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Quand les plantes nous donnent à penser (2019)

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19A0010850   53289 QUAND LES PLANTES NOUS DONNENT À PENSER 

Nouvelle DATE :  Vendredi 3 avril 2020, de 9h à 17h.

LIEU : Lycée Henri IV.     23, rue Clovis 75005 PARIS

L’étude du végétal est aujourd’hui l’objet d’une révolution aux visages multiples : découvertes de propriétés jusque là déniées aux plantes (communication, mémoire, perception, apprentissage), essor de l’anthropologie de la nature, essais d’ontologie végétale, urgence des politiques de reforestation et de protection de la biodiversité, analyse de l’épuisement des modèles agricoles dominants…etc. Ce foisonnement invite à mettre en perspective la façon dont nos pratiques et nos manières de penser sont informées par les relations que nous nouons avec les végétaux. Cette journée d’étude tentera de rendre visible la façon dont les plantes sont un moteur de l’activité réflexive. A travers l’étude d’exemples précis, notre enquête philosophique aura pour objet d’analyser quelques-unes des relations qui lient les usages et les savoirs du végétal à nos façons de faire monde, en croisant des perspectives épistémologiques, politiques et anthropologiques.

            Après une introduction par Nathalie Chouchan aux travaux de la journée, Arnaud Macé exposera d’abord, comment, à l’aube de la philosophie, les plantes ont servi de paradigme pour penser la cohérence et le devenir de l’univers. La diversité des usages du verbe φύω dans les textes archaïques indique ainsi l’existence d’un schème de la croissance végétale : « ce qui pousse » modélise une relation de conversion possible entre la forme de ce qui apparaît et le processus qui engendre la forme. D’Hésiode à Empédocle, les plantes servent ainsi de modèle pour penser la naissance de l’univers. Pourtant, des plantes à l’idée de nature, le chemin n’est pas direct. Quelle relation ce schème de la croissance végétale entretient-il avec l’idée de φύσις ? Comment se combine-t-il avec d’autres modèles de la constitution des choses? 

Si le schème végétal est l’un des éléments déterminants de l’invention de l’idée de nature en Grèce ancienne, les plantes n’ont guère été ensuite, et pour de longs siècles, au centre de l’attention des philosophes. Florence Brunois mènera une enquête sur les effets de cette inattention à partir des difficultés de l’anthropologie contemporaine de la nature à rendre compte des liens entre les êtres humains et les plantes. En s’appuyant sur l’étude des relations des Kasua de la Nouvelle Guinée avec les plantes de leur forêt, elle montrera qu’il s’agit moins d’une inattention que d’un vide ontologique, qui agit « comme un couperet » sur leur ethnographie. Ce vide ontologique est un obstacle épistémologique auquel on se heurte lorsqu’on cherche à décrire la plupart des collectifs non modernes. Il devient aujourd’hui un véritable paradoxe : alors que s’invisibilise lentement mais sûrement le savoir vivre avec les plantes des collectifs non-modernes, le savoir naturaliste – qui avait privé le végétal d’intelligence –, (re) découvre son pouvoir d’agir et de réagir…

            Il est possible cependant, par-delà ce vide ontologique, de repérer les traces de la singularité de l’être  végétal dans la façon dont la pensée se pense elle-même : de la métaphore de l’arbre de la connaissance aux images botaniques qui illustrent le mouvement dialectique, ou encore au modèle que le structuralisme trouve dans la diversité morphologique des végétaux, le végétal ne cesse de travailler l’écriture philosophique. Aliènor Bertrand montrera ainsi comment la relation au végétal peut être considérée comme une sorte de point archimédien à partir duquel certains philosophes, par delà le cartésianisme, ont tenté d’enraciner la philosophie dans le sensible. Le Traité des sensations de Condillac, à mi-chemin de la modélisation et de la poésie, peut être considéré comme une méthode d’attention au végétal produisant de facto un renversement métaphysique. 

            La journée se conclura par une table ronde générale dont l’objectif sera de tracer les lignes de force philosophiques, anthropologiques et historiques qui organisent les relations complexes entre la pensée et le végétal.