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Lire en réseau, et échanger sur le texte, c'est possible.

mis à jour le 13/09/17

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Une expérimentation avec un logiciel de lecture en réseau (Glose) a été menée au Lycée Rabelais du 18ème arrondissement, récit.

SCÉNARIO PÉDAGOGIQUE : Utilisation de Glose auprès d’élèves de seconde pour une lecture cursive du Tartuffe de Molière

Qu'est-ce que Glose ?

C'est d'abord une librairie de livres numériques. Format vers lequel certains d'entre nous se tournent de plus en plus volontiers. Elle a la particularité de permettre à tout lecteur de créer un profil, afin d'échanger avec d'autres lecteurs. Ainsi, annotant le texte, chaque lecteur donne accès à sa séléction, ses citations, ses pensées sur le texte et bénéficie des remarques des autres. Ainsi, une communauté de lecteurs d'un même texte peut se créer. Que peut permettre un tel outil dans la classe ? Une lecture en réseau et en collaboration ? C'est l'objet de notre expériementation.

 Contexte

Amélie Chérubin est professeur de français dans deux lycées de l’académie de Paris, en classe de seconde et de première. Passionnée par la mise au service des nouvelles technologies à des fins éducatives, elle forme régulièrement ses élèves aux outils numériques et aux plateformes collaboratives, et pratique ponctuellement des formats de classe inversée.

Son défi consistait en l’occurrence à stimuler l’intérêt pour la lecture d’une classe de seconde au profil particulièrement passif. Elle souhaitait encourager à la lecture de la pièce Tartuffe de Molière, qui serait étudiée en classe en tant qu’oeuvre intégrale. L’utilisation de Glose devait lui servir à

  • relancer l’intérêt pour la lecture en y ajoutant une dimension numérique, ludique et sociale en prise avec les usages des élèves
  • Inciter à la participation des élèves dans l’interprétation et l’analyse du texte, grâce au partage de commentaires et d’annotations tout au long de leur lecture
  • Suivre les élèves de façon personnalisées pour avoir une meilleure vision de ce qui était compris ou sujet à contresens scène après scène

 

Mise en place d’un dispositif de lecture numérique en classe :

Le Lycée Rabelais est doté d’un CDI bien équipé, avec un parc d’ordinateurs en réseau, et un vidéo-projecteur permettant aux enseignants de faire des démonstrations en direct depuis son propre poste informatique.

Pour faire prendre en main l’application à la classe, Amélie Chérubin a d’abord prévu une séance de deux heures au CDI. Les objectifs de cette première séance étaient les suivants :

 

  • Permettre à tous les élèves de télécharger l’application, de se créer un compte et d’intégrer le groupe de lecture de la classe
  • Initier les élèves aux spécificités de la lecture numérique et aux fonctionnalités propres de Glose
  • Leur faire lire une scène de la pièce et effectuer de premiers repérages dans le texte grâce aux surlignages

 

Pour préparer sa séquence, Amélie Chérubin passe 1h30 de formation à Glose auprès d’un membre de l’équipe. À l’issue de ce temps, elle a pu prendre en main toutes les fonctionnalités de lecture collaborative et enrichie de Glose, créer son groupe de lecture de classe et mettre au point les objectifs et le déroulé de sa première séance.

 

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Compte sur Glose de l’enseignante depuis son poste informatique au CDI

 

Déroulé du cours

 

La première séance de 2h a été dédiée à la mise en place des conditions de lecture : téléchargement de l’application, création des profils d’élèves, explication du groupe de lecture de classe et première approche du texte par une lecture numérique collaborative.

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L’enseignante vérifie que tous les élèves sont bien inscrits au groupe de lecture de la classe

 À l’issue de cette séance de mise en route, les élèves sont supposés être autonomes pour poursuivre la lecture de la pièce au format numérique. Ils sont incités à prolonger leur exploration active du texte d’ici la séance suivante, avec pour consignes spécifiques de :

 

  • Relever les passages manifestant le registre comique de la scène
  • Analyser les ressorts du comique en publiant des commentaires en annotation
  • Répondre aux camarades qui ont déjà annoté des passages pour discuter de leurs interprétations

 

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 Consignes à l’issue de la première séance

 

La deuxième séance a permis de confirmer l’intégration du support de lecture numérique au sein de la classe. Les élèves peuvent désormais choisir le support qu’ils préfèrent entre le livre papier ou numérique. Ceux qui ont oublié leur exemplaire papier sortent leur smartphone pour accéder au livre sur leur profil Glose.

Avant de reprendre le cours, Amélie Chérubin désigne un élève “scribe” : il est chargé de répercuter les remarques faites en classe directement dans le texte numérique, en annotation. Par exemple, il surligne les citations qui relèvent du registre comique au fur et à mesure ou reporte la définition d’un mot compliqué dans la marge. Ainsi toute la classe aura accès à une même version du texte enrichi par les remarques faites durant le cours. L’élève scribe connecte sa 3G pour que ses annotations soient directement synchronisées avec toute la classe.

 

Le cours sur l’analyse du comique dans Tartuffe se poursuit normalement, articulé autour d’un devoir à la maison fait sur papier. Au moment d’arriver à la scène étudiée à partir du texte numérique, l’enseignante sort son smartphone pour relever les annotations que les élèves ont publiées depuis la première séance. Elle les reprend à voix haute pour toute la classe, rectifiant les contresens et soulignant l’intérêt des analyses proposées.

 

Les élèves poursuivent la lecture cursive à la maison ; l’enseignante se connecte régulièrement au groupe de lecture de classe pour observer les dernières activités en lien avec le texte. Elle vérifie ainsi l’avancée du travail à la maison et réagit aux commentaires postés par les élèves. Cela lui permet :

 

  • de se rendre compte et de rectifier rapidement les contresens de lecture,
  • de valoriser les remarques pertinentes,
  • d’inciter à l’approfondissement des analyses

 

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Citations annotées partagées par les élèves, avec réponses de l’enseignante

 

BILAN

L’utilisation de Glose dans sa classe a permis à Amélie Chérubin de confronter directement les élèves au texte : leurs citations et commentaires, immédiatement partagés à toute la classe, sont des tentatives d’analyses en prise directe avec une réplique ou une scène précises.

Cela a également fluidifié l’accompagnement de la lecture puisque chaque séance en classe s’est appuyée sur les commentaires postés par les élèves entre deux d’entre elles. L’enseignante a à la fois pu réagir en temps réel à des annotations postées par des élèves en autonomie, et les reprendre par la suite en classe entière comme support d’explication d’un point en particulier.

 Au fil des séances, de plus en plus d’élèves se sont impliqués dans la lecture numérique à la maison, surlignant des passages et postant à leur tour des commentaires.

 Cette dimension interactive a encouragé la lecture personnelle des élèves. La possibilité d’une discussion à l’écrit en temps réel a ouvert des pistes de participation pour certains d’entre eux, augmentant l’activité générale de la classe autour de la pièce.

   Si le temps consacré au départ à la prise en main de l’outil a été conséquent - une séance de 2h pour assurer la création des comptes et la formation aux différentes fonctionnalités, il a représenté un investissement sur le long terme, mobilisable non seulement tout au long de la lecture de l’oeuvre mais également pour de futures lectures suivies d’oeuvres patrimoniales.

 

INTERVIEW D’AMÉLIE CHÉRUBIN

 

La plateforme a-t-elle été facile à prendre en main ? Comment se sont déroulés l’inscription, la lecture et l’échange ?

 

Oui, la plateforme est facile à prendre en main, il faut prendre le temps d’inscrire tous les élèves, le temps d’une séance en salle informatique qui nous permet de présenter le support ainsi que le choix du texte dans le catalogue. J’avais la chance d’avoir Garance avec moi pour les questions techniques ;) D’autre part nous avons reçu un joli cadeau pour notre expérimentation, l’édition gratuite de notre texte (Molière). Il a fallu quelques ajustements pour accéder au texte avec certain profil d’élèves. Il faut faire attention à ce que les élèves ne perdent pas leurs identifiants, comme pour tout nouveau logiciel.

 

Sur l’ensemble de la classe les commentaires ont été inégaux mais toujours éclairants, notamment sur les contresens que certains élèves pouvaient faire du fait du français du XVIIème siècle.

 

Comment les élèves ont-ils réagi à la possibilité d’échanger entre eux et avec le professeur directement dans le livre ?

 

La lecture s’est faite à la maison et aussi par extraits en classe, où j’avais d’abord décidé d‘échanger parfois sur les commentaires qu’avaient proposés les élèves : qui a écrit ? pourquoi ? bonne remarque, rectification...ce travail à l’oral s’est poursuivi ensuite à l’écrit sur le texte lui-même quand je répondais aux élèves sur leur premier commentaire.

 

Comment ont-ils perçu la dimension “réseau social” ? Qu’est-ce que cela leur a apporté ?

Les interactions entre élèves (possibles aussi) ont été peu présentes encore, mais je pense que c’est une question d’habitude de lecture et d’échange qui peut se mettre en place à l’usage.

 

Qu’apporte la lecture numérique pour ces élèves ? Perçoivent-ils le livre et la lecture différemment dans ce contexte ?

 

Ils ont d’abord été enthousiastes mais je pense que le texte était un peu dur pour être parcouru seul.

J’avais pris le parti de leur poser des questions et de faire faire des relevés, ce qui les a rendus actif sur le texte, mais ils n’avaient pas le réflexe de le faire seuls. Ce sont des élèves peu lecteurs, il faudrait que je recommence sur un texte plus simple. C’est surtout l’accompagnement du texte que je venais chercher avec Glose (mes remarques éclairant le texte et les leurs me permettant de savoir s’ils comprenaient)

 

Quel a été le niveau d’implication des élèves durant la lecture cursive ?

 

Assez peu actifs d’abord face au texte, ils se sont emparé des remarques que j’avais laissées au fil du texte (à dessein) afin de finaliser le travail de fin de séquence “Faire le procès de Tartuffe et trouvez les arguments pour ou contre le personnage”, les passages sur l’hypocrisie ou les moments clés de la pièce ont ainsi pu être repérés.

 

Que vous a apporté Glose de manière unique et/ou nouvelle?

 

Les interactions sont vraiment intéressantes mais il faut que je recommence sur un texte où ils seraient plus autonomes en lecture cursive. Comme je l’ai dit plus haut l’échange à l’oral a pu se poursuivre ensuite à l’écrit sur le texte lui-même quand je répondais aux élèves sur leur premier commentaire. Ce qui m’a permis de les accompagner “chez eux” en quelques sorte. Par contre je ne suis pas sûr d’avoir touché tous les élèves car ils n’avaient pas d’obligation de réponse.

 

Les élèves ont-ils aimé l’expérience ?

 

Je crois que le nouveau support leur a plu mais ils étaient, pour certains, démunis face au texte pour une lecture vraiment cursive, c’est dire seuls chez eux, donc je souhaite continuer l’expérience mais avec un texte plus moderne. Il me semble qu’ils pourraient ainsi amorcer plus d’échanges entre eux, ce qui me parait très fertile pour la pratique du lecteur qui “sommeille” encore en eux ;)