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La prévention langagière, pourquoi ?

Dans le "Rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous - 2010" de l’Unesco (UNESCO "Rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous - 2010" se trouve cette citation : Les enfants de 5 et 6 ans sont les héritiers de la malédiction de la pauvreté, et non ses auteurs. Si nous n’agissons pas, ces enfants la transmettront à la génération suivante, comme une tache de vin congénitale.

Ces mots ont été prononcés par le président Lyndon Johnson (USA) en 1965. Aujourd’hui ils éveillent encore un puissant écho.

Vignette prévention langageLes apprentissages des jeunes enfants commencent à la maison, quand ils explorent le monde qui les entoure. Durant ces années d’éveil ils développent des capacités qui les préparent à l’école. De ce point de vue-là, tous les enfants n’ont pas les mêmes chances. Ils n’arrivent pas tous à l’école avec les mêmes atouts. Avoir grandi dans un foyer « défavorisé » a souvent des effets dont il faut inverser la tendance à l’école en compensant les désavantages initiaux ; moindre niveau de communication, de langue, absence de stimulation culturelle, moindre intérêt porté aux progrès de l’enfant…..sont des « handicaps ».

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Des études internationales nous donnent des repères. Les enfants de milieux socio-économiques inférieurs, qui ont obtenu des résultats élevés aux tests de compétences cognitives à 22 mois, sont dépassés entre 5 et 10 ans par des enfants qui ont eu des scores moins élevés au départ mais éduqués dans des familles plus riches. La question de la langue est particulièrement saillante et déterminante.

Dispenser une éducation et un enseignement de qualité à l’école permet de rompre la chaîne du fatalisme de la naissance. Une focalisation sur les apprentissages langagiers, qui répondent aux besoins prioritaires des enfants les plus vulnérables devrait générer des gains d’efficacité et d’équité. Les priorités de travail sont : l’utilisation et la maîtrise du lexique, la compréhension du récit en lecture, l’acuité auditive et la phonologie.

À titre d’exemple on peut citer une démarche ciblée sur le cycle 2, dont la GS de l’école maternelle ; l’évaluation des résultats est encourageante.
Le programme PARLER (Parler Apprendre Réfléchir Lire Ensemble pour Réussir) a été réalisé par une équipe de recherche du Laboratoire des Sciences de l’Education, Université Pierre-Mendès-France de Grenoble, recherche menée par Michel Zorman. Il contribue à lutter contre l’échec scolaire par la mise en œuvre d’un programme pédagogique fondé sur l’état des connaissances de l’apprentissage de la lecture et d’un enseignement plus individualisé de la grande section de maternelle jusqu’à la fin du CE1.
Il s’est adressé à des écoles dont les élèves étaient très largement issus de familles très défavorisées. L’enseignement explicite et structuré dont ont bénéficié ces élèves a consisté en un enrichissement langagier et cognitif (scolaire, périscolaire et familial) sur toute la durée du cycle 2. Les actions pédagogiques se sont centrées sur le développement des compétences en compréhension, vocabulaire, phonologie, code, assemblage, fluence, production d’écrits…

A l’issue du programme, les performances obtenues par les élèves du groupe étaient très proches de celles de l’échantillon national, voire meilleures concernant la part des élèves en difficultés. (Source Colloque "Langages et réussite éducative : des actions innovantes", Présentation et évaluation du programme PARLER, 11 mars 2009)


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Dès la petite section, il faut donner des repères à la fois phoniques et cognitifs dans la langue.

L’école doit offrir aux élèves des situations régulières d’enrichissement langagier avec des ateliers de langage de 15 à 20 minutes qui sont menés trois fois par semaine avec le même groupe d’enfants (4 à 6).
L’enfant développe son intelligence et élabore ses capacités de raisonnement en s’insérant dans des situations où il est sollicité, en verbalisant le réel.
Pour l’enseignant il s’agit à la fois de développer des usages langagiers à partir d’activités partagées et de développer une culture langagière, c’est-à-dire une certaine manière de parler le monde, qui est prédictive de la réussite à l’école.

Quel que soit le prétexte à parler, grandes images, photographies de la vie de la classe, extraits du cahier de vie, illustrations de petits livres proches de la vie de l’enfant (Petit ours brun, Mimi….) activités de modelage et de fabrication… l’enseignant crée une situation d’échanges nourris qui exploite les différentes verbalisations des élèves. Il utilise des énoncés explicites, il reprend et reformule en écho les énoncés des élèves. L’objectif est de leur permettre d’intégrer des formes langagières adaptées à ce qui est fait ou vu ; progressivement ils vont trouver et utiliser le mot juste, apprendre des formes d’énonciation comme l’utilisation du pronom personnel…