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Culture numérique de Dominique Cardon

downloadDominique Cardon est sociologue, directeur du Medialab de Sciences Po. Lors de la dernière journée interacadémique des professeurs documentalistes (mars 2019), il a proposé une intervention intitulée « participation numérique et gouvernance des communs : une approche sociologique de Wikipédia ». Ce chercheur vient de publier Culture numérique, un ouvrage qui propose un tour d’horizon de la révolution numérique que nous connaissons aujourd’hui, révolution culturelle qu’il compare, dans son introduction, à celle de l’imprimerie.

Cette révolution touche en effet la manière dont nos sociétés produisent, partagent et utilisent les connaissances. Si l’on sait que l’apparition de l’imprimé a favorisé l’autonomisation des individus, on ignore en revanche jusqu’où nous mèneront les technologies numériques. À propos des transformations en cours, l’auteur discerne trois lignes de force :

• L’augmentation du pouvoir des individus par le numérique,

• L’apparition de formes collectives nouvelles et originales,

• La redistribution du pouvoir et de la valeur, c’est-à-dire le déplacement du centre de gravité des sociétés vers les individus connectés et vers les acteurs qui contrôlent les plateformes.

Pour comprendre ce nouveau monde, il est important de disposer de connaissances variées et interdisciplinaires. Il faut à la fois former à coder et surtout apprendre à décoder, c’est-à-dire enseigner la « littératie numérique ». Cet ouvrage est donc d’un grand secours pour mettre en œuvre une éducation aux médias et à l’information (EMI).

Le livre se compose de six chapitres :

1 - Généalogie d’Internet

Pour comprendre la grande transition numérique, il faut interroger ses origines. Dominique Cardon revient sur la naissance de l’informatique, les créations successives de l’Internet et du Web, les origines hippies de la culture numérique, les premières communautés en ligne, l’utopie politique développée par les pionniers d’Internet.

2 - Le Web, bien commun

Tout comme l’invention du lien hypertexte par Tim Berners-Lee, les innovations numériques sont « ascendantes » (elles ne sont pas issues d’une stratégie, mais arrivent par la périphérie). Elles ont conduit à l’invention d’une nouvelle économie, à l’émergence d’une information qui s’est voulue plus libre, à des formes d’auto-organisations comme celle de Wikipédia. Depuis son origine, le Web se développe cependant sous une double influence, d’une part celle des marchés, d’autre part l’esprit des communs. 

3 - Culture participative et réseaux sociaux

Le Web a bouleversé la plupart des paramètres de l'espace public traditionnel. Avec le numérique, l’accès à l’espace public n’est plus réservé à des professionnels, il s’est aussi ouvert à des amateurs. Ce système favorise des phénomènes d’intelligence collective, mais aussi une prise de parole dérégulée provoquant des désordres et conduisant à s’interroger sur des enjeux de régulation.  Les filtres éditoriaux n’existent plus : tout le monde publie, ensuite le réseau filtre en fonction d’algorithmes. Dominique Cardon propose une typologie des réseaux sociaux pour montrer qu’ils ne sont pas tous identiques et fonctionnent en fonction des choix de visibilité des internautes. Le climat autour des réseaux sociaux a radicalement changé par rapport à l’euphorie du début ; aujourd’hui, on s’inquiète du fait que ces réseaux enferment les internautes dans une bulle en exploitant leurs biais cognitifs. L’auteur s’intéresse également aux pratiques plus positives de création en ligne.

4 - L’espace public numérique 

Le nouvel espace public permis par le Web participatif ébranle fortement les prérogatives des acteurs traditionnels de la vie démocratique. Ce chapitre s’intéresse aux nouvelles formes politiques d’Internet, à la démocratie représentative et participative, à l’évolution des médias face à la révolution numérique, aux nouveaux circuits de l’information et au Fake News.

5 - L’économie des plateformes

La transition numérique est l’instrument d’une profonde réorganisation des marchés de l’économie : les GAFAM dominent l’économie mondiale. Dominique Cardon analyse le pouvoir de ces nouvelles entreprises mondialisées, il montre l’opposition entre l’économie du partage et l’économie des plateformes. Les plateformes parviennent souvent à monétiser le produit de l'intelligence collective issue des internautes. Par ailleurs, cette économie est fondée sur la vente d'un produit facilement reproductible et cela quasiment sans frais. À la différence des biens matériels de l'économie traditionnelle qui propose des produits qu’il faut reproduire en fonction du nombre de clients (« bien rival »), l’information numérique est un bien non rival (sa consommation par un internaute n’empêche pas un autre de consommer la même information). Pour l’économie traditionnelle, il existe une association intrinsèque entre l’information et son support physique (journal, livre, écran de télévision sont des biens rivaux), ce n’est plus le cas avec l’économie numérique. Cette caractéristique a conduit au développement d'une nouvelle économie immatérielle qui se rémunère notamment grâce à la publicité et à l'abonnement... L’avènement de cette nouvelle économie a d'autres conséquences : l'usage de la notation, l’exploitation des données publiques, l’apparition du "digital Labor" (nouvelles formes de travail, "ubérisation").

6 - Big data et algorithmes

 Les Big data ne sont rien sans outils - les algorithmes - pour les rendre intelligibles et pour transformer les données en connaissances.  Les algorithmes sont devenus les nouveaux "gatekeepers" (les professionnels qui exercent un filtre éditorial) de l'information. Or, ces algorithmes ne sont pas neutres, ils renferment une vision de la société qui leur a été donnée par ceux qui les programment. Dominique Cardon discerne quatre familles d'algorithmes qui fonctionnent selon la popularité, l'autorité, la réputation et la prédiction.

 L'usage intensif de ces algorithmes et leur croisement  augmentent  considérablement les capacités de calcul des ordinateurs et leur donnent accès à de très grands volumes de données numériques. Les machines sont alors capables d'une sorte d'apprentissage automatique (on parle d’« intelligence artificielle ») qui consiste en un apprentissage profond dont l'illustration la plus connue est offerte par les logiciels de traduction (ils ne fonctionnent pas en "apprenant" du vocabulaire et des règles de syntaxe, mais en comparant des textes déjà traduits pour ensuite proposer des traductions). Revers de la médaille, l'exploitation de ces big data conduit également à une surveillance numérique, une nouvelle préoccupation de notre époque.

 

En conclusion, Dominique Cardon souligne que si à l'euphorie des pionniers a succédé une ambiance plus méfiante à l’égard du numérique, ce changement n’en atteste pas moins le profond impact du numérique.

 

Cet ouvrage décrit, d'un point de vue très large, les conséquences de l'usage du numérique pour nos sociétés. Ce livre constitue donc une référence importante pour comprendre les enjeux de la révolution numérique en cours, véritable base de connaissances pour l'éducation aux médias et à l'information.


Dominique Cardon, Culture numérique, Presses de Sciences Po, Les Petites humanités, 2019

ISBN : 9782724623659

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