Bandeau

Insignes et symboles royaux : origines, rôles, significations

Table ronde sur le thème : « Insignes et symboles royaux : origines, rôles, significations ».

Contributions de l'académie de Paris pour enseigner des parties des programmes d’histoire ou d’HGGSP en 6e, 5e, 2de et 1re où insignes et symboles royaux peuvent être des objets d’enseignement

Une capture audio avec enregistrement vidéo du diaporama permet de d'écouter l'intégralité de la table ronde.

Table ronde organisée à l'occasion des ateliers pédagogiques des Rendez-vous de l’Histoire de Blois 2020, dont le thème était "Gouverner", Véronique Grandpierre, assyriologue, docteure en histoire ancienne, IA-IPR d’histoire-géographie de l’académie de Paris, Alexandre Bande, docteur en histoire médiévale, professeur en CPGE au lycée Janson de Sailly (XVIe arr.), Dominique Gamache, professeure d’histoire-géographie au lycée La Fontaine (XVIe arr.) et Jean- Luc Kharitonnoff, professeur d’histoire-géographie au collège Léon-Gambetta (XXe arr.)

Objectifs

Place dans les programmes

  • En 6e 

- Thème 1. La longue histoire de l’humanité et des migrations : premiers États, premières écritures. L’étude des premiers États […] se place dans le cadre de l’Orient ancien et peut concerner […] la Mésopotamie.
- Thème 2. Récits fondateurs, croyances et citoyenneté dans la Méditerranée antique au Ier millénaire av. J.-C. : la naissance du monothéisme juif dans un monde polythéiste. […] La rencontre avec ces civilisations anciennes met l’élève en contact avec des lieux, des textes, des histoires, fondateurs d’un patrimoine commun.

  • En 5e 

- Thème 1. Chrétienté et islam (VIe - XIIIe siècles), des mondes en contact : Byzance et l’Europe carolingienne ; de la naissance de l’islam à la prise de Bagdad par les Mongols : pouvoirs, sociétés, culture. La période qui s’étend du VIe au XIIIe siècle, de Justinien à la prise de Bagdad par les Mongols (1258), est l’occasion de montrer comment naissent et évoluent des empires, d’en souligner les facteurs d’unité, ou au contraire, de morcellement. Parmi ces facteurs d’unité ou de division, la religion est un facteur explicatif important. Les relations entre les pouvoirs politiques, militaires et religieux permettent par ailleurs de définir les fonctions de calife, de basileus et d’empereur.
- Thème 2. Société, Église et pouvoir politique dans l’occident féodal (XIe-XVe siècles). L’affirmation de l’État monarchique dans le Royaume des Capétiens et des Valois. […] Le gouvernement royal pose les bases d’un État moderne, en s’imposant progressivement face aux pouvoirs féodaux, en étendant son domaine et en développant un appareil administratif plus efficace pour le contrôler.
- Thème 3. Transformations de l’Europe et ouverture sur le monde aux XVIe et XVIIe siècles. Du Prince de la Renaissance au roi absolu (François Ier, Henri IV, Louis XIV). À travers l’exemple français, on approfondit l’étude de l’évolution de la figure royale du XVIe au XVIIe siècle, déjà abordée au cycle 3.

  • En 2de

- Chapitre 2. La Méditerranée médiévale : espace d’échanges et de conflits à la croisée de trois civilisations. Ce chapitre vise à montrer comment des civilisations entrent en contact, nouent des relations et connaissent des conflits dans un espace marqué par les monothéismes juif, chrétien et musulman.
On peut mettre en avant : l’émergence de grands ensembles de civilisation ; les contacts et les heurts entre Chrétienté et Islam ; l’hétérogénéité religieuse et politique entre Rome et Byzance et au sein du monde musulman ; la persistance de la circulation de biens, d’hommes et d’idées dans cet espace méditerranéen relié à l’Europe du Nord, à l’Asie et l’Afrique.

  • En 1re générale : spécialité d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques :

- Thème 5. Analyser les relations entre États et religions. Axe 1 : Pouvoir et religion : des liens historiques traditionnels. Jalons : le pape et l’empereur, deux figures de pouvoir : le couronnement de Charlemagne ; Pouvoir politique et magistère religieux : le calife et l’empereur byzantin au IXe-Xe siècle, approche comparée.

Objectifs de contenu

Écouter la table ronde et visualiser le diaporama

Visuel vidéoEn fonction des parties des programmes, l’étude des insignes et symboles royaux permet d’enseigner trois caractéristiques fondamentales du pouvoir royal et de sa représentation :

1. De l’Antiquité aux Temps modernes, la royauté est sacrée.

Le pouvoir des rois est légitimé par les croyances en un choix divin. En Mésopotamie de nombreux exemples (liste royale sumérienne, fresque de l’investiture du palais de Mari, code de Hammourabi, bas-relief d’Ur, rituel de couronnement médio-assyrien, etc.) montrent que la royauté est considérée comme venue du Ciel et le roi comme officiellement choisi par les Dieux. Dans la Bible, les livres de Samuel posent la croyance en un roi choisi par Yahvé, oint de l’huile sainte et confirmé par la cérémonie du sacre ; de l’Occident carolingien au Bourbons, de Pépin le Bref aux écrits de Louis XIV et de Bossuet, le sacre est montré comme une étape importante dans le processus d’accès à la royauté. Initialement envisagée comme un moyen de cautionner le changement dynastique (usurpation), la cérémonie du sacre, où sont remis les insignes, s’impose progressivement comme une des étapes déterminantes de l’accès au pouvoir royal.

2. Les insignes et symboles royaux renvoient à des fonctions.

Visibles en Mésopotamie dans les éléments sculptés, les statues, les fresques, les objets, les armes, les textes, les significations sémantiques des noms propres, ils sont chargés d’une symbolique puissante : manteau royal, masse d’arme, tiare, épée, bâton, corde, vase jaillissant, arbre, etc. font du souverain un roi de guerre, un roi de justice, un roi garant de la prospérité. Dans la France médiévale et moderne, les insignes sont aussi les attributs du pouvoir : la couronne, la main de justice, l’épée, le sceptre, le manteau, les gants, le trône, etc. ont traversé les siècles, symbolisant les rôles des souverains et leurs fonctions politiques, militaires et religieuses. On les retrouve en partie chez les empereurs byzantins et les califes du monde arabo-musulman.

3. Les insignes et symboles font partie du portrait royal et permettent de représenter l’exceptionnel.

En Mésopotamie, les portrais écrits de Gilgameš, les sculptures, les peintures des rois d’Uru, d’Akkad, de Mari ou de Lagash représentent des héros surdimensionnés à l’éclat terrifiant, à mi-chemin entre les hommes et les dieux, maîtrisant les forces de la nature. Sous les Capétiens, les insignes permettent d’identifier le roi. Sur les sceaux, ils authentifient la décision royale. Les gisants royaux, par exemple, se distinguent grâce à ces insignes. À partir de François Ier apparaissent les premiers portraits d’État : ce sont des portraits désormais individualisés, en majesté, avec les regalia, mais les insignes servent moins à identifier le roi qu’à en souligner certaines spécificités.

Objectifs de compétences, capacités et méthodes :

En 6e :

Insignes compétences 6e 
 En 5e et 4e :

Insignes compétences 5e 
 En 2de :

Insignes capacités 2de 
 En 1re générale spécialité HGGSP :
- Analyser, interroger, adopter une démarche réflexive : outre l’acquisition de connaissances, l’enseignement développe les capacités d’analyse et de réflexion en confrontant les points de vue, les approches…

Description

Description des pistes pédagogiques proposées

La vidéo explicite les pistes dans la partie « Transposition didactique et pédagogique ». Les documents proposés dans la partie « Apports scientifiques » peuvent aussi être utilisés comme support d’autres activités.

pdf download Télécharger le diaporama complet.

6e : l’exemple de l’Orient ancien

Premiers États, premières écritures : après avoir décrit le micro-État d’Ur pour en dégager les éléments constitutifs, le pouvoir peut être abordé par le bas-relief représentant Ur-Nammu et Nanna (fin du IIIe millénaire av. J.-C., conservé au Musée d’archéologie et d’anthropologie de Philadelphie) afin d’en caractériser certains fondements :

Ur Nammu et NannaLe professeur fait décrire la scène aux élèves : le dieu donne les insignes au roi. Cela permet d’expliquer la croyance en la légitimation divine. La corde et le bâton renvoient aux fonctions de justice (la corde permet de prendre la mesure des choses) et au pouvoir de gouverner (comme le berger s’aide de son bâton pour guider son troupeau).

La naissance du monothéisme juif dans un monde polythéiste : le professeur peut choisir d’étudier des extraits des Livres de Samuel de la Bible pour faire raconter le mythe de l’onction et du sacre de David, eux-aussi caractéristiques de la croyance dans le choix divin. Il enseigne ainsi les bases fondatrices de pratiques postérieures

5e, 2de, 1re HGGSP : Carolingiens, Byzantins et musulmans

La même croyance dans la légitimation divine du souverain est partagée chez les Carolingiens, les Byzantins et le monde arabo-musulman. Les élèves peuvent confronter le psautier de Charles le Chauve (IXe s.), l’ivoire sculpté représentant Romain II (949-963) et l’impératrice Eudoxie (Xe s.) ainsi que le texte du juriste Abu Yusuf Yaqub (VIIIe s.) : dans ces trois documents, les élèves relèvent comment les empereurs et les juristes montrent que les monarques sont choisis par Dieu (mains du Christ sur les couronnes, main de Dieu au-dessus de l’empereur, mentions d’Allah qui confie les pouvoirs à l’émir).

Charles le Chauve et Romain IIPour identifier les fonctions des souverains par les insignes, les élèves peuvent, dans les représentations carolingienne, byzantine et arabe, relier les objets et inscriptions aux rôles politique, militaire et religieux des empereurs et des califes :

Fonctions des insignes

En 2de et en 1re, les élèves renseignent un tableau de synthèse à partir de l’observation des trois documents et des explications du professeur.

Tableau de synthèse 2de

Tableau de synthèse 1re 
 

5e : affirmation des Capétiens

Dans la continuité du précédent chapitre, le professeur peut s’appuyer sur l’enluminure du manuscrit de Mâcon (Cité de Dieu, vers 1480) pour introduire le sacre comme cérémonie et raconter les mythes qui lui sont liés (ampoule de saint-chrême et colombe de l’Esprit saint, baptême de Clovis, etc.)

Manuscrit de Mâcon 

Pour identifier le rôle et les fonctions royales liés aux insignes et comprendre leur sens symbolique, les élèves guidés par le professeur renseignent un tableau en relevant les informations sur la page « la cérémonie du sacre », publiée sur ClassesBnf (accessible via Éduthèque).
La page est illustrée par des miniatures extraites de l’Ordo du sacre de 1250. Les élèves associent aux quatre moments du sacre les objets et insignes correspondant.

Quatre moments du sacre 

5e : du prince de la Renaissance au roi absolu

Le professeur explique que les représentations du roi évoluent à partir du XVIe siècle. Il s’appuie sur l’un des deux portraits de François Ier du Recueil des rois de France de Jean du Tillet accessible sur Gallica.bnf :

Portrait d'Etat François IerAvec François Ier apparaissent les premiers portraits d’État : portait individualisé en majesté avec regalia. Les insignes sont présents mais ils servent moins à identifier le roi qu'à en souligner certaines spécificités. En effet, sur cette miniature contemporaine (1545), François Ier est nettement individualisé et cette personnification suffit à sa reconnaissance.
Cette évolution trouve son aboutissement dans le portrait de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud, où la plupart des insignes sont relégués, voire à moitié dissimulés : la mise en valeur de la majesté royale tient moins aux insignes qu’à l’importance prise par le personnage dans le tableau et sa posture imposante, en conformité avec une vision absolutiste du pouvoir. Les élèves peuvent répondre à un questionnaire portant sur cette problématique en s’aidant de l’image animée publiée sur le site du château de Versailles via Éduthèque.

Le travail d’annotation des documents pour identifier les insignes et symboles peut être facilité par l’emploi de l’exerciseur de l’ENT Paris Classe Numérique.
L’exercice interactif de zones à remplir (textes) permet à l’élève de saisir dans des vignettes la réponse ou glisser-déposer la réponse à l’endroit prévu sur l’image de fond ou sélectionner la réponse dans la liste déroulante.

Charle le Chauve avec liste déroulante Tout au long de l’année, l’élève peut aussi composer sur l’ENT un cahier numérique où il dépose au fur et à mesure du déroulé du programme les différents documents annotés. Il garde ainsi la mémoire de l’évolution des insignes royaux du IXe au XVIIe siècle pour mieux les confronter.

Inisgnes cahier numérique 

Bibliographie

  • GRANDPIERRE Véronique, Histoire de la Mésopotamie, Gallimard, coll. Folio Histoire, Paris, 2010
  • GRANPIERRE Véronique, Gilgamesh & Co, rois légendaires de Sumer, Paris, CNRS Éditions, Paris, 2019
  • BANDE Alexandre, Le Cœur du roi, Tallandier, coll. Histoire, Paris, 2009.