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Pourquoi « Devenir élève ? »

Vignette pourquoi devenir eleve Une introduction qui permet de prendre la mesure des inflexions du domaine, qui dépasse celui du "Vivre ensemble" des programmes de 2002. (publié en Juin 2010)

L’école maternelle est une école

Depuis plusieurs dizaines d’années de nombreux professionnels de l’éducation tentent de faire comprendre que l’école maternelle est une école, la première école. Cependant, pour le grand public et un certain nombre de parents, « la maternelle », comme on dit, est une sorte de grande garderie, « centre de loisirs » en miniature, un lieu où l’on peut confier ses enfants lorsqu’on va travailler, un lieu protégé où peut s’apprendre une première socialisation dans un cadre sécurisant. Dans les programmes précédents, l’intitulé « Vivre ensemble »(programmes 2002) pouvait conforter cette interprétation.

15% d’élèves en difficulté à l’entrée au collège

Par ailleurs, les enquêtes nationales mettent en évidence la présence de 15% d’élèves en difficulté à l’entrée au collège. Elles signalent que ces mêmes enfants manifestaient déjà des difficultés à la sortie de la GS. Une analyse plus fine de ceux qu’on nomme depuis quelques années les « décrocheurs », indique qu’au-delà des difficultés langagières, ces élèves n’ont pas compris le sens de l’école, ni la part active qu’ils doivent exercer dans la construction du savoir ; ils n’ont pas intériorisé ce qu’est le métier d’élève et, n’en ont qu’une interprétation formelle. Leur travail consiste à écouter le maître et à répéter ce qu’il dit, en tout cas, c’est ce que croient la plupart de ces élèves. D’où l’importance d’une compréhension précoce de ce qu’est le « métier » d’élève selon des processus d’affiliation à un groupe.

Apprendre l’école

Une troisième raison peut justifier le passage du « Vivre ensemble » des programmes antérieurs au « Devenir élève » dans les programmes de 2008. On la trouve dans les travaux du groupe ESCOL avec l’ouvrage "Apprendre l’école, apprendre à l’école". (Voir l'article Ressources) Dans cet ouvrage, les chercheurs pointent la responsabilité de l’école en tant que telle dans les malentendus ressentis par les élèves. Une pédagogie du faire, des manipulations pour la manipulation, une absence d’explicitation des objectifs, beaucoup trop d’implicite. C’est ce dernier qui est le plus discriminant. Tel enfant qui va trier et coller des étiquettes va savoir qu’il est en train d’apprendre à écrire, parce que l’écrit est présent chez lui et que l’importance en est parlée à la maison. En revanche pour une partie des élèves, il s’agit juste de coller des étiquettes, tâche que l’on peut même réussir sans la comprendre, il suffit de voir ce que fait le voisin, de recevoir l’aide de la maîtresse « Tu es sûr que tu as collé au bon endroit ? Regarde le modèle ! ». Pour prendre un exemple dans un autre domaine, tel enfant va savoir qu’en collant des gommettes, il apprend à compter, mais ce n’est hélas pas le cas de tous les enfants.

Travailler et apprendre ensemble

Aussi, au-delà d’apprendre à vivre ensemble qui est une étape du développement du jeune enfant dans le collectif de la classe, il s’agit bien pour cette première école d’apprendre aux élèves à travailler et à apprendre ensemble pour devenir un élève qui tire tous les bénéfices de l’école. L’enfant qui arrive à l’école maternelle doit progressivement maîtriser ses pulsions, écouter la maîtresse et les autres enfants, comprendre les consignes et les enjeux de la communication. Il doit passer de ses impulsions premières à des intentions de faire, selon les exigences du cadre de l’activité scolaire. Il découvre ainsi le plaisir d’apprendre ; il exerce sa curiosité sur des objets de savoir, il va commencer à comprendre comment on apprend. Il se découvre comme sujet capable de pensée, au milieu d’un groupe d’autres qui vont partager ses expériences. Il va respecter ces autres-là parce qu’on l’aura accueilli et respecté en tant que personne, qu’on aura développé l’estime de soi, en prenant en compte les différences de quelque nature qu’elles soient.Tout au long de l’école maternelle l’enfant enrichit son identité par celle « d’apprenant ». Ce qui permet à chacun, à l’entrée au CP, d’avoir construit une représentation de l’école et du savoir qui lui donne l’envie et les moyens d’entrer dans les apprentissages fondamentaux dans les meilleures conditions.

Si l’on compare les compétences exigibles en fin de maternelle dans le « Vivre ensemble » et celles du « Devenir élève », il apparaît de nouvelles compétences, « éprouver de la confiance en soi », « contrôler ses émotions », « dire ce qu’il apprend ». Nous nous attacherons donc, ici, plus particulièrement à développer la réflexion sur ces compétences.