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Balzac, "Le Père Goriot" (parcours de lecture)

Balzac, Le Père Goriot. Proposition de séquence de Laurence De Coucy, formatrice de l'académie de Créteil.

1. Comment préparer ma séquence ?

J’ai en tête les quatre finalités du programme 

  • Entrer dans l’échange oral : écouter, réagir, s’exprimer
  • Entrer dans l’échange écrit : lire, analyser, écrire
  • Devenir un lecteur compétent et critique
  • Confronter des savoirs et des valeurs pour construire son identité culturelle

À quelle(s) compétence(s) vais-je préparer mes élèves ? Quelle(s) compétence(s) vont être prioritairement travaillées dans cette séquence ?

Dans le cadre de l’objet d’étude « Parcours de personnages », j’ai choisi de faire étudier le roman de Balzac, Le Père Goriot (1835). Œuvre classique et patrimoniale de la littérature française, la lecture de ce roman me semble toujours pertinente pour faire réfléchir les élèves sur des questions toujours actuelles comme l’envie, l’ascension sociale, les moyens d’y parvenir.
Cette séquence doit permettre d’aborder deux des interrogations de l’objet d’étude : « En quoi l’histoire du personnage étudié, ses aventures, son évolution aident-elles le lecteur à se construire ? » et « Les valeurs qu’incarne le personnage étudié sont-elles celles de l’auteur, celle d’une époque ? ». Au fil des séances, les élèves travaillent les capacités, le lexique et les attitudes.

Ma problématique est la suivante : permettre aux élèves de répondre à la question « Eugène de Rastignac, un personnage de son temps ? »

Dans les connaissances du champ littéraire, je choisis « le personnage réaliste ». Ce qui m’intéresse c’est de faire émerger dans ce roman de Balzac la peinture du réel, par opposition au romantisme (qu’on verra dans d’autres textes et d’autres supports). Ce réel, nous l’étudierons à travers la pension Vauquer, les salons de Madame de Bauséant et de Madame de Restaud, le personnage de Vautrin et, surtout, l’évolution du personnage de Rastignac. Mais je compte faire percevoir aux élèves que, dans certaines scènes comme celle de l’enterrement du Père Goriot, Balzac mêle des éléments donnant une impression de réel et des précisions symboliques pour accentuer le caractère sordide de l’enterrement.

2. Quelles modalités de lecture et d'écriture ?

Parcours de lecture dans une œuvre

La principale difficulté, avec ma classe de 2nde, est de conduire les élèves à dépasser l’obstacle de la longueur du roman. En choisissant d’effectuer un parcours de lecture dans l’œuvre, j’invite les élèves à entrer dans une lecture longue, qu’ils n’auraient sans doute pas menée autrement. Plusieurs supports sont à disposition pour travailler ce roman : l’édition papier, bien sûr (ce roman est publié dans de nombreuses éditions de poche), mais aussi:

    une édition en ligne (http://www.bacdefrancais.net/pere_goriot.htm),
  • une édition audio (http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/balzac-honore- de-le-pere-goriot.html) qui inclut des passages musicaux pouvant faire l’objet d’un travail parallèle en Histoire des Arts,
  • un téléfilm « Le Père Goriot » de J-D Verhaeghe (2004)
  • une bande dessinée en deux volumes de Lamy-Thirault-Duhamel (2009).

Ces différents supports permettent de diversifier l’acte de lecture et sa réception, notamment en questionnant les élèves sur l’impact de l’oral pour entrer dans un récit et permettent également de procéder à la rédaction d’un carnet de lecture (notes personnelles, commentaires, réflexions sur un passage).

Je souhaite que mes élèves fassent effectivement un parcours dans l’œuvre, lisent beaucoup d’extraits

Mais je connais leurs difficultés. Je choisis donc deux principes : d’une part, résumer moi-même les événements qui se déroulent entre deux passages sur lesquels on travaille, utiliser le support audio ou la bande dessinée pour avancer dans la lecture ; d’autre part, utiliser les travaux de groupes pour faire lire dans une même séance plusieurs extraits (un par groupe) dont la lecture poursuit le même objectif. (NB Les références données dans cette séquence renvoient à l’édition LAROUSSE Petits classiques, 2007)

Par exemple, je choisis de commencer par faire lire précisément un extrait, p. 21 (« Néanmoins, en 1819... quelque durée. ») pour travailler sur les termes « vrai », « réelles » et « fausses », les expliciter dans le contexte et élaborer une fiche dans laquelle les élèves retrouveront à la fois l’origine, le(s) sens, les synonymes et les mots de la même famille de chaque terme. Ensuite, je raconterai le début de l’histoire (la pension Vauquer). Puis je proposerai aux élèves d’écouter un passage (p. 24 à 28) à partir du site « litteratureaudio.com » et de compléter un schéma de la pension et de ses pensionnaires.

Dans la séance 2, nous étudierons trois extraits (« En ce moment... qui la subissait. » p. 28 ; « Eugène de Rastignac avait un visage ... et des bottes ressemelées. » p. 32 ; «Eugène de Rastignac était revenu... une invitation au bal pour le lendemain. » p. 46 à 48) ; en fin de séance, je distribuerai les pages 15 à 25 de la bande dessinée (volume 1) pour que les élèves connaissent la suite de l’histoire jusqu’à l’entrée d’Eugène de Rastignac chez sa cousine Madame de Bauséant.

Pour la séance 3, j’utiliserai le travail en groupes pour faire lire un autre ensemble (« Il monta le perron...les salons de Paris. » p. 76 - « Eugène commençait à se trouver...s’intéressera sans doute à moi. » p. 79 à 81 - « Madame, j’ai, sans le savoir...se regardèrent en silence. » p. 82 à 84. « Il se frappa le cœur...bout de conversation quand vous voudrez. » p. 88-89), en donnant aux groupes des axes de lecture différents : - P. 76, 79 – 81 : les erreurs commises par Eugène chez Madame de Bauséant et chez Madame de Restaud. - P. 76, 79 – 81 : les réactions d’Eugène après l’annonce de la vérité sur Goriot et l’évolution du portrait moral d’Eugène. - P. 82-84, 88-89 : le luxe des deux salons, la misère de la pension Vauquer, et l’effet produit sur le héros. - P. 82-84, 88-89 : les décisions d‘Eugène.

J’utiliserai la même démarche pour travailler sur l’énonciation (extrait 1 : « Eh ! bien, monsieur de Rastignac...Nous avons aussi nos batailles à livrer. » p. 87-88 ; extrait 2 : « Voilà le carrefour de la vie...L’honnêteté ne sert à rien. » p.111). Aux uns je proposerai de travailler sur l’énonciation pour montrer la perte des illusions d’Eugène et découvrir le rôle fondamental des femmes dans cette société du XIX°; aux autres, de travailler sur l’énonciation pour montrer qu’après avoir séduit Eugène, Vautrin donne une leçon de cynisme.

C’est moi qui raconterai la suite du roman jusqu’au moment où Madame de Beauséant conduit Eugène de Rastignac chez la duchesse de Carigliano, pour étudier l’extrait « Le lendemain, à l’heure du bal... se prit à sourire d’une façon diabolique. » p. 148-149 (séance 4).

C’est moi encore qui résumerai pour la séance 5 les événements jusqu’au moment où Goriot emmène Rastignac chez lui, rue d’Artois, pour faire lire par différents groupes quatre passages (six extraits) (« La voiture s’arrêta rue d’Artois... celle de Delphine. » p. 198-200 ; « A-t-on bien deviné vos vœux ? ... au bonhomme et la lui serra. » p. 200-202 ; « Eugène était pétrifié... je vous aimerai bien, moi ! et toujours. » p. 203 ; « Vers midi... c’est que vous y êtes. » p. 207-209 ; « N’ayez pas d’inquiétude...pour laisser la conversation. » p. 227-228 ; « Il alla s’habiller...son gosier desséché. » p. 234-235). Les groupes auront chacun des questions pour guider leur lecture :

  • Extrait 1 : Quelle est l’attitude et quelles sont les réactions des trois personnages en présence ?
  • Extrait 2 : Quel intérêt tire Eugène de Rastignac en réussissant à faire inviter Delphine au bal de la Vicomtesse de Beauséant? Comment qualifier l’amour que portent les deux personnages l’un pour l’autre?
  • Extrait 3 : Comment qualifier l’amour que porte Delphine à Eugène ? Dans quel intérêt ? Comment réagit Eugène ?
  • Extrait 4 : Delphine et Eugène s’aiment-ils par amour ou par intérêt ?

Pour entrer dans la lecture de l’extrait « Quand le corbillard vint ... Saché, septembre 1834.» (p. 260-261), je projette un extrait du téléfilm :1h23’24’’ à 1h36’04’’, jusqu’au moment où le Père Goriot est enterré (Cf.séance 6).

Entrer dans l’échange écrit

Si mon objectif majeur est de faire lire les élèves, je souhaite aussi et surtout leur faire analyser ce qu’ils lisent et les faire écrire. C’est pourquoi je me lance avec ma classe dans la rédaction d’un carnet de lectures, que chaque élève rédige pour lui, même si les notes qui y sont prises résultent d’une réflexion collective.

Ce carnet peut inclure des recherches plus individuelles (sur l’auteur et son époque, par exemple, sur le réalisme). Les élèves peuvent y coller les exercices écrits demandés au fil des séances, et se constituer ainsi un vrai portfolio ; je leur explique que pour l’épreuve écrite de terminale, ils disposeront grâce à leur portfolio ; s’ils le conservent, d’exemples d’œuvres à utiliser dans leur argumentation, et que pour l’oral de contrôle, ils pourront réutiliser la même méthodepour la présentation des œuvres étudiées en terminale. Par ailleurs, ce portfolio sera une aide précieuse pour étayer les références littéraires lors de l’écrit délibératif de l’épreuve d’examen.

C’est également dans le souci de leur progression à l’écrit que je choisis de travailler sur le lexique dans deux des séances proposées.

Enfin, je propose systématiquement des exercices d’écriture variés : je veux éviter de m’enfermer dès la classe de seconde dans l’écrit argumentatif de la classe de terminale (Selon vous ... , vous répondrez à cette question dans un développement argumenté d’une quarantaine de lignes en vous appuyant sur le corpus, vos lectures de l’année et vos connaissances personnelles). J’ai pensé à la rédaction :

  • d’un paragraphe explicatif (Qu’est ce qui rend réel le personnage de Madame Vauquer ?)
  • d’une page de journal intime (Eugène raconte sa visite chez Madame de Restaud)
  • d’une lettre personnelle à un(e) ami(e) (en lien avec la question de la réussite sociale)
  • d'une scène avec changement de point de vue
  • d'un paragraphe explicatif et descriptif — expression du ressenti (les valeurs d’Eugène au moment de l'enterrement du Père Goriot)