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Fin de cycle 3

mis à jour le 14/09/17

Les programmes par cycles nous invitent à travailler dans la durée. Cette séquence expérimentée en classe par une professeure d'arts plastiques (Isabelle Soubaigné, collège Jacques-Decour) a été finalisée avec un groupe de professeurs de l'académie de Paris. Ce groupe s'est attaché à présenter plusieurs objets et modalités d'évaluation.

NB. Plusieurs situations d'évaluation possibles sont proposées ici. Il importe que le professeur choisisse celle(s) à mettre en oeuvre, selon ses intentions d'enseignement. Il n'est pas possible ni souhaitable d'utiliser tous ces outils durant cette séquence. Il convient de laisser la plus grande part du temps passé en classe à la pratique de l'élève.

Cette séquence porte sur la question de « La matérialité de la production plastique et la sensibilité aux constituants de l’œuvre ». Elle s'adresse à des élèves de fin de cycle 3.

 

Séance 1 : phase de pratique exploratoire et de démarche de projet (de l’élève)

 

Les élèves sont invités à réinvestir dans un projet personnel à dimension artistique les expérimentations qu’ils ont réalisées au cours de l’année autour de l’expressivité des matériaux et des gestes (ex : découper, déchirer, froisser….).

 

Le professeur raconte :

« Il est très tôt, peut-être cinq ou six heures du matin. Tout est calme. Il fait un peu frais, l’air est humide et la brume vous entoure. On ne voit pas à plus d’un mètre et pourtant... Petit à petit, tout doucement, au fil du temps, la brume se dissipe et laisse émerger un vieux manoir en ruine juste devant vos yeux. En utilisant les matériaux mis à votre disposition, vous donnerez à voir cette scène en 3 dimensions pour faire apparaître ce manoir sortant de son épaisse couche de brouillard. »

Il indique aux élèves qu’ils disposent de 30 minutes pour commencer leur fabrication, qui se poursuivra lors des cours suivants.

Les élèves ont la possibilité d’utiliser tout ce qui est présent dans la classe : matériaux divers (bouteilles et emballages en plastique, morceaux et rouleaux de carton, tissus, feuilles blanches et de couleur, feuilles de calque…) et tous les outils et médiums qu’ils ont l’habitude d’utiliser (peinture, craies grasses et sèches, colle, ruban adhésif, agrafeuses, ciseaux..). L’enseignant spécifie que leurs constructions ne devront pas dépasser 15 cm de haut, pour les aider à ajuster leurs gestes et notamment leur éviter des difficultés liées à une trop grande ambition technique.

Certains élèves rapportent à leur place de nombreux matériaux sans avoir d’idée préconçue sur ce qu’ils vont réaliser, d’autres observent, trient et sélectionnent des matières premières dans les bacs mis à disposition, quelques élèves restent à leur place et réfléchissent à leurs projets avant de se déplacer.

L’ensemble de la classe est au travail et on voit apparaître au fil de la séance des débuts de productions.

 

Le professeur observe la capacité des élèves à anticiper un projet, à manifester une intention dans les choix qu’ils opèrent. Il peut éventuellement évaluer le niveau d’acquisition de la compétence travaillée « mettre en œuvre un projet artistique » corrélée aux domaines 2, 3 et 5 du socle.

 

Suivant les niveaux d'acquisition indiqués dans le livret scolaire, les observables ci-dessous pourraient être retenus :

Maîtrise insuffisante

Maîtrise fragile

Maîtrise satisfaisante

Très bonne maîtrise

L’élève ne parvient pas à déterminer un axe d’entrée dans le travail, il ne choisit aucun des matériaux, ni des outils pour chercher à produire.

Il choisit un matériau et un médium qu’il connaît (exemple : une feuille de dessin blanche et un crayon à papier), sans expérimenter d’autres moyens qui seraient plus adéquats pour réaliser un projet.

 

L’élève est en mesure de modifier ses choix d’outils, de supports, en fonction des résultats obtenus. Il expérimente jusqu’à déterminer ce qui sera en adéquation avec son projet.

Il choisit ses outils en adéquation avec son projet, en volume. Il sait adapter ses gestes en fonction de leurs effets, et peut tirer parti de l’inattendu.

 

A la fin de cette première séance, le professeur précise aux élèves qu’ils peuvent apporter pour la semaine suivante les matériaux qui leur ont fait défaut durant le cours (ex : tissus, papier cellophane, gaze, coton….).

 

 

Séance 2 : conduite du projet de l’élève

Lors de la première séance les élèves ont commencé à réaliser leurs « manoirs dans la brume ».

Le professeur a constaté à la fin du cours que certains élèves ne parvenaient pas à déterminer un axe d’entrée dans le travail, que d’autres n’arrivaient pas à effectuer une production en volume et/ou qu’il leur était difficile d’assembler des matériaux pour réaliser une construction.

 

Une courte verbalisation va aider à préciser les projets selon une intention et des choix conscients avec quelques débuts de production à l’appui. Celles-ci sont disposées sur une table pour être vues de tous.

Ce temps favorise l’expression des élèves suivant des questions ouvertes comme : que cherche-t-on à montrer, à produire ? Comment le brouillard a-t-il été rendu visible ? Quels ont été les matériaux et les moyens déjà utilisés pour qu’il envahisse le manoir ?

Quels effets peut-on obtenir ? Quelles impressions cela provoque-t-il ?

Les élèves échangent et se questionnent autour de leur manière de procéder. Certains indiquent au reste de la classe qu’ils ont réfléchi au choix et à l’usage plus ou moins pertinent des matériaux à assembler en les touchant, en les pliant, en les découpant ou encore en les superposant. Un élève précise qu’en mettant de la colle sur du papier calque, il a obtenu des ondulations et reflets brillants qu’il ne cherchait pas au départ mais qu’il a souhaité conserver et exploiter dans la suite de son projet pour évoquer la consistance du brouillard. D’autres remarquent que la superposition du calque ou l’utilisation du coton créé des effets d’opacité et de translucidité intéressants.

Puis le professeur donne une fiche aux élèves : ils y apportent des précisions sur leurs intentions et les opérations effectuées. Cette fiche d'auto-analyse prend aussi une dimension d'auto-évaluation (formative) pour l'élève. On choisit d'appeler cette fiche "auto-analyse" pour que l'élève ne considère pas ce moment comme une "auto-notation".

aperçu fiche

 

Différenciation pédagogique : pour les élèves qui peinent à renseigner ce questionnaire, on peut proposer de commencer par "décrire l'état actuel de la production".

 

 

 manoir 2manoir 2 mot d'élève

 

manoir 1 manoir 1 mot d'élève

Le professeur peut à l’occasion de cette explicitation évaluer de façon formative le niveau d’acquisition de la compétence « S’exprimer sur sa pratique, celle de ses pairs » corrélée aux domaines du socle 1 et 3).

 

Suivant les niveaux d'acquisition indiqués dans le livret scolaire, les observables ci-dessous pourraient être retenus :

Maîtrise insuffisante

Maîtrise fragile

Maîtrise satisfaisante

Très bonne maîtrise

L’élève ne parvient pas à reformuler, ou très partiellement, ce qui est en cours dans le projet.  Les productions de la classe montrées ne lui permettent pas de se saisir d’un indice pour expliquer le travail entamé.

Il peut reformuler partiellement et avec ses mots, ce qui est en cours dans le projet. Il donne quelques pistes de travail sans toutefois en préciser les enjeux, les problèmes posés.

L’élève sait expliciter le projet en cours en prenant appui sur un exemple de production montrée. Il est en capacité de formuler quelques questions auxquelles le travail tentera de répondre.

Il est tout à fait capable d'expliciter le projet en cours, ses étapes de construction, en employant des termes précis. Il a mesuré les enjeux, les questions et les éventuelles difficultés posés par la réalisation de la production, et argumente au vu des débuts de productions montrées.

 

Ce temps de parole va aussi permettre au professeur de donner quelques conseils techniques (ex : Comment et avec quoi assembler les matériaux ? Avec de la colle liquide, des agrafes, du ruban adhésif ? Quelles astuces peut-on trouver pour fixer deux morceaux de cartons de manière perpendiculaire ? Avec un système de fentes, de languettes ? N’est-il pas préférable de se servir du matériau le plus épais comme support et d’utiliser les plus légers pour construire ?)

 

Les élèves poursuivent leur travail.

L’échange collectif, l’écoute mutuelle et l’observation de quelques projets en cours aident ceux qui n’ont pas su amorcer une réflexion constructive.

Le professeur accompagne et favorise des questionnements individuels, apporte des connaissances pratiques et théoriques, conseille, aide mais en prenant soin de bien laisser l’élève mener son projet sans se substituer à lui, sans le rendre simple exécutant.

 

Ce que les élèves ont appris :

- Expérimenter et observer le rôle des matériaux dans une pratique plastique : leur donner forme, les éprouver et jouer avec leurs caractéristiques physiques, leurs textures.

- Se repérer dans les phases de la réalisation d’une production plastique individuelle, anticiper les difficultés éventuelles.

- Adapter son projet en fonction des contraintes de réalisation

 

 

Séance 3 : phase de démarche de projet (de l’élève) et d’auto-évaluation

L’observation de quelques productions d’élèves a permis au professeur de constater que les objets ou les matériaux choisis dans la classe (ex : bouteille en plastique) ne sont pas toujours utilisés de manière pertinente (pas de prise en compte de sa forme ou dans le cas de la bouteille de sa caractéristique première, la transparence).

A ce stade avancé du projet, le professeur choisit de projeter l’image d’une œuvre qui fonctionne par accumulation d’objets du quotidien (gobelets en plastique).

 tara donovan 1  tara donovan 2

Tara Donovan, Untitled (Plastic Cups), 2006.

Le professeur peut aussi montrer une vidéo de Tara Donovan au travail.

 tara donovan video work

 

Cette référence est abordée pour montrer aux élèves que l’on peut tirer parti des caractéristiques d’un objet banal (ici un gobelet en plastique, malléable, translucide...) et qu’on peut le faire disparaître en tant qu’objet fonctionnel et utilitaire pour le transformer en matériau « à modeler ».

Afin de permettre aux élèves d’avoir un recul réflexif, le professeur distribue une fiche d’auto-évaluation. Il leur indique que ce document de travail va les aider à observer leurs productions et à identifier les éléments qu’ils pourront éventuellement modifier, supprimer ou retravailler ensuite.

Après cette auto-analyse écrite, le professeur laisse les élèves terminer leurs productions jusqu’à la fin de la séance.

Ce que les élèves ont appris :

-       A faire l’expérience de la matérialité de l’œuvre, à en tirer parti, à comprendre qu’en art l’objet et l’image peuvent aussi devenir matériau.

-       A identifier la part du hasard et celle de l’intention.

 

Après cette séance le professeur peut évaluer (hors présence des élèves) les apprentissages techniques relatifs à l'assemblage.

 

Séance 4 : Mise en scène des productions et Verbalisation finale.

 

Le professeur demande aux élèves de reprendre leurs productions. Il les invite à les installer dans la classe en prenant en compte la lumière naturelle et/ou artificielle afin de révéler les qualités physiques des matériaux utilisés.

Les élèves montrent leurs productions achevées et présentent l'évolution de leur projet. Ils confrontent leur intention de départ à la réalisation finale.

Ce temps de verbalisation vient souligner l'articulation, présente dans les productions des élèves, entre les qualités physiques des matériaux employés et l’incidence de leurs caractéristiques sur la pratique plastique en volume. C’est aussi un temps d’acquisition du lexique et des notions du programme.

 

La matérialité des productions est au centre des échanges : on observe comment les différents travaux mettent en scène l’incitation de départ et comment les matériaux et les techniques utilisées y contribuent.

Cette verbalisation finale permet d’évaluer de façon formative, ou bien en termes de contribution à l’évaluation bilan de fin de cycle de la compétence « S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs » corrélée aux domaines du socle 1 et 3.

Suivant les niveaux d'acquisition indiqués dans le livret scolaire, les observables ci-dessous pourraient être retenus :

Maîtrise insuffisante

Maîtrise fragile

Maîtrise satisfaisante

Très bonne maîtrise

L’élève ne parvient pas à expliciter son travail, ni celui des autres élèves. Il s’appuie sur le seul résultat montré pour décrire ce qui est visible.

Il est capable d’expliciter en partie le travail montré. Il relate les étapes sans pouvoir préciser la démarche du travail, ni comparer avec le projet initial.

L’élève est capable d’expliciter la démarche mise en œuvre, en distinguant les intentions initiales et les modifications apportées en cours de réalisation.

Il est capable d’expliciter la démarche mise en œuvre, et de se décentrer pour devenir spectateur du travail produit, y compris en critiquant ce qui est montré, de manière productive et argumentée.

(ex : un élève se rend compte que son utilisation du scotch d’emballage de couleur pour assembler des matériaux entre eux crée des effets plastiques qui parasitent le reste de sa production)

 

Après cet échange, le professeur montre une photographie, Le MuCEM (Marseille) de Rudy Ricciotti, afin de faire comprendre aux élèves l’importance et l’expressivité des matériaux dans la création architecturale.

mucem

« Le bâtiment est fait de plusieurs « peaux ». Les façades du parallélépipède carré se composent de deux types d’enveloppes, qualifiées de « peaux » du bâtiment. L’une est faite d’une dentelle de béton, l’autre de verre, privilégiant ainsi le vocabulaire de la transparence et de l’ouverture. Leur répartition est dictée par la course du soleil : la résille de béton occupe les deux côtés des faces sud et ouest, les plus ensoleillés, le verre trouve sa place sur les deux côtés des faces nord et est, abritant les espaces administratifs nécessaires au fonctionnement du musée. La façade du cube intérieur, consacré aux expositions, est quant à elle en verre. Toutes les parties vitrées du bâtiment sont doublées d’un voile translucide en maille noire. Il permet de renforcer le confort visuel et la protection des œuvres face au fort soleil méditerranéen. L’aspect léger, mince, voire fragile du verre et de la dentelle de béton donne l’impression que le bâtiment n’a que « la peau sur les os », selon les termes de l’architecte.

 

http://www.mucem.org/sites/default/files/asset/document/dossier_pedagogique_architecture_mucem.pdf

 

Synthèse :

Ce que les élèves ont appris :

 

Durant cette séquence, les élèves auront donc acquis des apprentissages et des compétences travaillées en arts plastiques.

Lors des deux séances exploratoires, ils auront appréhendé les qualités physiques des matériaux, des médiums et des supports. Ils auront appris à les utiliser et à les faire entrer en interaction pour créer des effets visuels.

Grâce à l’auto-analyse écrite en court de projet, ils auront appréhendé la part de hasard qui peut être présente dans une production plastique et ils auront compris que l’on peut en tirer parti.

La verbalisation intermédiaire les aura aidés à s’inscrire dans l’élaboration et la conduite d’un projet artistique.

Enfin, ils auront confronté leur pratique avec celles des artistes dont les œuvres leur ont été montrées. Des connaissances tant techniques que culturelles auront été établies.

 

 

 

 

 

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