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Travailler le lexique en Bac professionnel

L’enseignement du lexique en baccalauréat professionnel nécessite que le professeur « organise un apprentissage de la langue régulier et systématique, en lien avec les objet d’étude et avec les productions orales et écrites qu’il attend des élèves ». Le Dictionnaire de Français Usuel (DFU) est un outil pédagogique intéressant à plusieurs niveaux : enrichir le lexique, acquérir une méthode pour appréhender le lexique de façon autonome, entrer dans les objets d’étude et mieux les comprendre.

Le lexique dans le programme

Le nouveau programme de Lettres en Bac pro met un accent particulier sur le travail lexical et l'enrichissement du lexique des élèves. Nous déplorons, parfois un peu vite, la "pauvreté" de leur vocabulaire et par là même de l'expression de leurs idées et de leur compréhension des textes. Travailler le lexique répond donc à une nécessité réelle. Mais un constat encore plus difficile est souvent fait : comment amener les élèves à dépasser leur carence lexicale et comment favoriser l'appropriation d'un lexique plus large ?

Quel lexique ?

Dans ce programme il faut d’abord envisager l’étude lexicale comme un levier pour travailler l’objet d’étude. A chacun de ces objets d'étude correspond un réseau lexical.  Celui-ci va des mots usuels (par exemple « vrai/réel » pour l’objet d’étude « Parcours de personnages ») qui sont les plus couramment employés mais aussi les plus polysémiques à un lexique thématique qui permet de pouvoir parler précisément du sujet abordé (le vocabulaire des sciences génétiques par exemple pour l’objet d’étude « L’homme face aux avancées scientifiques et techniques : enthousiasme et interrogations »). Au cours des trois années, le lexique proposé va vers une plus grande abstraction.

Quelles démarches ?

Plusieurs démarches et activités sont envisagées : des exercices de classement, de recherches étymologiques du mot, des exercices d’écriture pour comprendre les nuances dans l’emploi d’un mot etc. Ces activités sont assez classiques mais sont parfois perçues comme chronophages. Ce qui est le cas si les activités sur le lexique sont coupées de l’objectif de formation en lecture, en écriture ou à l’oral. Le travail sur le lexique devrait permettre d’entrer dans l’objet d’étude, de le comprendre, et de pouvoir en parler. On les placera en amont pour préparer et faciliter une lecture, générer des interrogations sur l’objet d’étude, ou bien en cours de séquence pour préciser ou consolider ses idées, sa compréhension, ou encore en aval pour synthétiser sa réflexion.

Pour réaliser ces activités différents outils sont disponibles (dictionnaires, encyclopédies, autres textes etc.). Le Dictionnaire de Français Usuel (DFU) fonctionne de manière originale et permet de travailler le lexique avec une dynamique de réseau.

Dictionnaire de Français Usuel

Portrait Jacqueline Picoche

Le Dictionnaire de Français Usuel a été conçu par Jacqueline Picoche dans le but d’aider les professeurs à travailler le lexique avec leurs élèves. Ce dictionnaire propose d'explorer 15 000 mots intégrés dans 442 articles. Ils ont été sélectionnés à partir des listes du Dictionnaire de Fréquences du Trésor de la Langue Française fruits du dépouillement informatique de la quasi-totalité des grands textes littéraires du XIXe et XXe siècle. Les mots les plus fréquents ont une occurrence supérieure ou égale à 7000. Ces mots "hyperfréquents" constituent bien une base solide pour travailler le lexique français. Les "mots vedettes" qui correspondent aux entrées des articles du dictionnaire sont des mots "hyperfréquents" (plus ou moins supérieurs à 7000 occurences).
Sur les 907 "hyperfréquents", le dictionnaire retiendra 442 entrées soient 15 000 mots. Ce résultat est le fait d'une démarche par élimination (les articles, pronoms, conjonctions, certaines prépositions ne sont pas retenus) et par regroupement de mots dans une même entrée (homme/femme, vendre/acheter, dans/en/hors,  vrai/faux/réel etc.)
Dans ces regroupements, c'est le plus souvent la relation sémantique qui est préférée à la relation morphologique ou étymologique. Cette manière de procéder constitue bien toute l'originalité et l'intérêt de ce dictionnaire. En effet cela permet de travailler un lexique vivant, de travailler la nuance des emplois de tel ou tel mot, les ressemblances et différences sémantiques entre les mots d'un même groupement (connaître et savoir par exemple).
A partir d'une entrée, on chemine dans un réseau d'autres mots employés dans la proximité de celui-ci (par ressemblance ou opposition) et on en explore les différents usages. Ce sont "de grosses grappes de mots" constituées autour de ces "hyperfréquents" et liés par dérivation, par analogie. Pour parvenir à ce développement du réseau du mot, on passe nécessairement par l'usage qui est fait du mot (dans une phrase, un exemple d'emploi) ou qui s'en approche et l'on construit le sens de ce mot en contexte. Ce n'est donc pas qu'une définition illustrée par des exemples mais ce sont des emplois qui construisent la compréhension du mot et qui conduisent à des rencontres d'autres mots. La question qu'il convient de se poser lorsqu'on travaille le lexique par réseaux comme le DFU le propose est : "De quoi puis-je parler avec cet outil que la langue met à ma disposition, et avec son escorte de dérivés, de synonymes et d'antonymes ?" (Citation extraite du site).

Pour conclure, le DFU ne propose pas une approche encyclopédique mais à partir des usages d’un mot. En ce sens il est préféré les mots d’usage courant aux mots rares.

Le site http://jpicochelinguistique.free.fr/index.htm donne accès à quelques articles du DFU et de nombreux articles et outils pour approfondir ses connaissances et  réfléchir à l’enseignement du lexique.

Le DFU existe en version papier et en version cédérom.

Scénario pédagogique détaillé

Entrer dans le DFU nécessite un premier travail d'approche (car il est assez original) qui permettra aux élèves d'en comprendre le fonctionnement. Ce n'est pas une activité "méthodologique" annexe qui doit se faire artificiellement "hors contexte" du cours. Au contraire. Il faut seulement la première fois (ou les premières fois) prévoir un peu plus de temps pour évoquer et entrer dans cette organisation. On travaille alors en lecture et le DFU est un outil pour explorer le mot ou groupe de mots au centre de la séquence. En effet ce dictionnaire est pertinent pour travailler le lexique au cœur d'un objet d'étude. Les articles (vrai/faux/réel ; sensations etc.) permettent de réfléchir et déjà d'explorer l'objet d'étude (ainsi il n'est pas une "perte de temps" ou chronophage) et de tisser un réseau de mots qui serviront en lecture et en écriture pour travailler l'objet d'étude (voir les exemples de scénarios pédagogiques ci-dessous).

Cette approche du lexique en réseau revient à explorer la langue. Cette démarche se fait en lecture mais invite aussi à l'action : construire un réseau à son tour. Utiliser la carte mentale (ou heuristique) est un outil intéressant parce qu'il permet de représenter le réseau avec ces nœuds et ses dérivations. D'autre part cette démarche favorise également le travail de groupe basé sur l'échange entre pairs (limitant l'approche classique dans laquelle le professeur (ou le dictionnaire) sait et transmet la connaissance). Ici la compréhension du mot et son enrichissement est le fruit d'une recherche de ses emplois et de la façon dont chacun comprend et situe tel ou tel usage. La discussion est nécessaire pour étendre les possibilités. Une activité de production d’un article « à la manière » du DFU peut servir de  fiche outil à laquelle les élèves se reporteront tout au long des séquences de mise en œuvre de l’objet d’étude.

Autres scénarios

Retrouvez d’autres scénarios pédagogiques construits :

- Vrai/faux/réel : pour travailler les objets d’étude de seconde « parcours de personnages » et « construction de l’information ».

- sensation : pour travailler l’objet d’étude «de seconde «  des goûts et des couleurs, discutons-en ».

Ces scénarios pédagogiques sont consultables dans les documents joints.

Contexte

La découverte et l’utilisation du Dictionnaire de Français Usuel  résulte d’une formation assurée par Françoise TORREGROSA (agrégée de Lettres, formatrice IUFM, professeur de Lettres Histoire en LP, académie d'Orléans-Tours) en janvier 2010 dans l’Académie de Paris au cours de laquelle nous avons exploré également différentes pistes pour travailler le lexique.

Cette formation a été réexploitées par le Groupe d'Intégration Pédagogique des Techniques de l'Information et de la Communication (GIPTIC) de Lettres, dans le cadre de Travaux Académiques Mutualisés (TRAAM). La demande du ministère qui pilote les TRAAM dans différentes académies portait sur les outils TICE pour la maîtrise de la langue. Dans ce cadre l'académie de Paris avait décidé de s'intéresser au travail sur le lexique et plus particulièrement à l'intérêt des exerciseurs dans ce cadre. Cet article avec d'autres (voir la liste d'articles ci-dessous) rend compte des recherches du GIPTIC sur cet objet de réflexion et de pratiques pédagogiques expérimentées dans les classes parisiennes.