède comme précédemment : un élève vient à l’ordinateur du professeur et manipule les « popples » pour les relier correctement, en commentant ses choix. Certes, Œdipe nous donne un peu de fil à retordre, mais on doit pouvoir aboutir à quelque chose de compréhensible ressemblant à la carte suivante :

 Les Labdacides   Correction

3. Manipulée par les élèves : la carte support d’activité

Moïse, ses amis, ses ennemis et son réseau social : cartographie du schéma actantiel

Pour accompagner la lecture de la Genèse en classe de sixième, j’aime bien faire lire aux élèves en lecture cursive l’excellent Contes et Légendes de la Bible de Michèle Khan (le tome 1 : Du jardin d'Eden à la terre promise). Les élèves l’aiment généralement bien et le lisent facilement, découvrant ainsi une bonne partie des histoires de l’Ancien Testament dans leur version orale traditionnelle, celle qui est parvenue jusqu’ici de bouche de parents à oreilles d’enfants dans la culture juive, mais qui est évidemment présentée ici dans le respect de la laïcité.

On découvre ainsi avec plaisir Adam et Eve, Caïn et Abel, Noé, etc. Mais voilà, Moïse a une grande famille et rencontre une foule de gens au cours de sa vie. Certains reviennent même au centre de l’histoire alors qu’on les a oubliés depuis longtemps, et on finit généralement par être un peu perdu. Nous allons donc nous aider d’une carte mentale non seulement pour y voir clair dans tous ces personnages, mais plus largement pour comprendre le fonctionnement d’un schéma actantiel.

Étape 1. Je demande donc aux élèves, pendant leur lecture à la maison, de noter dans un tableau tous les noms des personnages, la page à laquelle ils apparaissent et leur lien à Moïse. Pendant ce temps, je prépare (sur Framindmap) une carte heuristique vierge, avec le seul nom de Moïse suivi de deux branches principales : « Personnages qui l’aident » et « Personnages qui lui nuisent » :

moise1Framindmap permet d’exporter la carte au format « Freeplane », logiciel libre et gratuit qui se trouve installé sur les postes des élèves et qui leur permet de manipuler les cartes mentales.

Étape 2. Les élèves arrivent en classe avec leur tableau, que nous corrigeons afin d’être tous d’accord sur les personnages de l’histoire, leur lien à Moïse et surtout, afin de vérifier que tout le monde a compris l’histoire, et d’expliquer les passages restés obscurs le cas échéant. A l’issue de cette étape, nous avons tous un même tableau des personnages.

Étape 3. les élèves allument alors leur ordinateur, ouvrent la carte et doivent la compléter avec la consigne suivante : Placez à gauche tous les personnages qui aident Moïse, à droite ceux qui lui nuisent. Ajoutez une bulle pour dire ce qu’ils font pour l’aider ou lui nuire (en précisant la page du livre). Il peut y avoir plusieurs bulles pour un personnage. Un même personnage peut se trouver des deux côtés, selon les moments de l’histoire.

À la fin, les élèves indiquent leur nom sur la carte et l’enregistrent en la laissant à sa place, ce qui me permet de récupérer les cartes puis de les imprimer. Elles sont ensuite évaluées, puis une correction au vidéoprojecteur est faite.

La correction donne ceci (fichier Freeplane, au format .mm) :

 Moïse

Vocabulaire : classer des synonymes

S’il y a bien un terme « passe-partout » dont les élèves raffolent, c’est le mot « énervé ». Quand Moïse découvre que les Hébreux adorent un veau d’or, il est « énervé ». Quand Antigone apprend que son frère n’aura pas de sépulture, elle est « énervée ». Quand deux élèves se disputent, c’est parce que l’un a « énervé » l’autre. Il est bien rare de trouver dans une rédaction un terme un peu plus précis ou plus nuancé. Pour conjurer le mauvais sort fait à ce participe, rien de tel qu’une bonne carte mentale. Placez-y « en vrac » tous les synonymes d’« énervé ». Le nombre et les nuances seront sélectionné.es en fonction du niveau des élèves, car l’activité peut être faite de la 6e à la 3e. On trouvera un très large éventail de synonymes où puiser dans le Dictionnaire des synonymes du laboratoire Crisco (CNRS). Voici un exemple qui convient pour la fin du cycle 4 :

 enerve 1

Étape 1 : Le travail de classement des synonymes suppose d’en ériger quelques-uns en « mots génériques », sous lesquels on va en classer quelques autres. Il est préférable de commencer en classe entière au vidéoprojecteur pour que les élèves comprennent ce que l’on attend d’eux, car l’exercice leur est rarement familier. On leur demande donc, au brouillon, de faire quelques ensembles en réunissant les mots porteurs des mêmes nuances de sens. On cherche ensuite le synonyme le plus approprié (le plus neutre) pour servir de titre à chaque ensemble. C’est l’occasion d’évoquer avec eux les nuances de chaque mot. Si les élèves ont à leur disposition un dictionnaire électronique, cela facilite la tâche. À ce stade, on commence à mettre en évidence quelques familles de sens, par exemple comme ceci :

 enerve 2

Étape 2 : Quand les élèves ont compris le principe de l’exercice, chacun continue sa carte seul (soit en ligne sur Framinmap après que celle-ci a été partagée, soit sur Freeplane après que celle-ci a été exportée).

Étape 3 : On peut à ce stade différencier le travail en proposant à ceux qui ont terminé les premiers de classer, dans chaque ensemble, les synonymes par ordre croissant d’intensité.

Lorsque les élèves ont terminé, ils impriment leur carte. On peut leur demander soit de la coller dans leur classeur et d’y reporter la correction éventuelle, soit de la rendre, si on souhaite évaluer ce travail.

Étape 4 : Correction de la carte au vidéoprojecteur, les élèves reportent au stylo les erreurs. La carte finalisée peut être exportée (dans un format image ou en PDF) puis intégrée dans le cahier de texte numérique.

Et bien sûr, chaque fois que le mot « énervé » leur vient à l’esprit, les élèves doivent penser à aller chercher sur leur carte un synonyme plus approprié, en fonction de la nuance de sens et de l’intensité qu’ils souhaitent lui donner.

4. Remplacer un collègue au pied levé 

Si vous êtes dans l'académie de Paris depuis moins de dix ans, il est probable que vous ayez souvent des remplacements impromptus à effectuer. Dans ce cas, vous risquez d'apprécier les cartes mentales, qui vous permettent de faire connaissance avec les élèves lors du premier cours tout en les amenant à vous dire (vraiment) tout ce qu'ils ont fait dans l'année avant votre arrivée (c'est valable aussi, d'ailleurs, pour démarrer l'année). Et vous sortirez du cours en sachant exactement où ils en sont, sans la moindre copie à corriger.

Etape 1 : Demandez aux élèves tout ce qu'ils ont fait dans l'année et notez tout ce qui sort dans une bulle, "en vrac", que vous vidéoprojetez. 

Etape 2 : Comme pour l'exercice de vocabulaire ci-dessus ("Enervé"), proposez-leur de faire des ensembles et d'y classer autant que possible les bulles. Les grands domaines de l'enseignement du français vont assez vite ressortir (grammaire, othographe, lecture, écriture...) et même d'autres plus ou moins attendus, plus ou moins originaux (parcours artistique, EPI, sorties, etc.).

Etape 3 : Une fois que les grands domaines sont sortis, donnez-leur une couleur visible et demandez aux élèves de reproduire la carte dans leur classeur, avec comme consigne de ne rien laisser en vrac : tout doit être rangé dans une catégorie. Cela les amène à la fois à se remémorer ce qu'ils ont fait, et à remettre en place dans leur esprit l'organisation de l'enseignement du français.

Etape 4 : Correction du travail au tableau. Vous ressortirez du cours avec une carte bien claire qui vous permettra de prendre sereinement la suite et de préparer vos cours en connaissance de ce qu'ils ont déjà fait. Par exemple : 

remplacement