Bandeau

Agir dans la cité : Giono, L’Homme qui plantait des arbres

"Que révèle l'engagement de l'homme pour la nature ?"
Ariane François (LP Abbé Grégoire) et Guillaume Pin (LP Marcel Deprez) présentent leurs réflexions à partir de la lecture de cette nouvelle.

1 – L’engagement

Cette nouvelle présente l’intérêt, en classe de troisième, de poser la question de l’engagement :

  • engagement du personnage principal, Elzéard Bouffier : « Il avait jugé que ce pays mourait par manque d’arbres. […] il avait résolu de remédier à cet état de choses. »
  • engagement de l’auteur : Giono cède ses droits sur cette nouvelle, parue dans Trees and Life. Informant sur ce sujet un de ses lecteurs dans une lettre datée de 1957, il écrit : « C’est un de mes textes dont je suis le plus fier. Il ne me rapporte pas un centime et c’est pourquoi il accomplit ce pour quoi il a été écrit. »

Ces formes d’engagement, connues des élèves, sont peu présentes dans les propositions de lectures.  Dans L’intellectuel engagé, anthologie publiée chez « folioplus classiques » par Christine Lhomeau (octobre 2011), ressource intéressante par rapport à l’objet d’étude « l’homme et son rapport au monde », aucun texte ne permet d’aborder un engagement de type « environnemental ».

  2 – La confusion des genres ?

Le deuxième centre d’intérêt réside en l’ambiguïté de certaines fictions de Jean Giono : le mélange des genres, qui surprend dès 1947 avec la publication de Un roi sans divertissement est tout aussi évident face à ce court récit. L’homme qui plantait des arbres correspond-il à la relation d’un fait réel ? S’agit-il d’un récit de vie ? D’une utopie ? D’une fable ? Ou bien d’un conte ? D’un récit biblique ?...  La recherche d’une définition avec des élèves en fin de cursus peut permettre de « réviser » les genres littéraires abordés au cours des trois années de formation. Ce sera l’occasion également de comprendre le rapport au monde de cet auteur original : « J’aime mon métier. Il permet une certaine activité cérébrale et un contact intéressant avec la nature humaine. J’ai ma vision du monde ; je suis le premier (parfois le seul) à me servir de cette vision, au lieu de me servir d’une vision commune. Ma sensibilité dépouille la réalité quotidienne de tous ses masques ; et la voilà, telle qu’elle est : magique. Je suis un réaliste. » (Noé, 1948, chapitre III)

3 – Réalité ou fiction ?

Réfléchir autour de l’ancrage (ou pseudo-ancrage) dans la réalité est une piste d’entrée dans le récit : les dates qui structurent le récit selon un axe apparemment chronologique correspondent à des moments clés de l’histoire du XXème siècle : 1914,  la démobilisation, 1939, juin 1945…Mais parfois, le récit se fait rétrospectif et oblige à mesurer les conséquences de l’action du héros sur un territoire pastoral. Au narrateur-enquêteur se substitue progressivement un narrateur-allié, à la quête de sens après deux conflits mondiaux: «  Quand je réfléchis qu’un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. »  Pour mieux appréhender la complexité de ce récit, il est possible de demander aux élèves de réfléchir à sa structure et à l’effet produit par l’emploi des temps verbaux. Par exemple :

  • un apologue rédigé au présent de vérité générale, suivi d’un long passage où dominent passé simple et imparfait ; une chute constituée d’une seule phrase au passé composé correspondant à la mort du personnage principal. On pourra mettre en parallèle la clôture de cette nouvelle avec la chute d’autres textes écrits par Giono à des dates différentes : Le grand théâtre (1961), Le Déserteur (1966)… 
  •  au sein d’un même paragraphe présentant une unité de sens, l’alternance passé/ présent est à remarquer : « Cet homme parlait peu. C’est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. » Travailler sur l’opposition entre la description des villages avant et après l’intervention d’Elzéard permettra de travailler avec la classe sur les jeux d’opposition lexicales ou syntaxiques : « l’ambition irraisonnée s’y démesure, dans le désir continu de s’échapper de cet endroit » s’oppose à « l’espoir était donc revenu […] C’était désormais un endroit où l’on avait envie d’habiter. » Au « squelette de village abandonné » s’oppose un village où les gens « savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes ». 

4 – Le lexique :

Plusieurs pistes de travail sur le lexique peuvent être tentées avec les élèves : les mots pour dire cette renaissance d’un pays revoient à un vocabulaire biblique : « Lazare hors du tombeau, un athlète de Dieu, résurrection, œuvre digne de Dieu… », donnant ainsi à ce récit une apparence d’universalité. La nouvelle est également traversée par le champ lexical du bonheur : le personnage principal a trouvé la sérénité. Les personnages secondaires sont tous à la recherche de ce bonheur : « Il a trouvé un fameux moyen d’être heureux ! » L’allusion à la première guerre mondiale puis à la seconde renforcent les intentions de ce récit, et proposer aux élèves de la classe la lecture cursive de textes pacifistes pourra enrichir pour eux la problématique initiale : Refus d’obéissance, publié en 1937 qui renvoie à la participation de Jean Giono au premier conflit mondial, ou bien Le poids du ciel, écrit en 1938. 

5 – Le thème de la nature :

La nature est un thème littéraire souvent proposé comme clé d’entrée dans l’œuvre de Giono : la description du hêtre, dans Un roi sans divertissement, peut être lue en parallèle de la nouvelle, afin de comprendre que la relation de l’homme à la nature se traduit chez Giono par une esthétique particulière puisque l’arbre est assimilé au Dieu des Aztèques, Quetzalcoatl : l’arbre « aux mille bras entrelacés de serpents verts … jouant avec des serpents de plumes, des lanières d’oiseaux » est le dieu serpent à plumes, « un être d’univers » (Agnès Castiglione). Le thème de l’eau, source de vie, trace également un parcours de lecture à travers L’Homme qui plantait des arbres. A la gourde du début se substitue l’énumération de termes au pluriel : «  les vieilles sources, les pluies et les neiges, les eaux, les bassins des fontaines… ». Le sud évoqué dans cette nouvelle échappe d’ailleurs largement au cadre provençal traditionnellement attribué à Giono: le troisième paragraphe délimite une région qu’il est facile de cartographier et qui a connu dès le début du XXème siècle une politique de reboisement. D’où la confusion d’un lecteur de Giono, Conservateur des Eaux et Forêts, qui lui écrivit en 1957, croyant à la réalité du personnage d’Elzéard Bouffier, et que l’auteur dût renseigner sur ce sujet.

6 - Les personnages :

Comme tous les personnages gioniens, Elzéard Bouffier, le héros, est un être solitaire, un errant, un homme qui n’a pas d’attaches : il illustre ici la figure du sauveur. On sait qu’après guerre le schéma de la bienfaisance, du don de soi au bénéfice d’un groupe menacé ne fonctionne plus dans les ouvrages de Giono. Elzéard chemine seul ici, sans souci d’autrui, sans s’intégrer à la communauté villageoise mais « la société de cet homme donnait la paix », confie le narrateur. Les rares personnages qui apparaissent dans cette nouvelle sont soit dans l’incompréhension de ce qu’ils prennent pour une forme de « miracle naturel » soit dans l’empathie et la complicité avec le héros (le narrateur, l’ami du narrateur).

Ateliers GIPTIC
  • Élaborer un travail collaboratif avec différents médias grâce à Do.doc
  • PIX pour les élèves allophones
  • Prise en main d'outils de base (PCN et La Digitale)
  • Favoriser l’inclusion des élèves allophones grâce aux ressources de la Banque numérique “ Équipe Réussite “