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Mise au point sur les batailles des « points de passage et d'ouverture » de la Première Guerre mondiale

Débarquement de troupes frança

Cet article vient en complément de la ressource « La Première Guerre mondiale. Un embrasement mondial et ses grandes étapes, 1re ». Il fait état des dernières recherches et publications sur l'histoire militaire de la Grande Guerre.

Par Gilles Boué

Photo - Débarquement de troupes françaises sur l'île de Lemnos en 1915. Ernest Brooks (1876-1957)

Approche notionnelle

Suivant la nomenclature donnée par Jean Colin (officier français tué sur le front en 1917) dans ses « Transformations de la guerre » en 1911, on distingue cinq niveaux d’intensité dans les opérations militaires :

  • L’engagement qui est l’action de guerre la plus élémentaire par laquelle deux petites unités, partis ou détachements se prennent mutuellement à partie. L’ensemble des témoignages de simples soldats ou officiers subalternes renvoie à l’appréhension des engagements lors du conflit.
  • Le combat qui désigne tout engagement de détachements importants mais ne mettant pas en jeu le gros des deux armées.
  • La bataille dans laquelle les deux armées présentes sur un théâtre se livrent un combat général et cherchent mutuellement à s’anéantir ou à se neutraliser.
  • La campagne, suite de grande envergure de marches, de combats et de batailles, poursuivant des buts élevés, souvent même directement politiques.
  • La guerre conduite par une combinaison et une succession de campagnes, en vue de buts exclusivement politiques.  Colin rejoint ainsi Clausewitz et son célèbre aphorisme sur les liens entre politique et guerre.

La stratégie est donc du domaine de la guerre et peut, de ce fait, être décidée au niveau politique sans intervention directe des militaires. Ces derniers se réservent le domaine opératif ou opératique qui voit la coordination des moyens militaires au service de la stratégie, la tactique renvoie à l’utilisation à plus petite échelle des moyens militaires dans le cadre des engagements, combats et batailles.

1. La recherche de la bataille décisive. Clausewitz et la pensée opérative allemande au travers du plan Schlieffen

   Le plan Schlieffen est issu d’une double paternité. Une vision conceptuelle de la guerre dont Clausewitz est le fondateur et une réflexion tactique issue de la culture antique. « La destruction des forces ennemies est le principe primordial de la guerre et, dans l’action positive, la voie la plus directe vers le but ». Cet extrait de « de la guerre » de Clausewitz va influencer toute la pensée stratégique allemande du XIXe siècle. Les victoires de Sadowa (1866) ou de Sedan (1870) renforcent cette vision des buts de guerre et vont inspirer durablement le grand état-major allemand, dont sera issu le plan Schlieffen. Il est utile de se rappeler que ce plan fut élaboré à partir de 1878 et modifié progressivement jusqu’en 1914. L’objectif des engagements est donc la recherche de la destruction des forces ennemies et non pas la conquête des territoires. « La jonction de nombreux engagements en une bataille permet les succès les plus amples » reprenant la pensée clauswitzienne, le général von Moltke va modifier le plan original du général Schlieffen en affaiblissant son « aile marchante » au profit du front alsacien-lorrain qu’il sait être un objectif symbolique fort des armées françaises. Le symbole est tout aussi fort chez les Allemands qui ne souhaitent laisser reprendre aucun territoire germanisé aux Français. La vision romantique et cultivée de la guerre de Moltke se voit aussi dans la volonté de refaire la bataille de Cannes (216 av. J.-C.). Le général von Schlieffen écrivit sur cette écrasante victoire d’Hannibal, une étude publiée en 1913. Plusieurs historiens ont fait le lien entre la bataille de Cannes et le plan Schlieffen (dont les derniers ajustements ont été rédigés en 1905 et 1911). Pour Jean-Jacques Becker « c'est le schéma de la bataille de Cannes, [...] qui inspira Schlieffen qui lui avait consacré une étude ». Wilhelm Grœner, le dernier quartier maître général de l’armée Impériale en remplacement de Luddendorf fin octobre 1918, proposait une autre lecture historique : « Schlieffen était resté dans une très sage limite en renonçant au double enveloppement, en se contentant d'un Leuthen » (1757, victoire écrasante de Frédéric II par fixation du centre autrichien et vaste mouvement d’encerclement de son aile gauche). L'influence du modèle de Cannes est plutôt à chercher dans la bataille d'encerclement et d'anéantissement de Tannenberg  (cf. ci dessous).

 

2. Tannenberg et la Marne

Les opérations

   Le plan Schlieffen pariait sur une mobilisation lente des forces russes (60 jours avant le début réel des opérations) ainsi que sur une défaite rapide des armées françaises en moins de six semaines. Les armées allemandes victorieuses, se retourneraient vers l’est, pour repousser des Russes probablement déjà engagés en Prusse orientale.  L’objectif de la VIIIe armée allemande de von Prittwitz déployée en Prusse orientale était donc de gagner du temps en évitant la réunion des deux armées russes lui faisant face. L’initiative des opérations fut donc sciemment laissée aux Russes.                

   Les deux armées russes (1ère et 2e) franchissent ainsi la frontière allemande dès le 15 août. La 1re armée russe du général Rennenkampf se porte vers l’ouest à partir du Niemen, la 2ème armée de Samsonov, se porte vers le nord en partant de la région de Varsovie. L’objectif des Russes est de couper la Prusse orientale et sa capitale Königsberg du reste de l’Empire allemand. Rennenkampf bat le général Prittwitz à Gumbinnen le 20 août et pousse ses troupes jusqu’à l’Alle. Si les Russes avancent encore, leurs deux armées pourront opérer leur jonction, isoler Königsberg et marcher réunies sur Dantzig. La situation des Allemands devenant critique, Prittwitz informe von Moltke (général en chef de l’armée allemande) qu’il envisage un abandon de la Prusse orientale. Cette vision défaitiste de la situation lui vaut d’être relevé immédiatement de ses fonctions pour être remplacé par le général Paul von Hindenburg, sorti de sa retraite, secondé par Erich Ludendorff comme chef de son état-major.

   Hindenburg décide immédiatement de battre l’une après l’autre les deux armées russes. Il ne laisse qu’un rideau de troupes devant Rennenkampf, reportant le gros de ses divisions sur Samsonov, dont les messages radios, non cryptés, ont été interceptés par les services radiophoniques allemands (premier exemple de guerre « électronique »). Utilisant le réseau ferré prussien et appliquant le principe de déplacement sur les lignes intérieures, il parvient à encercler l’armée de Samsonov. Anéantie par la supériorité en artillerie des Allemands, la 2ème armée est détruite, des dizaines de milliers de soldats russes sont fait prisonniers, Samsonov se suicide. C’est la bataille dite de « Tannenberg » du 26 au 29 aout 1914. Hindenburg se tourne ensuite contre Rennenkampf qui se replie après avoir appris le désastre de Samsonov. Dès lors débute la bataille des lacs de Mazurie au moment où s’engage la bataille de la Marne.

Les mythes de Tannenberg

   Dès la destruction de la 2ème armée de Samsonov, les généraux allemands réfléchissent au nom à donner à leur victoire. C’est le colonel Hoffmann qui proposa de la nommer bataille de « Tannenberg » (village à proximité des champs de bataille) en référence au nom que tous les Allemands connaissaient. La bataille de Grünwald ou Tannenberg avait vu une défaite majeure des Chevaliers teutoniques en 1410, vaincus par les Polonais de Ladislas II Jagellon. Reprendre ce nom, c’était effacer, 500 ans d’humiliation. De plus, les combats d’août 1914 en Prusse, apparaissent rapidement comme une des rares victoires indiscutables, de l’armée allemande en 1914. La propagande s’empare immédiatement de Tannenberg.

   Le mythe de Tannenberg repose sur une diffusion d’informations au mieux tronquées, au pire fausses : la supériorité numérique supposée des Russes face à un faible nombre de troupes allemandes, l’intelligence de vue d’Hindenburg et Ludendorff.  Or, les études qui suivent la guerre (majoritairement soviétiques) montrent que le nombre de divisions engagées de part et d’autre était globalement égal (bibliographie : Andolenko p.74). Si les pertes russes sont immenses (70.000 morts ou blessés, 90.000 prisonniers), elles ne remettent pas en cause la continuité des opérations. La victoire n’apporte pas la fin des combats et renforce plutôt la détermination russe. La propagande allemande oublie qu’au même moment les quatre armées russes principales sont engagées contre les Austro-hongrois en Galicie (Cf. Henri Ortolan, L’armée austro-hongroise 1867-1918, Bernard Giovanangeli Éditeur, paris, 2017). La priorité donnée par le grand-duc Nicolas (commandant en chef de l’armée russe) est en effet d’apporter son soutien aux Serbes en retenant face à lui, sur le font du sud-ouest de la Pologne le maximum de troupes austro-hongroises. Les opérations du front nord-ouest, en Prusse orientale, répondant à une demande expresse des autorités militaires françaises, sont destinées à immobiliser le plus possible les divisions allemandes et mettre en échec le plan Schlieffen.   

   Cette victoire sera utilisée par Hindenburg et Ludendorff, au service de leurs ambitions personnelles. Hindenburg se trouve rapidement au cœur d’une polémique sur l’origine du plan qui amènera les succès des Allemands. Le général von François avait déjà pris les mesures pour basculer son corps d’armée vers l’ouest avant l’arrivée d’Hindenburg au commandement. Le plan rédigé par le colonel Hoffmann, chef des opérations de la VIIIe armée, fut approuvé par le duo Hindenburg-Ludendorff. Par son entregent et sa connaissance des généraux qu’il avait formé à l’École de guerre, Hindenburg fit taire ces critiques. La promotion d’Hindenburg à la dignité de Feld-Marchal en novembre 1914, lui attira l’affection de l’opinion publique. Devenu commandant en chef des forces austro-allemandes sur le front oriental, Hindenburg sera appelé à diriger le haut commandement allemand à partir de 1916 et ce jusqu’à la fin de la guerre, formant avec Ludendorff un duo incontesté. Bénéficiant d’une véritable vénération du public, Hindenburg, sera élu président de la République en 1925.

   La victoire de la Marne est-elle redevable à la défaite russe de Tannenberg ? La rapidité du début des opérations a en effet poussé von Moltke à envoyer vers le front Est dès le 21 août deux corps d’armée, prélevés sur les armées affrontant les Français en retraite vers la Marne. Ce qui sera preçu comme une erreur fondamentale, affaiblissant l’aile marchante du plan Schlieffen. Cette critique, reconnue universellement dans les milieux stratégistes, se justifie-t-elle ? La bataille de la Marne s’engage le 5 septembre et voit son dénouement le 12 (recul des armées allemandes), soit deux semaines après la bataille de Tannenberg. Mais quand la 6ème armée française essaiera de déborder l’aile droite allemande, la 1ère armée de von Kluck se verra dans l’obligation de faire front vers l’ouest, ouvrant une brèche dans le front allemand. Les historiens militaires traditionnels pointent, à ce moment-là, l’absence des deux corps envoyés vers les Russes et qui auraient pu éviter la retraite de la Marne. Cette cassure dans la ligne allemande, poussera la 1ère armée vers le nord, mais les armées françaises épuisées ne pourront pas achever la manœuvre d’encerclement des Allemands en retraite. Il est donc difficile de savoir si Tannenberg eut une quelconque influence sur les opérations en France. Le maréchal Joffre dans ses Mémoires écrivit : « C’est avec le plus vif empressement que je saisis toute occasion de rendre hommage à la vaillance des armées russes, et de leur témoigner ma profonde gratitude pour l’aide efficace qu’elles ont apportées à notre armée, aux heures tragiques où l’Allemagne jetait la presque totalité de ses forces vers l’ouest. En lançant contre la Prusse Orientale ses forces disponibles avant même qu’elles ne fussent prêtes, le Grand duc Nicolas s’est élevé à la compréhension la plus haute des nécessités de la guerre. »

Vue d’ensemble des mouvements des armées russes et allemandes lors de la bataille de Tannenberg

1gm 01 Tannenberg

In http://87dit.canalblog.com/archives/2013/07/12/27625364.html 

 

3. L'expédition des Dardanelles - 19 février 1915 - 9 janvier 1916

   En août 1914, une convention secrète lie Berlin et Constantinople au cas où la Russie ouvrirait les hostilités. La déclaration de guerre officielle de la Turquie se fait officiellement le 28 octobre 1914. Au déclenchement du conflit, le sultan Mehmet V ferme les détroits, mobilise l’armée turque et proclame la guerre sainte, à l’instigation des Allemands qui espèrent un soulèvement des populations musulmanes dans les colonies françaises et anglaises.

   La Turquie, dont l’armée a été réorganisée par l’Allemagne et qui demeure liée à celle-ci par de forts liens économiques, s’engage donc dans la guerre au côté de la « Triplice » avec pour ambition la conquête de territoires russes frontaliers. La menace turque n’est pas négligeable, surtout pour les Russes qui voient s’ouvrir un troisième front direct, de la Pologne (face aux Allemands), à la Galicie (face aux Austro-hongrois) et maintenant le Caucase.

Les opérations des Dardanelles ont été la première initiative stratégique nouvelle dans la guerre, toutes les opérations antérieures étant liées peu ou prou aux plans d’avant conflit. Mème si Aristide Briant évoquait une opération contre la Turquie dès octobre 1914, l’origine des opérations est à relier avec le War Council (conseil de guerre anglais) du 25 novembre 1914, pendant lequel Winston Churchill, premier Lord de l’Amirauté (équivalent à ministre de la marine de guerre) avança les idées suivantes : « la méthode idéale pour protéger le canal de Suez d’une invasion turque est d’attaquer directement la péninsule de Gallipoli », ce qui permettrait aux Alliés de « dicter leurs conditions » à Constantinople. La possibilité d’ouvrir un nouveau front naval en Méditerranée séduit tout de suite le War Council ainsi que le premier ministre Lloyd George. Les travaux d’état-major qui suivirent proposèrent plusieurs solutions, dont une seule reçut le soutien des Français, un débarquement à Salonique destiné à renforcer l’armée serbe en lutte contre les Austro-hongrois.

Mais le projet des Dardanelles, finalement retenu, présentait trois avantages : ne pas extraire trop de forces terrestres du front français en mettant en place une opération essentiellement navale (principe d’économie des forces et mise en avant de la Royal Navy), une défaite turque rallierait les pays des Balkans encore indécis (Grèce et Roumanie) dans le camp des Alliés et finalement, l’opération ouvrirait un point de passage en « eaux chaudes » vers la Russie dont les besoins en aides directes se faisaient de plus en plus pressants. Cette dernière considération fut décisive, suite à la réception de rapports alarmants sur les pénuries d’armes et de munitions qui touchaient les armés russes après les revers de l’été et l’automne 1914. L’option Dardanelles fut adoptée par le War Council et agréée par Joffre.

Les opérations peuvent se distinguer en quatre phases

  • 19 et 25 février 1915: les tentatives de passage en force par la flotte alliée des détroits se soldent par des échecs dus principalement au minage du détroit.
  • 18 mars 1915: après trois semaines  de nettoyage des mines marines dérivant dans le détroit et de bombardement des défenses côtières turques, nouvel échec du passage en force.
  • 25 avril - aout 1915 : débarquements sur la péninsule de Gallipoli (Anglais, Australiens et Néo-zélandais) et sur la côte turque (Français). Les forces alliées se trouvent bloquées sur un petit périmètre. Les Turcs recevant une aide matérielle des Allemands se révèlent de redoutables adversaires formés par le général allemand Liman Von Sanders qui commande l’armée turque. Les combats s’éternisent comme sur le font ouest : guerre de tranchées et fortes pertes sans gain territorial.
  • 18-19 décembre et 8-9 janvier 1916: évacuation finale des forces alliées débarquées sans que les les Turcs ne s’y opposent.

L’expédition des Dardanelles échoua pour de nombreuses raisons : commandement interallié confus, planification et coordination insuffisantes des opérations navales et terrestres, renseignements insuffisants sur les forces turques, faiblesse numérique des troupes engagées. L’échec des Dardanelles coûta à Churchill sa crédibilité et son poste (démission en novembre 1915), il priva les alliés de sa grande alliance balkanique mais surtout isola la Russie.

Le bilan humain est à l’aune des opérations sur les fronts principaux. ( In Arthur Banks - A Military Atlas of the First World War - LEO COOPER edition - Barnsley - 2001)
Pertes alliés

  • 147 000 morts
  • 97 000 blessés
  • 145 000 malades.

Pertes turques

  • 154 000 morts
  • 99 000 blessés

Les Dardanelles occupent une place particulière dans l’histoire de la Première Guerre mondiale. Ce fut d’abord l’extension de la guerre sur le territoire turc, les opérations mirent en valeur Mustapha Kemal qui était à la tête d’une division de l’armée, il devint le héros de toute la nation avant d’en devenir le grand réformateur. La mondialisation du conflit s’exprime aussi par l’utilisation  des troupes de l’armée d’Afrique pour la France et des ANZAC  (Australian and New Zealand Army Corps - corps d'armée australien et néo-zélandais) pour les Britanniques. Ces derniers furent utilisés massivement lors du débarquement du 25 avril 1915 et subirent des pertes importantes. Le 25 avril est devenu depuis 1921 l’ANZAC Day, jour de commémoration de la Grande Guerre en Australie et en Nouvelle Zélande et par extension une célébration de la naissance des nations australiennes et néo-zélandaises.

Mais c’est en Turquie que les Dardanelles occupent d’une façon originale le champ mémoriel. La victoire fut célébrée dès 1916 et flatte encore aujourd’hui le nationalisme turc. Gürsel Göncü, historien militaire officiel, écrivait en 1961 « Si Istanbul avait été capturée, la Première Guerre mondiale n’aurait peut-être pas autant duré, et la révolution russe n’aurait peut-être même pas eu lieu ». Dès les années 1930 la vision kémaliste de la guerre permet d’effacer la diversité de l’armée ottomane. « La victoire de la bonne vieille armée de l’Empire ottoman a été “turquifiée”, et les soldats arabes, arméniens, grecs, juifs et kurdes ont été effacés de l’histoire officielle », écrit le sociologue Ayhan Aktar, de l’université Bilgi d’Istanbul .

Depuis les années 1990 et la montée d’un islam radical, une approche religieuse fait également des Dardanelles un affrontement entre islam et christianisme (faisant fi de l’alliance des Ottomans avec les Allemands). Recep Tayyip Erdogan rappelait, en 2013, que « la campagne de Gallipoli menée par les alliés était une croisade ».

Mais surtout la lecture turque de la victoire des Dardanelles permet l’occultation du génocide arménien, intervenu la même année et nié par Ankara. En 2011, Ahmet Davutoglu (AKP), alors ministre des affaires étrangères, au sujet des célébrations des cent ans de la bataille, annonçait que « l’année 2015 » serait présentée « non pas comme l’anniversaire d’une calomnie de prétendu génocide, mais comme l’anniversaire de la glorieuse résistance d’une nation ».

Les débarquements aux Dardanelles - 25 avril 1915

1gm 03 Les débarquements aux Dardanelles - 25 avril 1915

https://nzhistory.govt.nz/media/photo/gallipoli-invasion-map

Troupes britanniques dont les ANZAC (australiens et néozélandais) rouge
Troupes françaises de l’Armée d’Afrique bleu
Troupes turques vert                                      

Minage des détroits mines   Artillerie côtière turque

Le code OTAN est utilisé  pour définir la nature et la taille des unités engagées
Nature des troupes engagées :     Infanterie  Infanterie
Taille des effectifs
XXX : corps d’armée
XX : division
III : régiment ou groupe

Extension maximum de la tête de pont

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4. Mars 1918 : la dernière offensive allemande

   Ce point de passage et d’ouverture ainsi libellé, nécessite certainement des éclaircissements. En effet si l’offensive du allemande 21 mars 1918 marque bien un retour à la guerre de mouvements, mettant ainsi fin à trois ans de stagnation dans les tranchées, elle n’est pas la dernière offensive allemande de la guerre. De mars à juillet 1918, ce n’est pas moins de cinq offensives  allemandes qui sont lancées sur le font ouest : opération « Michael » le 21 mars connue aussi sous le nom de « kaiserschlacht », « Georgette » le 9 avril, « Blücher » et « Yorck » le 27 mai et « Marne » le 15 juillet. Il faut donc s’interroger sur la pertinence de ce choix précis de point de passage et d’ouverture.

Trois idées forces se dégagent suivant un raisonnement multiscalaire

   Au niveau tactique, les opérations allemandes, s’appuyant sur les tactiques (Cf.définition ci-dessus) d’engagement testées avec succès sur le front Est (bataille de Riga- septembre 1917), permettent de faire sauter le verrou de la guerre de tranchées. Au lieu d’écraser les tranchées adverses par un bombardement long de plusieurs jours, le colonel d’artillerie Bruchmüller fait adopter le « trommelfeuer » (ouragan de feu), un bombardement de très grande intensité sur les premières lignes pendant une courte période de temps : lors de cette concentration des feux d’artillerie, des troupes d’assaut s’infiltrent en petits groupes de combat autonomes suivant au plus près la préparation d’artillerie . L’objectif de ces « stosstruppen » était de pénétrer  le plus loin possible dans les lignes adverses, laissant les troupes de la deuxième vague d’assaut éliminer les poches de résistance. Cette tactique préfigure ce que sera à l’échelle opérationnelle, la « blitzkrieg » du début de la Seconde Guerre mondiale.

   Au niveau opérationnel : ce sont les secondes, voire les troisièmes lignes, qui sont visées par l’offensive. Il ne faut pas laisser le temps aux Alliés de se renforcer, en désorganisant leurs arrières proches. La supériorité doit donc se gagner sur le plan de la disruption des lignes de communication adverses, sur la supériorité aérienne (permettant d’obtenir les renseignements sur les mouvements adverses) et sur la rapidité des déplacements.

   Au niveau stratégique : la sortie brutale et inespérée de la guerre de la Russie ouvre au duo Hindenburg-Luddendorf une fenêtre d’opportunité stratégique. Il leur faut rapatrier sur le front ouest le plus rapidement possible la majeure partie des forces engagées précédemment contre la Russie, afin de bénéficier d’une supériorité numérique qu’ils savent temporaire. L’offensive de mars a donc pour but de précipiter la fin de la guerre en enfonçant un coin entre les armées anglaises et françaises. Deux objectifs sont donc possibles, repousser les anglais vers la mer afin de forcer l’Angleterre à faire pression sur le gouvernement Clemenceau pour demander une paix de compromis ou, comme en 1914, prendre Paris pour rechercher là aussi une paix de compromis. Il faut dans tous les cas arriver à l’une de ces deux solutions avant le déploiement sur le front de l’armée américaine.

L’entrée en guerre des États-Unis le 6 avril 1917 a bien apporté aux Alliés de l’Entente la certitude d’une supériorité numérique mais seulement à l’horizon de l’automne 1918. L’armée américaine n’était en 1917 qu’une force de prévôté militaire aux effectifs très réduits (équivalent d’un corps d’armée français de 127 000 hommes) déployés des Philippines aux frontières mexicaines, à combattre les incursions de Pancho Villa (Border Wars 1910-1919).  Le président Woodrow Wilson s’engage à fournir aux alliés, 2 millions d’hommes avant la fin de 1918. Cet apport est rendu possible par le « Selective Service Act » du 18 mai 1917, qui autorisait le gouvernement fédéral à lever une armée nationale (National Army) aux côté de l’armée régulière (Regular Army) et de la garde nationale (United States National Guard). Cette armée nationale a été la première application du principe de conscription aux États Unis. Les difficultés à surmonter sont de trois ordres : acheminer les troupes en Europe, les équiper, armer et entraîner mais surtout de les intégrer dans les opérations. Le général Pershing qui est à la tête de l’AEF (American Expeditionnary Forces), conformément aux recommandations reçues de Washington, insiste pour que les divisons américaines ne soient pas intégrées aux armées alliés mais forment des armées indépendantes et uniquement sous commandement américain. Ce choix politique se heurte très vite à la réalité du terrain, il faut s’adapter aux nouvelles formes de la guerre (warfare) moderne en acceptant de voir les unités engagées aux côtés de Français ou d’Anglais progressivement sans autonomie de commandement. Les premiers engagements significatifs de l’AEF se feront à Cantigny en mai 1918, mais ce sont surtout la bataille de Château-Thierry et du Bois-Belleau (juin 1918) qui incarnent la participation active des « Sammies » aux combats. La 1ère armée américaine, sous le commandement de Pershing, se lance dans la réduction du saillant de Saint-Mihiel en septembre 1918, la 2ème armée qui devait lancer une offensive mi-novembre 1918, ne participe pas aux derniers combats de la guerre. L’objectif des deux millions de soldats américains en France était largement atteint.

L’offensive de mars 1918 a surtout eu une conséquence primordiale sur la conduite  de la guerre. Jusqu’alors les Alliés adaptaient au coup par coup leur stratégie, qui souvent visait surtout à protéger leurs propres intérêts. La menace de la réussite de « Michael » a fait apparaître la nécessité d’un commandement unique encore plus vitale. Le 26 mars 1918, à Doullens, est décidé que « le général Foch est chargé par les gouvernements britannique et français de coordonner l'action des armées alliées sur le front de l'Ouest ». C’est la première fois dans la longue histoire mouvementée des conflits franco-anglais, que l’armée anglaise se retrouve sous la direction d’un général étranger, un français qui plus est. Cette unité décisionnelle ,des opérations à mettre en oeuvre et à coordonner, est à l’origine des succès de l’été et de l’automne 1918. Il est à noter que Ferdinand Foch est le seul général en fonction de commandement à recevoir la dignité de Maréchal de France avant la fin du conflit. Cette dernière dignité avait été rétablie en décembre 1916 au profit du général Joffre après son remplacement.

L’offensive « Michael » du 21 mars au 31 mars 1918

Offensive-Michael-

 

ligne de front michael

L’offensive Michael a permis aux troupes allemandes de s’avancer de 65 Km vers l’ouest après la percée des lignes de tranchées alliées. Mais la création d’un saillant rallonge les lignes de communication allemandes tout en étirant les unités sur un front plus long qu’avant l’offensive, fragilisant d’autant des troupes épuisées par leurs pertes.