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Hommage à Ida Grinspan

mis à jour le 02/10/18

Infatigable témoin de la Shoah, elle a rencontré des jeunes et leurs professeurs dans toute la France et dans notre académie en rendant hommage à ceux qui ne sont pas revenus, transmettant leur mémoire aux jeunes générations. En partenariat avec l'union des déportés d'Auschwitz, l'académie de Paris vous invite à lui rendre hommage avec vos élèves le 19 octobre de 14h00 à 16h30 en visio-conférence. Pour vous inscrire, le lien figure en bas de cette page.

            Le 1er juillet dernier, lors d’une cérémonie nationale émouvante, Simone Veil et son époux faisaient leur entrée au Panthéon. La Nation rendait alors un vibrant hommage à cette grande dame engagée dans de nombreux combats dont celui de la mémoire de la Shoah. Cette panthéonisation mettait en lumière le rôle indispensable des témoignages des rescapés du génocide pour éclairer les jeunes générations sur le passé et les guider vers un avenir plus humaniste et solidaire. Mais ces témoins sont de moins en moins nombreux. Le mois de septembre 2018 a été particulièrement endeuillé par la disparition de rescapés de la Shoah, celle, le 18 septembre, de Marceline Loridan-Ivens  et 6 jours plus tard, le 24 septembre, d'Ida Grinspan.

            Le décès d’Ida Grinspan a suscité une grande émotion dans le pays et plus particulièrement au sein de la communauté scolaire. En effet, celle que tous appelaient affectueusement et respectueusement par son prénom « Ida » n'était pas une inconnue des élèves et des professeurs. Infatigable témoin, elle arpentait les établissements pour raconter son histoire, rendre hommage à ceux qui ne sont pas revenus des camps et aiguiser la conscience des jeunes générations.

            Aussi, c’est tout naturellement que l’académie de Paris s’est associée à l’hommage qui lui sera rendu le 19 octobre par ses amis de l’union des déportés d’Auschwitz : Raphaël Esrail, Elie Buzyn, Ginette Kolinka et Esther Senot depuis le lycée Montaigne. Différents établissements de l’académie de Paris pourront participer en direct à cet évènement au moyen d’une visio-conférence.

            Ida Grinspan née Fensterszab a vu le jour en 1929 dans le XIIème arrondissement de Paris. Ses parents polonais avaient quitté la Pologne en 1924 pour fuir l’antisémitisme. En juin 1940, soucieux de la protéger, ils avaient placé la petite Ida chez une nourrice, à Sompt, dans les Deux-Sèvres où elle fut scolarisée. En juillet 1942, sa mère restée à Paris fut arrêtée au cours de la rafle du Vél' d'Hiv. Un an et demi plus tard, le 30 janvier 1944, Ida connut le même sort dans son village. Malgré sa jeunesse, l'adolescente fit montre, au cours de son interrogatoire, d’un grand courage en refusant de livrer l’adresse où son père et son frère se cachaient. Transférée au camp de Drancy, elle fut déportée au centre de mise à mort d’Auschwitz par le convoi 68, à l’âge de 14 ans et demi. Le 18 janvier 1945, elle subit l’évacuation et une marche de la mort. Transférée en Allemagne au camp de Ravensbrück puis à Neustadt-Glewe, elle fut libérée le 2 mai 1945.

            De retour à Paris, elle retrouva son frère et apprit la mort de sa mère et la déportation de son père. Au début des années 1990, après l'ère du « grand silence », Ida commença à accompagner des voyages mémoriels à Auschwitz notamment dans le cadre de l’amicale d’Auschwitz. Coiffée de sa chapka, avec une voix douce et des yeux brillants, infatigable, elle transmettait le récit de sa déportation. Son témoignage toujours poignant permettait de sensibiliser les élèves à la déshumanisation concentrationnaire mais surtout d’incarner l'histoire de la Shoah. Elle décrivait la barbarie des camps simplement, sans emphase ni pathos. Elle racontait son arrivée, la perte de « son identité » et la « vie » à Auschwitz. « Dès les premiers appels, nous prenons conscience que nous ne sommes que des « stück », des pièces, des morceaux. C’est par ces mots que nos gardiens nous désignent, exprès, pour nous convaincre de notre néant.»

            Ida était une femme engagée qui au cours de ces dernières années a témoigné avec ardeur devant plus de 200 000 élèves de toute la France. Pédagogue, précise dans son récit, elle parvenait à captiver son auditoire. Jusqu’à la fin de sa vie, elle est restée fidèle à son serment : « Je n'oublie pas que j'ai reçu une mission sacrée. Je revois les femmes qui me l'ont confiée, en partant pour le Revier, antichambre de la mort : "Si vous rentrez, il faudra leur dire. Ils ne vous croiront pas, mais il faudra leur dire".

            Ida a défendu avec conviction et fermeté les valeurs de la République et lutté contre le racisme et l’antisémitisme mais aussi contre « l’oubli qui serait aussi intolérable que les faits eux-mêmes. » C’est ce travail d’histoire et de mémoire que la jeunesse du pays doit perpétuer. Cette jeunesse est la dernière « génération de la parole », celle qui a eu la chance d'entendre le témoignage direct des rescapés. Or, un à un, les témoins, tels Ida Grinspan, disparaissent. Mais ils ont passé le relais pour que le génocide ne sombre pas dans l'oubli et qu'un monde meilleur se construise. Le testament philosophique des anciens déportés d'Auschwitz, daté d'avril 2010, s'adresse ainsi aux jeunes : « Que tu deviennes ouvrier, ingénieur, membre d'une profession libérale ou éducateur de jeunes enfants, ta vie se construira sur le passé des hommes, sur celui des morts sous la mitraille ou dans les chambres à gaz, sur celui de ceux qui ont sacrifié leur futur pour le bénéfice de ton présent, pour que tu aies le bonheur de vivre dans un monde de tolérance et de liberté. Héritier de ce passé, tu devras le restituer à ceux qui te succéderont afin que notre planète sur laquelle il pourrait faire si bon vivre puisse un jour devenir la Terre des Hommes »

             C'est dans le même esprit qu'Ida Grinspan disait à propos des jeunes générations : « Nos témoignages s’adressent surtout aux jeunes, qui sont plus demandeurs que leurs parents. […] L’avenir dépendra de l’information donnée sur le passé. Nous avons la chance de vivre en République, en démocratie ; les jeunes doivent être préparés à préserver ces libertés des tentations totalitaires. Car si les hommes sont différents, ils sont totalement égaux devant la loi. Ils ont les mêmes droits, et leur différence est un enrichissement pour chacun d’entre nous. »

En 2018, 74 ans après la Libération du camp d’Auschwitz, c’est avec humilité et respect que nous méditons ces sages paroles. Nous n’oublierons jamais l’engagement et le combat d’Ida.

 Ida-Grinspan

 

 IDA GRINSPAN

 

Pour inscrire une classe et déposer un message dans le livre de condoléances

Rachid Azzouz, Délégué académique à la mémoire, à l’histoire et à la citoyenneté et Marie Cuirot, professeur d’histoire-géographie-histoire des arts, cité scolaire Jules Ferry dans le IX ème arrondissement.

 

Le texte complet est téléchargeable dans l'encadré "en savoir plus".