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Les mythes de la fondation de Rome

mis à jour le 08/01/18

Vignette mythe fondation En parallèle à sa ressource pédagogique "Rome, du mythe à l'histoire" pour mettre en œuvre le programme de 6e, Christophe Primault, professeur d'histoire-géographie dans l'académie de Paris, propose une mise au point scientifique exhaustive sur les mythes fondateurs de Rome : les différentes versions, leur histoire, leur place dans la religion romaine, l'instrumentalisation par Auguste, la confrontation avec les traces archéologiques.

Introduction

Les mythes fondateurs de Rome ne sont qu'un exemple parmi un nombre incroyable de récits de fondation qui circulent durant l'Antiquité et même jusqu'à une période historique plus récente (au Moyen Âge, le prince troyen Pâris est considéré par certains chroniqueurs comme l'ancêtre fondateur de la cité de Paris).
Cette notion de ''mythe fondateur'' est même revivifiée au XIXe siècle avec la construction des identités nationales en Europe (Brutus de Bretagne, fils de Iule pour les nations de la Grande Bretagne, les Nibelungen en Allemagne, la princesse Libuse en Bohème, Godefroy de Bouillon, héros national belge, etc.). Les XXe et XXIe siècles ne sont pas exempts de récupérations d’événements historiques plus ou moins fictifs (plus que moins d'ailleurs et donc, par définition non historiques) par des hommes politiques, des idéologies, des communautés, dans le but de contribuer à légitimer des ambitions, des exclusions, parfois des persécutions. S'intéresser dès lors aux mythes fondateurs de Rome, c'est s'intéresser à une interprétation du passé parfois rendue nécessaire pour une compréhension du présent.
Le terme ''mythe'', enfin, renvoie à la richesse du récit, ses nuances (on a recensé 25 versions différentes de la fondation de Rome), ses mystères (il restera toujours une part d'incompréhension, non pas du mythe dans sa totalité bien sûr, mais d'un épisode du mythe, de l'intervention de tel ou tel personnage par exemple).
On aura donc compris que la question ''pourquoi les Romains ont-ils estimé utile de se donner des mythes fondateurs ?'' reste universelle et intemporelle. Par delà la légende, elle interroge le rapport de tout groupe à ses origines, son histoire. Elle renvoie à d'autres questions que sont l'instrumentalisation du passé et le rôle de l'histoire (et donc des historiens et des professeurs d'histoire) dans l'édification des identités individuelles comme collectives. Elle permettra aux élèves de commencer à créer un rapport à l'histoire, à la débarrasser des scories du mythe, du faux semblant, d'aider de jeunes esprits à développer leurs capacités d'objectivité. Peut-être pourrait-on écrire que ce thème trouvera son accomplissement dans le programme de terminale avec le chapitre sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale ou de la guerre d'Algérie.
Les obstacles majeurs à une connaissance des commencements de Rome sont nombreux :
- un hiatus chronologique de plusieurs siècles entre la fondation légendaire de Rome et les premières traces écrites de cette fondation ;
- le manque de documents ou de monuments dû notamment au sac et à l'incendie de Rome par les Gaulois de Brennus en 390 av. J.-C. ;
- les sources essentiellement romaines et donc sujettes à caution : cette  histoire ne serait-elle pas qu'une invention destinée à la propagande impériale ou à celles de grandes familles romaines à la recherche d'ancêtres prestigieux ?

Vingt-cinq versions différentes de la fondation de Rome

Les historiens, y compris les historiens romains (ce qui nous amène à émettre immédiatement une question qui est parfois posée par les élèves: ''les Romains croyaient-ils à cette légende ?'') ont recensé deux douzaines de versions. Déjà pour les Romains, l'étymologie même du nom de Rome est incertaine :

  • Rhomé = la force en grec ?
  • Rhomé = une femme troyenne ? la femme d'Énée ? la fille de Iule ?
  • Romos = le fils d'Ulysse et de Circé ?
  • Romus = le fils d'Émathion, un Troyen ?
  • Romulos = le fils d'Énée ?
  • Romulus = petit-fils d'Énée, marié à une fille d'Ulysse ?
  • Rumon = ancien nom étrusque du Tibre ?
  • Rümo = mot étrusque pour mamelle (pour désigner les collines romaines) ?

Les Grecs sont les premiers à s'intéresser aux origines de Rome

Les plus anciennes versions apparaissent dès le Ve siècle avant J.-C. dans le monde grec. À l’époque, Rome n’a pas encore d’historiens, ni de littérature, mais elle représente déjà une puissance en Italie et elle est en contact avec le monde grec par l'intermédiaire des cités de la Grande Grèce : elle est donc connue des Grecs, qui s’interrogent sur elle et sur ses origines, plus exactement sur sa fondation, les problèmes d’origine et de fondation étant centraux dans la pensée grecque.
Les perspectives de ces anciens érudits grecs sont fondamentalement hellénocentriques. Ils ne conçoivent pas qu’une nation, un peuple ou une cité qui joue un rôle dans le bassin méditerranéen n’ait pas une origine grecque plus ou moins nette.  
Déjà, Hellanicos de Lesbos (Ve siècle av J.-C.) attribue la fondation de Rome à Énée qui la nomme, d'après l'une des femmes troyennes, Rhômê (Énée n'a pas quitté Troie seul, il est parti avec un groupe de Troyens ainsi que les femmes de ces derniers).
En général les autres textes grecs anciens n’attribuent pas la fondation de Rome à Énée : ils font intervenir un autre fondateur, lequel donne son propre nom à la ville : Rhômanos, fils d’Ulysse et de Circé,  Rhômos, fils d’Émathion (de Troie) ou  Rhômis, roi (grec) des Latins.
Même Aristote y va de sa théorie : quelques Grecs, lors de leur retour de Troie, auraient dérivé vers le Latinion (le Latium), où leurs navires auraient été brûlés par des prisonnières troyennes craignant l’esclavage qui les menaçaient si les Grecs parvenaient à retrouver leur patrie. Ces derniers auraient ainsi été forcés de s’établir dans la région.
Il faudra attendre la fin du IIIe s. av. J.-C. pour trouver à Rome des références aux mythes fondateurs de la cité, au moment des guerres puniques et des débuts de l'expansionnisme romain hors d'Italie. Les Romains semblent alors en quête d'une origine ''fabuleuse'' pour justifier leurs conquêtes.
La légende des origines troyennes de Rome n'était alors qu'une croyance flottante et  il semblerait que ce soit les magistrats romains qui lui ont donné une consécration officielle. Une lettre du sénat romain aux Étoliens, un document datant de 250 av. J.-C., rappelle les bons rapports qu'avaient les Étoliens avec les Troyens, ancêtres de la nation romaine, et cinquante ans plus tard, le même sénat réclame aux Phrygiens l'image de Cybèle, vénérée à Pessinonte, en invoquant la communauté des peuples romain et troyen avec le nom d'Énée.
Il est probable que, dès cette époque, les familles patriciennes de Rome se fabriquent des généalogies qui les rattachent à Énée ou à ses compagnons troyens.
De plus, dans leurs échanges déjà importants avec les cités grecques, les Romains se doivent d'être égaux à leurs partenaires. Une légende de fondation en est un moyen comme un autre.
Il est intéressant et important de noter que tous les récits de fondation de la cité de Rome sont des récits grecs (comprenons cela par une intervention des Grecs) parce qu'il n'y a de cité que grecque. Il n'y a pas de contre-modèle politique équivalent à la polis. Il n'y a pas d'autre façon de penser pour des civilisés. La polis est un paradigme universel, par opposition aux barbares. Pour un peuple, affirmer son altérité (notamment comme groupe de population) par rapport aux Grecs serait s'avouer barbare. Il faut donc se donner une origine grecque (les Troyens sont des Grecs. Rien dans l'Iliade ne différencie les Troyens de leurs ennemis : même culture, même langue, même religion) : ''Le problème essentiel de la civilisation romaine est celui de ses rapports avec l'hellénisme'' écrit Pierre Grimal (Le Siècle des Scipions. Rome et l'hellénisme au temps des guerres puniques, 1975).
Quelques exemples :
- pour Fabius Pictor (v. 254 – v. 201 av. J.-C.), historien romain de langue grecque, Ulysse passe en Italie, a trois fils avec Circé, qui fondent chacun un ville dans le Latium (Romos est l'un d'entre eux).
- Caton l'Ancien (234 - 149 av. J.-C.) est le premier auteur d'une histoire complète de l'Italie en latin : ''Les Aborigènes, premiers habitants d'Italie, étaient des Grecs ayant émigré avant la guerre de Troie. Après l'arrivée d'Énée, ils se réunirent avec les Troyens pour former un seul peuple qui fut appelé les Latins''.
- Denys d'Halicarnasse (vers 60 av. J.-C. - après l'an 8 av. J.-C.), un historien grec, use d'une belle rhétorique pour expliquer pourquoi les Romains ne parlent pas grec : ''l'hellénité diffère de la barbarie non pas par la langue utilisée mais par la capacité intelligente de choisir les meilleures conduites, en particulier ne pas user les uns envers les autres de comportement violant la nature humaine. Donc, tous ceux qui se conduisent ainsi naturellement, je les appellerai Hellènes et ceux qui font le contraire, Barbares.'' (Antiquités Romaines, XIV, 16 [fragments]).
La place prépondérante de la culture grecque au sein du monde romain fait de Rome probablement un des plus célèbres cas d'acculturation de l'histoire européenne.
La Grèce est dès les débuts de l'histoire romaine la référence obligée de toute la culture matérielle, artistique et intellectuelle qui fait l'urbanitas, c'est-à-dire "le raffinement de la vie dans l'Urbs, la ville par excellence, Rome''.
Même si quelques sénateurs du parti ''vieux Romains'' affichent une héllenophobie de façade, les Romains dans leur majorité ont adopté et adapté avec ardeur l'essentiel de la civilisation hellénistique. Florence Dupont, dans  son ouvrage (coécrit avec Thierry Eloi), L'Érotisme masculin dans la Rome Antique (Belin, 2011), démontre cependant une dimension de la culture grecque que les Romains renâclent à adopter : la pédérastie. Ce rejet de la pédérastie n'est en aucun cas de l'homophobie et même la pédérastie est une pratique présente à Rome sans honte et sans reproche quand il s'agit de relater les relations entre un homme et un jeune homme pourvu qu'ils soient grecs et que leur éros soit bien explicité comme étant ''à la grecque''. Cornelius Nepos, écrivain romain du Ier siècle av. J.-C. dans son Alcibiade n'a aucun problème à relater les relations entre Alcibiade et Socrate. De même, dans la Deuxième Bucolique de Virgile. Ou bien encore l'épisode de Nisus et Euryale au chant IX de L'Énéide, qui, s'ils ne font pas référence à des comportements romains courants, montre à l'évidence que la pédérastie est une pratique non condamnable. Pourquoi refuser d'adopter la pédérastie grecque alors que l'éducation aristocratique grecque est revendiquée par l'élite romaine, comme le montre le Cercle des Scipion, que l'éducation des jeunes Romains n'a cessé de s’helléniser ? On peut peut-être trouver une explication dans le but même de la pédérastie grecque : avant d'être un rapport amoureux c'est avant tout un rite d'intégration du jeune homme à la collectivité des citoyens adultes. La pédérastie a donc une fonction civique et pédagogique : on confie à un homme qui n'est pas membre de sa famille (ou alors un membre éloigné) un jeune homme qu'il va éduquer à la citoyenneté (la relation physique est ''facultative''). Et là est le problème essentiel pour les Romains. Ceux-ci placent la figure paternelle au-dessus de tout. C'est le père qui est à la fois le nourricier, celui qui est l'unique relation entre les jeunes et la cité, c'est au père qu'incombe le rôle d'assurer l'intégration du fils à la communauté et de l'initier à ses valeurs. Tout lien extra-familial institutionnalisé arracherait le fils à l'emprise paternelle. L'apprentissage à la sociabilité du jeune Romain ne peut être confié à un homme étranger. Rome est par essence la ''cité des pères'' tandis que la cité grecque se vit plutôt comme la ''cité des frères'' et les désordres civils y sont ressentis comme une rivalité fraternelle tandis que Rome s'inquiète des rapports père-fils et toute opposition au pouvoir impérial est aussi opposition au Pater Patriae (titre porté par presque tous les empereurs romains depuis Auguste).
Mais revenons aux mythes fondateurs et tentons un rapprochement. Énée, que Virgile appelle Pater Aeneas, ne se fait-il pas le modèle de l'amour et du respect filiaux en choisissant de porter son vieux père Anchise sur son dos en s'enfuyant de Troie en flammes ? Et même, allons plus loin : le fratricide de Romulus est-il aussi ignoble qu'un parricide ? (On pourrait faire référence au fameux "Tu quoque fili ?" de César, qu'il a d'ailleurs probablement prononcé en grec : "Καὶ σὺ τέκνον ?".) Si la pédérastie grecque n'a pas été adoptée par les Romains, ce n'est pas par indignation pour une pratique qui aurait été jugée contre-nature mais bien parce que la pédérastie a une dimension sociale et politique qui rejette ou éloigne la figure du père.

Énée

Le fis d'une déesse

Anchise appartient à la famille royale de Troie. Il est pourtant berger. Alors qu’il garde ses troupeaux sur le mont Ida, près de Troie, Aphrodite le remarque, s'éprend de lui, touchée par sa beauté. Elle s’unit à lui et lui donne un fils, Énée.
Le jeune prince connaît une enfance qui n'est pas sans parallèle avec Romulus et Rémus. S'il n'est pas abandonné au monde sauvage, il est néanmoins élevé dans les bois par les nymphes et le centaure Chiron, avant de revenir dans la cité de Troie, auprès de son père.

Un prince vertueux

Adulte, il épouse la princesse Créüse, fille du roi de Troie Priam, dont il a un fils, Iule (ou Ascagne) et participe à la guerre de Troie. Il y est remarqué comme un guerrier valeureux et n'hésite pas à combattre les héros du camp grec, Diomède et Achille. Il est, la première fois, sauvé de la mort par l'intervention de sa mère ("[Aphrodite, jetant] ses bras blancs autour de son fils bien-aimé et l’[enveloppant] des plis de son péplos éclatant, afin de le garantir des traits". [Iliade, chant V]), puis, contre Achille, par Poséidon qui crée un brouillard autour d'Achille pour qu'Énée puisse s'échapper (''innocent qu’il est, pourquoi subirait-il les maux mérités par d’autres ? N’a-t-il point toujours offert des présents agréables aux Dieux […] ?'' [Iliade, chant  XX]).
Lors de la chute de la cité, Énée se révèle si courageux que les chefs grecs, touchés par sa bravoure, lui accordent, à lui et à ses compagnons (ainsi qu'à leurs femmes) de pouvoir quitter, sains et saufs, Troie en flammes, en emportant tout ce qu'ils pourront de leurs biens. Les autres se chargent d'or et de richesses, Énée choisit de porter son vieux père Anchise sur ses épaules, ainsi que ses pénates (voir plus loin).

Il faut que Créüse disparaisse

L'Iliade ne mentionne pas le destin de Créüse. Plusieurs variantes grecques en font même une des nombreuses femmes troyennes emmenées captives en Grèce.
Pourtant chez Virgile, Créüse disparaît dans les flammes lors de la fuite de Troie (L'Énéide, chant II). Énée, désespéré, rebrousse chemin pour partir à sa recherche, jusqu’à ce qu’il entende la voix de sa femme elle-même, qui lui annonce que Jupiter ne permet pas qu’elle s’enfuie avec lui.
Pour Virgile, Créüse réapparaitra de temps en temps sous forme d'une ombre afin de prédire à Énée son périple en Méditerranée mais aussi la fin de son voyage dans une nouvelle patrie.
Pourquoi Créüse doit-elle nécessairement mourir ?
C'est en veuf qu'Énée entreprend son voyage. C'est donc une possibilité pour lui de rencontrer une femme suffisamment puissante qui lui apporterait l'opportunité de régner sur une nouvelle patrie. Cela aurait pu être Didon, reine de Carthage, ce sera Lavinia, la fille du roi des Latins.
De même, un autre épisode de L'Énéide est à rapprocher de cette ''nécessité" : Énée, en Sicile, fonde une cité pour lui-même et ses compagnons. Mais, les dieux lui annoncent que son périple n'est pas terminé, il décide de repartir avec ses compagnons. L'histoire se poursuit selon deux variantes : Énée et ses compagnons abandonnent délibérément leurs femmes ou les Troyennes, fatiguées de cette errance, décident de ne plus bouger de Sicile.
L'important est que le petit groupe de Troyens qui arrivera au Latium aura la nécessité de s'unir avec les femmes latines. Le peuple romain sera donc le fruit d'un métissage. Et Créüse serait la victime collatérale ou sacrificielle de la nécessaire fusion du peuple du Latium aux Troyens...

L'errance d'Énée

Le parallèle avec l'Odyssée s'impose bien évidemment. Le long et périlleux voyage le mène en Thrace, à Délos, en Crète, en Sicile… Cette longue errance doit beaucoup aux interventions de Junon (épouse de Jupiter, qui hait les Troyens, Pâris ayant refusé de lui donner la pomme d’or, qui récompensait la plus belle des déesses), qui entend s’opposer à l’installation d’Énée sur les côtes de l’Italie, car la prophétie mentionne que le peuple descendant d’Énée détruira Carthage, ville que, selon Virgile, Junon ''chérissait plus que toute autre cité''.
Il faut remarquer la concordance chronologique entre les guerres puniques et l'apparition à Rome des premières versions des origines légendaires de Rome. C'est au moment où les Romains sont vainqueurs de leur plus important rival en Méditerranée qu'ils éprouvent le besoin de se donner une origine fabuleuse, qui apporte une caution à leur destin.

L'oracle de Délos

Une des étapes d'Énée est l'île de Délos, dans les Cyclades. Énée souhaite y consulter l’oracle, afin de savoir où fonder une nouvelle cité. Ce dernier lui répond qu’il doit se rendre sur la terre ancestrale des Troyens.
Pour les Troyens, le premier roi de Troade est Teucros qui était originaire de Crète. Énée et ses compagnons s'y rendent, y fondent même une cité, Pergamée, qui est bientôt touchée par une épidémie de peste. La cité est en danger de mort. Les pénates apparaissent alors à Énée et l'informent de son erreur : Teucros régnait sur la Troade, mais avant la création de Troie ; c'est Dardanos qui en est le véritable fondateur. Or, Dardanos est originaire d'Italie. Énée et ses compagnons quittent alors la Crète et se dirigent vers l’Italie. Intéressant  retournement de situation où c'est un Italien qui fonde Troie...

L'épisode africain

Énée navigue depuis maintenant sept années. Il est sur le point d'accoster sur les rives du Latium. Mais Junon provoque une terrible tempête qui rejette les Troyens sur les côtes africaines, à proximité de Carthage. Junon espère probablement que les Carthaginois vont tuer ces ''migrants''.
Mais Vénus, mère d'Énée, contrecarre cet espoir en envoyant Cupidon qui crée, dans le cœur de Didon, reine de Carthage, un amour passionnel pour Énée. Elle lui propose mariage et trône.
Jupiter fait alors parvenir un message à Énée par la bouche de Mercure :
''Qu’as-tu donc en tête ? Qu’espères-tu à rester oisif dans les terres de Libye ?
Si la gloire d’accomplir de grandes choses ne t’émeut pas, […]
pense aux espoirs de Iule, ton héritier,
à qui reviennent de droit le royaume d’Italie et la terre romaine.'' (L'Énéide, chant IV).
Énée reprend alors la mer malgré les supplications de Didon qui, de désespoir, se donne la mort.

La visite aux Enfers

Après avoir quitté Carthage, Énée accoste une première fois en Italie. Il y  rencontre la Sybille qui le mène aux Enfers afin d'y rencontrer son père, Anchise, mort au cours du périple.
Celui-ci lui fait découvrir ses descendants qui vont faire la grandeur de Rome :
''Anchise avait parlé ; il entraîne son fils et la Sibylle parmi la foule bruyante et les groupes rassemblés, prend place sur une hauteur, afin qu'Énée puisse observer en face la longue file des arrivants et découvrir leurs visages.
« Maintenant allons, je vais par mes paroles t'exposer la gloire qui s'attachera à l'avenir à la lignée de Dardanus, les descendants de race italienne qui t'attendent, âmes illustres destinées à propager notre nom, et je te ferai connaître tes destins.
Ce jeune homme que tu vois appuyé sur le manche d'une lance, le sort lui assigne la place la plus proche de la lumière : il sera le premier au sang mêlé de sang italien à s'élever vers les brises éthérées ; ce sera Silvius, un nom albain, le dernier fils que tard dans ta vieillesse ton épouse Lavinie mettra au monde dans une forêt, un roi et père de rois ; ainsi, notre descendance régnera sur Albe-la-Longue.
Celui-là, tout proche, c'est Procas, gloire de la nation troyenne, et puis Capys et Numitor, et celui qui portera ton nom, Silvius Énée, ton égal en valeur tant par la piété que par les armes, si un jour lui échoit le royaume d'Albe.
[...]  Et puis s'y ajoutera, associé à son aïeul, le fils de Mars, Romulus que mettra au monde Ilia, du sang d'Assaracus.
Vois-tu les deux aigrettes qui se dressent sur sa tête ? n'est-ce pas le père des dieux qui déjà l'honore de son signe ? C'est sous ses auspices, mon fils, que l'illustre Rome égalera son empire à l'univers et sa vaillance à l'Olympe ; elle entourera d'une muraille sept collines, devenant une cité unique, féconde en héros. [...]
Maintenant, tourne les yeux de ce côté, vois cette nation, ce sont tes Romains. Voici César, et toute la descendance de Iule, eux qui un jour monteront sous l'immense voûte du ciel.
Le voici, celui dont si souvent tu t'entends promettre la venue : Auguste César, né d'un dieu ; il fondera un nouveau siècle d'or dans les campagnes du Latium où autrefois régna Saturne ; il étendra son empire au-delà des Garamantes et des Indiens ; il existe, s'étendant en dehors de nos astres et des routes parcourues par le soleil en un an, une terre où le porte-ciel Atlas  fait tourner sur ses épaules l'axe articulé aux étoiles de feu.
[...] Allons-nous hésiter encore à étendre notre puissance par notre courage, ou  la crainte nous empêche-t-elle de nous établir en terre d'Ausonie ?
[...] Veux-tu voir aussi les rois Tarquins, et l'âme altière de Brutus le Vengeur, les faisceaux qu'il a reconquis ? Le premier il recevra le pouvoir consulaire et les haches cruelles ; et, lorsque ses fils se mettront à fomenter une révolution, lui, leur père, les châtiera, au nom de la belle liberté ! Le malheureux ! Quel que soit le jugement de la postérité sur ces actes, l'emporteront son amour de la patrie et un immense désir de louanges.
[...] Toi le premier, toi qui tires ton origine de l'Olympe, contiens-toi, que ta main rejette ces armes, ô mon sang ! Lui depuis Corinthe mènera son char de triomphateur jusqu'au Capitole, illustre vainqueur des Achéens qu'il écrasa. Celui-là détruira Argos et la Mycènes d'Agamemnon, et l'Éacide lui-même, descendant de l'invincible Achille ; ainsi il vengera ses aïeux troyens et les temples profanés de Minerve.
D'autres façonneront des bronzes animés d'un souffle plus délicat, ils tireront du marbre, je le crois vraiment, des visages vivants, ils plaideront mieux dans les procès, ils décriront avec leur baguette les mouvements célestes, et prédiront le lever des astres ; toi, Romain, souviens-t-en, tu gouverneras les nations sous ta loi,– ce seront tes arts à toi –, et tu imposeras la coutume de la paix : tu épargneras les soumis et par les armes tu réduiras les superbes »''. (L'Énéide, livre VI, La descente aux enfers. Révélations et prophéties d'Anchise, 6, 679-901)
En Sicile, Énée fonde une ville et abandonne les femmes du groupe (ou celles-ci refusent d'aller plus loin). La troupe qui débarquera en Italie ne pourra pas fonder de cité sans s'allier par le mariage aux peuples alentour. Énée a voué sa future cité au mélange, au métissage.

L'arrivée au Latium

Énée accoste au Latium et installe un campement sur la côte, à l'embouchure du Tibre. Dans un songe, le dieu du fleuve lui annonce qu'il est arrivé au terme de son errance et qu'un signe des dieux va bientôt le confirmer :
"Rejeton d'une race divine, […] ici tu trouveras une demeure sûre, des pénates sûrs ; […] ne crains pas les menaces de guerre ; toute la rancœur des dieux et leurs colères s'en sont allées. Et maintenant, ne va pas croire qu'il s'agit là de songes vains : tu découvriras, sous les yeuses de la rive, une énorme truie, mère de trente petits ; toute blanche, elle sera étendue sur le sol, et autour de ses mamelles, ses petits, eux aussi, seront blancs. Ensuite, lorsque auront passé trois fois dix années, Ascagne fondera une ville, Albe au nom illustre. Et je n'annonce pas des faits incertains. (L'Énéide, chant VIII, 36-49)
En effet, une truie donnant naissance à trente porcelets est un phénomène extraordinaire, un prodigium c'est-à-dire un signe envoyé par les dieux et qui doit être interprété : la couleur blanche (albus) renvoie à la fondation d'une ville, Albe (Alba), et les trente porcelets indiquent le nombre d'années qui s'écouleront avant la fondation de la ville d'Albe par Ascagne, fils d'Énée.
Le lendemain, Énée remonte le fleuve et, au détour d'un méandre, fait la découverte annoncée : la truie. Énée décide de la sacrifier à ses pénates. C'est la scène représentée sur l'Ara Pacis.
Énée rencontre ensuite le roi Latinus qui l'accueille avec bienveillance (un oracle lui a déclaré auparavant que seul un étranger apporterait la gloire à sa race). Latinus offre bien vite la main de sa fille, Lavinia, à Énée.
Celui-ci devra ensuite mener une longue guerre contre un prétendant malheureux de Lavinia, Turnus, puis, une fois la guerre terminée, Énée épouse Lavinia, fonde la ville de Lavinium en son honneur. Troyens et Latins y vivent ensemble, sous les mêmes lois et les mêmes dieux.
Énée a un fils avec Lavinia, Sylvius. Ascagne décide de lui laisser le pouvoir sur Lavinium et s'en va fonder Albe-la-Longue. Lorsque Ascagne meurt sans héritier, c'est son frère qui lui succède à Albe.

Romulus et Rémus

Des frères jumeaux

Une naissance gémellaire

La naissance de jumeaux recèle un caractère exceptionnel, quasi-divin, si bien que la gémellité est présente dans de nombreuses mythologies, notamment indo-européennes (les Ashvins dans l'hindouisme, les Dioscures en Grèce).

On touche ici aux racines mêmes des religions antiques polythéistes dont la fonction première est de donner des réponses aux interrogations auxquelles les connaissances scientifiques de l'époque ne peuvent apporter de réponses. Les mythes ne sont pas seulement de belles histoires, ils permettent de comprendre le rythme des saisons, l'orage et les tempêtes, les caractères humains... une naissance gémellaire est tout aussi inexplicable.

Le problème de la gémellité

Il existe de nombreuses interprétations de la gémellité de Romulus et Rémus. Pourquoi s'être embarrassé d'un jumeau encombrant ?

Certains historiens considèrent que le couple gémellaire serait le reflet des diverses dualités qu'on peut retrouver dans l'histoire de Rome :

  • Dualité sociale : les patriciens et les plébéiens (d'ailleurs le Palatin, siège de la puissance et résidence des nobles, est la colline de Romulus tandis que l'Aventin, colline de l'infortuné Rémus, est le monde de la plèbe).
  • Dualité ethnique : les Latins et les Troyens ? Mais le mythe d’Énée semble approuver ce métissage originel. Les Latins et les autres peuples d'Italie comme les Sabins ?
  • Dualité du consulat républicain : s’il y a deux frères dans le récit, c’est parce qu’il y avait deux consuls sous la République.

Plausibles ou non, ces hypothèses amènent toutes à un même constat : le motif des jumeaux serait de date récente (le début de la République, voire plus tard encore), lorsque les Romains commencent à réfléchir sur leurs origines et sur leurs institutions. Quoiqu'il en soit, la présence d’un jumeau pose problème, celui du partage du pouvoir. Un des deux frères devra s'effacer.

Pendant leur enfance, rien ne différencie les deux frères, aucun ne prend la préséance sur l'autre. Cependant, Ovide (Fastes, II, 359-380) relate un événement qui peut être important : lors d'un sacrifice pendant la fête des Lupercales, Rémus s'arroge la part de viande réservée aux dieux et la mange. Doit-on y voir une sorte de sacrilège qui ''précipite Rémus dans l’ignominie'' et ''implique sa funeste déchéance'' ? Rémus se voit ainsi ravalé au plan du reprouvé, ennemi des dieux. Romulus sera désormais l’élu et Rémus le réprouvé.

Illégitimité de la conception et exposition

Romulus et Rémus sont conçus en dehors des règles du mariage légitime et sont promis à la mort par exposition (abandonnés dans un espace sauvage).

Ce scénario se retrouve dans de nombreux mythes :

  • Krishna (en Inde). Selon la tradition, le raja Kamsa de Mathurâ entend une voix céleste qui lui prédit que le huitième enfant de sa sœur, Devakî, causera sa chute. À la naissance du huitième enfant, Krishna, un miracle endort les soldats de Kamsa, chargés de surveiller Devakî qui peut alors confier l'enfant à un couple de vachers dans un petit village reculé.
  • le roi Sargon d’Akkad (en Mésopotamie).''Ma mère était grande prêtresse. Mon père, je ne le connais pas [...]. Ma mère, la grande prêtresse, me conçut et m’enfanta en secret. Elle me déposa dans une corbeille de roseaux, dont elle scella l’ouverture avec du bitume. Elle me lança sur le fleuve [l'Euphrate] sans que je puisse m’échapper. Le fleuve me porta ; il m’emporta jusque chez Aqqi, le puiseur d’eau. Aqqi le puiseur d’eau me retira [du fleuve] en plongeant son seau. Aqqi le puiseur d’eau m’adopta comme son fils et m’éleva. Aqqi le puiseur d’eau m’enseigna son métier de jardinier. Alors que j’étais jardinier la déesse Ištar se prit d’amour pour moi et ainsi j’ai exercé la royauté pendant cinquante-six ans.'' (Texte du VIIe siècle av. J.-C. découverts à Ninive - donc postérieurs de seize siècles à Sargon).On peut faire ici un parallèle avec Anchise, lui aussi ''remarqué'' par une déesse.
  • le roi Cyrus (en Perse). Selon Hérodote, Cyrus est le fils de Cambyse, roi de Perse et de Mandane, fille du roi mède Astyage. Or Astyage a vu en rêve que son petit-fils deviendrait roi à sa place : il ordonne donc de faire disparaître l’enfant. Mais le soldat qui en a reçu la mission, convaincu par sa femme, ne l'expose pas aux bêtes sauvages et l'élève dans sa maison. Dans une autre version, rapportée par Justin, historien romain du IIIe siècle ap. J.-C., Cyrus est effectivement abandonné dans la montagne et recueilli par une chienne qui le nourrit et le défend contre les bêtes sauvages.
  • Persée. Il est le petit-fils du roi d'Argos qui a été averti par un oracle que son petit-fils le tuera. Le roi enferme alors sa fille Danaé dans une tour d'airain, ce qui n'empêche pas Zeus de la séduire sous la forme d'une pluie d'or. Persée naît ainsi dans le secret. Révélé à son grand-père par ses cris, il est enfermé dans un coffre avec sa mère et jeté dans les flots. Tous deux sont recueillis par un pêcheur, qui élève le garçon comme son fils.
  • Pâris (à Troie). Hécube, femme de Priam le roi de Troie, est enceinte. Un présage annonce que le futur prince qu'elle porte causera la destruction de Troie. Effrayé, Priam ordonne que l'enfant soit assassiné : Pâris est ainsi abandonné sur le mont Ida, où toutefois il se trouve recueilli par des bergers.
  • Moïse (dans la Bible). ''Un homme de la famille de Lévi avait pris pour femme une Lévite. Cette femme fut enceinte et mit au monde un fils. Elle vit qu'il était beau et elle le cacha pendant trois mois. Lorsqu'elle ne put plus le garder caché, elle prit une caisse de jonc, qu'elle enduisit de bitume et de poix ; puis elle y mit l'enfant et le déposa parmi les roseaux sur la rive du fleuve.'' (Exode 2.1-22)
  • Romulus et Remus.

On remarquera immédiatement des traits communs constitutifs du modèle héroïque :
- une conception ou une naissance hors du commun ;
- une origine princière pour beaucoup d'entre eux ;
- la menace que représente leur naissance pour le souverain en place, toujours un despote, ou encore un usurpateur. Le renverser sera rétablir un ordre naturel légitime ou créer un nouveau régime moins tyrannique ;
- l'abandon au gré des eaux ;
- la salvation par un animal sauvage ou par un homme ou un couple de condition modeste. Faut-il y voir une union entre un futur souverain et son peuple ? La survie à l'exposition apparaît comme une première épreuve d'élection. S'ils ne périssent pas, ils auront alors un destin extraordinaire et une protection surnaturelle y participe. Régner sur un peuple ou un empire, fonder une nouvelle cité... Les études montrent qu'il existe une certaine typologie indo-européenne des récits de fondation des cités ;
- l'intervention d'un animal qui guide le héros fondateur sur le lieu de la future cité. On retrouve d'ailleurs cet animal chez Énée ;
- l'intervention des augures (les vautours pour Romulus) ;
- une enfance en marge du monde normal des humains ;
- un exploit qui entraîne la reconnaissance de la véritable identité et l'accès au statut dont il a été spolié ;
- le héros fonde une série d'institutions importantes ;
- la mort, elle aussi, hors normes.

La légende

Une princesse et un dieu

Le roi Numitor, héritier légitime du trône albain censé remonter au Troyen Énée et à son fils Ascagne, arrivés en Italie beaucoup plus tôt, au XIIe siècle av. J.-C., règne pacifiquement et avec bonhommie sur Albe-la-Longue. Mais le brave Numitor est victime des manœuvres de son frère, Amulius et est détrôné par lui. En outre, l'usurpateur prend des dispositions strictes pour s'assurer solidement le pouvoir. Pour éviter que la fille de Numitor, Rhéa Silvia, sa nièce donc, ait des enfants, Amulius en fait une Vestale, une prêtresse de Vesta, vouée par sa fonction à la virginité. Mais c'est compter sans la volonté des dieux. Fécondée miraculeusement par le dieu Mars, Rhéa Silvia va mettre au monde deux jumeaux, Romulus et Rémus.

Exposition et salvation

Averti, Amulius, furieux, donne l'ordre de tuer les enfants. Mais le guerrier qui est chargé du meurtre choisit de les abandonner dans un panier sur les bords du Tibre. Le fleuve, en crue, les épargne et le couffin s’échoue au pied du Palatin, là où s'élèvera la future Rome.

Nouvelle intervention miraculeuse : la louve... L'histoire est belle, tellement belle que la louve va devenir un des emblèmes de Rome. Mais très tôt, des auteurs romains remettent en question cette belle légende. Tite-Live notamment :

''Ces lieux n'étaient alors qu'une vaste solitude. S'il faut en croire ce qu'on rapporte, les eaux, faibles en cet endroit, laissèrent à sec le berceau flottant qui portait les deux enfants : une louve altérée, descendue des montagnes d'alentour, accourut au bruit de leurs vagissements, et, leur présentant la mamelle, oublia tellement sa férocité, que l'intendant des troupeaux du roi la trouva caressant de la langue ses nourrissons. Faustulus (c'était, dit-on, le nom de cet homme) les emporta chez lui et les confia aux soins de sa femme Larentia. Selon d'autres, cette Larentia était une prostituée à qui les bergers avaient donné le nom de Louve ; c'est là l'origine de cette tradition merveilleuse.'' (Tite-Live, Histoire romaine, livre I : Des origines lointaines à la fin de la royauté). Il faut en effet rappeler qu'en latin, le mot lupa désigne tout autant la louve que la prostituée. Le terme lupanar en est d'ailleurs un dérivé.

Tite-Live se permet également de douter de la paternité des jumeaux. À le lire en effet, il semble douteux que Mars se soit ''rapproché'' de Rhéa Sylvia ; au contraire, c'est la Vestale qui a invoqué l'intervention du dieu de la guerre pour expliquer une grossesse peut-être inavouable : ''Devenue par la violence mère de deux enfants, soit conviction, soit dessein d'ennoblir sa faute par la complicité d'un dieu, la Vestale attribue à Mars cette douteuse paternité.'' (Tite-Live, Histoire romaine, livre I : Des origines lointaines à la fin de la royauté)

Enfin, d'autres évoquent l'intervention d'un pivert dans la salvation des jumeaux. Cet oiseau est important dans la mythologie romaine et permet de faire un lien avec Énée et un autre dieu, Saturne. Pour Virgile, en effet, Saturne aurait eu un fils, Picus, qui serait devenu roi de Laurentum, cité du Latium. D'une nymphe, il aurait un fils, Faunus qui, lui-même, engendra Latinus, le père de Lavinia qui sera la seconde épouse d'Énée. Or, ce Picus fut transformé en pivert par la malfaisante Circé dont il avait refusé les avances.

Il est intéressant de constater que les Romains se sont construit des généalogies ''à la grecque'' qui permettent de fabriquer des dieux latins ayant le même statut que les dieux grecs dont est issu Énée. Autre référence à la Grèce, le berger Faustulus qui recueille les jumeaux. D'après la légende, Faustulus serait un descendant du roi Évandre, un roi grec originaire d'Arcadie, qui aurait fondé une petite colonie sur le Palatin. Ce personnage fait donc symboliquement le lien entre une occupation très ancienne du site de Rome et la naissance d'une cité nouvelle.

Enfance et reconnaissance

Le ''récit d'enfance'' de Romulus et Rémus ressemble à de nombreux mythes : élevés par un berger et sa femme, gardant les troupeaux, chassant, n'hésitant pas, à l'occasion, disent certains textes, à se livrer à des razzias et à des pillages (Tite-Live). Ils vivent donc incognito pendant dix-huit ans dans la nature, à l’écart non seulement de la cour mais aussi du monde civilisé.

Un jour, les jumeaux sont amenés à se battre contre les bergers de Numitor qui font paître leurs troupeaux sur l'Aventin. Rémus, fait prisonnier, est amené devant le roi. Il témoigne alors d'une telle fierté que le roi en est intrigué, mais Rémus ne sait encore rien de ses origines. C'est alors que Romulus, mis au courant par Faustulus de leurs origines royales, vient au secours de son frère. Il s'empare du palais, tue son grand-oncle et libère Rémus. Numitor est alors rétabli sur le trône d'Albe. Tite-Live et Denys d'Halicarnasse insistent sur le rôle différencié qu'ont joué les jumeaux dans ce premier exploit : Romulus en a été l'acteur principal. Il y a donc un déséquilibre fondamental entre les deux frères et la sanction des dieux vient le confirmer.

Il existe une autre version cependant. Numitor, écarté du pouvoir, aurait été au courant de la naissance de ses petits-fils. C'est lui qui les aurait confiés à Faustulus et Acca Larentia. Ayant atteint un certain âge, Romulus et Rémus auraient été envoyés à Gabies, petite ville du Latium, ''pour y être élevés dans les lettres grecques''. Plus tard, c'est encore Numitor qui aurait fomenté la rixe entre Romulus et Rémus et les bergers d'Amulius. Cette version est également intéressante parce qu'elle donne une origine au consulat romain : Procas, le père de Numitor et d'Amulius, aurait conseillé à ses deux fils de se partager le pouvoir, comme les deux consuls de Rome.

La fondation de Rome

Romulus et Rémus reçoivent de leur grand-père une terre, à charge pour eux d'y fonder une cité. Ils décident de retourner sur les lieux de leur salvation, au pied du Palatin. Le problème est de savoir lequel des deux va être le roi de cette cité, lequel aura le droit de lui donner un nom. L'âge ne peut évidemment être pris en considération, il est décidé de s'en remettre aux dieux et à leurs présages. Ce seront les vautours. Romulus se place sur le Palatin, Rémus sur l'Aventin. Rémus est le premier à voir un vol de six vautours mais Romulus, lui, en voit douze immédiatement après. La tension monte entre Romulus et Rémus... (L'apparition des vautours restera à Rome d'un bon augure.)

Un auteur, Julius Obsequens, rapporte que six vautours parurent dans les cieux romains juste avant l'élection au consulat de Jules César. Et ce sont douze vautours qui apparaissent le 19 août 43 av. J.-C., le premier jour du consulat d'Octave-Auguste. Un tel présage s'inscrit dans le thème obligé de la prédestination du jeune consul, appelé à de hautes fonctions, voire être un nouveau Romulus. Il est fort probable qu'Auguste organisa matériellement le jour de son élection le vol des vautours ou fabriqua après coup un tel événement en prêtant foi à des rumeurs complaisantes qui disaient avoir vu un vol de vautours à cette date.

Le meurtre

Romulus, le fondateur désigné par les dieux, est en train de déterminer le tracé des murs de la future Rome en creusant, selon l'usage, un sillon avec le soc d'une charrue. Ce faisant, il crée le pomerium, l'espace sacré que nul ne peut franchir en armes. (Ce sillon tracé dans la terre par tout fondateur, est d'ailleurs un rite étrusque.) C'est alors que Rémus, par moquerie, par bravade, franchit le sillon. Les auteurs romains utilisent le terme ludibrium (moquerie) pour qualifier l'acte de Rémus. Ludibrium s'oppose à la vertu cardinale des Romains, la gravitas. Romulus dégaine alors son glaive et tue son frère.

Quelle interprétation donner à ce fratricide ?

Comment Romulus, qui a été choisi par Jupiter, peut-il porter la souillure du meurtre de son frère ? Dès l'origine, on sent un certain malaise de la part des historiens ou chroniqueurs romains. Un fratricide peut-il être, si ce n'est l'acte fondateur de Rome, tout au moins un épisode qui lui est associé ? D'ailleurs, les premiers auteurs chrétiens useront de cette arme facile dans leur polémique contre le paganisme romain.

Pour certains, Romulus n'est en rien coupable, il n'a fait que protéger la cité que les dieux lui ont donné mission de fonder et l'acte de Remus est un sacrilège. Il y a donc une ''moralité'' dans le meurtre, Rémus se comporte en ennemi du peuple romain et Romulus réagit en guerrier et châtie celui qui menace la cité. Le devoir civique l'emporte sur les liens du sang. La naissance de Rome dans le sang, qui plus est celui d'un frère, montre le caractère implacable de la cité qui ne craindra rien ni personne.

Mais on observe également une remise en question de l'acte fratricide de Romulus dans l'historiographie romaine à partir de la fin de la République. Les troubles politiques, l'incapacité à Rome de mettre fin aux rivalités sanglantes qui opposent les différentes factions, amènent certains auteurs à considérer le fratricide des origines comme une malédiction qui pèse sur la ville de Rome. On pense même qu’il faut y chercher l’explication des sanglantes luttes entre Romains qui marquent les derniers siècles de la République :

- Cicéron (De Officiis, III, 10, 41): ''c’est l’apparence de l’utilité qui poussa Romulus : comme il lui avait paru plus utile de régner seul qu’avec un autre, il tua son frère. Il négligea à la fois la piété familiale et l’humanité pour pouvoir obtenir ce qui lui paraissait utile et ne l’était pas, et néanmoins il mit en avant, grâce au prétexte du mur, un faux-semblant de beauté morale […] Il a donc péché.''

- Horace explique les guerres civiles de Rome comme la conséquence du crime originel que fut le meurtre de Rémus : ''D'amères destinées poursuivent sur les Romains le meurtre impie d’un frère, depuis le jour où le sang innocent de Rémus a coulé sur la terre pour la malédiction de ses neveux.''

Dès lors, d'autres auteurs ne proposent pas de nouvelles interprétations mais vont jusqu'à une reconstruction du mythe :

Tite-Live ne revient pas sur le meurtre de Rémus mais écrit qu'il est la conséquence d'une bagarre confuse entre partisans de Romulus et partisans de Rémus. Ce dernier aurait été tué sans qu'on puisse identifier le coupable. "La colère monta, ils en vinrent aux mains et la bagarre tourna au massacre. Dans la mêlée, Rémus fut mortellement blessé.'' (Tite-Live, Histoire romaine, I, 6, 3 - 7, 2)

Pour Ovide, le meurtrier est connu. Il s'agit de Céler, un des lieutenants de Romulus :
''et, en peu de temps, un nouveau mur s'élève.
Céler fait avancer le travail ; Romulus lui-même l'avait convoqué
et lui avait dit : "Celer, veille à deux choses :
que nul ne franchisse les murs et la tranchée creusée par la charrue ;
et si quelqu'un ose le faire, mets-le à mort."
Ignorant cet ordre, Rémus commença à regarder avec mépris
ces humbles murs et dit : "C'est avec ça que le peuple sera à l'abri ?"
Et aussitôt, il sauta par-dessus : d'un coup de pelle Céler répond à cette audace.
Rémus, dégoulinant de sang, s'abat sur la terre dure.''
(Ovide, Fastes., IV, 833-856)
Ovide continue en écrivant que Romulus, averti de l'événement pleure amèrement la mort de son frère ("Mon frère, qui me fut enlevé contre mon gré, adieu !").

Enfin, une légende tardive veut que Rémus n'ait pas été tué, mais simplement chassé et soit parti fonder Reims. L'importance de la ville (ville du sacre des rois de France) peut expliquer cette légende.

L’ethnographie apporte peut-être une explication : lors de certaines fondations de ville, il était de coutume de procéder à un sacrifice humain.

Peupler Rome

Une fois Rome fondée, il lui manque l’essentiel : des habitants. Interviennent alors deux épisodes complémentaires :

1. Romulus crée l'asylum, permettant à la cité de recevoir une population d'hommes. ''Pour ne pas laisser vide une ville de cette taille et en accroître la population, Romulus recourut au vieux stratagème des fondateurs de villes, qui en attirant sur leur territoire des masses anonymes de basse extraction prétendaient mensongèrement que la terre avait pour eux engendré une race : il ouvrit alors comme asile l'endroit qui forme maintenant un enclos sur la pente entre les deux bois sacrés. De peuples voisins afflua une masse de gens, désireux avant tout de changer de vie et dont on ne s’inquiéta pas de savoir s'ils étaient libres ou esclaves. Tel fut le noyau de la puissance annonçant notre grandeur naissante.'' (Tite-Live, Histoire romaine, I, 8, 4-6)

Pour Mary Beard (SPQR, Perrin, 2016), le concept d'asile est un  aspect fondamental de la civilisation romaine : une grande capacité d'assimilation des étrangers, y compris les esclaves affranchis. On sait que, à la grande différence de la Grèce, un esclave libéré par son maître, pour peu que celui-ci soit citoyen, devenait automatiquement citoyen romain.

Une autre analyse est possible cependant : ne faut-il pas voir dans cet épisode une volonté des grandes familles patriciennes de se démarquer de la plèbe ? Ne sont-elles pas, elles, descendantes des compagnons d'Énée ? N'est-ce pas une justification à leur autorité sur la cité ? Comment partager le pouvoir avec les descendants de déclassés, de fugitifs ?

2. L'enlèvement des Sabines. Ce dernier événement renouvelle le métissage des Troyens et des Latins. Cet événement permet également à Georges Dumézil  de voir en Romulus la concentration des trois fonctions indo-européennes : la souveraineté, la force guerrière, la fécondité.

Œuvre et mort de Romulus

Il nous faut revenir sur l'enlèvement des Sabines. Menés par Titus Tatius, les Sabins attaquent Rome (épisode de la vestale Tarpéia qui trahit les Romains en ouvrant les portes de la citadelle, avant d'être ensevelie sous les boucliers des Sabins eux-mêmes, ceux-ci arguant qu'ils n'ont pas à respecter la promesse faite à un traître). Au plus fort de la bataille, les Sabines, qui semblent s'être  accommodées de leurs époux romains, s'interposent entre les combattants (c’est ce que peint David dans ses Sabines, 1799, musée du Louvre). Romulus et Titus Tatius décident de faire la paix et d’opérer une fusion entre Romains et Sabins et que les deux hommes seraient rois à tour de rôle.

La cohabitation aurait été harmonieuse jusqu'à la mort de Titus Tatius. Romulus devient alors le seul roi. Il serait à l'origine de nombreuses institutions romaines ainsi que de fêtes religieuses dont les Lupercales, tous les 15 février (ce serait une lointaine ancêtre de la Saint-Valentin). Romulus l'aurait instituée en mémoire de la louve (lupa) par laquelle il avait été nourri. Tombées en désuétude, les Lupercales auraient été, d'après Suétone, remises en vigueur par Auguste. Encore un élément du mythe romuléen qu'Auguste veut s'approprier (il réactive également une vieille confrérie, celle des frères arvales, que la légende attribuait à Romulus et dont il devient membre).

L'épisode du combat des Horaces et des Curiaces, lors de la guerre entre Rome et Albe-la-Longue a également des conséquences importantes pour le métissage romain : ''pour le bonheur, la gloire, la prospérité du peuple romain et de vous aussi, peuple d'Albe, j'ai résolu de transporter à Rome tous les habitants d'Albe, de donner le droit de cité au peuple et aux grands le droit de siéger au sénat, de ne faire en un mot qu'une seule ville, un seul État. Albe s'était jadis partagée en deux peuples. Eh bien qu'elle se réunisse maintenant en un seul !" (Tite-Live, Histoire romaine, I, 28.)

En 717 av. J.-C., Romulus disparaît lors d'un orage, dans une vapeur épaisse. Deux versions s'opposent : Romulus aurait été assassiné par les patriciens parce qu'il était favorable au petit peuple (on retrouve là une similitude avec Jules César, assassiné par les sénateurs). L'autre version est que Romulus aurait été emporté par la tempête et qu'il serait devenu un dieu, version qui sera bien évidemment utilisée par les empereurs. Tite-Live nous livre le récit d'un compagnon de Romulus : ''Romulus, père de notre ville, est descendu soudain du ciel, ce matin, au point du jour, et s'est offert à mes yeux ; et, comme je me tenais devant lui, plein de crainte et de respect, et lui demandais instamment la faveur de le regarder en face : « Va, m'a-t-il dit, et annonce aux Romains que la volonté du ciel est de faire de ma Rome la capitale du monde. Qu'ils pratiquent donc l'art militaire. Qu'ils sachent et qu'ils apprennent à leurs enfant que nulle puissance humaine ne peut résister aux armes romaines. » À ces mots, dit-il, il s'éleva dans les airs et s'en alla. [...] Ce qui est extraordinaire, c'est qu'on ait cru à cette histoire et que la croyance à l'immortalité de Romulus ait consolé le peuple et l'armée.''(Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 16.)

Après Romulus, d'après la tradition, six rois se succèdent sur le trône romain jusqu'à l'instauration de la République en 509 av. J.-C. : Numa Pompilius (716 - 673), Tullius Hostilius (672 - 641), Ancus Martius (640 – 617), Tarquin l'Ancien (616 – 579), Servius Tullius (578 – 535) et Tarquin le Superbe (534- 509).

Un problème surgit immédiatement : sept rois (avec Romulus) en presque 250 années, et 150 ans entre la naissance de Tarquin l'Ancien et la mort de son fils Tarquin le Superbe... Au regard de l'espérance de vie durant l'Antiquité, il ne peut y avoir que deux solutions : soit la période monarchique a été plus courte, et la date de 753 av. J.-C. est très improbable, soit il y a plus de rois. L'historiographie contemporaine tend à considérer désormais que l'histoire des quatre premiers rois relève de la légende. En revanche, il semble y avoir ''de l'histoire'' même déformée dans les règnes des trois derniers.

D'ailleurs, peut-on parler de rois ou de chefs de village ? Les batailles livrées par ces rois sont situées dans un rayon de vingt kilomètres autour de Rome, contre des cités probablement très petites. Ces épisodes guerriers ont du probablement ressembler davantage à des razzias ou des vols de bétail plutôt qu'à de grandes batailles épiques.

Se pose enfin le problème de l'origine de ces rois. Romulus n'ayant pas laissé de fils, c'est un ''étranger'', un roi sabin, Numa, qui lui succède. Il n'existe aucune certitude à ce sujet et les historiens tendent à considérer que ce sont des chefs étrusques qui ont dominé Rome pendant ces deux siècles. Une source précise même que Tarquin était un étranger, étrusque par sa mère, corinthien par son père (donc encore un Grec...), élu roi par le peuple et en 48 ap. J.-C. Dans un discours au Sénat pour le convaincre d'autoriser des chefs gaulois à devenir sénateurs, l'empereur Claude rappelle que les anciens rois de Rome étaient de ''remarquables rejetons étrangers''.

Religion, instrumentalisation

Énée et Romulus dans le religion romaine

Chaque année sont célébrées les Féries latines, fête religieuse en trois temps, que doivent diriger obligatoirement les consuls nouvellement élus, ainsi que les plus hautes autorités de l’État romain : magistrats, sénateurs et membres de différents sacerdoces.
Il s'agit d'un parcours cérémoniel comme ''une remontée dans le temps''.
Le premier moment se passe sur le Palatin avec procession et sacrifices. Il faut rappeler que le Palatin est le lieu de la fondation de Rome par Romulus.
Le second temps se passe dans les monts albains, à l'emplacement supposé d'Albe-la-Longue, la cité fondée par Iule-Ascagne (un sanctuaire très ancien y est consacré à Jupiter Latiaris).
Le troisième temps se déroule à Lavinium, la ville fondée par Enée, la ville qui continue d'abriter les pénates qu'il a ramenés de Troie.
"Nous venons de l’antique Troie, dont le nom est peut-être arrivé à tes oreilles ; nous avons été traînés de mer en mer, et les hasards de la tempête nous ont jetés sur les côtes de la Libye. Je suis le pieux Énée qui emporte dans ses vaisseaux ses Pénates arrachés à l’ennemi, et que la renommée a fait connaître jusqu’au ciel. Je cherche l’Italie, ma patrie, et le berceau de ma race issue du souverain Jupiter" (Virgile, Énéide, I - 375).
On vénère les pénates du père (culte familial). Or Romulus n'a pas de pénates paternels, d'où la célébration des pénates d'Énée, Pater Aeneas, à Lavinium.
Florence Dupont en fait d'ailleurs une interprétation intéressante : si les pénates étaient à Rome, les Romains seraient enfermés, comme des Athéniens par exemple, dans une cité et réduits à leur descendance. Que les pénates soient à Lavinium ouvre sur l'extérieur et témoigne d'une chose : la citoyenneté peut se transmettre et s'acquérir ailleurs qu'à Rome.
On a donc une fête religieuse qui associe les hauts lieux de la Mémoire de Rome, qui commence par le Palatin, continue par Albe-la-longue et s'achève à Lavinium, les deux métropoles (au sens propre) originaires de Rome, les primordia Urbis.
Pour finir, sans Énée, sans Romulus, il eût été bien difficile pour Auguste et ses successeurs d'instaurer un culte impérial.

L'instrumentalisation des mythes par Auguste

Déjà César a exploité ses origines divines à des fins politiques, matérialisées sur le forum par un temple consacré à Vénus Genitrix. Il se donne lui-même comme l'Énée des temps nouveaux, comme le fils et le favori de la déesse qui avait garanti aux descendants d'Anchise la royauté universelle.
Mais c'est Auguste qui instrumentalise les mythes fondateurs pour imposer son pouvoir et celui de ses descendants.
Auguste est né en 63 av. J.-C., à Rome sur le Palatin. Il exploitera plus tard le lieu de sa naissance, le Palatin, où la tradition situe la fondation de Rome. Il s'installera sur le Palatin, à proximité des vestiges attribués à la geste de Romulus : la cabane dans laquelle il vécut (12 trous dans le sol...), l'auguratorium d'où il aurait aperçu les douze vautours, le Lupercal identifié avec la grotte où la louve se serait réfugiée en compagnie de Romulus et Rémus.
La décision d'implanter sa résidence dans un espace aussi intrinsèquement lié aux origines de Rome est une mesure politique qui vise à faire d'Auguste un nouveau Romulus (il aurait d'ailleurs songé à reprendre ce nom pour lui-même).
Auguste naît dans une famille peu renommée à Rome, la gens Octavia, ce qui constitue  au début de sa carrière politique une réelle faiblesse.
Auguste doit beaucoup à Jules César : d'abord en 45 av. J.-C., lorsque devenu dictateur et usant d'une prérogative que lui confère cette charge, il inscrit la gens Octavia au rang des familles patriciennes. Enfin, dans son testament, peu de temps avant d'être assassiné, il fait d'Octave son fils adoptif (au passage, on pourrait mentionner que Brutus, le fils parricide se prétendait descendant du fondateur homonyme de la République romaine). Cette adoption est probablement la cause de la volonté d'Auguste de faire diviniser César. Ainsi, il pourra utiliser cette aura divine, recherchée durant toute l'Antiquité pour toute forme de pouvoir, grâce aux circonstances qui feront de son père adoptif un diuus, c'est-à-dire un être humain divinisé. En 42 av. J.-C., le Sénat accorde les trois éléments concrets qui caractérisent le culte d'une divinité : un temple sur le forum, des rites (sacrifices) les jours anniversaires de sa naissance ou de ses principales victoires, un  prêtre, le flamine, chargé d'accomplir les rites.
Dès lors, Auguste apparaîtra comme un homme au statut providentiel, fils d'un homme divinisé et destiné à être divinisé, auquel seront réservés un nom et des pouvoirs spécifiques sous la forme d'une titulature devenue très vite stéréotypée :
IMPERATOR CAESAR DIVI FILIVS AVGVSTVS, PONTIFEX MAXIMVS, TRIBVNICIAE POTESTATE, IMPERATOR, CONSVL, PATER PATRIAE.
Et après sa mort en 14 ap. J.-C., la formule Domus Diuina (''Maison Divine'') devient l’appellation usuelle de la famille impériale.

L'Énéide

C'est une œuvre de propagande, une commande du pouvoir : Auguste veut une œuvre monumentale expliquant comment Rome, partie de rien, est parvenue à bâtir un Empire si puissant, comment Rome peut prospérer grâce à l'appui des dieux, comment les valeurs romaines (le courage, le respect des dieux et de la patrie) sont les meilleures qui soient.
Publius Virgilius Maro (70 – 19 av. J.-C.) est un vieil ami d'Octave-Auguste. C'est à lui que le nouvel empereur commande une œuvre monumentale, une épopée de dix mille vers qui retrace le voyage d’Énée depuis la chute de Troie jusqu'à son installation en Italie. il s'agit de légitimer la position d'Auguste à la tête de l'Empire puisque celui-ci, héritier de César, descend donc d’Énée, mais aussi de Vénus et de Mars.

Il s'agit aussi peut-être pour Auguste d'obtenir les bonnes grâces des grandes familles romaines en leur donnant également une origine troyenne à partir de trois compagnons d'Énée : Mnesthéos, famille des Memmii ; Sergestos, famille des Sergii ; Cloanthos, famille des Cluentii. Les modèles sont évidemment l'Iliade et l'Odyssée.

Pour Florence Dupont (Rome, la ville sans origine), L'Énéide est une œuvre littéraire sans grande originalité. Cependant, elle est parée d'une vertu inattendue : elle nous permet de  "repenser et déconstruire l'idée contemporaine d'identité nationale". D'abord avec Énée, dont l'origine étrangère est mise en exergue. Ensuite avec Romulus et l'asylum. Pour les Romains, l'idée d'identité nationale, voire de nation, ne veut strictement rien dire. Aussi considérer L'Énéide comme poème national constructeur d'une identité romaine relèverait d'une vision biaisée de ce qu'être romain voulait dire.
Florence Dupont considère qu'une interprétation selon laquelle L'Enéide serait un poème national est issue d'une projection tardive. Les idéologies nationales, qui datent du XIXe siècle, lorsqu'elles se sont emparées de l'Antiquité, ont projeté leur propre lecture du monde sur elle. Pourquoi Virgile aurait-il consacré douze chants sur un personnage qui n'a pas fondé Rome, mais une cité disparue, Lavinium ?
C'est ici qu'intervient la notion clé d'"origo", qui rattache tout citoyen romain à Rome. Origo est un terme complexe qui ne correspond pas exactement à ce que nous appelons "origine". Il correspond à une conception du temps et de l'espace très différente de la nôtre. Au moment où quelqu'un devient citoyen romain, quelle que soit son origine géographique ou ethnique, la communauté lui attribue automatiquement une origo romaine. Tout se passe alors comme si un de ses ancêtres était venu s'installer dans une cité dont les habitants ont la citoyenneté romaine. Mais il s'agit d'une fiction, d'une histoire inventée. On ne sait pas si cet ancêtre a existé et cela n'a pas beaucoup d'importance. Ce qui a de l'importance, c'est qu'il soit devenu citoyen romain, qu'il fasse partie de cette communauté. On retrouve cette idée dans l'affranchissement d'un esclave. À partir du moment où il est affranchi, c'est comme si l'esclave avait toujours été libre, comme si son existence d'homme servile n'avait jamais eu lieu.
Et Florence Dupont de conclure sur notre propre identité nationale en notant que celle-ci est largement fantasmée, voire fictive et qu'au contraire, elle se doit d'être affective.

L'Ara Pacis

L'autel de la Paix (Ara Pacis) est un édifice romain de la période augustéenne. C'est en 13 av. J.-C. que le Sénat en ordonne sa construction alors qu'Auguste est de retour de Gaule. Il est inauguré en 9 av. J.-C., exactement le 30 janvier, jour anniversaire de la femme d'Auguste, Livie, ce qui renforce la dimension dynastique de l'édifice. Il se trouve le long de la Via Flaminia, une des grandes voies romaines qui mène jusqu'à Aquilée.

Un emplacement symbolique

L'Ara Pacis est en effet construit sur le Champ de Mars, c'est-à-dire sur une zone dédiée à l'entrainement des soldats. C'est donc un lieu traditionnellement lié à la guerre. La décision par le Sénat d'y édifier un autel consacré à la paix montre la volonté de faire d'Auguste celui qui a rendu la paix civile aux Romains.
De plus, le site se trouve en dehors du pomerium, cet espace sacré dans lequel il est interdit d'importer la violence guerrière et il se trouve exactement à un mille du pomerium, c'est-à-dire à l'endroit où le consul de retour d'expédition militaire perd ses fonctions militaires (imperium militiae) pour retrouver ses pouvoirs civils (imperium domi).

Un outil de la propagande impériale

L'Ara Pacis est composé d'un autel lui-même ceint par un mur de marbre rectangulaire de 10,6 m sur 11,6 m. On pénètre dans cette enceinte par un escalier. L'édifice est richement orné, à l’intérieur comme à l’extérieur, et il est considéré comme un des chefs d'œuvre de l'art augustéen.
La décoration extérieure est composée de deux registres : le soubassement est orné de feuilles d'acanthe entrelacées tandis que le registre supérieur est composé de scènes mythologiques ou allégoriques et d'une procession.

  • Énée sacrifiant sur le site de Lavinium.
    Le premier panneau montre Énée, accompagné de son fils, Iule. Il vient d'arriver en Italie, sur le site que les oracles lui ont annoncé. Il offre alors un sacrifice à ses pénates, les divinités familiales qu'il a sauvées de Troie en flammes. L'acte est d'une extrême importance : Énée veut ainsi marquer la continuité de sa lignée familiale avec le lieu où sa descendance va s'établir. À droite, dans la partie très abimée, était représenté Ascagne-Iule, vêtu à la manière troyenne, et tenant dans sa main droite un bâton. À gauche, deux jeunes auxiliaires, les camilli, conduisent l'animal qui va être sacrifié, une truie, et portent un plat de fruits et une aiguière. Au-dessus de leur tête, comme placé sur une hauteur, se trouve un temple, probablement le temple aux Pénates que construira Énée sur les hauteurs de Lavinium. Ce temple contient les statues des dieux.  
  • La grotte du Lupercal.
    Cette scène est très endommagée. Néanmoins, on a pu identifier les personnages qui la composent :
    - À gauche, le dieu Mars, casqué et barbu, observant la scène. Il est bien sûr le père des jumeaux mais sa représentation ici revêt une autre importance : il sera le dieu qui assurera la victoire des Romains sur ses ennemis. De plus, il fait le pendant avec Vénus, mère d'Énée, représentée sur l'autre panneau. Les origines de la famille d'Auguste (Vénus) répondent aux origines de Rome (Mars).
    - À droite, le berger Faustulus  qui va recueillir Romulus et Rémus.
    - Au centre, Romulus et Rémus allaités par la louve devant la grotte du Lupercal, qui devient très tôt un sanctuaire. Auguste, soucieux d'affirmer les origines mythiques de Rome, le réaménagera et réorganisera le culte qui s'y déroule.
  • La procession.
    La procession n'a qu'un seul but : montrer au monde qu'Auguste est le premier d'une lignée destinée à lui succéder. On comprend alors pourquoi tant d'enfants sont représentés.

Famille d'Auguste sur l'Ara Pacis

 

Le forum d'Auguste

Le forum d'Auguste est un ensemble architectural qui peut se révéler intéressant pour une compréhension du rapport du pouvoir impérial aux mythes fondateurs.
Un passage de Suétone (Vie d'Auguste, 29,2) amène les historiens à considérer que la construction du temple à Mars Vengeur (Mars Ultor) ait été projetée dès 42 av. J.-C. à la suite d'un vœu émis par Octave pendant la bataille de Philippes en Macédoine qui l'oppose, lui et Marc-Antoine (avant qu'ils ne s’affrontent pour le pouvoir), à deux césaricides, Brutus et Cassius. Mais la réalisation intervient beaucoup plus tard, durant l'année 17 av. J.-C., alors qu'Octave-Auguste a revêtu la fonction de princeps depuis 10 années.
On doit immédiatement établir le parallèle entre le choix fait de la divinité qui va être honorée et Auguste lui-même. Est-ce Mars Vengeur qui est honoré ou bien Auguste vengeur de l'assassinat de César ?
Il existe également une coïncidence chronologique : c'est dans l'année 17 av. J.-C. qu'Auguste adopte ses deux petits-fils, Caius et Lucius Caesar, fils de sa fille Julia l'Aînée et d'Agrippa, afin d'en faire ses héritiers à la tête de l'Empire. On constate donc immédiatement une signification dynastique au projet architectural : il doit montrer la continuité dynastique à la fois pour le futur mais aussi par l'instrumentalisation du passé légendaire de Rome.
Les statues et décors présents sur le forum d'Auguste en sont le témoignage absolu :

  • le temple de Mars Ultor abrite bien sûr une statue du dieu Mars, père de Romulus, mais aussi probablement une statue de Vénus, mère d'Énée. Sur son fronton sont représentés, au centre Mars, à gauche Vénus avec Cupidon, Romulus et le Palatin et à droite la Fortune, la déesse Rome (Dea Roma) et le Tibre ;
  • au centre du forum, une statue d'Auguste conduisant un quadrige et une inscription ''au père de la patrie" (pater patriae) ;
  • sur les portiques, des têtes de Jupiter-Ammon, les tempes ceintes de cornes de bélier. Or, cette divinité est le dieu protecteur d'Alexandre le Grand. Encore une occasion pour Auguste de faire référence, non pas ici à un ancêtre illustre, mais au modèle du conquérant (imperator) ;
  • le portique Nord est dénommé porticus iulia. Il réunit en effet les statues des membres de la famille d'Auguste et des ses ascendants en y intégrant la dimension mythique des origines de la gens Iulia. Sont présents dans les niches Énée et Romulus, représentés une première fois, la série des rois latins, des Iulii ayant exercé des fonctions publiques durant la période républicaine ;
  • enfin, en arrière des portiques sont édifiées deux exèdres. Celle de gauche abrite en position centrale une statue d’Énée fuyant Troie avec Anchise et Iule, et une série de statues représentant les rois d'Albe-la-Longue d'un côté et de l'autre, des membres de la gens Iulia. Celle de droite abrite une statue de Romulus.

C'est désormais dans cet espace consacré que le sénat se réunit pour délibérer sur les déclarations de guerre et l'octroi du triomphe. C'est là aussi que les sceptres, couronnes de triomphateurs et enseignes prises à l'ennemi sont désormais déposés. Enfin, le temple de Mars Ultor est le point de départ de tout dignitaire quittant Rome pour aller administrer une province de l'empire.

Quelles traces archéologiques

Disons le nettement, il n'existe aucune trace archéologique d'une ''grande ville'' dans les premiers temps de l'histoire romaine, même si, en 2014, ont été retrouvés les restes, sur le Quirinal, d'une résidence rectangulaire qui daterait du VIe siècle av. J.-C. En effet, les seuls vestiges retrouvés des premiers temps de la cité sur le Quirinal étaient des nécropoles, traditionnellement implantées à l'extérieur de la cité. Cette découverte montre que Rome s'étendait au VIe siècle av. J.-C. au delà du Palatin. Cependant, certains archéologues pensent que Rome était en fait constituée de petits villages qui se seraient progressivement regroupés. La découverte sur le Quirinal n'est peut-être que le vestige d'un village de plus, inconnu jusque-là.
De même, aucune trace archéologique ne prouve une quelconque occupation des sites de Lavinium et d'Albe-la-Longue avant le Xe siècle av. J.-C.

Chronologie

Les archéologues sont assez consensuels pour dégager plusieurs phases d'occupation humaine du site de Rome :
1. Les plus anciennes traces archéologiques retrouvées sont des tessons de poterie du XVIIe siècle av. J.-C., au pied du Capitole, entre le Tibre et le forum Boarium, c'est-à-dire durant l'Âge de bronze. Il existe donc une présence humaine au IIème millénaire av. J.-C., mais celle-ci ne semble pas avoir été continue.
2. On retrouve ensuite des tombes au Capitole, datant du XIe, voire XIIe siècle av. J.-C.
3. Mais ce sont des XIe-Xe siècles que datent de plus en plus de trouvailles archéologiques, c'est-à-dire à la fin de l'Âge de bronze et au début de l'Âge du fer : une petite nécropole retrouvée sous le forum de César, des habitats sur le Capitole, le forum au Sud-Ouest du Palatin (fondations de cabanes), un four à poteries...
L'archéologie montre donc un Latium peuplé de communautés comprenant quelques centaines de personnes, probablement en hameaux dispersés.
4. Du début du IXe siècle av. J.-C. au début du VIIIe siècle av. J.-C., des objets retrouvés (vases, fibules...) montrent des contacts avec l’Étrurie au Nord et la Campanie au Sud.
5. Au milieu du VIIIe siècle av. J.-C., les tombes recèlent des objets importés (phéniciens, étrusques, grecs). Le Latium est donc ouvert vers l'extérieur. De plus, les tombes montrent une différentiation sociale grandissante : certaines sont en effet révélatrices de l'existence de familles riches à Rome. On peut donc supposer que, au moment où Romulus est censé fonder la ville de Rome, sur un site vierge, il existe déjà une communauté structurée.
6.  De la fin du VIIIe siècle av. J.-C. au début du VIe siècle av. J.-C., les fouilles montrent des contacts grandissants avec la Grèce, les tombes montrent la présence d'une aristocratie guerrière.

Polémiques archéologiques

Dans les années 1980, une campagne de fouilles menée sur le Palatin par l'archéologue italien Andrea Carandini met au jour les vestiges d'une muraille du milieu du VIIIe siècle av. J.-C. Cette découverte fait l'effet d'un coup de tonnerre. N'aurait-on pas retrouvé la muraille édifiée par Romulus ? Le mythe romuléen ne serait-il pas finalement réalité historique ?
S'en suit une bataille d'archéologues et historiens. Alexandre Grandazzi est, lui, convaincu que le mythe de la fondation de Rome renvoie bien à un événement historique et à un personnage historique, que nous connaissons en tant que Romulus, dont la mémoire a été conservée et mythifiée.
La plupart des archéologues et historiens rejettent cette idée, notamment parce qu'il n'y a pas de certitude absolue sur la fonction de ce mur, beaucoup considérant qu'il ne s'agit que d'une digue pour écarter les risques d'inondation du Tibre. Enfin, très récemment (2013-2014), des expertises scientifiques sur des morceaux de céramique ainsi que des restes de nourriture, sous forme de graines, trouvés au pied de ce mur, permettent de donner une date plus exacte, entre l'extrême fin du IXe siècle av. J.-C. et le tout début du VIIIe siècle av. J.-C., soit une cinquantaine d'années avant la geste de Romulus.
Enfin, en 2007, est découverte, au pied du Palatin, ce qui pourrait bien être la fameuse grotte du Lupercal. Toutefois, il n'y a pas unanimité entre les archéologues. Certains considèrent qu'il s'agit probablement d'un nymphée (un bassin recevant une source) dépendant du palais impérial.
Le débat porte également sur les rites de fondation. Grandazzi s'appuie sur la permanence de ces rites pour toutes les cités pour donner une dimension historique à Romulus. Pierre Grimal (Les Villes romaines, PUF, 1954) a considéré très tôt qu'il y a eu un rite de fondation à Rome, sans pour autant le rattacher à la figure de Romulus. La présence de quatre portes, ainsi que les traces plus ou moins lisibles dans la topographie d'un cardo et d'un décumanus, seraient les vestiges d'un rite de fondation. Mais ces portes et ces voies concernent la partie basse de la ville, qui correspond au forum, pas le Palatin où Romulus est censé avoir établi la cité de Rome. L'historien allemand Mommsen, dès le XIXe siècle, avait théorisé le phénomène de projection d’événements réels dans un passé mythique, aussi peut-on estimer que le rite de fondation a bien été exécuté, mais à l’époque où la dépression du forum commençait à être peuplée. Reste la question suivante : par qui ?

Les Romains : des Étrusques ? des Latins ? des Sabins ?

Pierre Grimal pense que Rome aurait été à ses origines une colonie étrusque sur un site déjà occupé.
Il est difficile d'avoir des certitudes. Les historiens modernes considèrent que les premiers rois de Rome ont été des rois étrusques.
De plus interviennent les Sabins. Les rites funéraires dont on a retrouvé les traces sur le site romain sont divers : on trouve l'incinération, pratiquée par les peuples italiques indo-européens, dont font partie les Latins, et des inhumations pratiquées par les peuples méditerranéens, dont les Sabins. Les diverses pratiques funéraires semblent montrer une occupation partagée par Latins et Sabins : le forum et le Palatin aux Latins (urnes funéraires représentant les grossières huttes de torchis habitées par les premiers occupants du site), l'Esquilin et le Quirinal aux Sabins (inhumations).
De nos jours, les archéologues sont moins catégoriques sur les attributions ethniques, d’autant plus que souvent sur un même site coexistent des tombes à incinération et des tombes à inhumation.
Les historiens modernes s’accordent à considérer que les rois étrusques en occupant la région vont faire de Rome une véritable ville vers 600 av. J.-C., en la dotant d'une muraille, en aménageant le Forum Romain et en bâtissant le sanctuaire du Capitole. Les Romains de l'Antiquité, quant à eux, se transmirent bien sûr le passé qui faisait d’eux les auteurs de la fondation de Rome.

Conclusion

La question de la fondation de Rome est encore discutée aujourd'hui et cette discussion montre la difficulté qu'il y a à confronter les sources antiques et la réalité archéologique. Mais au-delà de cette discussion, plus fondamental est probablement le questionnement que l'homme n'a jamais cessé d'avoir sur son identité.