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Chez Lectra, l’ancrage local est gage de succès

mis à jour le 26/10/16

Logo Lectra Extrait d’un article très instructif de Marie Coris, maître de conférences en économie à l'université Bordeaux-IV, chercheuse au sein de l'équipe Espace et industrie du Groupe de recherche en économie théorique et appliquée (Gretha), paru dans le Monde du 28 février 2012. Marie Coris coordonne en ce moment un projet de recherche sur les délocalisations, Escape (http://escape.gretha.u-bordeaux4.fr), financé par le conseil régional d'Aquitaine.

 Avec 1500 salariés à travers le monde, Lectra est une entreprise française de taille intermédiaire. Elle conçoit et fabrique des matériels destinés aux industries utilisant des matériaux souples (textile, cuir, etc.). Deux acteurs majeurs domi­nent ce marché, Lectra et son concurrent américain. En 2004, les actionnaires de Lectra poussent à la délocalisation de la production des machines de coupe, une activité menée sur son site de Cestas, en Aquitaine. Une étude démontrait qu'un déplacement en Chine de cette production amènerait un gain en termes de coût de l'ordre de 20 %. La recherche et le développement (R&D) seraient maintenus sur le territoire aquitain. Les dirigeants, opposés à la délocalisation, mènent une deuxième étude qui indique qu'en reconcevant les machines en partenariat avec les sous-traitants locaux, une baisse des coûts similaires serait possible. La délocalisation est évitée.

Selon notre analyse, le maintien de la production en France a permis d'asseoir la stratégie industrielle de l'entreprise selon trois axes complémentaires.

  1. Au niveau de la relation aux actionnaires : les dirigeants ont depuis renforcé leur participation pour s'affranchir des pressions aux délocalisations.
  2. Au niveau de la relation au marché : la reconception des machines a permis de réduire les coûts mais elle a surtout entraîné une remontée en gamme (qualité et délais) grâce à la réactivité d'un approvisionnement « à proximité » et un repositionnement sur la fourniture de services liés.
  3. Au niveau de l'approvisionnement : la coconception des machines avec les sous-traitants a conduit à un renforcement de l'ancrage industriel local. En temps de crise économique, ce sont d'ailleurs les approvisionnements européens qui sont favorisés. «Les zones low cost ne peuvent pas offrir de flexibilité. Or, la flexibilité joue plus que le coût de production quand on considère l'équation globale. » (Extrait d'un entretien chez Lectra)

Et si chez Lectra on dit que la main-d'œuvre est plus chère en France qu'en Chine, on y dit également que la productivité et la culture d'entreprise compensent en partie ces écarts. Lectra est aujourd'hui numéro un mondial sur ses marchés.

Emblématique de ce qui est souvent passé sous silence, ce cas invite à s'interroger sur ce que doit être la politique industrielle, pensée à l'échelle régionale et en termes de filière. Il souligne aussi l'importance des besoins de proximité entre les deux activités d'innovation et de production. Ce qu'ignorent les actionnaires quand ils font pression à la délocalisation, c'est que ces activités ne sont pas aussi dissociables qu'on le dit. Ce qu'avaient antici­pé les dirigeants c'est qu'à terme la conception aurait suivi la production. « II y a un trop fort besoin de proximité entre R&D et production dans notre métier pour qu'il en soit autrement.» 

Cette histoire est extraite de l'étude pour la Direccte Aquitaine réalisée par M. Coris, C.Carrincazeaux, V. Frigant et A. Piveteau (disponible sur le site du projet Escape). Les dirigeants de Lectra ont accepté que le nom de leur entreprise soit dévoilé.

 

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