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La machine à trier, P. Cahuc, S. Carcillo, O. Galland & A. Zylberberg

Ed. Eyrolles, Octobre 2011

Les auteurs commencent par établir un diagnostic, alarmiste, sur la base d’une impressionnante quantité de données statistiques : la jeunesse française serait coupée en deux (au moins !), ce qui rappelle le constat établi par Bourdieu mais sur d’autres critères ; avec, d’un côté une jeunesse qui « s’en sort », ayant effectué de « bonnes » études, « sélectives », et, de ce fait, s’étant bien insérée dans le monde du travail (en obtenant immédiatement ou rapidement un emploi stable et correctement rémunéré), et, de l’autre, une jeunesse qui « ne s’en sort pas », ayant connu l’échec scolaire et une sortie du système éducatif assez précoce et sans diplôme ce qui l’expose à une intégration très difficile dans le monde du travail (« au mieux », succession d’emplois précaires, de « petits boulots » mal payés et, au pire, chômage : au bout de 3 ans de vie active, le taux de chômage des non diplômés est «  fois plus fort que celui des titulaires d’une maîtrise et 10 fois plus élevé que celui des anciens élèves d’une grande Ecole de commerce ou d’ingénieurs).

Les auteurs (il y a parmi eux des économistes et des sociologues) attribuent ce dualisme insatisfaisant à notre système social  « élitiste » reposant sur un système éducatif et un marché du travail fonctionnant comme des « machines à trier » (et aussi à exclure). Le système éducatif est certes capable de « produire », plus qu’ailleurs, une « élite » mais il laisse une proportion de jeunes beaucoup plus élevée qu’ailleurs sur le bord du chemin ; le poids de la famille dans la destinée scolaire des jeunes reste, en France, particulièrement lourd et l’importance du diplôme pour (bien) s’insérer sur le marché du travail reste prégnante.

Ce marché du travail est, lui aussi, mis en cause dans la mesure où il reproduirait les différences de traitement réservé aux jeunes déjà observées à l’Ecole, favorisant les « déjà favorisés » et défavorisant les « déjà défavorisés ». Ce qui creuse inexorablement l’écart entre ces deux jeunesses. Enfin, la première a un sentiment d’appartenance à la communauté, participe à la vie politique et sociale tandis que la seconde s’en détache ou est tentée parfois par des attitudes radicales. Les auteurs préconisent donc des réformes (de l’Ecole comme du système de protection sociale et du marché du travail et même du système politique) pour inverser la tendance et réagir à cette situation.

Un livre pas particulièrement novateur mais qui soulève une question qui mériterait d’être au centre des futurs débats politiques de 2012.

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