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Le dessin de l’enfant

Vignette Le dessin de l enfant Quelques éléments de réflexion pour préciser la démarche du "Dessin du bonhomme". (par Eve Leleu-Galland, publié en avril 2011)

Sommaire


Fonctions du dessin

Pour le jeune enfant le dessin est une manifestation et une activité privilégiée que l’école doit soutenir et développer. Il s’enracine sur le désir de représenter à partir d’un langage qui est naturellement disponible pour l’enfant. Il lui suffit d’un crayon, d’une surface ; en combinant gestes et traces, il donne vie à un petit monde. Ce désir doit être entretenu et enrichi lorsque l’enfant grandit. Dans son étymologie même -dessein- le mot renvoie à l’idée de destination. Partant du geste vers la signification qui en sera donnée, il est pour lui un moyen de projeter, de dire, de figurer et de raconter. On ne peut se contenter de laisser l’enfant dessiner sans donner du sens à cette activité qui comporte de nombreux aspects importants pour son développement. Le dessin –sur la feuille de papier- trace un espace entre l’intériorité et l’extériorité de l’enfant, entre ce qu’on appelle en psychanalyse le narcissisme originel et l’objectal. Il instaure un espace transitionnel très important pour grandir.Faire un dessin c’est agir sur le monde, agir sur les situations, un peu à la manière d’une pratique magique ; c’est un mode de résolution qui mène à la construction du symbole.

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Dessiner

Tout enfant doit renoncer à l’agressivité première, à son narcissisme premier pour maîtriser le monde extérieur. C’est à cette condition qu’il va s’intéresser aux objets de connaissance. L’espace transitionnel construit l’aide à sortir du stade où il est en proie à ses pulsions. Le dessin, la mise en forme, le langage, la mise en mots, le passage par la culture au sens général du terme, participent de l’adoucissement du monde indispensable pour « s’humaniser ». L’acte de dessiner s’associe à la construction et au découpage de l’espace. Il y a du langage quand l’enfant s’amuse à découper l’espace spatio-temporel de la feuille. Il a du plaisir à dessiner parce qu’il peut constater son pouvoir de marquer un territoire – poser sa marque- avec son corps. Il peut aussi répéter des formes qu’il connaît déjà. Dessiner permet de trouver des solutions. Par un point sur une feuille, par un trait, des gribouillis, l’enfant peut commencer à faire du tri, à démêler des tracés pour extraire des formes. Cela le soulage de constater qu’il a le pouvoir de faire cela par des petits traits. Il fixe quelque chose, de manière instantanée, qui peut être repris par les adultes avec des paroles portées sur ce qu’il a dessiné. Le trait, le carré, le toit sur la maison dans le dessin peuvent être des éléments qui sont faits comme pour poser des protections. Dessiner des monstres peut aider à s’en protéger et s’en débarrasser. Lorsque la forme devient identifiable l’enfant prend conscience de ses capacités motrices et perceptives et va jouer à contrôler ses tracés pour répéter l’obtention du résultat. La maturation nerveuse et l’exercice fonctionnel vont permettre le contrôle des tracés et de la main, l’attribution des significations.

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Pourquoi un enfant dessine t-il ?

L’enfant exprime souvent ce qui le touche. Le dessin a ceci de commun avec le jeu, il permet de reproduire, en les maîtrisant, les situations marquantes, de dominer progressivement l’angoisse. Il dessine pour exprimer quelque chose et souvent il dessine pour quelqu’un. Produire une trace qui persiste au-delà du geste est la première expérience de création. Il est une de ses potentialités expressives. Après 7 ans et le souci du vrai, du réalisme, le besoin de se conformer aux normes, le goût pour le dessin disparaît. C’est un devoir pour tout enseignant de toujours accueillir avec beaucoup de bienveillance tous les dessins. Non pas à cause de la grâce inépuisable de l’enfance qu’ils dégagent mais parce que ce sont des messages de l’humain qui sont apportés. Il faut les entendre et y faire écho de manière adaptée.

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Le dessin est un langage à portée universelle

C’est un langage non-verbal spontané. Les enfants utilisent les éléments du monde extérieur pour raconter un monde intérieur, plus secret. Ils empruntent à l’environnement quotidien des objets, des personnes qui vont servir de support à la représentation des émotions, des conflits, des choses difficiles à verbaliser. Quels que soient leur pays, leur culture, les enfants utilisent les mêmes moyens graphiques pour représenter leur croissance et leur adaptation à l’environnement. Rythmes, mouvements, spirales, petits points, cercles se retrouvent sur les peintures préhistoriques comme l’expression de la mémoire de l’aventure humaine.

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La représentation graphique du corps – le dessin du bonhomme

Le dessin du bonhomme renseigne sur le niveau d’intégration du schéma corporel, sur la façon dont l’enfant vit son corps, sur l’impression qu’il a de lui. Il est aussi le reflet de l’image de soi. 
Ce niveau d’intégration peut s’analyser par : 

  • la construction du bonhomme,
  • sa position dans l’espace,
  • la richesse des détails,
  • le rapport des éléments les uns par rapport aux autres.

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Repères

3 ans : le bonhomme tétard

3 ans :

Le bonhomme tétard, élément circulaire où sont fixés bras et jambes. Cette figuration sommaire rappelle l’idéogramme et exprime l’accession au symbole.

4 ans et demi : segmentation des parties du corps

 

4 ans et demi : 

Le corps est assez bien représenté -le tronc, les membres supérieurs. Les yeux, les cheveux, les mains, les pieds … apparaissent. Chaque détail apparaît pour lui-même, pas forcément intégré à l’ensemble. Souvent dans les dessins apparaissent de nouveaux idéogrammes comme la maison, l’arbre, le soleil….C’est le langage qui fait les liens entre les différents éléments représentés.

5 ans et demi : habillage du corps et éléments de décors

5 ans et demi :

Le bonhomme peut être plus dynamique et s’enrichit de détails vestimentaires (chapeau, ceinture, boutons….). L’enfant dessine souvent pour le plaisir, c’est un jeu sérieux ; il aime offrir ce qu’il dessine. Il peut prendre la place de l’observateur auquel il adresse son dessin. Chaque dessin est important parce qu’il est une trace de lui.

À l’école il faut leur donner un statut, proposer autre chose que du papier de récupération pour que les enfants dessinent librement, il faut conserver et dater les dessins. La mise en place d’un carnet de dessins montre l’importance qu’on donne à cette activité et permet de l’installer dans la continuité.

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Utiliser "Le cahier du dessin du bonhomme" à l’école

À partir de la répétition d’un exercice réalisé régulièrement, tout au long des années d’école, mettre en place le cahier du bonhomme permet de disposer d’indicateurs de progrès intéressants. Le dessin du bonhomme est à la fois le reflet du schéma corporel et celui de l’image du corps de l’enfant. C’est une construction qui passe par l’imaginaire et résulte d’expériences émotionnelles, affectives, relationnelles établies avec l’entourage. L’enfant reconnaît sa propre image dans le miroir quand il prend conscience qu’il n’est pas là où il se voit, mais là où il se sent. Avec l’acquisition de cette image il découvre qu’il est visible pour lui mais aussi pour autrui.

Schéma corporel et image du corps ne sont pas des données innées mais construites, résultat de l’intégration des émotions, des relations vécues, des perceptions imaginaires projetées sur son propre corps. La médiation verbalisée est un facteur important des apprentissages de la connaissance du corps. Des activités en salle de motricité, des comptines aves des gestes permettent à l’enfant de relier des sensations internes à des représentations. Les troubles, les retards de l’élaboration du schéma auront des répercussions sur les apprentissages scolaires. Les troubles de l’image du corps auront des conséquences sur le comportement social et relationnel.

Dans le cahier du bonhomme de l’école, demander le dessin d’un adulte connu, maman, papa, la maîtresse…. c’est charger l’exercice de valeurs affectives. C’est donc introduire un biais dans la tâche demandée, qui prendra un autre sens que celui de se dessiner « en bonhomme ».

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