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Une expérimentation à l’école de la rue d’Oran

mis à jour le 10/09/15

Créer une situation d’égalité réelle, sans faux-semblant, entre les enseignants et les parents, renforcer la confiance, ne laisser aucune famille éloignée du dialogue, tel est le projet de l’école d’Oran, qui s’est déroulé en 2014-2015 et se poursuivra l’année scolaire prochaine.

Les relations entre les familles et l’école

Les relations entre les familles et l’école sont un marronnier éditorial. Dans des ouvrages de spécialistes de sciences de l’éducation, le maître-mot est souvent « malentendu » ou ses variantes. D’un côté, nous sommes dans une société démocratique où un sujet est égal à un autre sujet, où chaque individu compte et où l’autorité ne va pas de soi, mais se construit sur une professionnalité, où la parole doit convaincre, où le dialogue met en jeu deux personnes d’égale dignité, le parent et l’enseignant, de l’autre, le numérique bouleverse l’accès à la connaissance, supprime les médiations apparentes (accès aux textes, accès aux données, accès aux solutions des problèmes…) et repositionne l’école qui n’est plus le lieu unique d’accès au savoir.  Tout pour l’école est bouleversé.

Quant aux textes législatifs ou règlementaires régissant les actions des acteurs de l’éducation nationale, ils enjoignent les participants à des relations de « confiance », confiance qui fonctionne comme un présupposé, voire un acquis, alors qu’elle ne peut être que la résultante d’un engagement sans failles du côté de l’école et d’une professionnalité affirmée, bref une construction.

Un des points de frottement entre les familles et l’école est le travail personnel attendu des enfants en dehors de la classe ; point de frottement, de déception, de malentendu, de douleur parfois, d’autant plus grand que les familles sont, pour une raison ou pour une autre, éloignées de l’école.

Le projet de l’école d’Oran

L’équipe de l’école d’Oran s’est fixé comme objectif de travailler à renforcer les relations avec les parents d’élèves. Elle a choisi de prendre un objet impliquant tant pour l’école que pour les familles : le travail personnel des élèves hors les cours.

Pour l’école d’Oran, tout au moins à l’origine, la question est une manière de prétexte pour créer des occasions de travail commun, de rapprochement, pour trouver une méthode de communication plus exacte et plus égalitaire. L’objectif est de mieux toucher les parents et notamment d’accrocher ceux qui sont très loin et de les entendre. Pour les parents, du moins pour la grande majorité d’entre eux, le double objet de la proposition est peu perçu. Leur attente est plutôt que l’on traite la relation entre l’école et eux. Ou bien que l’on trouve rapidement une réponse : les travaux personnels, il faut en donner ? il ne faut pas en donner ? et sous quelle forme ?

Une méthode pour recueillir les opinions des uns et des autres

Après une réunion commune, professeurs et parents se sont réunis séparément pour se retrouver au cours du troisième trimestre. 4 professeurs et la directrice ; un certain nombre de parents (« on n’a jamais été très nombreux ») animés par un responsable d’ATD-Quart Monde.

La méthode est celle qui a été utilisée à Rennes Maurepas par ATD pour soutenir une parole des familles de milieu modeste ou précaire sur l’école. 

Le questionnaire a été élaboré par le responsable d’ATD avec l’aide de quelques parents. Il a été simplifié. Il a été ensuite renseigné par de nombreuses familles (101 réponses de parents sur les 124). Ce taux élevé a été obtenu grâce à des contacts directs, à l’investissement des enfants et de leur professeur, à l’aide apportée pour les réponses.

De leur côté les enseignants et la directrice rédigent un questionnaire et recueillent les avis de leurs collègues.

Des deux côtés,  une synthèse est élaborée, aussi respectueuse que possible des dissensus. Ces synthèses font état de clivages importants, traversant les deux groupes. Elles mettent également en évidence la complexité de l’objet.

Un objet complexe

Du côté de l’école il est fait le constat que le travail personnel demandé aux élèves hors des cours est très différent d’un professeur à l’autre et qu’au fond il n’y a pas d’accord dans l’équipe sur ce que c’est au juste que ce travail, sur ce qu’il signifie et à quoi il sert.

De l’autre, une certaine inquiétude des parents se fait jour : ils attendent de l’école qu’elle soit professionnelle, qu’elle sache et, du coup, ils s’étonnent et sont déstabilisés par cette demande de réflexion qui chez eux aussi suscite des sentiments et des positions qui peuvent être opposées.

Des différences, mais aussi des points de vue clivés des deux côtés

Le temps du travail de l’école (recherche, réflexion, montée en compétence sur un sujet, le tout pouvant se dérouler sur plusieurs années…) n’est pas le temps des parents (la scolarité de l’enfant se déroule maintenant, la question des devoirs ou non c’est tous les soirs…).

Des angoisses qui ne sont pas les mêmes mais qui se font écho : est-ce que je fais bien ? est-ce que j’aide mes enfants ? est-ce que je soutiens mes élèves ? est-ce que tout le monde travaille de façon cohérente ? est-ce qu’en tant qu’école nous avons un projet commun, partagé, qui se traduit par des pratiques bien reliées ? Un parent le précise : le travail à la maison engendre dans certaines familles d’importantes tensions, quel que soit le niveau scolaire des enfants, et le clivage passe moins par les milieux sociaux différents que par la présence ou non d’anxiété  au sujet de l’avenir de l’enfant.

Des deux côtés, des doutes et des certitudes. Oui au travail personnel hors de la classe. Non au travail personnel hors de la classe. Et des arguments qui se répondent de part et d’autre ou se font écho. Le travail personnel hors de la classe renforce les inégalités. Le travail personnel hors de la classe étaie les apprentissages.

Et l’année prochaine ?

Les travaux vont se poursuivre. D’une part, une revue de la littérature sur le sujet sera présentée aux parents et aux enseignants pour faire le point sur ce que dit la recherche. D’autre part, une charte sera rédigée pour clarifier les modalités du travail personnel des élèves hors des cours. Et le groupe des enseignants associera les professeurs de 6e du collège dans lequel vont les élèves.