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« Classe inversée » : les dix pièges à éviter

mis à jour le 06/02/17

Dans le cadre du congrès 2016 sur la classe inversée (CLIC 2016), qui a réuni plus de 800 enseignants, les auteurs ont animé une mini-conférence sur « Les dix pièges à éviter quand on se lance en classe inversée ».

« Se lancer en classe inversée »… Telle est l’expression communément employée par les enseignants qui commencent l’expérience de la technique de l’inversion. La formule est ambiguë et a de quoi faire peur : s’agit-il de se lancer dans l’inconnu, au risque de mettre en péril les élèves dont nous avons la charge ? Les trois intervenants de cette mini-conférence se sont « lancés », chacun dans leur discipline, leur niveau d’enseignement, dans des contextes différents et dressent un bilan des pièges à éviter sur la voie qui mène à la classe inversée : leurs témoignages intéresseront ceux qui souhaitent et hésitent à se lancer à leur tour.CLIC2016

Annick Arsenault Carter a été victime de presque tous les pièges d’une classe inversée. Elle veut aider tout enseignant à éviter ceux qui lui ont presque fait baisser les bras à ses tout débuts (et encore aujourd’hui !). Séduit par le concept, Luc Chevalier a trouvé l’idée géniale pour une participation plus active des étudiants en classe… Cela n’est pas allé sans difficultés dans le contexte de l’université. Jean-Marie Le Jeune s’est lancé avec enthousiasme dans la classe inversée et il a foncé, tête baissée, dans tous les pièges qui se sont présentés à lui. « Qui m’a relevé, dit-il, remotivé et relancé ? Ce sont mes élèves ! » Tous les trois sont unanimes : la classe inversée resserre le lien entre les élèves et leur enseignant.

Sous la forme des séries YouTube ou émissions de divertissement avec un crescendo, chaque « piège » est analysé au vu de leur expérience. Sur cette liste d’une dizaine d’embûches, la discussion s’engage autour des problèmes rencontrés lors du passage en classe inversée et des solutions apportées. Une diversité d’expériences où chaque participant pourra trouver des réponses qui apaiseront ses craintes et démystifieront le concept.

Piège n° 10 : Le regard des autres

La crainte de faire différemment, la peur ou le rejet d’une approche nouvelle ou différente, la réaction des parents, des collègues, des élèves, la critique ou le soutien du bout des lèvres de l’institution constituent autant de raisons de ne pas se lancer. La crainte de faire différemment, c’est un piège que l’on a en soi, et c’est de la psychologie, une prise de risque ! Le regard des autres est un point déterminant, mais difficile à aborder ; celui qui fait différemment peut être vite perçu comme déviant et, de ce fait, se retrouver ostracisé. Sans parler des parents qui donnent leur avis, qui rejettent le concept. Ah ! Les craintes des parents, l’implication des parents : là-dessus, il y a beaucoup à dire. Finalement, faut-il convaincre les collègues ? Faut-il les évangéliser ?

Jean-Marie : Si l’on part du principe que le but de l’école est de conformer l’individu à la société, alors nous travaillons dans la plus grande entreprise de conformation qui soit. Dès lors, changer ses pratiques, c’est sortir de la norme et se heurter aux conceptions traditionnelles de l’enseignement et à une série de « Qu’est-ce qu’en pense… ? » Par exemple, des collègues s’étonnent de ma façon de scénariser mes capsules vidéo de grammaire, des inspecteurs se montrent dubitatifs et, quand les parents s’en inquiètent, la principale de mon établissement me demande de leur expliquer ma démarche et de citer mes références. Ce sera l’occasion d’écrire une lettre où je verbalise mon projet : faire entrer les pédagogies émancipatrices dans l’école publique par le moyen de la classe inversée. Mes références ? Célestin Freinet et Annick Arsenault Carter !

Annick : L’enseignant doit reprendre sa place en tant qu’expert dans sa classe. Si le besoin de faire différemment se présente, c’est qu’il se fait ressentir autant chez les élèves que chez l’enseignant. Un enseignant digne de confiance garde sa passion et son enthousiasme pour mieux intervenir auprès de ses élèves, afin de les voir progresser. Un enseignant digne de confiance accepte volontiers les critiques constructives, explique avec conviction les bienfaits de sa démarche, atténue les craintes en restant à la hauteur des recherches et résultats de sa pratique et, en gros, s’en moque des sceptiques ! Avec expérience, j’ai jugé bon d’anticiper les coups en envoyant des capsules vidéo d’explication aux élèves et aux parents en début d’année scolaire telle que « Capsule adressée aux parents » et de participer à de nombreux entretiens, afin de partager mon vécu quotidien, que je souhaite faciliter la transition du traditionnel vers la classe inversée. Finalement, il faut s’entourer de gens positifs et « plonger » !

Luc : À l’université, ce point n’est pas aussi sensible que dans le primaire ou le secondaire : les parents ne sont pas omniprésents et les collègues sont soit totalement indifférents soit très intéressés. Celui qui propose des innovations pédagogiques afin de rendre les enseignements plus vivants et les élèves plus actifs est plutôt une sorte de modèle pour cette seconde catégorie de collègues. Faut-il néanmoins chercher à évangéliser davantage ? Sûrement, oui, car la proportion des enseignants du supérieur qui s’investissent en enseignement reste faible, mais il serait recommandé que les enseignants ne fassent pas tous de la classe inversée : c’est par la variété des approches pédagogiques qu’on peut maintenir l’intérêt des étudiants. Pour un cours de mécanique des solides déformables, par exemple, je pratique la classe inversée pour une première partie assez théorique ; mais pour une seconde, plus appliquée, je fonctionne en mode projet. Dans les deux cas, les ressources sont disponibles en ligne, les élèves traitent des exercices, des problèmes en classe, pour partie tout seuls, pour partie en équipe. Tout cela demande pas mal d’énergie en préparation, correction et évaluation, et on comprend que certains collègues n’adhèrent pas spontanément à l’approche.

Piège n° 9 : Les élèves qui rejettent le principe de la classe inversée

La classe inversée, quels que soient les modalités retenues, le niveau d’étude ou la discipline, nécessite un travail préparatoire de la part de l’élève : visionner des capsules vidéo, lire des passages de polycopiés, un chapitre de livre, faire des exercices en ligne ou sur feuille, faire une recherche… Il y a toujours une proportion plus ou moins grande d’élèves qui ne va pas faire ce travail. Que faire pour l’éviter ? Que faire de ceux qui rejettent le principe ?

Lire la suite de l'article publié dans la revue Technologie n°206 janvier-février 2017.

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Les auteurs :

Annick Arsenault-Carter enseigne les mathématiques et l’anglais à Moncton, Nouveau-Brunswick, Canada.

Luc Chevalier, professeur des universités, enseigne la mécanique. Il dirige l’Ésipe, l’École d’ingénieur de l’université Paris-Est Marne-la-Vallée et pilote le groupe « Pédag’Innov » sur la classe inversée dans le cadre de l’Idefi Idea Paris-Est.

Jean-Marie Le Jeune est professeur de français au collège de Croas ar Pennoc, Guilers.

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