e-Fran

EFRAN

L’action e-Fran s’est donnée pour ambition de créer une communauté scientifique de niveau international en matière de numérique éducatif et d’initier une nouvelle dynamique de transfert des résultats de la recherche pour l’école à l’heure du numérique.

Le Premier Ministre a souhaité qu’une mission d’impulsion de la politique numérique soit confiée à une personnalité ayant une connaissance approfondie du système éducatif. Sur proposition de la Ministre de l’éducation nationale, elle a été confiée au Recteur Jean-Marc Monteil.

Ce dernier s’est adressé aux corps d’inspection et à l’encadrement des académies de Paris et de Créteil le 17 septembre 2015. Son intervention participe de la construction d’une culture partagée sur les enjeux de l’éducation dans la société numérique. Il a présenté également l’appel à projets e-FRAN.

En cette année de lancement de la phase de préfiguration du Plan Numérique, faire changer l’Ecole avec le numérique est une priorité pour notre académie.

Introduction par Béatrice Gille, rectrice de Créteil

A l’issue de la grande concertation nationale sur le numérique de février 2015, le premier ministre a décidé qu’une mission de définition et d’impulsion de la nouvelle politique numérique nationale soit confiée au recteur Jean-Marc Monteil.

Mission essentielle sur deux points :

  1. Répondre à la nécessité de créer les conditions d’une éducation au numérique (5 mds d’objets connectés aujourd’hui). L’école a la responsabilité importante dans cet apprentissage. Le plan numérique avec sa phase de préfiguration en 2015-2016 en est un élément ;
  2. Mesurer les effets du numérique sur les apprentissages et voir les usages pédagogiques.

Conférence du Recteur Jean-Marc Monteil

Si la mission est éphémère (jusqu’en juin 2016), le sujet ne l’est pas, ni l’accompagnement ni le suivi du sujet de l’éducation numérique. Synergie et convergence sont nécessaires.

Les principaux acteurs de cette éducation numérique sont les cadres de l’Education Nationale. Engagement résolu des acteurs et partenaires et collectivités territoriales (pas seulement comme des financeurs, mais aussi acteur dans une co-construction).

Comment entrer dans la société numérique et s’y mouvoir ?

La responsabilité de l’Education Nationale est engagée. L’avènement du numérique est une révolution industrielle et économique. Nous sommes sortis d’une logique de production fondée sur une matière première pas chère (le pétrole) pour entrer dans la révolution du numérique. On change de paradigme qui est la culture des data, notamment des personnes (traces numériques que nous laissons sur le Web). On a du mal à percevoir conséquences éventuelles. Nous produisons des données et nous consommons des données ; pendant ce temps des organisations les captent et construisent sur la base de ces données une économie. L’outil qui permet de traiter ces données, c’est le Big Data qui permet d’établir des corrélations, prévisions et prédictions. Ces données fournissent matières premières pour créer une nouvelle économie. Le métier le mieux payé sera celui des personnes qui créeront des algorithmes. On crée une nouvelle compétition économique mondiale (87% de la valeur boursière du numérique est en Amérique, 2% en Europe, le reste en Asie, impérialisme dans le domaine du numérique est le fait des 4 grands, Google, Amazone, … et Facebook). Il s’agit d’une nouvelle réalité économique qui engage nos comportements, voire engager le comportement d’un nombre de citoyens important à leur insu. Il faut protéger nos données personnelles, collectives, et celles des états. On réfléchit actuellement à la création d’un droit de protection des données pour ne pas mettre en danger notre espace de liberté.

L’Education Nationale doit-elle rester en dehors de cette réflexion ? Non, nous ne pouvons pas rester absents de cette éducation numérique qui est absolument nécessaire à acquérir. Donc il faut former les jeunes générations de professeurs afin que les enfants sachent ce qu’ils disent quand ils acceptent de laisser leur carte d’identité sur Internet. Il faut éduquer les enfants à gérer constamment leur identité numérique.

Le Big Data, c’est la possibilité de traiter des questions complexes très rapidement. Cela veut dire que l’on entre dans une 2ème révolution industrielle qui va avoir une conséquence importante sur l’emploi des cols blancs (banque, conseil juridique, etc.). Cette révolution numérique tend à remplacer toute activité qui se répète par un logiciel et donc à terme à détruire les emplois intermédiaires. Elle substitue la créativité à la productivité et aura pour effet d’amplifier la bipolarisation du marché de l’emploi.

L’Education Nationale, qui forme à ces métiers-là, doit s’engager dans une réflexion sur la rénovation de ces formations. Il ne s’agit pas d’un simple objectif de transmission de savoir, mais il est nécessaire d’anticiper l’évolution de ces métiers. Si ce n’est pas nous qui le faisons, d’autres le feront, alors dans un espace marchand et on va passer du bien public au bien commun. Donc, notre responsabilité est engagée pour concevoir les formations futures et procéder aux ajustements nécessaires. Il faut un débat dans l’espace éducatif.

Quelques exemples positifs de l’utilisation du Big Data

Dans le domaine de l’éducation : le numérique permet d’utiliser des parcours variés et multiples chez ceux qui apprennent et de les analyser pour déterminer parcours les plus efficaces. Mais attention à ne pas « disciplinariser » le numérique, à ne pas créer un espace d’experts. Il convient de veiller à ce que le numérique irrigue tous les champs disciplinaires et tous les enseignants. Le numérique n’est pas une affaire de spécialiste, mais l’affaire de tous !

Domaine de la santé : on est dans maintenant dans l’hôpital digital. Le coût économique du vieillissement de la population va devenir intolérable. La réponse se trouve dans la prévention. La technologie permet de faire des prévisions sur la santé des personnes (médecine prédictive), et demain, nous serons dans une logique de prévention : nous serons équipés de capteurs (déjà le cas). Nous passons à une situation où l’univers de la connexion va nous aider à gérer nos comportements et faire de nous des citoyens responsables de leur santé. Si seulement un tout petit pourcentage de la population le sait, l’inégalité ainsi crée sera fondée sur technologie. L’Ecole doit donc s’emparer de cette question pour informer les gens et développer les procédures permettant de protéger nos données, sinon l’exploitation de ces données sera faite à des fins marchandes et lucratives. Nous ne pouvons pas rester indifférents. Ce qui sera compliqué, ce sera de ne rien faire, car nous serons alors dans une phase de réparation (et pas de prévision) et le coût sera plus important.

L’organisation du travail change également. On a cessé de travailler selon des modalités caractérisées par une unité de temps et d’espace. On passe de hiérarchies verticales à des hiérarchies plus horizontales avec la communication des objets connectés, le travail collaboratif et l’économie participative. La modification de l’organisation du travail affecte les formations et leurs contenus. La dimension de la gestion des ressources humaines s’en trouve ainsi modifiée et doit initier une vraie réflexion sur la formation. Les disciplines ne sont pas en danger, mais réduire la compétence disciplinaire à la seule discipline peut devenir une incompétence ; nous ne sommes plus les maîtres des contenus de la discipline.

Nous avons à faire face aux plateformes du futur chargées de faire connecter les objets connectés. Qui va dominer ce monde ? Les enjeux économiques sont colossaux et le problème est au niveau des états, voire du continent.

Nous avons le quasi-monopole d’éducation. Il va falloir éduquer l’environnement au-delà de l’école. Tout le monde est concerné, l’Ecole, les parents et les partenaires de l’Ecole.

Monteil

Jean-Marc Monteil, Recteur ; Béatrice Gille, Rectrice de l'académie de Créteil ; Claude Michellet, Directeur de l’académie de Paris

La place du numérique dans le couple enseigner-apprendre 

Dans l’école beaucoup de changements s’opèrent ; le numérique a envahi l’espace communicatif. Pourquoi équiper et comment équiper en fonction des objectifs poursuivis ? Si on équipe sans connaître les conséquences sur l’amélioration des apprentissages, cela va poser de sérieux problèmes. La profusion d’informations (= obésité informationnelle) crée la nécessité pour l’individu de mémoriser des informations, mais avec le numérique, on a externalisé les mémoires (= externalisation de la mémoire humaine), avec un effet sur la mémoire cognitive, et l’organisation du processus cognitif de la mémoire. On change la fonctionnalité. Il va falloir identifier ces effets. Corrélativement, l’information arrive avec une vitesse et une puissance jusque-là inégalées, mais comment-je fais le tri. Tout vaut tout ? cf accroissement de la croyance par rapport au savoir. L’enjeu du numérique est de transformer l’information en connaissance. On a besoin de plus en plus du professeur pour trier, hiérarchisé, comparer l’information, c’est capital. L’Education nationale a la responsabilité de former de façon solide les professeurs. L’expertise du professeur est une expertise de contenus et une expertise de procédures d’informations à finalité d’apprentissage. Il y a des enjeux d’organisation sur la simple base de cette profusion d’informations.

Avec le numérique, on automatise beaucoup de choses car l’Homme a une capacité limitée de traitement des informations. Et avec l’automatisation, on libère de l’espace mental. Le vrai travail pédagogique consiste à organiser cet espace mental libéré. Une forme de personnalisation liée à la connaissance des styles d’apprentissage des élèves pour construire le savoir est rendue possible par le numérique, des espaces nouveaux sont ainsi ouverts, et on ne peut pas rester au stade de la formation disciplinaire.

L’intelligence humaine est multimodale (beaucoup de travaux sur ce sujet, dont ceux de Howard Gadner), les capacités de traitement des informations sont multiples. L’Ecole privilégie la partie verbale et logicomathématique, et sur cette base établit une hiérarchie des élèves et des disciplines. En le faisant, le professeur peut mettre en place une pédagogie de « l’autrement dit ». L’Ecole présente un discours véhiculaire ; pour se donner bonne conscience, elle prétend vouloir faire appel d’autres intelligences (kinesthésique, etc.). L’univers de l’Ecole est plutôt unidimensionnel, cela entraîne une dévalorisation de l’estime de soi quand les élèves ne rentrent pas dans cet univers unidimensionnel. Plus on est unidimensionnel, moins on répond à la diversité des enfants. Avec le numérique, on peut varier les supports, et on accroît l’accès à l’information pour le plus grand nombre. Le numérique permet la variabilité du contexte de l’objet par rapport au sujet. Le numérique permet de tendre vers une richesse et une diversité de présentations. L’Ecole ne supporte pas les dispositifs brisés (=redoublements). L’Ecole est actuellement un entonnoir, qui permet la reproduction des classes de pouvoir. L’Ecole doit être un lieu où l’on apprend, et donc où l’on progresse. Tout le monde doit progresser (=> courbe en J), or l’Ecole produit une courbe de Gauss : « Les élèves de CPGE entrent en prépa tous très bons et sortent tous gaussiens ! C’est un sujet qui doit nous interroger ». 150 000 jeunes sans qualifications alors que 97% classe d’âge sont génétiquement équipés pour réussir. Où est passée la différence ? C’est lié au caractère monocontextuel de l’Ecole. Le numérique présente des caractéristiques positives (il permet des recombinaisons), il offre un formidable espace de créativité, mais il est indispensable d’interroger la relation enseigner-apprendre. La relation enseigner-apprendre doit être observée pour régénérer les pratiques pédagogiques avec le numérique en particulier.

PISA, OCDE : pourquoi les résultats des petits Français sont-ils moins bons ?

La conception de l’évaluation est soustractive. On n’a pas appris aux petits Français que l’erreur est une information. A l’école, l’erreur est pénalisée, avec un instrument terrible qui est la moyenne. Ici est posé le problème de l’évaluation « Dis-moi comment tu évalues je te dirai comment tu enseignes, ou ce qu’on t’a dit d’enseigner »). Avec le numérique, le problème n’est plus posé dans les mêmes conditions : avec des présentations multiples, avec des niveaux variables, on pourra traiter en même temps des enfants qui n’ont pas atteint les mêmes objectifs. On pourra personnaliser, différencier grâce au numérique. Tel est l’avenir du numérique.

L’appel à projets e-FRAN

La mobilisation nouvelle pour le numérique à l’école doit être l’occasion de renforcer le potentiel des équipes existantes et de susciter l’engagement de nouvelles initiatives dans un domaine où les apports de la recherche sont essentiels. Il s’agit d’abord de faire bénéficier les innovateurs de notre école des résultats de recherche déjà disponibles, notamment par le concours des universités et des organismes de recherche et, plus directement, par un travail commun avec des équipes de recherche, pour favoriser l’accélération et l’amplification de la transition numérique de l’espace scolaire et faciliter l’appropriation du numérique par les enseignants. Il s'agit ensuite de promouvoir des expérimentations permettant d’identifier et de qualifier des contenus et des méthodes d’enseignement et d’apprentissage innovants. Il s’agit enfin de diffuser des démarches d’accompagnement du changement permettant l'adaptation progressive de l'école et de son environnement, avec ses partenaires (les collectivités, le monde industriel, etc.). Le recours à des évaluations scientifiques pour l’utilisation la plus efficace du numérique au service de l’accomplissement scolaire, du développement personnel et de la réalisation professionnelle sera donc essentiel dans le présent appel à projets. La manière dont ces résultats seront pris en compte dans le projet, notamment dans son volet « diffusion », constituera un critère d’appréciation important du projet.

C’est pour répondre à ces nouveaux enjeux pour le système éducatif que l’appel à projets e-FRAN est lancé dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir (PIA). Cet appel à projets met en application le texte d’orientations pour des projets de territoires éducatifs d’innovation numérique publié au Bulletin officiel de l’éducation nationale n°30 du 23 juillet 2015. Il est partie constitutive du Plan numérique pour l’éducation.

Cet appel à projets est soutenu par le Programmes d’investissements d’avenir (PIA) à hauteur de 30 millions d’euros. Il va permettre de développer des initiatives de terrain portées par des acteurs locaux, validées scientifiquement, qui transforment l’école par le numérique au service de la réussite de tous les élèves, afin de les déployer plus largement sur le territoire.

e-FRAN soutiendra donc des initiatives exemplaires de terrain fondées sur un large partenariat et éclairées par l’implication d’équipes de recherche. Afin de réunir ces caractéristiques exigeantes, les autorités académiques et, au premier chef, les Recteurs d’académie, s’impliqueront directement pour faciliter les montages de projet, favoriser les partenariats, notamment avec les collectivités territoriales, et assurer la meilleure liaison avec le monde universitaire et de la recherche. Leur responsabilité sera ainsi clairement engagée dans l’accompagnement des projets et, in fine, pour leur pleine réussite.

vidéo Monteil

L'appel à projets comportera plusieurs vagues de sélection. Pour la première d’entre elles, les dossiers de candidature devront être remis entre le 4 janvier et le 5 février 2016 avec des sélections au mois de mars.

Parallèlement à cet appel à projets, le plan numérique annoncé par le Président de la République poursuit son déploiement. Cette année scolaire, 600 écoles et collèges le préfigurent (24 écoles et 12 collèges à Paris). A la rentrée 2016, 40% des collèges seront connectés ; 70% le seront en 2017 et 100% en 2018.

AAP e-FRAN, voir pièce jointe.

 Article réalisé par Jean-François Fontaine et Philippe Taillard

Développé au sein du consortium eFRAN « Les Savanturiers du Numérique », le Cahier Numérique de l’Élève Chercheur (CNEC), est une application qui vise à aider élèves et enseignants à structurer de petits projets scientifiques.

Par Matthieu Cisel, post-doctorant en Sciences de l'éducation, Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI). Matthieu Cisel est un des chercheurs du CRI, qui a mené une étude directe en prenant un poste de contractuel en SVT durant l'année scolaire 2017-2018 au collège Courteline (75012) pour expérimenter ce projet en posture d'enseignant.

matthieu Cisel

Dans la plupart des pays développés, l’enseignement des sciences poursuit sa lente mutation. Les considérations méthodologiques occupent dans les discours une place croissante. Au moins sur le papier, les nouvelles générations d’enseignants sont encouragées à mettre davantage l’accent sur l’appropriation de la démarche scientifique, du raisonnement, et moins sur la mémorisation de faits ou de lois.

On rappelle à loisir que les enjeux dépassent la formation des futures générations de scientifiques, car il s’agit aussi, au travers de la maîtrise de la démarche scientifique, de développer l’esprit critique de chaque citoyen.

Initier à la méthode scientifique

Pour ce faire, il est utile de s’attacher à ce que les enseignements portent davantage sur la manière dont les savoirs ont été créés. On a longtemps véhiculé dans l’enseignement une vision dogmatique de la science – qui s’apparente pour beaucoup d’élèves à une collection de vérités gravées dans le marbre. Pour contrecarrer cette tendance, quoi de mieux que d’engager ces élèves dans une démarche de création de savoirs, par la conception d’un projet de recherche miniature.

C’est dans ce contexte de mutation de l’enseignement qu’a émergé l’idée du Cahier Numérique de l’Élève Chercheur (CNEC), application qui vise à aider élèves et enseignants à structurer de petits projets scientifiques.

L’outil n’est encore qu’au stade du prototype. Il faudra encore une ou deux années supplémentaires avant qu’il ne soit pleinement opérationnel, mais dévoilons néanmoins quelques-unes de ses caractéristiques.

« Les Savanturiers du numérique »

L’application est développée au sein du consortium eFRAN « Les Savanturiers du Numérique », assemblage d’acteurs aux compétences diverses :

  • Les Savanturiers, programme fondée par une ancienne professeure des écoles qui revendique l’enseignement de la démarche scientifique au travers de projets d’une dizaine de séances, mentorés par des experts du domaine
  • Tralalère, entreprise spécialisée dans les ressources numériques pour l’éducation, qui assure la co-conception, le développement et le maintien de la technologie.
  • Les Académies de Paris et de Créteil, qui apportent expertise et opportunités de mise à l’épreuve des prototypes
  • EDA, laboratoire de sciences de l’éducation, pour apporter l’éclairage de la recherche.

Le CNEC vise à outiller les projets Savanturiers de bout en bout au travers d’une assez vaste palette d’outils. La Fiche Recherche structure la démarche, « étaye » les élèves dans le passage des différentes étapes du projet, de leur question de recherche aux conclusions finales en passant par la rédaction des hypothèses et du protocole.

Jeunes Savanturières présentant leur projet sur la glace (juin 2017). Savanturiers, CC BY-NC-SA

Structurer une démarche de découverte

À chaque étape, les points d’attention sont rappelés. Vous avez rédigé une question ? C’est parfait, mais est-ce une question dont la réponse appelle la mise en œuvre d’une démarche scientifique ? On évitera par exemple les questions qui appellent des réponses binaires : oui/non. Vous avez produit un protocole – très bien – mais que vouliez-vous tester ce faisant ? Vous aviez une hypothèse en tête n’est-ce pas ? De quel matériel allez-vous avoir besoin, quelles sont les différentes étapes ?

En somme, il s’agit de structurer la démarche sans pour autant donner aux élèves les réponses clefs en main – de toute façon, ces réponses n’existent pas toujours. L’élève n’a pas à se cantonner à suivre pas à pas une recette toute prête, sans comprendre les tenants et les aboutissants des choix expérimentaux effectués.

Les programmes encouragent l’élève à être plus investi dans la formulation des hypothèses, dans la conception expérimentale. Mais on ne peut pas le laisser seul face à une feuille blanche et quelques menus conseils, d’où l’importance de l’étayage. Que pensez-vous qu’il advienne sinon ? Ils se mettront éventuellement à manipuler le matériel qu’on leur aura fourni. Mais l’utiliser pour tester des hypothèses, pour s’insérer dans une démarche scientifique, il y a là un fossé qui ne peut être franchi seul.

Étayer la démarche d’un élève, voilà qui n’a rien de révolutionnaire me direz-vous ; c’est le pain quotidien de centaines de milliers d’enseignants en France. Certes, mais ceux qui utilisent le numérique pour le faire ne sont a priori pas monnaie courante. Par ailleurs, d’autres éléments sont intégrés dans l’application, comme des outils de brainstorming, qui facilitent la génération et la catégorisation d’idées.

Du Carnet numérique aux travaux personnels encadrés ?

Enfin, le CNEC est pensé pour être utilisé en groupe. Le travail en équipe reste encore peu développé dans nos enseignements, et il est temps que gagnent en importance les technologies éducatives qui facilitent les dynamiques de groupe. D’où l’importance donnée à la question dans l’outil, qui vise à aider la mise en place d’une alternance entre les différentes modalités de travail – seul, en groupe, en classe entière – après tout, la recherche est une œuvre collective, et il peut être bon que cela se reflète dans les projets qui ont vocation à initier à la démarche scientifique.

Qu’on se le dise, personne ne prétend qu’une technologie éducative permettra de produire à la chaîne de futurs scientifiques. Évidemment, l’outil ne se substitue pas au travail du professeur ; tout au plus accompagne-t-il la démarche, dont la qualité est fonction du niveau de formation des enseignants. Il est néanmoins indubitable que la technologie constitue une composante essentielle de toute stratégie visant à faire évoluer à grande échelle les pratiques sur le terrain.

Notons à ce propos que l’enjeu dépasse le seul cadre des projets Savanturiers. Les Travaux Personnels Encadrés – les fameux TPE – sont une autre application possible de l’outil, mais on peut en imaginer bien d’autres. De manière générale, toute pédagogie fondée sur les projets en équipe, en particulier dans le domaine des sciences, pourrait bénéficier du CNEC.

À bien des égards, sa vocation est de contribuer au développement d’approches pédagogiques, qui, si elles constituent sans aucun doute un défi pour l’enseignant tant l’orchestration de la pédagogie par projet comporte de difficultés, n’en ont pas moins de beaux jours devant eux. Du moins l’espère-t-on.

Développer l’éducation par la recherche avec un carnet numérique, [en ligne]. The Conversation, 26 avril 2018. Disponible sur https://theconversation.com/developper-leducation-par-la-recherche-avec-un-carnet-numerique-94683

 

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