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Prix littéraire Ile de France 2016

mis à jour le 10/11/15

Vitrine de la librairie La Manoeuv L’édition 2016 a été suivie par cinq établissements parisiens dont une classe de 1ère Professionnelle Electrotechnique du LP Marcel Deprez. Alix Giraud (PLP Lettres-Histoire-Géographie) et Mathilde Divisia (professeure documentaliste) nous racontent cette aventure.

Les œuvres proposées pour Paris

  1. François Beaune, La lune dans le puits, éd. Gallimard, Verticales, 2013 (lauréat du prix de cette édition)
  2. Pierre Brunet, Histoire de Daniel V, éd. Signes et balises, 2013
  3. Leslie Kaplan, Déplace le ciel, éd. P.O.L, 2013 (théâtre)
  4. Philippe Rahmy, Béton armé, éd. La Table Ronde, 2013
  5. Carole Zalberg, Feu pour feu, éd. Actes Sud, 2014

Selon vous, quel est l’intérêt de faire participer une classe à ce prix littéraire ? 


La lecture participe des objectifs majeurs du professeur de Lettres. Ce projet visait à prendre à contre-pied la difficulté que l’on peut parfois rencontrer pour faire lire les élèves en leur proposant des lectures contemporaines dans un cadre qui dépassait l’environnement scolaire. Il s’agit avant tout de rendre l’objet livre vivant. Ce qui est surtout attractif dans ce concours c’est le défi que cela représente pour les élèves. Ils deviennent acteurs, la lecture sort du milieu scolaire et devient attractive, elle interroge une expérience au plus près de la réalité quotidienne en les amenant à découvrir sans exclusive roman, théâtre, poésie, essai ou bande dessinée. En ce sens, les thématiques abordées dans les œuvres proposées contribuent à faire de la lecture une expérience réelle.

Quelles ont été les modalités de mise en œuvre de ce projet ?

  • La participation à ce prix s’inscrit dans un cadre très précis : envoi des œuvres à l’établissement mi-septembre, partenariat obligatoire avec une bibliothèque d’arrondissement et une librairie de quartier, rencontre avec les auteurs en décembre et participation finale au salon du livre en mars.
  • Le projet n’aurait pu être mené sans l’implication très forte de la collègue documentaliste et des autres partenaires (la librairie La Manœuvre, située juste en face du lycée, et la bibliothèque Faidherbe).
    Le lancement du projet s’est fait au CDI avec l’ensemble de nos partenaires mais aussi des membres de la communauté éducative afin de donner au projet une dimension officielle. Il nous a en effet semblé important de scénariser le projet par des lectures orales d’extraits au CDI, prises en charge par nous ou des élèves, des échanges oraux sur nos impressions afin de montrer que la lecture relève d’une activité intime et non seulement scolaire. Chaque séance a donné lieu à des activités de bilan : rendre compte d’où l’on en était dans sa lecture, des difficultés rencontrées, de ce qu’il faudrait avoir lu pour la séance suivante. Pour ce faire, le CDI a été « sanctuarisé »; une zone spécifique a été consacrée au projet : les œuvres y figuraient assorties de notes critiques, citations, impressions de lecture, photos du livre en situation (il s'agissait de prendre le livre en photo en le mettant en relation avec une image illustrative ou explicative) photos prises lors des différentes rencontres. La collègue documentaliste et moi-même avons procédé à des lectures à voix haute, en choisissant des extraits des œuvres qui nous avaient particulièrement plu. Nous souhaitions  avant tout  faire entrer les élèves dans une activité d’écoute et de partage. Ces lectures ont donné lieu à l’évocation de souvenirs, personnels ou faisant écho à d’autres lectures, d'autres œuvres filmiques ou picturales. Nous visions avant tout à faire entrer les élèves dans l’acte de lire et à leur donner envie d’aller plus avant.
  • La participation au prix entraîne l'octroi de deux chèques-livres par élève, le premier doit être dépensé dans la librairie partenaire, le second est distribué au salon du livre. Nous nous sommes donc rendues, peu après le lancement, avec nos élèves par petits groupes à la librairie La Manœuvre pour les aider dans leur choix. Pour beaucoup, c'était la première fois qu'ils franchissaient le seuil d'une librairie et la situation ne laissait pas de les intimider, si bien qu'un accompagnement était nécessaire et bienvenu! A cette occasion, les élèves ont pu mesurer que des conseils étaient précieux et qu'un libraire pouvait les guider efficacement.

Parallèlement, les élèves ont été invités à réaliser la vitrine de la librairie Vitrine de la librairie La ManoeuvreLa Manœuvre leur donnant ainsi l’occasion d’organiser un espace en fonction de leur ressenti de lecteur. La classe a choisi le roman de Pierre Brunet car elle a jugé que le sujet évoqué (la guerre d’Algérie) se prêtait mieux à cette opération que d'autres livres de la sélection bien que ce roman n’ait pas rencontré l’adhésion de tous les  élèves. Ils ont pu ainsi construire un argumentaire à destination du public de cette librairie mais aussi des passants qui s’arrêtaient devant la vitrine et des autres élèves du lycée qui savaient que c’étaient des camarades du lycée qui y avaient travaillé. Ensuite, la visite à la bibliothèque Faidherbe a donné l’occasion de visionner le documentaire sur la guerre en Irak d’Olivier Morel, L’Âme en sang (Zadig productions) et de rencontrer ultérieurement Mael, dessinateur de la BD, Les Revenants, inspirée du documentaire (Futuropolis, 2013). Cela a constitué un moment fort du projet et donné lieu à une vraie interrogation sur la vision intime de la guerre. Nous avions appris que Mael exposait à la galerie des Grands Augustins à Paris, des planches de sa dernière bd sur la guerre de 14. Nous nous sommes donc rendues au vernissage (occasion de rencontrer Mael avant sa venue au lycée), avons réalisé un selfie devant ses œuvres et invité ensuite la classe à nous imiter. Deux élèves y sont allés, seuls, en toute autonomie, et nous ont fait parvenir un selfie pris dans la galerie. Tous ces éléments indiquent une forte implication de la classe.

Quel bilan dressez-vous de ce projet ?

  • Le premier avantage que j’y vois est que cette aventure a soudé la classe. Cela a permis de raccrocher certains élèves. De fait, c’est la seule classe qui n’a pas fait l’objet de signalement à la vie scolaire et par ailleurs, tous ont trouvé des lieux de formation en entreprise intéressants. On pourrait dire que le projet leur a permis de murir. En faisant sortir la lecture du cadre unique de la classe, cela a donné davantage de sens aux activités scolaires conduites dans le cadre du programme de 1ère Professionnelle et de la préparation aux épreuves du BEP.
  • Les élèves ont particulièrement apprécié la rencontre avec les auteurs, à la Maison des Métallos mais aussi avec les autres établissements parisiens engagés dans le Prix. C’est un vrai temps d'échange, où la parole de chacun bénéficie du même poids, une occasion de rencontrer des auteurs, en chair et en os, de les questionner sur leur travail, de leur demander pourquoi et comment ils écrivent. D’une certaine manière, on peut dire que cet événement détermine assez fortement le vote qui aura lieu : l’auteur a-t-il su répondre aux questions ? séduire son lectorat ? dialoguer avec les élèves ? Le second temps fort est bien évidemment le Salon du livre, les élèves y sont invités comme VIP (ils sont très flattés de ne pas faire la queue mais de disposer d'une entrée prioritaire), ils retrouvent l’ensemble des établissements franciliens engagés dans le Prix et prennent alors conscience de l’impact de leur vote. Ils disposent à nouveau du chèque-livre à dépenser sur place. Des notes de lecture réalisées par la classe ont paru dans le bulletin de la Bibliothèque Faidherbe.
  • Du point de vue des apprentissages, les élèves ont lu, écrit, échangé oralement, ils sont entrés dans une librairie et, pour certains, y sont retournés pour demander des conseils sur d’autres livres. Ils ont été familiarisés avec le CDI et s'y rendent désormais plus fréquemment que les autres classes.
  • Le fonds du CDI a été considérablement enrichi (40 ouvrages parus en 2014) en littérature immédiatement contemporaine, ce qui est assez inusité, et a, étonnamment, suscité la curiosité des élèves comme des professeurs.

Travail d'élève : la Vengeance
Daciho : "J'ai choisi de réaliser cette image car le livre parle de vengeance (les déesses de la vengeance surmontent le texte) et j'ai tâché la couverture car la vengeance c'est sale"

Quels liens avez-vous faits entre ces lectures et le programme ?

Il n’y a pas eu d’inscription directe dans les objets d’étude du programme de 1ère Professionnelle, pas d’étude de textes à proprement parler. Néanmoins, les séquences d’enseignement proposées au cours de l’année ont permis de faire le lien avec les œuvres lues : réflexion sur la justice avec les romans de Carole Zalberg et Pierre Brunet, la part de l’imaginaire, évidemment, avec tous les livres et notamment l’occasion de revenir sur l’interrogation « Le lecteur d’œuvres de fiction fuit-il la réalité ? ». Un passage de Béton armé, qui avait d'autant plus frappé les élèves que Philippe Rahmy était revenu sur ce souvenir au cours du forum, a permis de s'interroger sur « L'homme face aux avancées scientifiques et techniques ». Après réflexion, il aurait été possible de demander aux élèves de choisir un livre et d’en réaliser leur parcours de lecture ou de sélectionner dans les différents ouvrages des extraits permettant de travailler cette interrogation. L’an prochain, peut-être ?

Seriez-vous prêtes à recommencer ?

Absolument ! Et c’est d’ailleurs le cas ! L’expérience de l’an dernier nous a donné de très nombreuses idées notamment pour faire travailler l’oral en enregistrant les élèves. Ils pourront ainsi dire des poèmes de leur choix, mais aussi mettre en voix un passage qu'ils auront aimé. Ils seront aussi invités à illustrer tout ou partie de l'œuvre  de leur choix sous forme de photo, collage, bande-son, choix de musique...
La librairie La Manœuvre propose de consacrer cette fois une table à la sélection assortie de mots critiques rédigés par les élèves.

Sélection parisienne pour l’édition 2016 

  1. Jean-Pierre Chambon, Tout venant, éd. Héros limite, 2014 (poésie)
  2. Sonia Chiambretto, État civil, éd. Nous grmx, 2015 (théâtre)
  3. Donatien Mary, Que la bête fleurisse, éd. Cornelius, 2014 (bande dessinée)
  4. Sylvain Prudomme, Les grands, éd. Gallimard, 2014
  5. Sigolène Vinson, Le caillou, éd. Le Tripode, 2015