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Les élus du CAVL de Paris à Reus (Espagne)

mis à jour le 30/05/17

En janvier 2017, les élus du CAVL de Paris se sont rendus à Reus en Espagne pour la 1ère partie du CAVL International consacré cette année à la Démocratie et à la poursuite de la réflexion autour de l'éducation au Développement Durable.

Cette année, deux thèmes de travail ont donc été retenus : à nouveau le Développement Durable, qui est au cœur des préoccupations de nos partenaires de la Mlf, et la démocratie.

Au sujet de la démocratie, ce thème est extrêmement vaste et déjà amplement traité en cours. Nous ne voulions pas risquer de redites qui n’auraient pas justifié que nous sortions les élus de leurs classes pendant 3 jours. Nous avons donc choisi d’aborder ce sujet à travers l’un de ses aspects : le débat démocratique. Avec un principe : le Monde appartient à ceux qui savent parler ! Et des questions : Pourquoi est-il important pour un citoyen de maîtriser l’art de l’argumentation et de la réfutation ? Pourquoi le fait de savoir débattre permet de mieux analyser les débats politiques actuels et donc de faire des choix éclairés qui permettent de mieux assumer son rôle dans la société ?

Atelier sur le débat démocratique :

Jour 1 :

Les premiers exercices portent sur la forme du débat : la gestion du silence, du regard, la gestuelle ...

Des sujets sont indiqués à propos desquels des élèves sont invités à venir s’exprimer en respectant les consignes données.

On aborde ensuite la structure de l’argumentation : commencer par une idée directrice à énoncer immédiatement pour que le public sache ce qu’il va entendre, un développement (sous forme d’une chaîne des pourquoi), un exemple, permettant de visualiser, de concrétiser l’idée et enfin, une conclusion.

Les élèves s’entrainent en argumentant tour à tour sur des sujets proposés par les animateurs comme la légalisation du cannabis ou sur la place des femmes dans la société.

En fin de journée, les élèves sont reçus à la mairie de Reus par l’adjointe au Maire chargée de l’éducation et par le Maire lui-même. Ils lui expliquent le travail fait au cours de la journée et échangent avec lui sur la notion d’engagement.

Jour 2 :

On aborde en cette deuxième journée une particularité du débat démocratique où deux opinions opposées s’affrontent.

Le principe de la réfutation est explicité : jouer sur les faiblesses de l’argumentation de l’autre (en cassant la chaîne des pourquoi) ; donner des contre-exemples.

Deux groupes sont formés : un gouvernement et son opposition. Le 1er ministre doit présenter une motion, l’opposition s’y opposer. La parole va alternativement d’un groupe à l’autre. Le 1er Ministre introduit la motion puis chaque nouvel intervenant doit commencer par réfuter les arguments du précédent avant de présenter ses propres arguments. Le dernier intervenant, appartenant à l’opposition, doit conclure le débat.

Pendant que 8 élèves préparent leur débat, les autres (qui seront spectateurs ensuite) continuent à s’exercer.

Un échange est ouvert sur ce qui a de l’impact en démocratie du côté de ceux qui veulent être élus et du côté de ceux qui votent.

Pour entraîner les élèves à poser des questions pertinentes et à décortiquer les réponses apportées de façon à obliger l’interlocuteur à aller au bout de sa logique, une « conférence de presse » est organisée.

Les exercices suivants consistent à simuler des négociations puis un conseil des ministres. Les élèves assis autour d’une table ont tous un rôle à jouer et doivent prendre la parole pour défendre leurs positions et convaincre les autres de voter dans le sens de ce qu’ils désirent.

Les 8 élèves qui avaient formé un gouvernement et son opposition reviennent pour présenter leur débat parlementaire. Le sujet : Ce gouvernement veut imposer des critères pour obtenir le droit de vote : avoir au moins un Master / gagner au moins 100 000 € par an / Avoir un casier judiciaire vierge.

Les spectateurs analysent et critiquent ensuite le débat en insistant à la fois sur la qualité des argumentations et des orateurs.

L’après-midi, différents mini-débats sont organisés tandis qu’un nouveau débat parlementaire est en préparation. Le thème : Ce gouvernement souhaite rétablir la monarchie.

Les élèves s’entraînent tous à argumenter, réfuter mais aussi à écouter les discours des autres et à analyser et critiquer les argumentations et réfutations entendues.

Tous sont extrêmement attentifs, ils participent volontiers et apprennent beaucoup. Tous les retours sont extrêmement positifs.

En fin de journée, les élèves sont guidés à travers la ville avec un focus sur l’architecture Art nouveau. La visite s’achève avec une visite du musée Gaudi (natif de Reus).

Jour 3 :

La matinée commence par un échange entre les élèves sur la possibilité de création d’un livret de mobilité qui servirait à garder trace des mobilités effectuées au cours de la scolarité de tous les élèves de l’académie de Paris et de la Mlf.

Les avis sont partagés à ce sujet. Les élus du CAVL de Paris pointent en particulier le fait que cela risque de creuser les écarts en mettant en évidence le fait que certains élèves voyagent beaucoup plus que d’autres, notamment dans leur cadre familial. Ils reconnaissent cependant volontiers la richesse liée aux voyages scolaires et redisent à quel point il faudrait les développer dans les établissements les moins favorisés.

Pendant ce temps d’échange, 8 élèves ont été séparés du groupe pour préparer un débat parlementaire sur le thème : Ce gouvernement criminaliserait tous les actes contre l’environnement.

Les élèves préparent ce débat avec les animateurs de MakeItReal, spécialistes du Développement Durable et avec les animateurs de la FFD, spécialistes du débat.

Ils rejoignent ensuite le groupe et la règle du jeu est donnée : les élèves font tous partie d’une assemblée. Chacun se voit attribuer un parti. Les partis commencent par se réunir pour décider d’une ligne de conduite puis chacun peut prendre la parole pour donner un argument. Il y a une vingtaine d’interventions avant un temps de négociations. Il y a de nouveau des interventions avant que le débat entre le gouvernement et son opposition puisse avoir lieu, suivi d’un vote.

Les élèves se prennent volontiers au jeu et l’on remarque vite que la forme prend le pas sur le fond : les élèves se laissent convaincre par les meilleurs orateurs et se détachent du sujet et des valeurs véhiculées pour entrer dans un jeu d’alliances. Au final, un débat très intense, des qualités impressionnantes mises en œuvre par les élèves mais aussi un débat un peu inquiétant, dérivant facilement vers une pratique éloignée de la démocratie éclairée que nous souhaitons défendre. Un moment réaliste donc mais qui devra servir de tremplin à une future réflexion sur les dérives de la démocratie, la crise de confiance des citoyens, et notamment celle des jeunes, envers les politiques pour trouver à argumenter pour une réappropriation de l’espace démocratique par tous. Un beau projet où l’enjeu sera de se détacher de la forme pour revenir au fond.