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Des impressions "en photosynthèse"

Une trace jaune pâle laissée par une échelle sur un gazon les a menés sur la piste d'une photographie "sur pelouse" grâce à la réaction de semis d'herbe sensibles à l'éclairage. Une impression "en photosynthèse" d'images saisissantes et fragiles, résultats d'une aventure artistique et biotechnologique.

Site des artistes Heather Ackroyd et Dan Harvey

 

Communiqué de presse de la manifestation Life on life

Aujourd'hui, de nombreuses pratiques esthétiques ont investi l'univers du végétal. Plus seulement objet d'étude ou thème abordé par l'art, il est devenu un élément corporel concret au sein même de l'objet artistique. Trace vivante, élément physique, le végétal, notamment l'herbe, dans l'œuvre des artistes Heather Ackroyd et Dan Harvey, porte en lui la marque de la croissance, de l'évolution, du mouvement. De sa germination à sa maturité, il connaît ainsi tous les stades de la vie.

Élément originel et élémentaire, l'herbe se mêle aux photographies de l'exposition «Life on Life». Les portraits réalisés par le duo londonien utilisent le gazon et la sensibilité de la chlorophylle à la lumière. L'impression en photosynthèse, grâce à la réaction des semis d'herbe à l'éclairage, révèle des images saisissantes et fragiles. Les portraits poussent et leurs teintes varient, du vert foncé au jaune pâle.

Leur technique peut finalement se comparer au tirage photographique traditionnel créant des images en noir et blanc. La photographie prise et développée s'estompe tout autant à mesure qu'on la regarde et elle risque elle aussi l'effacement.

Bien sûr, les œuvres d'Heather Ackroyd et Dan Harvey posent la question de leur pérennité et de leur conservation. Sont-elles vouées à durer et à s'inscrire, pour reprendre la formule d'Hannah Arendt, dans «la permanence du monde et de l'œuvre d'art»? À cette problématique, ils répondent que «l'acte de conservation est une méditation minutieuse de la décomposition de la matière. L'art est de préserver l'objet dans son état, de la destruction ou du changement, effectivement en le stabilisant ou en ralentissant l'inexorable processus de détérioration. Jusqu'à présent, le changement est tissé à la fabrication des choses, peut-être est-ce à peine visible, invisible. Notre matériau vivant est lui-même sujet à ces changements et, pour conserver l'image plus longtemps, il est nécessaire qu'il soit séché et exposé dans une pénombre».

La dimension transitoire et fugace de l'élément naturel et vivant est fondamentale dans le travail des deux artistes. Au Centquatre-Paris, ils ont pris en photo des personnes anonymes venues danser, bouger ou simplement regarder. Devenues portraits en herbe, elles donnent naissance à «Life on Life»: convocation pleine et entière de la vie humaine, végétale et artistique.

Ce duo d'artistes a été créé en 1990. Heather Ackroyd et Dan Harvey vivent et travaillent à Londres. Sculpture, photographie, architecture et écologie sont les disciplines qui interagissent dans leur travail, pour refléter les préoccupations environnementales et scientifiques contemporaines. Ils nouent des liens explicites avec l'écologie urbaine et politique en mettant en lumière la nature temporelle des processus de croissance et de décomposition sur des sites ayant un intérêt architectural ou dans les galeries d'art contemporain et les musées.