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Découvrir les concepts de la classe inversée

mis à jour le 11/06/17

Recentrer l’apprentissage sur l’élève, le préparer avant le cours pour le mettre plus en activité en classe : si les appuis théoriques qui fondent la classe inversée ne sont pas nouveaux, le numérique offre des moyens simples pour la mettre en œuvre efficacement. Retour sur cette méthode pédagogique qui se répand aux États-Unis et arrive en France.

Héloïse Dufour, docteur en neurobiologie et formatrice académique à Paris, nous explique les principes qui fondent cette nouvelle pratique pédagogique.

Héloïse Dufour a créé l'association Inversons la classe pour dynamiser cette pratique pédagogique en privilégiant le lien entre pairs, et elle en est la présidente.

inversons la classe

Dans l'interview filmée, Gaëlle Dufour, Déléguée générale de l'association, et Adrien Rousse, coordonnateur parisien de l'association, nous présentent l'association :

vidéo

Du face-à-face au côte-à-côte

Comment réussir à mobiliser chacun de mes élèves ? Comment m’adapter à leurs besoins individuels avec le peu de temps dont je dispose en classe ? C’est parce qu’ils trouvent une réponse satisfaisante à ces questions dans le principe de la classe inversée qu’un nombre croissant d’enseignants essaient, puis adoptent (sauf cas exceptionnel) cette méthode pédagogique. Elle est souvent définie comme une inversion spatiale et temporelle par rapport à la classe traditionnelle, où l’enseignant transmet son savoir sous la forme d’un cours magistral ou dialogué en classe, avant de faire réaliser aux élèves des exercices d’application et d’approfondissement dont l’exécution est souvent relégué hors la classe par manque de temps. Dans sa description la plus commune, la classe inversée consiste à déplacer la partie magistrale du cours à la maison, pour utiliser le temps de classe ainsi libéré pour y réaliser les devoirs traditionnellement renvoyés à la maison.

De manière plus générale cependant, la classe inversée, c’est donner à faire à la maison, en autonomie, les activités de bas niveau cognitif pour privilégier en classe le travail collaboratif et les tâches d’apprentissage de haut niveau cognitif, en mettant les élèves en activité et en collaboration.

classe inversee2

L’objectif est de recentrer l’apprentissage autour de l’élève, en lui donnant les moyens d’être plus autonome. Inverser la classe revient donc à profondément modifier le rôle traditionnel de l’enseignant : ce dernier n’est plus le sachant qui déverse son savoir, mais devient un véritable guide d’apprentissage. Il passe du face-à-face au côte-à-côte, permettant ainsi la mise en place d’une coconstruction des savoirs.

Les principes qui sous-tendent la classe inversée (mettre les élèves en activité, les faire travailler de manière collaborative) sont déjà présents chez John Dewey, Célestin Freinet ou plus récemment Eric Mazur. Beaucoup d’enseignants ont mis en place par eux-mêmes un système dans lequel ils demandent à leurs élèves d’arriver préparés en cours. Le modèle dans lequel les élèves regardent des vidéos à la maison pour ensuite réaliser des exercices en classe connaît un énorme succès en Amérique du Nord depuis le milieu des années 2000. Sa popularisation doit beaucoup notamment à Salman Kahn et à deux enseignants en chimie dans un lycée du Colorado, Aaron Sams et Jon Bergman. Salman Kahn, pour aider à distance sa jeune cousine en mathématiques, a commencé à réaliser des vidéos. Postées sur YouTube, elles sont petit à petit visionnées par des milliers de gens. En 2007, cela aboutit, avec le soutien financier de Bill Gates, à la création de la Khan Academy, qui propose aujourd’hui 5 000 vidéos de cours dans plusieurs matières. Parallèlement, Jon Bergman et Aaron Sams décident de produire des résumés de leurs cours pour leurs élèves absents. Surpris par le fait que nombre de leurs élèves se saisissent des vidéos, ils vont demander à tous leurs élèves de les regarder avant le cours pour avoir plus de temps pour travailler sur les exercices en classe. Sur la base des succès qu’ils rencontrent avec leurs élèves, ils vont effectuer un important travail de coordination et de promotion de la classe inversée. Le Flipped Learning Network comptait ainsi plus de 15 000 membres fin 2013. Le modèle se diffuse en France, où les enseignants sont de plus en plus nombreux à s’en emparer.

La classe inversée est un modèle original qui permet, à partir de concepts pédagogiques anciens, de faciliter l’apprentissage des élèves. C’est également une manière pertinente d’utiliser les nouvelles technologies au service de la pédagogie.

Quelles modalités d’organisation ?

Il n’existe pas un modèle unique de classe inversée. La souplesse du concept permet à chaque enseignant de se l’approprier pour l’adapter au mieux à ses besoins. Il est d’ailleurs à noter que la flexibilité du modèle permet de ne l’utiliser que pour certaines notions, pendant une partie de l’année, dans certaines classes mais non dans d’autres… Quelques éléments sont cependant communs à toutes les classes inversées : l’élève réalise un travail autonome pour acquérir des connaissances de base qui seront mobilisées dans une séance de travail en classe, laquelle se réalise en groupe et emprunte aux techniques d’apprentissage actif.

classe inversee3

(www.classeinversee.com licence CC-BY-NC-SA)

L’assimilation de connaissances (hors la classe)

L’enseignant met à disposition des élèves des ressources à consulter à la maison en autonomie. Selon la place qu’elles occupent chronologiquement au sein de la séquence d’apprentissage, la discipline ou le type d’informations transmises, les ressources consultées par les élèves à la maison varient considérablement. Il peut par exemple s’agir des principales notions théoriques du cours. De telles ressources peuvent alors s’insérer en début de séquence, avant l’approfondissement par des exercices ou la mobilisation de ces connaissances. Elles peuvent aussi être utilisées en milieu de séquence, pour formaliser des notions approchées lors d’une phase exploratoire préliminaire. Si les ressources sont du cours, certains enseignants demandent aux élèves de prendre des notes, en leur donnant ou non des guides (textes à trous, plan). Il peut aussi s’agir de la démonstration et de l’explication d’une technique ou d’un geste pratique qui sera réalisé en classe ce qui permet aux élèves d’être plus autonomes lors de la mise en pratique. La nature même des ressources est également très variable. Là encore, les approches sont multiples, et dépendent du but recherché. Il peut s’agir d’une séquence filmée de l’enseignant au tableau, ou d’une vidéo des planches de cours (papier ou équivalent PowerPoint) avec le commentaire de l’enseignant, de documents à lire, d’un site Internet à consulter ou d’un extrait de documentaire sur le sujet.

La vérification de l’assimilation des ressources (hors la classe / en classe)

L’assimilation des connaissances fournies par les ressources est ensuite contrôlée, soit à distance par l’intermédiaire d’un questionnaire, soit en ligne, soit en classe. Le questionnaire comprend généralement des questions factuelles d’application directe sur le contenu. Le démarrage du cours sert alors généralement à clarifier les points des ressources qui seraient restés obscurs.

La mise en pratique : l’utilisation des connaissances (en classe)

Ces connaissances sont alors directement mobilisées dans des activités de mise en pratique et d’approfondissement. Pratiquement, cela peut aller de la production d’une trace écrite à partir d’une étude collaborative de documents à la réalisation d’une tâche complexe, en passant par des exercices ou des problèmes à résoudre.

Une technique originale développée par Pascal Bihouée en sciences physiques consiste à faire consulter à des élèves d’un même groupe chacun une ressource particulière sur l’un des aspects d’une notion, pour leur demander en classe de partager ce qu’ils en ont retenu et former ainsi leur propre trace écrite.

Lire la suite de cet article paru dans un numéro spécial « Numérique éducatif » de la revue Technologie |Canopé|, n° 193 septembre-octobre 2014.

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