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Formons des géographes à l'université !

Yann Richard est Maître de conférences à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne, UFR de Géographie.

La géographie à l’université est dans une situation à la fois très favorable et délicate.

Favorable car les débouchés sont nombreux. Délicate car de moins en moins de géographes décident de devenir enseignants dans l’enseignement secondaire. Or les enseignants des collèges et des lycées sont les meilleurs relais possibles entre l’université et les élèves. Aussi, la raréfaction des enseignants géographes de formation peut aboutir à faire disparaître le vivier des futurs étudiants géographes.

 Pour remettre les choses à leur place et susciter l’intérêt des lycéens pour la géographie, on peut développer 7 idées.

 La géographie offre de nombreux débouchés professionnels

 C’est à la fois une chance et un problème. Les étudiants géographes titulaires d’un Master, voire de la Licence dans certains cas, trouvent des emplois dans de nombreux secteurs d’activités en dehors de l’enseignement.

 Les recrutements se font principalement dans les domaines suivants : urbanisme, aménagement, environnement, gestions de projets européens, consulting et analyse du risque pays, développement, armée, journalisme, action sociale, etc. Les géographes qui s’engagent dans la recherche sont de moins en moins nombreux.

 A signaler aussi que les titulaires d’un doctorat français en géographie trouvent du travail à l’étranger. Les débouchés professionnels sont plus difficiles à trouver pour eux en France où les DRH continuent de privilégier (un peu moins qu’autrefois) dans leur recrutement les élèves venus des CPGE et des grandes écoles.

 Les géographes titulaires du Master deviennent pour la plupart cadres supérieurs dans le secteur privé ou dans la fonction publique territoriale. Dans le second cas, ils passent des concours de recrutement pour lesquels ils sont assez bien préparés, notamment pour l’épreuve écrite de culture générale et pour l’épreuve de note de synthèse. 

Les géographes sont souvent recrutés sur les compétences acquises à l’université précisément. Ils ne sont donc pas obligés de faire d’autres études ou compléments de formation pour accéder à de nombreux métiers.

 La professionnalisation des formations a été renforcée

 L’enseignement de la géographie à l’université n’est pas refermé sur lui-même. Le ministère a demandé aux équipes enseignantes d’intensifier les relations avec le monde professionnel. Cela prend plusieurs formes :

  • il existe de nombreuses Licences à mention où beaucoup d’enseignements théoriques et pratiques sont dispensés par des personnalités venues d’entreprises ou d’institutions publiques ou internationales.
  • certains cursus ont explicitement une vocation professionnalisante : c’est le cas des Magistère, qui commencent au niveau de la 3e année de Licence, et des Licences professionnelles, qui se multiplient.
  • le Master 1 prend maintenant plusieurs formes. Il n’est plus obligatoire de rédiger un mémoire de recherche. Le deuxième semestre peut être consacré à un stage professionnel qui donnera lieu à la rédaction d’un mémoire soutenu devant un jury constitué par un enseignant chercheur et un professionnel de l’organisme d’accueil.
  • les Masters 2 Professionnels, héritiers des anciens DESS, permettent aux étudiants de se présenter sur le marché du travail dès leur sortie de l’université. En moyenne, un étudiant inscrit en Master Pro passe 6 à 9 mois en milieu professionnel (stages et ateliers professionnels). Il n’est pas rare que les entreprises d’accueil souhaitent l’embaucher à la fin de l’année.
  • certaines entreprises recrutent aussi des étudiants titulaires d’un Master Recherche.
  • la réforme de la Licence impose aux universités de créer des modules de préprofessionnalisation dès la 1e année. L’UFR de géographie ouvrira donc son module en septembre prochain.

 La géographie est un une matière riche et très ramifiée

 La géographie est une discipline universitaire très riche. Cela se traduit par un nombre élevé de matières qui touchent à la géographie physique, à la géographie humaine, à l’aménagement, à l’urbanisme, à l’environnement, à la géopolitique, etc. Cela se traduit aussi par le nombre élevé de Licences disponibles.

 L’UFR de Géographie de Paris 1 offre 7 Licences. Toutes ont en commun une forte composante disciplinaire en géographie naturellement, mais elles diffèrent par le choix des options et des matières. Elles permettent aux étudiants de se spécialiser peu à peu, surtout à partir de la 3e année (année L 3) :

- 3 doubles Licences (années L1 à L3) : Licence Géographie – Droit, Licence Géographie – Economie, Licence Géographie – Histoire.

- 1 licence de Géographie mention analyse territoriale (années L1 à L3) : c’est la plus généraliste et c’est celle qui donne le plus de place au maniement des outils (analyse spatiale, statistique, cartographie, système d’information géographique, interprétation d’image satellite, etc.).

- deux Licences à option (année L3) : Licence de Géographie mention « Aménagement » et Licence de Géographie mention « Environnement ».

- 1 Magistère d’urbanisme et d’aménagement (années L3 à M2).

- 1 licence professionnelle « Géomatique et environnement », en collaboration avec l’Ecole nationale des Sciences géographiques de Marne-la-Vallée.

 Il existe trois Masters, qui possèdent presque tous une forme « Recherche » et une forme « Pro » en 2e année (année M2) :

- Master de Géographie avec plusieurs spécialités : milieux naturels, géopolitique, pays en développement, cartographie et statistiques,

- Master environnement, créé en association avec les UFR d’Economie et de Droit de Paris 1. 

 Tous les contenus pédagogiques sont en résonance avec les contenus des programmes de lycées.

De ce fait, il n’y pas véritablement de rupture entre le lycée et l’université. Le changement réside plutôt dans un élargissement des thèmes étudiés (on élargit la géopolitique vers la géoéconomie par exemple) et dans un approfondissement des savoirs. Les seules véritables ruptures résident dans :

  • l’apprentissage des outils (cartographie assistée par ordinateur et systèmes d’information géographique par exemple).
  • dans la pratique régulière et intensive du terrain : première sensibilisation dès la 1e année => puis stage de 3 jours en début de 2e année => puis stage de recherche de d’une semaine en fin de 3e année. L’étudiant est ainsi formé progressivement pour être parfaitement autonome en Master.

 Les cursus de Licence et de Master sont décrits en détail sur le site Internet de l’UFR de Géographie :

- UFR de Géographie 

- Licences 

- Licence pro 

- Master 

- Magistère   

 Il existe de nombreuses passerelles vers d’autres cursus

 L’enseignement de la géographie à l’université n’est pas si spécialisé qu’on pense. D’une part, il est possible de passer de la géographie à d’autres disciplines si l’on estime que l’on ne s’est pas orienté correctement. Cette réorientation peut même intervenir à la fin du 1er semestre de la première année.

 L’enseignement en première année est moins mono disciplinaire qu’autrefois. Un étudiant en géographie suivra également des enseignements de langue et des matières dites de découvertes avec un choix très large (histoire, droit, gestion, économie, philosophie, etc.). La spécialisation est progressive avec un choix de matières optionnelles véritablement géographiques plus large en 3e année et en Master 1.

 Il est possible aussi de changer de discipline à la fin de la 2e année. Les géographes peuvent par exemple accéder à des licences de démographie, de tourisme, etc. Beaucoup de possibilités existent. Par ailleurs, être titulaire d’une licence de Géographie n’oblige pas à faire un Master de Géographie.

 Il n’y a pas que les classes préparatoires

 Beaucoup de lycéens, et parents de lycéens, ont peur de l’université. Ils préfèrent aller dans les classes préparatoires, les IUT et les BTS, espérant y trouver des conditions d’enseignement qui ressemblent à celles du lycée. Beaucoup ont peur aussi d’y recevoir un enseignement de moindre niveau. A cela, on peut répondre deux choses.

 Les enseignements à l’université sont dispensés par des enseignants chercheurs spécialistes de leur discipline et très au fait du dernier état de la recherche dans leur domaine. A ce propos, on peut signaler que le CNRS a été classé en 2009, par l’institut espagnol Scimago, meilleure institution de recherche du monde pour la qualité de ses travaux et de ses publications. Or 3/4 des chercheurs du CNRS sont en réalité les enseignants chercheurs des universités. Cela signifie que les universités françaises sont excellentes en général. Simplement, elles s’inscrivent dans une organisation générale de la recherche et de l’enseignement supérieur typiquement française qui échappe aux grilles d’analyse shanghaiennes.

 Les universités ont profité de la réforme de 2005 (réforme LMD) pour ouvrir des filières d’excellence. Ces cursus sont sélectifs. Il s’agit en général de doubles licences (parfois des licences tri ou quadri disciplinaires). L’UFR de Géographie de Paris 1 aujourd’hui 3 doubles licences. Il faut avoir un excellent dossier pour y entrer car le rythme de travail y est aussi soutenu que dans une classe prépa de bon niveau (plus de travail personnel, plus d’heures de cours, moyenne générale obligatoirement supérieure ou égale à 12 dans certains cas pour passer dans l’année supérieure). Les doubles licences donnent deux licences et permettent d’accéder aux master des deux disciplines du parcours. A signaler que les candidats devront être bons voire très bon en mathématiques pour entrer en double licence Géo – Economie et bon en philosophie pour entrer en Géo – Droit.

 Attention, l’entrée en 1e année et en Master n’est en général pas sélective. La sélection reste donc exceptionnelle à l’université, en dehors de doubles cursus et de certaines licences à numerus clausus. Le seul moment où la sélection est générale est l’entrée en Master 2. Il faut compter alors très souvent 150 à 250 candidatures pour 20 à 30 places, avec des candidats venus de le France entière (d’autres universités et de grandes écoles) et de l’étranger.

 Pour finir, on doit aussi signaler que Paris 1 est en train de s’associer à l’ENS de la rue d’Ulm et d’autres établissements pour former un grand pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES). Et certains diplômes sont déjà co-habilités par les deux établissements.

 Les étudiants ne sont pas seuls

 Beaucoup de lycéens craignent l’isolement et la solitude en raison de la taille des universités. Ils n’ont pas tout à fait tort, mais de grands changements sont intervenus. Il existe aujourd’hui de nombreux dispositifs d’accompagnement des étudiants :

  • chaque étudiant a un enseignant référant pendant ses trois années de licence, qui fait office en quelque sorte de professeur principal.
  • les étudiants en difficulté sont repérés dès le début du premier semestre et sont orientés vers des enseignements de soutien (délivrés par des enseignants chercheurs titulaires) et vers les tuteurs.
  • enfin et surtout, les universités sont aussi des lieux de vie où existent de nombreux réseaux associatifs et où l’on peut pratiquer de nombreuses activités.

 Les taux de réussite sont plus élevés que ce qu’on entend souvent dans la presse mal informée. Si on tient compte non pas du nombre total des étudiants (en incluant ceux qui ne viennent jamais) mais du nombre des étudiants qui sont assidus et participent à tous les examens, le taux de réussite en géographie pour le passage en 2e et en 3e année est de 85 % en moyenne.

 Les lycéens doivent bien s’informer avant de s’engager dans une filière

 Avant de s’inscrire à l’université en géographie, il est très recommandé de bien s’informer. Les lycéens doivent donc :

  • consulter les conseiller d’orientation des CIO de leurs communes de résidence voire les conseiller des CIO universitaires.
  • venir aux journées portes ouvertes (généralement en février ou mars).
  • consulter les sites Internet des universités où ils trouveront les présentations des diplômes avec les maquettes d’enseignement. Pour Paris, aller à l’adresse à partir de ce lien 
  • utiliser le système d’information renforcé mis en œuvre pour l’admission post bac : ils peuvent écrire aux enseignants référents universités pour savoir s’ils ont un niveau suffisant pour réussir (rubrique « lycéens votre avenir » sur le site web de Paris 1).
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