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Retour sur le séminaire académique de réflexion sur les discriminations LGBT+

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Jeudi 1er octobre, lycéens, personnels d'encadrement, enseignants, CPE, personnels santé-social et référent-e-s établissement étaient réunis dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne pour une demi-journée de réflexion sur les discriminations LGBT+.

Ce séminaire académique de réflexion devait initialement se tenir à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les LGBTphobies le 17 Mai 2020, temps fort de solidarité, de réflexion et de mobilisation de l’académie et de l’Observatoire sur ces questions. Annulé en raison du confinement et de la situation sanitaire, cet événement a été reprogrammé ce 1er octobre, la lutte contre les LGBTphobies à l’école se déployant tout au long de l’année scolaire.

Eléments de contexte

La lutte contre toutes les formes de discriminations et de harcèlement est au cœur des fondements de l’Ecole républicaine et de ses missions : «  Faire partager aux élèves les valeurs de la République » Code de l’Education article 1.

La prévention et la lutte contre les actes LGBTphobes, commis en raison de l’orientation sexuelle et affective ou de l’identité de genre constituent une priorité gouvernementale et une préoccupation essentielle du ministère de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports, présentée dans le plan national de lutte contre les violences anti-LGBT à l’école, avec la campagne "collèges et lycées engagés contre l'homophobie et la transphobie : Tous égaux, tous alliés", lancée en janvier 2019.

Des constats alarmants concernant la situation des jeunes LGBTQI et les violences multiformes auxquelles ils font souvent face :

- Plusieurs enquêtes et études récentes (étude de l’IFOP de 2018 pour la Fondation Jean-Jaurès et la DILCRAH, dernière enquête sur le climat scolaire de la DEPP, enquête de victimation auprès des jeunes intégrant des questions relatives à l’homophobie, rapports annuels de différents partenaires associatifs élaborés notamment à partir des témoignages reçus) montrent une recrudescence des faits LGBTphobes en milieu scolaire (élèves et étudiants).

- Une étude d’avril 2020 menée sur les violences intrafamiliales réalisée à partir de l’enquête quantitative « Violences et rapports de genre » (VIRAGE) menée par l’INED (Unité Genre, sexualités, inégalités) avec le soutien du Défenseur des droits examine l’étendue des violences subies pendant l’enfance et la période de jeunesse dans le cadre intrafamilial. Cette synthèse met au jour que ces violences touchent davantage les filles que les garçons, et ensuite que les jeunes bisexuels et homosexuels des deux sexes sont deux à dix fois plus souvent concernés par ces violences que les jeunes hétérosexuels.

- Les violences LGBTphobes à l’école sont multiformes : elles se traduisent encore principalement par des violences physiques, rejet, insultes (prévalence des insultes homophobes, souvent banalisées, demeurent forte), menaces verbales, moqueries, stéréotypes, outing, blagues et bien entendu harcèlement et cyber-harcèlement, qui prennent une place importante et se manifestent dans 54 % des cas rapportés.

La transphobie est très importante chez les jeunes, elle se distingue par une prévalence de rejet et d’agressions physiques pour la quasi-totalité des élèves transgenres.

- Le harcèlement et les violences LGBTphobes sont un obstacle à la réussite scolaire, touchent tous les milieux, mais les dommages sont pires chez des élèves fragiles scolairement ou socialement.

- La crise du Covid-19 a également montré que, en raison du confinement, les jeunes LGBT+ ont été des victimes collatérales, et que pour certains d’entre eux, les violences intrafamiliales et le renfermement sur soi ont augmenté.

Ces discriminations touchent de très nombreux élèves : les jeunes identifiés comme lesbiennes, gays, bis qu’ils le soient ou non ; les jeunes transgenres ou en transition (ne s’identifient pas à leur sexe biologique de naissance. Personne dont le sexe ne correspond pas à l’identité de genre c’est-à-dire au sentiment d’être un homme ou une femme malgré l’assignation à la naissance. L’inverse d’une personne transgenre est une personne cisgenre, une personne dont l’identité de genre correspond au sexe assigné à la naissance.) ; les élèves qui s’écartent des normes de genre (élèves dits non-binaires : ne se sentent pas en accord avec les catégories de genre, binaires «  homme/femme » et revendiquent une identité de genre non-binaire, «  ni/ni », entre les deux, ou aucun des deux) ; les enfants des familles homoparentales ou ayant un parent homosexuel.


L’Observatoire de prévention et de lutte contre les discriminations anti-LGBT+ du rectorat de l’académie de Paris

Le 5 novembre 2019, a été créé le premier Observatoire académique de prévention et de lutte contre les discriminations anti-LGBT+, co-présidé par le préfet Frédéric Potier, délégué inter-ministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), en présence de nombreux représentants associatifs, de membres de la communauté éducative scolaire, de fédérations de parents et de représentants d’élèves issus du CAVL.

Si l’école s’est largement emparée des problématiques du harcèlement et de l’égalité filles-garçons, il fallait également reconnaître et pointer les spécificités des discriminations anti-LGBT+ : risques de faire une tentative de suicide entre 7 à 13 fois plus élevée chez les jeunes LGBT que les jeunes hétérosexuels, invisibilisation, dissimulation et homophobie intériorisée par peur d’évoquer publiquement son orientation sexuelle ou identité de genre (stigmatisation, honte sociale), ou peur du rejet familial avec parfois l’impossibilité pour certains jeunes de s’appuyer sur leur environnement familial.

La création de l’observatoire manifeste une démarche volontariste de l’académie de Paris dans la lutte contre les discriminations LGBT+ et un signal fort visant à amplifier la mobilisation sur cette catégorie de discriminations, accompagner les élèves, les personnels et les familles et améliorer les réponses de l’institution scolaire et des équipes éducatives, très en demande sur ces questions, l’école restant parfois encore un lieu de souffrance pour les jeunes LGBT+. Les objectifs et axes de travail de l'observatoire sont les suivants : informer, former, prévenir, prendre en charge, impulser et accompagner des actions éducatives à l’échelle de l’académie.

Le séminaire académique : temps fort de la mobilisation contre les LGBTphobies en milieu scolaire

Ce séminaire académique a réuni chercheurs, historiens, sociologues, linguistes, artistes, partenaires associatifs, chefs d'établissement, enseignants et élèves et associé une approche scientifique et pédagogique.

Christophe Kerrero, recteur de l'académie de Paris, recteur de la région académique d'Île-de-France, chancelier des universités de Paris et d'Île-de-France, a introduit la demi-journée.

"Par nature, il n'y a pas de place pour la discrimination dans la République", a-t-il déclaré. Il a rappelé que parmi les mesures concrètes mises en place dans l'académie de Paris, la nomination d'un référent LGBT+ dans chaque établissement du second degré de l'académie dont le rôle est de réaliser un travail de veille, de signalements et de formation. Un séminaire à destination des chefs d'établissement est par ailleurs en cours d'élaboration. L'objectif : "Inscrire notre action et celle de l'Observatoire dans la durée (pour) que chaque élève se trouve en confiance et pour une nécessaire inclusion de tous les enfants à l'Ecole".

L'après-midi de réflexion a ensuite été rythmée par différentes interventions et tables rondes :

- Conférence inaugurale de Gabrielle Richard, sociologue du genre et chercheure associée au laboratoire LIRTES de l’Université de Paris-Est Créteil et à la Chaire de recherche sur l’homophobie de l’Université du Québec à Montréal. Elle étudie depuis 2006 les normes liées au genre, à l’expression de genre et à l’orientation sexuelle en milieu scolaire. Elle analyse notamment dans son dernier ouvrage Hétéro, l’école ? plaidoyer pour une éducation antioppressive à la sexualité, la manière dont l'éducation nationale reconduit de différentes manières des normes très strictes relatives au genre, à l'expression de genre et à l'orientation sexuelle, souvent à son insu (notamment via les programmes, les manuels, les pratiques enseignantes dans le cadre d'interactions moins formelles entre maitres et élèves…).

Table ronde 1 : Identifier et conscientiser les violences LGBTphobes dans la société civile et à l’école : des micro-inégalités à la violence symbolique

Souffrance scolaire et agissements LGBTphobes : quelles formes et manifestations ces violences revêtent-elles ? Comment mieux identifier les comportements homophobes et transphobes ? Quels discours et stéréotypes les alimentent ? Quelle pression normative du système scolaire ?

Animation : Camille Regache, journaliste et cheffe d'édition pour le podcast @CamillePodcast sur Binge.

  • Florence Tamagne, Maîtresse de conférence en histoire à Lille III, spécialiste de l’histoire du genre et des sexualités et de l’histoire comparée de l'homosexualité en Europe. Sa communication a porté sur « l’homophobie en Europe aux XIXe et XXe siècles : stéréotypes de genre, discours stigmatisants et répression. »
  • Béatrice Fracchiolla,  Professeure en sciences du langage à l’université de Lorraine, au CREM. Elle travaille plus particulièrement sur la discrimination de genre dans le discours, les violences verbales et les questions de genre.
    Elle est intervenue sur la question des insultes, des injures et du fait de « traiter quelqu’un de » qui est au centre de certains types d’échanges et interactions, en particulier entre jeunes. Parfois, sous couvert d’humour, des propos offensant, blessants circulent. Parfois, le harcèlement s’installe, y compris à l’insu des harceleurs qui peuvent penser, juste, « faire de l’humour ». Elle a expliqué certains des phénomènes et mécanismes du fonctionnement de ces discours d’exclusion – qui sont parfois tenus à l’opposé, dans l’objectif de créer une solidarité. Comment les déjouer ? Comment les remettre en discours pour qu’ils perdent leur caractère discriminant ? Comment, finalement, se défendre des mots des autres, avec ses propres mots, dans la manière de se nommer, ou de désigner autrui ? Comment reconnaître et pointer du doigt, surtout, la dimension offensante ou blessante de certains propos qui prétendent ne pas l’être et qui contribuent à maintenir les discriminations et discours d’exclusion ?
  • Deux associations de lutte contre les LGBTphobies : Le MAG Jeunes LGBT sur un aperçu général sur la situation des jeunes LGBTQI+ et leur rapport à l’école et OUTrans sur la situation spécifique des élèves transgenres en milieu scolaire.

Entre les deux tables rondes, Benjamin MENEGHINI et Charlotte GUTIERREZ de la compagnie OUT ont joué deux scènes de théâtre-forum destinées à lutter contre les préjugés et les discriminations, mettant en évidence une situation d’oppression, une injustice.

- Table ronde 2 : Agir à l’école contre les LGBTphobies : dispositifs pédagogiques et pratiques éducatives inclusives.
Dispositifs originaux d’expression des élèves (théâtre –forum ou encore la création d’alliances AGIS, projets artistiques…) - Quelle éducation du regard, quelle politique de prévention contre les préjugés et quels dispositifs pédagogiques et actions éducatives à l’échelle de l’établissement ? quelle pédagogie de l’égalité pour faire vivre au quotidien les valeurs de la République ?

Animation : Audrey GELMAN, chargée de mission et José INZAURRALDE IA-IPR, membres du directoire de l’Observatoire de prévention et de lutte contre les discriminations LGBTQI+ du rectorat de l’académie de Paris

  • Agnès SAAL : est membre du Haut Conseil à l’Egalité,  Haute fonctionnaire à l’égalité, à la diversité et à la prévention des discriminations au sein du Ministère de la culture, chargée de mission Diversité-Egalité auprès du Secrétaire général du Ministère de la Culture et a, entre autres actions, piloté la candidature du ministère et des établissements publics aux labels Diversité-Egalité par l’AFNOR. Mme Saal a été directrice générale de la Bibliothèque Nationale de France, Directrice générale du Centre Pompidou, Présidente-directrice générale de l’Institut National de l’Audiovisuel.
    Son intervention a porté sur l'éducation au regard pour déconstruire les stéréotypes dans la création artistique.
  • Célia SAUVAGE, docteure en études cinématographiques, chargée d’enseignement à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Ses recherches se spécialisent dans les approches culturelles dans une perspective intersectionnelle, sur les représentations de genre, race, classe, sexualité. Elle a notamment co-écrit l’ouvrage Les teen movies (Vrin, 2011) qui interroge en partie les représentations de l’hétéronormativité et les identités minorées au sein des productions des « teen movies » (films pour les adolescent.es/sur l’adolescence).
    Sa communication intitulée, « Représentations médiatiques et hétéronormativité : A quelle diversité sexuelle les jeunes sont-ils exposé.es aujourd’hui ? Ressources et supports pour la classe », s'est centrée sur l’intérêt pédagogique d’interroger les représentations LGBTQ+ dans les médias (films, séries télévisées, clips, etc.).
  • Les élèves du groupe AGIS du lycée Colbert (10e) : Julie-Gabrielle Rennuit (élève en première année à Sciences Po Dijon), Emma Roqueplo (Hypokhâgne au Lycée Molière) et Pablo Richalot élève de terminale. La création d’espaces inclusifs pour les jeunes LGBT+ dans les établissements scolaires, clubs d’échanges et de discussion sur les identités de genre et les sexualités. Présentation du groupe et de ses activités.
  • Les élèves de la section hip-hop du lycée Turgot (3e) : Gaspard Ajolet et Julia Goldman
    Projection du clip vidéo « Turgot is voguing, une danse hors-norme » réalisé par Agnès Nabat (Arte) et présentation du projet Voguing mené en partenariat avec l’artiste Vinii REVLON, danseur professionnel et figure emblématique de la « scène voguing française » et la Gaîté Lyrique, institution culturelle parisienne.
  • Dominique AUVIGNE, membre du COPIL de l’Observatoire et proviseur du Lycée professionnel Erik SATIE (14e), a présenté le dispositif « projection-débat du film Coming out de Denis Parrot, en présence du réalisateur », proposé à tous les établissements parisiens de l’académie.
  • Jean-Luc KHARITONNOFF, référent établissement « lutte contre les discriminations LGBT+ », Collège GAMBETTA (20e) a présenté les missions du référent établissement.


Le préfet Frédéric POTIER, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT a conclu le séminaire. "L'identité de genre est l'expression d'un droit fondamental, ce n'est pas un caprice. Il ne faut pas ignorer les difficultés que l'on peut rencontrer, la haine ante LGBT se niche dans toutes les classes sociales, sur tous les territoires de la République", a-t-il rappelé après avoir salué les travaux entrepris par les lycéennes et les lycéens.

Journée académique lutte contre les discriminations LGBT+

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Consultez le nouveau plan gouvernemental d'actions pour l'égalité, contre la haine et les discriminations anti LGBT+ 2020-2023  https://www.dilcrah.fr/plan-national-dactions-pour-legalite-contre-la-haine-et-les-discriminations-anti-lgbt-2020-2023/