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Mémoire immunitaire innée et vaccination : un calendrier maîtrisé pour un bénéfice amélioré

Vaccin Une étude publiée le 19 mars dans NPJ Vaccines, a mis en évidence l’influence du délai entre les vaccinations (primo-vaccination et rappels) sur la réponse immunitaire humorale spécifique. Ces travaux suggèrent également la mise en place d’une mémoire immunitaire entraînée.

En comparant différents calendriers de vaccination avec un rappel de vaccination à deux mois ou à deux semaines, une équipe de vaccinologistes d'IMVA-HB/IDMIT a mis en évidence l'influence du délai entre les vaccinations sur la réponse anticorps. Il peut être tentant en effet de raccourcir le calendrier vaccinal pour assurer une protection plus rapide de la population à risque en cas d'urgence en santé publique contre une pandémie, mais un calendrier de vaccination accéléré s'est avéré nuire à l'immunité humorale.

Ils ont également démontré que le schéma vaccinal a aussi un impact sur la réponse innée. Pour cela, ils ont vacciné des macaques avec un vaccin vivant très atténué, le MVA (Modified Vaccinia Ankara). Le vaccin modèle, le MVA, est un vaccin qui protège de la variole et qui donne des résultats encourageants comme vecteur de vaccination recombinant contre d'autres maladies quand il exprime leurs antigènes. Le rappel plus tardif (à deux mois) a non seulement amélioré la réponse anticorps spécifique du vaccin MVA , il a également mis en jeu des cellules innées plus activées et matures comme l'a montré l'analyse phénotypique complexe en cytométrie de masse. Des neutrophiles, des monocytes et des cellules dendritiques au phénotype modifié, mieux équipés pour répondre à une nouvelle stimulation, ont été induits tardivement après la primo-vaccination et leur abondance corrèle positivement avec la concentration et la multifonction des anticorps.

Ces travaux suggèrent la mise une place d'une mémoire immunitaire innée, aussi appelée immunité entraînée1, qui a récemment été décrite pour les monocytes et les cellules NK, et dont les mécanismes et les caractéristiques diffèrent de la mémoire « classique » des lymphocytes T et B. Cela reste à démontrer à l'aide d'une analyse fonctionnelle. Ils révèlent surtout l'effet majeur du délai entre les immunisations sur la réponse vaccinale et souligne le lien entre réponse innée, précoce mais aussi tardive, et réponse humorale. Des vaccins basés sur l'immunité entraînée pourraient combiner l'induction d'une mémoire immunitaire innée et adaptative et conférer ainsi une meilleure protection contre le pathogène qu'ils ciblent, mais aussi contre des pathogènes autres, et augmenter, moduler les réponses à la re-vaccination ou à de nouvelles vaccinations indépendantes.

1 : Contrairement à la mémoire adaptative, la mémoire innée myéloïde n'est pas spécifique d'un antigène. Elle est portée par des monocytes aux fonctions antimicrobiennes améliorées contre des stimuli n'ayant rien à voir avec le stimulus initial inducteur. C'est ainsi que le BCG, stimulus canonique de la mémoire innée, protège plus que contre la tuberculose. Par ailleurs, l'immunité entraînée ne semble pas impliquer l'expansion clonale de monocytes et leur différentiation en monocyte mémoire, mais des modifications métaboliques, épigénétiques, et transcriptionnelles de progéniteurs/précurseurs hématopoïétiques générant une progénie monocytaire entraînée. 

Pour en savoir plus consultez :

Les actualités scientifiques de l’Institut de biologie François Jacob / CEA : Mémoire immunitaire innée et vaccination.

L’article source : ​Innate and secondary humoral responses are improved by increasing the time between MVA vaccine immunizations I NPJ Vaccines