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Transformez-vous en monstre

Par Isabelle Soubaigné, professeure d'arts plastiques au collège Jacques Decour (Paris IX).

Conditions de travail :

Nombre d’élèves : 29 élèves
13 Filles / 16 garçons

Par groupes de 3 ou 4.

Les tables sont regroupées au centre de la classe afin de laisser de la place aux élèves près des murs.

Chaque groupe va disposer d'un appareil photo numérique et d'une lampe de poche. Le matériel à utiliser, l'incitation et la première étape à suivre sont inscrits au tableau. Une fois l'incitation et les modalités de travail énoncées, la classe est plongée dans l'obscurité pour 15 minutes.

Chaque élève devra ensuite répondre à l'écrit à une analyse plastique de la photo choisie.

Incitation :

En utilisant la lampe de poche mise à votre dispositoin, prenez plusieurs photographies d'une ou plusieurs personnes de votre groupe en réponse à l'incitation suivante :

"Transformez-vous en monstre"

  1. 15 minutes pour prendre plusieurs photos. La lumière est rallumée.
  2. 5 minutes pour choisir 1 ou 2 photos qui répondent le plus au sujet. Une fois choisie(s), les autres hotographies sont effacées.
  3. 10 minutes d'analyse écrite de leurs productions.
  4. 15 minutes de verbalisation avec références.

Intentions et stratégies

  • L'enseignante amène ses élèves à faire des choix de cadrage photographique dans une intention narrative.
  • Le matériel mis à disposition permet aux élèves de mettre en scène la lumière à des fins expressives.
  • En plongeant la salle dans le noir, elle met les élèves en condition et crée un climat propice à la création.
  • La séance permet d'aborder les différentes étapes de l'élaboration de l'image numérique (mise en scène, capture, exportation, projection).
  • L'enseignante compte sur les le réinvestissement d'effets fortuits, comme le flou involontaire.

5e élève monstre 8

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5e élève monstre 3

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Notions travaillées :

  • Cadrage
  • Flou photographique (intentionnel et/ou fortuit)
  • Lumière
  • Contraste
  • Fond, arrière-plan

Le parcours d'apprentissage :

Cette séance vient après un travail de peinture sur le "surgissement", où les élèves ont travaillé et nommé le "contraste". Ils peuvent ainsi réinvestir cette notion plasticienne, autant que le potentiel narratif du "surgissement", le "monstre" apportant une continuité.

Questions et questionnements :

 Représentation, réalité, fiction.

> La ressemblance; le rapport au réel et la valeur expressice de l'écart entre référent et représentation.

Compétences disciplinaires :

- Développer une maîtrisedes codes de représentation et des outils de la création plastique, notamment numériques.

- Concevoir et réaliser des projets artistiques, individuels ou collectifs, mertant en jeu des langages plastiques choisis, diversifiés et maîtrisés dans leur effets.

Compétences du socle commun :

Manipuler les composantes techniques, sémantiques, corporelles d'un langage plastique dans une visée artistique.

Expliciter sa perception, ses sensations et sa compréhension des processus artistiques et participer au débat lié à la réception des oeuvres.

Référence :

Man Ray, Marquise Casati, 1922

man ray, marquise

Extrait de "Man Ray - autoportrait (Editions Seghers - 1976)

"Au moment où je l'ai rencontrée, elle occupait un appartement dans un hôtel de la place Vendôme. Elle me reçut en robe de chambre de soie, les cheveux ébouriffés, teints en roux et ses immenses yeux noirs soigneusement maquillés. La pièce était jonchée de bibelots précieux. J'installai mon appareil et mes lampes et elle s'assit près d'une table sur laquelle était posé un bouquet de fleurs... de jade et de pierres précieuses.

Lorsque j'allumai mes lampes, il y eut un bref éclair, puis ce fut le noir. Comme toujours dans les maisons françaises, les installations électriques de chaque pièce étaient prévues pour un minimum de courant. Le concierge changea les plombs, mais je n'osai plus me servir de mes lampes. Je déclarai à la marquise que je serais obligé de me servir de la lumière qu'offriat la pièce, mais que le temps de pose serait alors plus long et qu'elle devrait bouger le moins possible. C'était difficile : la marquise posait comme si je la filmais. Ce soir-là, je développai les négatifs : ils étaient flous, je les mis de côté et considérai cette séance come un échec. N'ayant pas de mes nouvelles, la marquise me téléphona peu après : je déclarai que les négatifs ne valaient rien, mais elle insista pour les voir, si mauvais qu'ils fussent. J'en tirai quelques-uns où l'on distinguait un semblant de visage ; sur un des négatifs, on voyait trois paires d'yeux. On aurait pu le prendre pour une version surréaliste de la Méduse. C'est précisément cette photo qui l'enchanta : j'avais fait la photo de son âme, dit-elle, et m'en commanda des douzaines d'exemplaires. J'aurais aimé que mes autres clients fussent aussi faciles à contenter. La photo de la marquise fit le tour de Paris. Des personnes appartenant aux cercles les plus fermés commencèrent à venir, s'attendant toutes à des miracles. Je dus quitter ma chambre d'hôtel et trouver un vrai studio."