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Hommage à Annick Burgard

Quelques semaines après le décès de notre amie Joëlle Boyer-Benkemoun, membre du jury du concours national de la Résistance et de la Déportation de l’académie de Paris et enseignante au lycée Condorcet, c'est une autre membre du jury du CNRD qui nous quitte. Clémence-Annick Burgard, figure de la résistance et amie d’Ida Grinspan était âgée de 96 ans, elle s'est endormie dans sa maison de Notre Dame de Courson dans le Calvados.

« On va aller manger en pensant à Ida, elle serait contente de nous voir toutes les deux » Ces quelques mots prononcés il y a 3 mois par Annick Burgard après les obsèques d’Ida Grinspan résument bien l'amie loyale et épicurienne qu'elle était. Malheureusement le 16 janvier, cette « bonne vivante » s'est éteinte.

Dès l'annonce de son décès, les hommages furent unanimes pour saluer son action et ses multiples engagements dans la Résistance, au service du devoir de mémoire, comme grand témoin auprès des jeunes générations et en tant que membre du jury du CNRD. A notre tour, par ces quelques lignes, souvenirs et anecdotes, nous souhaitons lui rendre hommage en rappelant ses nombreux combats et de sa lumineuse personnalité.

 AB et IG

  Annick Burgard et Ida Grinspan

  Hommage à la jeune résistante qu'elle fut.

              Originaire de Lyon, Annick Burgard, née Clémence Jayet, étudiait le droit à la faculté de Lyon en 1940. Elle rappelait que le choix de son prénom était lié à la passion de ses parents pour Clemenceau. Partageant les convictions gaullistes de ses parents qui cachaient chez eux des évadés, elle entra rapidement dans la Résistance. Avec des camarades, elle commença par diffuser des tracts à l'université.

                Au contact de Serge Ravanel, ami de ses parents, elle entra au mouvement Libération-sud comme agent de liaison pour le service régional de l’armée secrète sous le nom d’« Annick » et de « Cleo ». Avec courage, cette jeune femme de 17 ans transmettait des messages de la Résistance dans la région lyonnaise, la Savoie, le Jura, l’Ain, la Saône-et-Loire et participait à la préparation de parachutages clandestins. Dénoncée, elle fut arrêtée par la Milice le 3 août 1944 puis conduite dans les locaux de la Gestapo où elle fut très durement interrogée. Internée à la prison de Montluc à Lyon, elle fut libérée le 24 août 1944.  Elle reprit le combat avec les troupes insurrectionnelles et participa aux soulèvements de Villeurbanne et de Lyon. A la libération du territoire, elle s’impliqua  dans l’accueil des déportés de retour des camps.

Hommage à une femme  très investie dans la transmission de la mémoire.

                Annick Burgard -qui rappelait souvent qu’elle avait connu de Gaulle- a longuement travaillé pour le musée de l’Armée qu’elle quitta en 1975. Elle a continué à œuvrer pour le mémorial de Verdun jusqu’en 1979 puis plus le Centre européen du résistant déporté jusqu’à son inauguration en 2005. En 1979, elle intégra les services du ministère des anciens combattants et participa à la conception de nombreuses expositions à destination du grand public.

                Notre amie Annick était devenue une figure familière et chaleureuse de l’académie de Paris. Bénéficiant d’un petit « pied à terre dans la capitale », comme elle le disait, elle montrait toujours  beaucoup d'enthousiasme pour venir témoigner devant les élèves de notre académie mais aussi de toute la France. Femme engagée et d’une grande disponibilité, elle devait encore intervenir devant une classe le 28 janvier 2019. Elle avait maintenu une activité au musée de l’Ordre de la Libération comme médiatrice culturelle. Annick travaillait avec ardeur sur les causes qu’elle voulait défendre.

AB et la flamme

Annick Burgard ravivant la Flamme du soldat inconnu

                « Annick Burgard avait une joie de vivre. Avec beaucoup d’émotion, elle pouvait passer du rire en racontant les « bons tours » qu’elle avait pu jouer aux Allemands, aux larmes en évoquant les retrouvailles avec sa mère après sa libération de la prison de Montluc. Elle avait un réel intérêt et enthousiasme ainsi qu’une grande confiance dans la jeunesse ».

Hommage à la doyenne du jury du CNRD.

                Doyenne du jury du concours national de la Résistance et de la Déportation de l’académie de Paris, Annick Burgard avait gagné le respect et l’admiration de tous. Engagée naguère dans la Résistance, elle le fut aussi au sein de notre jury, ne manquant jamais une réunion ou une cérémonie.

                « Entre ses protège-oreilles et son écriture appliquée sur les fiches des dossiers je garde l'image d'une femme pittoresque et étonnante qui sortait tout droit des riches heures de la Résistance ».

                Elle était heureuse de participer à ce jury dont elle était devenue la coqueluche. « On se souviendra longtemps de sa fraîcheur et de son implication quand il s’agissait de départager copies et productions d’élèves. Elle avait avec elles des notes prises très consciencieusement ».

AB CNRD

Annick Burgard défendant une copie lors d'une séance du jury du CNRD

Prenant rendez-vous au Musée du général Leclerc et de la libération de Paris et du Musée Jean Moulin de la Ville de Paris, assidue à la tâche, elle passait une journée continue à la correction des copies des candidats.

                Elle aimait aussi immortaliser des souvenirs par des photographies prises au terme des cérémonies en Sorbonne ou à l’Hôtel de Ville. Lors de ces cérémonies, elle remerciait toujours chaleureusement les élèves et les enseignants en déclarant avec force et conviction : « Vous êtes formidables, merci ».

                Attachée aux valeurs de la République, elle parlait avec beaucoup de respect et d’admiration des camarades qu’elle avait connus dans la Résistance notamment Lucie et Raymond Aubrac. Leur fille, Elisabeth Helfer-Aubrac  évoque avec émotion et respect le souvenir d'Annick Burgard :

 « Annick, je l’ai connue il y a des années… peu importe le nombre… Sa disparition, c’est encore un pan de l’histoire familiale qui s’effrite après le départ de mes parents et de Serge Ravanel, leur « petit frère ».

Eux avaient attendu le printemps … Lucie le 27 mars 2007, Serge le 27 avril 2009 et Raymond le 10 avril 2012…

Annick avait cette volonté qu’ils avaient tous, chevillée au corps et à l’esprit, d’aller le plus loin possible avec humour et humanisme, dignité et efficacité.

Elle était de ces êtres qui vivent « pour de vrai ». Curieuse du monde, des gens, des évènements, fière d’être présente à l’actualité, elle savait donner envie de continuer à relayer les leçons de leurs combats de Résistants. »

                Annick Burgard qui disait avec humour ne pas aimer les médailles fut distinguée à maintes reprises comme médaillée de la Résistance, chevalier de la Légion d'honneur, officier dans l'Ordre national du Mérite. Nous perdons une grande figure de la Résistance. Elle reste par ses engagements un modèle pour notre jeunesse.

                Nous rendrons un hommage à notre camarade Annick lors de la prochaine cérémonie de remise des prix aux lauréats de l’académie de Paris du concours national de la Résistance et de la Déportation à l’hôtel de ville de Paris le 29 mai 2019.

Le jury du CNRD de l’académie de Paris

 

Le texte de l"hommage est téléchargeable dans l'encadré "en savoir plus" ci-dessous

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