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Délocaliser n’est pas une fatalité

Délocalisation-nonRéduire le coût du travail ne suffit pas. Seule une politique industrielle ambitieuse permettra à la France de remporter le défi de la mondialisation.

Après la «prime à la relocalisation », en 2009, une nouvelle mesure a été annoncée, dimanche 29 janvier, par le chef de l'Etat pour lutter contre les délocalisations : baisser le coût du travail. L’idée est simple: diminution des charges sociales patronales et compensation par une hausse de la TVA (baisse des recettes oblige). Face à l’inefficacité de la mesure prise en 2009, que peut-on attendre de cette proposition? Au regard des connaissances disponibles sur la question, rien. Et ce d’autant plus que la mesure se fonde sur une idée reçue, celle de la responsabilité seule du coût du travail.

Acceptons temporairement l’hypothèse selon laquelle le coût du travail serait bien responsable des délocalisations et de la désindustrialisation. Dans ce cas, ce n’est certainement pas la mesure annoncée qui modifiera la tendance. La baisse supposée du coût de production en France (induite par la baisse du coût du travail) ne peut absolument pas être suffisante pour compenser les différentiels de coûts du travail, y compris si elle est accompagnée d’une hausse de la TVA sur les produits importés. A moins d’un très sérieux alignement par le bas, d’une précarisation de l’emploi poussée à l’extrême, voire d’un recours aux formes illégales du travail, il n’y a aucun moyen de lutter contre les délocalisations motivées par les différentiels de coût du travail. Ceux-ci sont beaucoup trop importants. La tendance naturelle, c’est l’alignement vers le haut. Progrès social oblige, les salaires augmentent dans les pays dits «lowcost », comme en Chine où on a assisté à un triplement du salaire moyen entre 1990 et 2005, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

La mesure ne peut qu’être inefficace, mais là n’est pas la question. Inéluctables, les délocalisations? Pas toujours, car la relation entre désindustrialisation, délocalisation et coût du travail est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

Désindustrialisation et délocalisation ne sont pas synonymes

Les termes de désindustrialisation et de délocalisation ne vont pas de pair. Aucune relation causale n’est clairement établie entre ces deux réalités. Sacrifions au rite actuel pour s’en convaincre : la comparaison avec l’Allemagne. Les délocalisations vers les pays de l’Est sont une donnée structurelle de l’économie allemande. L’Allemagne est l’un des pays qui délocalise le plus, sans pour autant être victime de désindustrialisation. Tout ici est question de politique et de spécialisations industrielles. La faute n’incombe pas aux délocalisations. Allons encore plus loin.

Les délocalisations ne sont pas responsables des destructions massives d’emplois en France. Les études sur le sujet estiment qu’elles y contribuent à hauteur de 1% à 6%, bien moins que la montée de la concurrence internationale et l’incapacité de l’industrie française à se projeter dans cette nouvelle donne mondiale.

Lire la suite de cet article très instructif de Marie Coris, maître de conférences en économie à l'université Bordeaux-IV, chercheuse au sein de l'équipe Espace et industrie du Groupe de recherche en économie théorique et appliquée (Gretha), paru dans le Monde du 28 février 2012.
Marie Coris
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