Bandeau

Mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions

Commémoration de l'abolition de& Le 10 mai a été choisi comme Journée nationale de commémoration sur proposition du Comité pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage, aujourd'hui présidé par Françoise Vergès, Le choix de cette date fait notamment référence au vote de la loi tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage comme crime contre l'Humanité, aussi appelée loi Taubira. D'autres dates de commémoration s'ajoutent dans les collectivités d'outre-mer. Cette année, le Président de la République a souhaité donner un caractère particulièrement solennel à la cérémonie nationale qui se déroulait dans le Jardin du Sénat. A cette occasion, des classes de collèges et de lycées d'Ile-de-France avaient été invitées à assister à la cérémonie et à visiter ensuite le Sénat.
Cette journée s'inscrit dans leur programme : en Quatrième, histoire des abolitions, institutions de la République, histoire des arts ; en Seconde, les abolitions de la traite et de l'esclavage et leur application.

La Journée nationale

Pour le 10ème anniversaire de la loi portant reconnaissance de l'esclavage et de la traite comme crime contre l'Humanité, le Président de la République, en présence des Présidents des deux Assemblées, de membres du Gouvernement, d'élus et de représentants d'associations, a dévoilé une stèle qui rend hommage aux esclaves révoltés. Placée au centre du jardin du Luxembourg, la stèle porte cette inscription :

"Par leurs luttes et leur profond désir de dignité et de liberté, les esclaves des colonies ont contribué à l'universalité des droits humains et à l'idéal de liberté, d'égalité et de fraternité qui fonde notre République. La France leur rend ici hommage."

Stèle de la commémoration des traites négrières et de l'abolition de  l'escalavage avant son inaugurationStèle inaugurée par monsieur le Président de la République

La cérémonie commence par une présentation de documents d'archives évoquant la terrible condition des esclaves déportés d'Afrique dans les colonies françaises : journal de bord d'un bateau négrier indiquant froidement les pertes, annonce de ventes d'esclaves, registre d'habitation énumérant les biens (négres et animaux), déclaration d'esclaves "marrons" en fuite.

Présentation des archives commémorant la Traite et l'abolition de l'esclavage

Ensuite, le Président prononce un discours d'une vingtaine de minutes qui débute ainsi : "Ils furent des millions; / Ils furent enchaînés; / Ils furent déportés d'un continent à l'autre; / Ils furent battus; / Ils furent asservis. / Cela dura des siècles." Puis il revient sur l'horreur de leur condition en rappelant des extraits du "code noir" et en citant des exemples de mauvais traitements. Le Président rappelle l'histoire des abolitions, rend hommage aux combattants, Delgrès et Toussaint-Louverture, aux abolitionnistes, l'abbé Grégoire et Victor Schoelcher. Il fait allusion au rétablissement de l'esclavage en 1802, mais sans en nommer l'auteur.

Discours de Monsieur Nicolas Sarkozy, président de la République

Dans sa dernière partie, le discours du Président rappelle les grands principes : "Si nous commémorons aujourd'hui l'abolition de la traite et de l'esclavage, ce n'est pas pour répéter indéfiniment le passé au point d'en devenir prisonnier, ce n'est pas pour mettre en concurrence les mémoires et les souffrances, ce n'est pas pour diviser, c'est pour comprendre, pour unir et pour construire. Pas plus que la mémoire humaine ne doit oublier la Shoah, elle ne doit oublier l'esclavage, parce que l'une et l'autre expriment une leçon universelle."

Suit un intermède musical assuré par des chanteuses et musiciennes d'une association guadeloupéenne, Famn Ki Ka, qui font entendre la langue créole et le rythme des tambours.

Première partie choeur des esclaves

Deuxième partie choeur des esclaves

Cet hommage a malheureusement reçu un faible écho médiatique. Si la cérémonie a été retransmise sur certaines chaînes de télévision (France O, Public Sénat, BfmTV), elle n'a pas eu les honneurs du journal télévisé de France 2 ou TF 1, ce qui a provoqué un communiqué du Comité pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage se plaignant d'un "hommage occulté par les médias nationaux".

La Journée des collégiens

Des élèves de Quatrième du collège Moulin des Prés, Paris 13e, et des élèves de seconde du lycée Buffon, Paris 14e,  avaient été invités à assister à la cérémonie de commémoration de ce 10 mai 2011. Placés au premier rang, ils ont suivi la cérémonie retransmise sur grand écran et ils ont pris à coeur leur rôle de représentant de la nation.

Elèves de 4ème du collège Moulin des prés (Paris 13e)Elèves de seconde du lycée Buffon (Paris 14e)

                  (Photographies prises avant le début de la cérémonie)

Ensuite, à l'invitation du Président du Sénat, ces élèves ont profité d'un repas servi dans l'un des grands salons ; M. Larcher lui-même leur a souhaité la bienvenue et ils ont pu approcher le deuxième personnage de l'Etat, certains en profitant pour réclamer un autographe.

Le président du Sénat  Monsieur Gérard Larcher s'adressant aux collègiens et aux lycéens durant le repasLe président du Sénat, monsieur Larcher, monsieur Lauby IA-IPR histoire et géographie  et les professeurs accompagnateurs des classes assistant à la cérémonie

Puis la visite guidée du Sénat a permis de découvrir la richesse de la décoration d'un de nos grands palais nationaux et de passer un moment dans la tribune du public de la salle des Séances.

Elèves du collège Moulin des Prés dans l'hémicycle du Sénat

Elèves du lycée Buffon Paris 14e dans la galerie du Sénat

Elèves du collège Moulin des prés dans la salle Médicis du Sénat

 En quittant le Sénat, les élèves du collège Moulin des prés se sont rendus devant le Panthéon, pour admirer sa façade néo-classique. Comme la visite était libre en ce jour de commémoration, ils ont visité la crypte pour rendre un dernier hommage à Victor Schoelcher et saluer la mémoire d'autres Grands hommes figurant au programme de leurs études : Voltaire et Rousseau, Victor Hugo et Emile Zola. Ils ont été très surpris d'apprendre que le coeur de Léon Gambetta reposait là.

Au total, cette journée a permis de mettre en mémoire de nombreux aspects de leur programme, et elle devrait les marquer durablement par son caractère exceptionnel.

Pistes d'exploitation en 4ème

 Place dans le programme

Le nouveau programme applicable en 2011 accorde une grande place aux traites négrières et à leurs abolitions; il permet d'aborder ces questions à plusieurs reprises en variant les documents. Malheureusement seule la première partie explicitement citée par les programmes (traites et esclavages) est traitée dans les nouveaux manuels. Le professeur a la possibilité d'établir une continuité qui donne du sens aux événements.

Partie I thème 3 - Les traites négrières : le professeur peut aborder la description d'une déportation à partir d'extraits de journaux de bord, de gravures (iconographie fournie sur le site du sceren), et d'une brève étude statistique à partir de la base  de données sur les traites négrières ; pour la vie quotidienne, il dispose des documents iconographiques rassemblés sur le site du sceren-cndp, il peut présenter des extraits du code noir. Les élèves peuvent compléter par la lecture à la maison de la nouvelle de Mérimée Tamango, qui relate le voyage d'un bateau négrier, certes à une époque ultérieure.

Partie II thème 1 - Les temps forts de la Révolution. Peuvent être expliqués lors de l'étude de ces régime, la révolte des noirs à Haiti et la première abolition par la République, le rétablissement de l'esclavage par Bonaparte. Les nouveaux manuels semblent ignorer ces événements qui constituent pourtant un temps fort des luttes révolutionnaires. 

Partie III thème 2 - L'évolution politique de la France ; l'abolition de l'esclavage par la IIème République. Les nouveaux manuels se contentent de présenter un tableau commémorant l'événement, sans fournir aux élèves la grille de lecture.

Démarche adoptée avec la classe de 4ème du collège Moulin des prés en 2010-2011

A la fin de la présentation rapide des régimes politiques au XIXe s, (Partie 3 thème 2) et dans la perspective de cette journée de commémoration, j'ai choisi de présenter une leçon de deux heures consacrée à l'histoire des deux abolitions dans sa continuité.

- Première partie : la révolte à Haiti, le général noir Toussaint-Louverture, la mission du commissaire de la République Sonthonax et le premier décret d'abolition de 1794, les décisions de Bonaparte qui font aussi partie de son oeuvre de "restauration" (rétablissement de l'esclavage et envoi de son beau-frère à Haiti pour écraser la révolte). L'étude d'une oeuvre d'art, Le Serment des ancêtres (sur le site du ministère de la Culture), permet d'aborder l'alliance des noirs et des métis en révolte à Haïti, de saisir la notion d'allégorie, et de retrouver le thème révolutionnaire du serment gravé dans la pierre.

Seconde partie : la permanence des souffrances et des révoltes aux Antilles, la mission de Schoelcher. Présentation critique de deux tableaux de 1848 disponibles sur le site l'histoire par l'image (de Biard et de Garreau). Description du tableau de Garreau dans lequel un commissaire de la République, ceint d'une écharpe tricolore, veillé par un buste de Marianne, présente le décret d'abolition en même temps qu'il invite les anciens esclaves à continuer le travail sur la plantation. Dans son tableau, Biard imagine des esclaves libérés qui expriment leur joie et remercient non seulement le commissaire de la République, mais leur ancien maître et bourreau ! Un texte d'Aimé Césaire en hommage à Schoelcher montre la portée de cette libération (droit de vote, droit à l'éducation) et permet d'évoquer le mouvement de la Négritude.

                  Franck Rolland, professeur d'histoire et géographie, collège Moulin des prés, Paris 13e.

À voir