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Verfügbar aux enfers

Le Verfügbar aux enfers, une aventure musicale extraordinaire pour les élèves du lycée Jean de La Fontaine en 2010

Présentation du projet

 

2010 - Ravensbrük

À la demande du Théâtre du Châtelet et à l'occasion du 65e anniversaire de la libération du camp, 30 lycéennes ont participé à la production de l’opérette de Germaine Tillion Le Verfügbar aux enfers. L’œuvre a été donnée dans une version scénique au camp de Ravensbrück, le samedi 17 avril 2010, devant un public composé principalement d’anciennes déportées. L'expérience a été très forte, tant sur le plan humain que  musicale.

Mme Courroy et M. Choukroun, professeurs d’éducation musicale au lycée, ont travaillé la partition avec leurs classes de 1ère et Terminales L et TMD (Techniques de la Musique et de la Danse). Ils ont aussi présenté aux élèves l’itinéraire de cette résistante française. Des répétitions au Châtelet ont été organisées la semaine qui précéda le départ pour l’Allemagne. Madame Hertu, Inspectrice académique et Inspectrice pédagogique régionale d’éducation musicale, a tenu à participer à ce projet « excellence » de l’Académie de Paris.

 

 

Programme-Verfugbar

2007 - Les origines du projet

Une satire avec musique pour faire rire, rire de soi et transmettre l’information, trois actes de résistance en situation extrême

lithographie du Verfugbar

 

 Ecrite au camp de Ravensbrück en octobre 1944 comme acte de résistance à la barbarie nazie, cette oeuvre de l’ethnologue Germaine Tillion n’est connue du public que depuis le printemps 2005, date de sa parution aux Editions de La Martinière.


Déportée à Ravensbrück le 21 octobre 1943, enregistrée comme “politique”, Germaine Tillion parvient à écrire une opérette-revue en 3 actes. Or, le fait même de se procurer de l’encre et du papier représentait une entreprise à haut risque. Se cacher pour écrire, mais aussi trouver le temps d’écrire dans l’existence harassante du détenu. Affectée au Bekleidung, le service du tri des vêtements issus du pillage allemand, arrivant par wagons entiers,Germaine Tillion prend le risque de refuser le travail en se cachant dans une caisse d’emballage. Le hasard et la solidarité des détenues la protègent, jusqu’à ce que la victoire alliée lui permette d’échapper à la destruction, d’elle-même et de son manuscrit. 

Comme l’indique le manuscrit lui-même, Le Verfügbar aux enfers est une “opérette revue”. Il relève donc non seulement de la comédie musicale, mais du music-hall. Un genre inattendu pour décrire la condition de détenues concentrationnaires. Ce refus délibéré de l’esprit de sérieux est une technique de survie. [...] Ni apitoiement sur soi, ni victimisation, ni l’inverse, l’héroïsation. Le jour anodin sous lequel est présentée l’action des détenues dans la Résistance leur donne une allure d’antihéros plutôt que d’héroïnes.Mettre à distance le présent comme le passé, pour consacrer toutes ses forces à la survie. “Survivre, notre ultime sabotage”, écrit Germaine Tillion en 1946. Communicatif et tonique, le rire contribue à créer une communauté qui est en soi un facteur de survie. En partie collective, l’écriture même de l’opérette participe déjà de la formation d’une solidarité. Sa représentation aurait étendu le réseau de complicité et développé une conscience de résistance dans l’auditoire, mais le contenu subversif et le régime concentrationnaire en excluaient l’éventualité. [...]

 

A bien des égards, Le Verfügbar est un joyeux canular. Détournées de leur sens, les références littéraires et musicales y abondent et servent à réaffirmer dans un éclat de rire une identité culturelle directement menacée par l’entreprise de réduction à l’état de loque et de fumée. L’idée de génie qui fonde le ressort comique, a été de prendre le Verfügbar comme une espèce animale nouvelle, qu’un conférencier, le présentateur de la revue, examine à la manière de l’entomologiste confronté à un insecte inconnu. En supprimant les causes et les intentions, en se limitant à une observation externe de l’apparence et du comportement de l’espèce étudiée, le naturaliste déclenche sans le vouloir mille exemples de comique de situation.

Extrait de la présentation de Claire Andrieu Germaine Tillion Le Verfügbar aux Enfers, une opérette à Ravensbrück.

 

 

Un projet pédagogique qui allie mémoire et création

 

 

Une expérience de vie pour deux classes de collégiens :

 

 

Ecrire le Verfügbar aux Enfers constituait pour Germaine Tillion qui risquait ainsi sa vie et celles de qui l’y aidait un acte de résistance à la barbarie nazie. Il s’agissait moins de faire une oeuvre que de lutter contre la déshumanisation imposée par le système concentrationnaire.C’est pourquoi le Théâtre du Châtelet a tenu à associer des collégiens à cette création indissociable d’une expérience humaine. Deux classes de 3e des collèges Camille Claudel et Evariste Galois du 13e arrondissement de Paris intègrent donc l’équipe artistique et rejoignent le choeur des Verfügbar.

Accompagnés par Bérénice Collet (mise en scène) et Danièle Cohen (chorégraphe), ils travailleront tout au long de l’année et se produiront aux côtés de
la Maîtrise de Paris et de jeunes danseuses des Conservatoires municipaux et du CNR de Paris. Un travail de mémoire : Dans ce projet, art et histoire sont intimement liés de par la nature même de l’oeuvre qui témoigne d’une des périodes les plus sombres de l’Histoire. Ainsi pour mieux saisir la spécificité de ce texte et en mesurer la portée historique, la classe du collège Evariste Galois projette de se rendre au Mémorial de Caen tandis que celle du collège Camille Claudel prévoit un voyage à Ravensbrück, du 27 au 29 avril 2007.

affiche verfugbar 2008

 

 

Une rencontre franco-allemande :

 

Par l’intermédaire d’Anise Postel-Vinay, camarade de déportation de Germaine Tillion, le service du Jeune Public a appris que le Mémorial de Ravensbrück, avec l’aide de la musicologue Gabriele Knapp, travaillait avec une classe de collégiens du Carolinum Gymnasium de Neustrelitz (Allemagne) sur un show multimédia d’après Le Verfügbar aux Enfers. Ils présenteront leur travail au Mémorial le 3 juin 2007, à l’occasion du centenaire de la naissance de Germaine Tillion.

 

Ainsi est née l’idée de faire se rencontrer au Mémorial la classe du Carolinum Gymnasium et celle du collège Camille Claudel.

2010 - Les répétitions

Les répétitions au Lycée Jean de La Fontaine

 

 

 

Le voyage vers Ravensbrück

 

 

 

 

Les répétitions à Ravensbrück

 

 

 

2010 - Le concert

Carnet de bord

 

 Premier épisode : jeudi 15 avril, après-midi.

 13h30 Rendez-vous à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Tout le monde est présent : 26 élèves + équipe pédagogique +équipe du Théâtre du Châtelet. Une annonce de retard se profile… Salle d’embarquement, on apprend le motif de ce retard : le volcan islandais… Au fur et à mesure de notre attente, on observe des retards et des annulations de vols en chaîne. En parallèle, première négociation du Théâtre du Châtelet. Les démarches s’intensifient : recherche d’un vol, d’un train, puis d’un T.G.V. au départ de la gare de Roissy. On songe à un voyage par autocar… A 19H00, la situation est définitivement bloquée : plus un vol, plus un train et pas un autocar. On apprend la fermeture de vingt-cinq aéroports. Le Directeur du Théâtre du Châtelet, Jean-Luc Choplin, prend alors la décision d’annuler le projet. Désarroi des lycéens : stupeur, tristesse et larmes… Retour à Paris en R.E.R. Consternation générale.

 Deuxième épisode : jeudi 15 avril,  le soir.

 Les élèves sont rentrés chez eux. Une cellule de crise s’installe Place du Châtelet, au café Zimmer (l’Inspectrice d’Education musicale, Mme Hertu et les deux professeurs, Mme Courroy et M. Choukroun). Devant trois coupes de Champagne, nous sommes en relation avec la production du Châtelet : une dernière tentative est lancée. Un train, vendredi matin au départ de la Gare de l’Est. Rendez-vous devant la voie 8. Une chaîne téléphonique se met en place.

11H20 : toujours au café Zimmer, impossibilité d’obtenir les billets de trains promis. Nouvelle chaîne téléphonique : De Profundis

Troisième épisode : vendredi 16 avril, la journée

Vendredi matin 7h30. Hypothèse d’un car réquisitionné et affecté par le Ministère de la Défense. Nouvel espoir… Les élèves enthousiastes se démènent pour obtenir les nouvelles autorisations pour un mode de transport inattendu. La convergence  d’initiatives émanant de l’Ambassade de France en Allemagne, du Ministère de la Défense, du Théâtre du Châtelet et du Rectorat de Paris, aboutit à la réquisition d’un car par l’Armée française. Il est 12h15.

Rendez-vous donné aux lycéens : 14h00, rue Edouard Colonne, derrière le Châtelet. Départ en fanfare à 15h00. Après 17heures de route : arrivée à Ravensbrück le samedi 17 avril à 8H00 du matin. 

Quatrième épisode : samedi 17 avril, la journée

 Sept heures de repos obligatoires. Mise en voix et raccord.

 Représentation à 16H00 sur la place d’appel du camp de Ravensbrück. Bise glaciale sous un soleil éclatant. L’engagement des adolescents est à la hauteur de l’œuvre de Germaine Tillion. Fatigue, émotion, ferveur. Artistes, solistes, choristes allemands, français et public sont bouleversés.

 

17H30 : Rencontre avec les déportés et le public. Intensité et profondeur des échanges.

 « L’interprétation du Verfügbar aux enfers à Ravensbrück, sur la place d’appel du camp, a été pour nous un choc, tout comme la rencontre avec les déportés après le concert. Tout est subitement devenu réel, et nous avons pris conscience de l’horreur des camps et de la folie des hommes. Il est difficile de trouver les mots qui pourraient décrire ce que nous avons compris et ressenti à cet instant.» (Anaïs Soucaille, Tle T.M.D.)

 Le Général Bruno Pinget, Attaché Défense auprès de l’Ambassade de France, prend la décision d’un retour en car en deux jours.

22H30 : les familles sont averties par courriel.

20H00 : dîner chaleureux et veillée avec les lycéens.

 Nuitée sur le site dans les anciennes maisons des gardiennes, transformées en auberge de jeunesse …..

 Cinquième épisode : lundi 19 avril, le matin

 Réveil et petit déjeuner sous un soleil radieux. Paysage bucolique. Des commémorations partout sur le site de Ravensbrück. Visite guidée du camp, en lien étroit avec Le Verfügbar. Recueillement. Visite de l’exposition sur les gardiennes du camp.

 Départ du camp à 11H00. Arrivée à Cologne à 22H00. Nous nous installons à l’Hôtel Mercure dont les lycéens apprécient le confort. Coup de théâtre. Le stationnement de l’autocar devant l’hôtel n’est pas autorisé. Le code du travail exige un départ, le lendemain à 9H00.

 Sixième épisode : lundi 19 avril, le matin

 Trajet ponctué de chants variés : extraits du Verfügbar, mais aussi des chansons des Beatles, de Léonard Cohen et de chants yiddish. Claire Delgado-Boge, une des solistes, s’adresse aux élèves et leur rend hommage. Elle rappelle le message de Germaine Tillion : rester vigilant et résister. Une dernière photo sur une aire d’autoroute belge après 2400 kilomètres et plus de trente-cinq heures, sous la conduite rassurante et compétente des militaires. Arrivée à Paris à 15H15, place du Châtelet.

 Postlude :

 Tout au long de ce périple, l’équipe du Châtelet a toujours été attentive à nos besoins tant sur le plan humain qu’artistique et matériel. Pour l’Inspectrice d’éducation musicale, Mme Hertu et les deux professeurs, Mme Courroy et M Choukroun, la réussite de cette opérette-revue est à la hauteur de l’investissement personnel et de l’énergie déployée autour du Verfügbar aux Enfers de Germaine Tillion.

 Pascale Hertu, I.P.R./I.A de l’Académie de Paris, Sabine Courroy, professeur d’Education musical, Patrick Choukroun, professeur d’Education Musicale et les lycéens.

Le bilan

Lettre des élèves adressée au Directeur de l’Académie de Paris, M. Claude MichelletRédactrice : Anaïs Soucaille (Tle T.M.D.)

 Lundi 19 avril 2010

 Monsieur Le Directeur,

 Nous nous permettons de vous écrire afin de vous remercier, car nous avons, grâce à vous, vécu une aventure humaine et musicale unique, que peu de lycéens ont l’occasion de vivre. Nous sommes d’ailleurs très honorés d’avoir été choisis pour participer au projet, et nous avons également beaucoup apprécié les qualités d’écoute déployées par tous les membres de l’équipe du Châtelet. Ce projet nous a tout d’abord permis de découvrir une œuvre que nous ne connaissions pas, ainsi que la personnalité unique de Germaine Tillion qui a suscité notre admiration à tous. Les répétitions au Châtelet ont été une première source d’émotions, car elles se déroulaient dans un lieu mythique (« Tu te rends compte, Rostropovitch s’était peut-être assis là !) et elles nous ont fait rencontrer Anise Postel-Vinay (encore une personnalité que nous n’oublierons pas !). L’interprétation du Verfügbar aux enfers à Ravensbrück sur la place d’appel du camp, a été pour nous un choc, tout comme la rencontre avec les déportés après le concert. Tout est subitement devenu réel, nous avons pris conscience de l’horreur des camps et de la folie des hommes. Il est difficile de trouver les mots qui pourraient décrire ce que nous avons compris et ressenti à cet instant. Nous n’oublierons jamais cette expérience et nous tenions à vous en remercier de tout cœur.

Veuillez agréer, cher Monsieur, l’expression de nos plus respectueuses salutations.

 

 

 

Différents prolongements pour ce projet :

 

-Réalisation par deux lycéens d’un DVD de la représentation et, dans la mesure des opportunités,  interviewes d’anciennes déportées.

 

-Concert donné dans l’auditorium du Lycée Jean de La Fontaine, proposant quelques extraits de l’œuvre de Germaine Tillion.

 -Recherches autour de l’histoire de notre établissement construit en 1938 pour les jeunes filles du quartier. Pendant la Seconde Guerre mondiale, certaines élèves du lycée ont été déportées parce que juives et le l’établissement a été réquisitionné par l’Amirauté allemande, à partir de 5 août 1940, avant de devenir, à la Libération, un hôpital pour les soldats américains. Les archives de l’établissement et les listes des enfants juifs déportés de France, fournies l’an dernier par le Mémorial des Enfants Juifs Déportés de France (président Serge Klarsfeld), seront nos principales sources de travail. Nous sommes déjà en contact avec cette association. Une pause de plaque commémorative est envisagée.

 - un projet d’échange entre lycéens français et allemands.

 -Un voyage à Terezin et Prague serait envisagé pour l’année 2010-2011, avec de nouveaux élèves et un concert autour des œuvres composées dans le camp (Ilse Weber, Erwin Schulhoff…).

Remerciements

Nos remerciements :
Au Mémorial de Ravensbrück,
A Monsieur Claude Michellet, Directeur de Académie de Paris,
A Madame Pascale Hertu, Inspectrice Académique - Inspectrice Académique Régionale 
A France 2 et Madame Laroche Joubert pour l'exploitation des vidéos
Au Théâtre du Châtelet, Jean-Luc Choplin (directeur), Lucie Kayas (Responsable du Service Pédagogique)