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Geneviève de Gaulle-Anthonioz (1920-2002)

Le 27 mai prochain, « l’autre de Gaulle » entrera au Panthéon, du moins par l’esprit, sa famille, comme celle de Germaine Tillion, n’ayant pas souhaité voir déplacer sa dépouille. Un parcours d’engagement et de courage.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz. « Le pire n'est pas la mort, c'est la haine et la violence »

Genevie de gaulleEn juin 1940, Geneviève de Gaulle a vingt ans. Elle est avec sa grand-mère dans une ville bretonne quand la France est en déroute. Vient un prêtre qui parle d'un général appelant à continuer le combat. Il en dit le nom. Geneviève de Gaulle raconte: « Ma grand-mère s'était redressée, petite et frêle dans sa robe noire, et tirait le prêtre par la manche: " C'est mon fils, monsieur le curé, c'est mon fils ! ". Un mois après, elle était morte ; elle n'a pas douté un instant que les siens suivraient la voie de l'honneur, donc de la Résistance »[1] .

Cependant, Geneviève de Gaulle n’est ni la femme d’un seul combat, ni seulement la nièce de son illustre oncle. Elle rejoint la Résistance dès 1940, dans le réseau du Musée de l’Homme, où elle mène des actions de renseignement. Le 20 juillet 1943, elle est arrêtée par la Gestapo à la suite  d’une trahison, avec d’autres membres de son groupe au nom évocateur, Défense de la France, et emprisonnée à Fresnes, puis déportée à Ravensbrück, en février 1944 où elle rencontre Germaine Tillion.
Cinquante-quatre ans après sa libération des camps de la mort, à plus de 80 ans, Geneviève de Gaulle raconte son séjour à Ravensbrück. Elle vient d'y être enfermée au cachot, avec l'idée que sa dernière heure est venue :

« La porte s'est refermée lourdement. Je suis seule dans la nuit ». Le récit se prolonge : « Beaucoup de nos camarades ne pouvaient supporter l'idée que leurs restes incinérés soient jetés dans la tourbe des marais (...) Le pire n'est pas la mort, c'est la haine et la violence. Nous sommes des Stucks, c'est-à-dire des morceaux; n'importe quelle surveillante et même les policières de camp, les chefs de baraque - détenues comme nous - peuvent impunément nous injurier, nous frapper, nous piétiner à terre, nous tuer, ça ne sera jamais qu'une vermine de moins. Ma part dans le bunker de Ravensbrück, était maintenant l'offrande de ma vie, une façon aussi de rejoindre le combat »[2].

En octobre 1944, elle a été placée en isolement au bunker du camp, décision prise par Himmler afin de la garder en vie et de l'utiliser comme monnaie d’échange, à une époque où Charles de Gaulle dirige la France libérée. Elle n'en sortira que le 25 avril 1945 lors de la libération du camp par l'Armée rouge.
Membre active puis présidente de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR), elle suit les procès des criminels nazis en Allemagne et témoignera lors du procès de Klaus Barbie (1987).

Après la guerre, elle épouse Bernard Anthonioz, éditeur d’art lui aussi résistant, et sera mère de quatre enfants. En 1958, elle travaille au cabinet d'André Malraux quand elle rencontre le Père Joseph Wresinski, alors aumônier du bidonville de Noisy-le-Grand. Dans les souffrances des familles qu'elle découvre, elle revoit celles qu'elle-même et d'autres déportés ont vécues au camp, et décide de s'engager avec le Père Joseph dans le Mouvement ATD Quart Monde que celui-ci a fondé. Elle est présidente de la branche française de 1964 à 1998.

« Peu à peu, écrit-elle, ce que j'apprends des pauvres et des humiliés laboure mon expérience de la Déportation. J'ai essayé, dès mon retour, de l'enfouir au fond de moi pour vivre enfin mon bonheur de femme aimée, de jeune mère, mais tout revient à la surface. ».

Nommée en 1988 au Conseil économique et social, elle s’est battue pendant dix ans pour l’adoption d’une loi d’orientation contre la grande pauvreté. Au printemps 1996, à 76 ans, cette petite femme plaide, devant les députés, pour ceux « dont la souffrance vaut moins que la nôtre », en faveur d'un projet de loi sur la cohésion sociale qui sera finalement adopté en juillet 1998. « Une aube apparaît, elle est encore bien grise », notera-t-elle à ce sujet dans son dernier livre Le Secret de l'espérance.

« Je ne suis pas une héroïne, disait-elle, mais je revendique le terme de résistante. Au fond, entre la Résistance et ATD, il y a un cheminement commun : le refus de l'inacceptable."

Le général de Gaulle lui a dédicacé le premier tome de ses Mémoires de guerre : « À ma chère nièce Geneviève, qui fut tout de suite, jusqu'au bout, au fond de l'épreuve, au bord de la mort, un soldat de la France libre, et dont l'exemple m'a servi ».


[1] Traversée de la nuit, Paris, Seuil, 1998.

[2] Ibid.

 

Bibliographie

Isabelle Anthonioz-Gaggini, Geneviève de Gaulle Anthonioz et Germaine Tillion : dialogues. Plon 2015


De Geneviève de Gaulle-Anthonioz

  • La Traversée de la nuit, Seuil, Paris, 1998
  • Le Secret de l'espérance, Fayard / Éditions Quart Monde, Paris, 2001


À son sujet

  • Frédérique Neau-Dufour, Geneviève de Gaulle Anthonioz, l'autre de Gaulle, Paris, éditions du Cerf, 2004
  • Julien Blanc, Au commencement de la Résistance : du côté du Musée de l'Homme, Seuil, 2010


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