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Quelques pistes de réflexion pour faciliter le passage de Baccalauréat professionnel vers le BTS

LP Chaque année de plus en plus d’élèves de Terminale Baccalauréat professionnel désirent poursuivre leurs études en Section de Technicien Supérieur. Véronique Bourguignon, formatrice Lettres de l’académie de Paris, nous propose quelques pistes de réflexion pour préparer nos élèves.

L’introduction du programme de Français du Baccalauréat professionnel (BO spécial n°2 du 19 février 2009) précise que « dans une perspective d’une poursuite d’études vers l’enseignement supérieur, l’enseignement du français assure la préparation aux exercices attendus dans la suite du cursus (…) ». Chaque année de plus en plus d’élèves de Terminale Baccalauréat professionnel souhaitent poursuivre leurs études en Section de Technicien Supérieur. Pourtant nous connaissons les difficultés qu’éprouvent ces étudiants notamment les premiers  mois de leur formation. Il semble donc indispensable pour les aider à mieux se préparer à cette poursuite d’étude de réfléchir aux compétences et connaissances attendues en Section de technicien Supérieur en regard des exigences du Baccalauréat professionnel et d’analyser les difficultés qu’ils rencontrent.

I. De l’enseignement du français à « la culture générale et expression »

Le BO n°47 du 21 décembre 2006 rappelle que le but de l’enseignement du français en STS est de donner la culture générale nécessaire aux candidats dans leur vie professionnelle ainsi que dans leur vie de citoyen et d’améliorer leur communication pour la rendre plus efficace.

« La culture générale » est travaillée par la lecture de textes et documents divers (presse, essai, œuvres littéraires, documents iconographiques, films)

Elle aborde les questions d’actualité et du monde contemporain telles que des questions de société, de politique, d’éthique, d’esthétique… L’objectif est de créer une culture commune, de développer la curiosité et  le sens de la réflexion. Les thèmes développés sont au libre choix du professeur en première année mais sont imposés et publiés au BO en deuxième année. Par exemple pour la session 2013, sont traités « Le sport, miroir de notre société ? » et « Paroles, échanges, conversations, et révolution numérique » et pour la session 2014, un nouveau thème « Cette part de rêve que chacun porte en soi ».

Pour l’ « expression », il s’agit pour les candidats de maîtriser des capacités, des techniques d’expression

Cela suppose une connaissance de la langue donc du vocabulaire et de la syntaxe mais aussi des aptitudes à la synthèse, à savoir, prendre en compte la pensée d’autrui et exprimer la sienne.

II. Les difficultés rencontrées par les étudiants issus de Bac Pro

La première difficulté ressentie par les élèves issus de Baccalauréat professionnel est leur complexe face à l’écriture

En effet nombre d’entre eux réduisent l’expression écrite au respect des normes orthographiques et syntaxiques. Or ils ont conscience de peu ou de mal les maîtriser et donc ils pensent ne pas savoir écrire. Par ailleurs, ils ont un rapport plutôt utilitaire à l’écriture. Ils considèrent très souvent que commenter, décrire, expliquer un point de vue, en développer un, est inutile.
Selon les différentes enquêtes et les différents échanges avec les professeurs de français intervenant dans les STS, leurs difficultés se situent à trois niveaux : la syntaxe et l’orthographe, le manque de lexique, la production écrite. Ces mêmes sources, nous indiquent qu’ils lisent, réfléchissent, s’expriment, écrivent mais qu’ils attendent de l’enseignant de l’aide, de l’accompagnement. Ce soutien leur parait naturel puisqu’ils l’ont connu en Baccalauréat professionnel.

Nos élèves qui poursuivent en STS peuvent réussir

Malgré ce bilan, nos élèves qui poursuivent en STS peuvent réussir. Il faut d’abord les rassurer, les décomplexer, leur expliquer que les apprentissages seront progressifs. En effet, comme pour le CAP ou le Baccalauréat professionnel, le BO rappelle la nécessité d’une progression dans les apprentissages. On ne peut effectivement pas demander aux étudiants de première année de maîtriser des exercices proposés lors des épreuves de BTS, à savoir la synthèse et l’écriture personnelle. La première partie de l’épreuve consiste ici à rédiger une synthèse objective en confrontant les documents fournis par le sujet. Quant à la deuxième partie, elle demande de répondre de façon argumentée à une question relative aux documents proposés en synthèse et à ceux étudiés dans l’année en cours de « Culture générale et expression ».
Alors lorsque se précise le projet professionnel des élèves de Baccalauréat professionnel, leur choix de poursuivre leurs études, expliquons leur ce que cela implique, les exigences d’une poursuite d’étude. On peut leur dire que bien se préparer pour les épreuves de Baccalauréat, c’est bien se préparer à l’entrée en STS.

III. La préparation

Nous ne préparons pas nos élèves au BTS mais nous avons la responsabilité de les préparer au Baccalauréat. Notre travail consiste à réduire l’écart entre les niveaux des différents élèves, de repérer et solliciter les élèves qui ont les capacités de poursuivre leurs études.
Nous devons saisir l’opportunité offerte par les nouveaux programmes de Baccalauréat professionnel qui s’inscrivent dans la rénovation de la voie professionnelle, du CAP au BTS. La colonne « connaissances », en particulier celles appartenant au champ linguistique, nous invite à travailler le lexique qui fait cruellement défaut à nos élèves mais aussi à réfléchir avec eux sur des points de langue. La colonne « capacités » propose des activités de lecture, d’analyse, d’écriture et de prise de parole. Ces deux aspects du programme font écho aux quatre finalités : « Entrer dans l’échange oral »,  « Entrer dans l’échange écrit », « Devenir un lecteur compétent », « Confronter des savoirs et des valeurs pour construire son identité culturelle ». La colonne « attitudes » insiste quant à elle sur l’ouverture à l’autre, son acceptation, son respect, sur la confrontation à d’autres cultures, à d’autres langages culturels.

1 . La langue, nouvel objet de curiosité ?

Pour la plupart de nos élèves, il n’existe pas d’automatisme en ce qui concerne la grammaire et l’orthographe pourtant ils ont eu un enseignement de la langue en primaire et au collège. Il faut peut-être donc réfléchir à une approche différente de celle qui isole la langue des autres activités et qui suit le schéma : cours, règle et exercices et ainsi faire le lien entre la langue, la lecture, l’écriture et l’oral. En effet nous devons partir de textes d’auteurs, de production d’élèves, de paroles prononcées pour aborder ces points de langue. Les élèves doivent être plus actifs et manipuler la langue qui devient un objet de curiosité, de questionnement. Par exemple proposons leur des déplacements, des suppressions, des substitutions de termes et analysons ensemble les changements, les nuances de sens. Ou encore à partir de productions d’élèves, organisons des séances de négociations orthographiques, des mises en voix pour mettre en évidence des regroupements de mots, le rôle de la ponctuation. Par ailleurs à l’occasion de la lecture de textes, nous pouvons amener les élèves à appréhender la phrase complexe, comprendre sa structure et son rôle, aborder les relations logiques, la cohérence à l’intérieur d’une phrase, d’un texte  et s’interroger sur les termes de reprise et les connecteurs. Ainsi les élèves auront les outils nécessaires à l’analyse d’un raisonnement mais surtout ils pourront les utiliser dans leur propre production écrite ou orale dès la classe de première et en vue de rédiger une argumentation en classe de terminale.

Parallèlement à la grammaire, travaillons avec les élèves le lexique dans le but de leur faire acquérir des connaissances lexicales, de développer leur vocabulaire. Chaque objet d’étude fait cohabiter un lexique usuel qui doit permettre de mieux le comprendre, de travailler le sens précis de mots très souvent polysémiques et un lexique thématique qui permet de s’exprimer à l’oral comme à l’écrit de manière plus précise, plus nuancée. Comme pour la grammaire, l’apprentissage du lexique doit se faire en lien avec les activités de lecture, d’écriture et d’oral. Nous devons proposer des séances d’observation, de manipulation dans le but de réinvestir ces connaissances dans les productions.

2. Décomplexer l’acte d’écrire

Un de nos objectifs, en lycée professionnel notamment, est de modifier le rapport qu’entretiennent les élèves avec l’écriture. Ce moment est souvent pour eux douloureux, ils se sentent incapables de produire quelque chose de correct, de lisible et ne comprennent pas l’utilité d’écrire au-delà de la simple communication « utilitaire ».
Pour les aider à franchir cette nouvelle étape, la production écrite doit être régulière, variée, dédramatisée et pas forcément notée. Chaque séance devrait être l’occasion de faire écrire les élèves. Ces écrits peuvent prendre des formes diverses. D’abord l’écriture peut être de travail : la prise de notes, le journal de séquence, le résumé, la synthèse… Ces écrits aident les élèves à organiser leur pensée, à mieux apprendre. Mais l’activité peut aussi prendre la forme d’une écriture d’invention comme la suite de texte, l’écriture d’imitation à partir d’un texte source… ou d’une écriture d’argumentation dont les exigences seront progressives de la classe de seconde à la classe de terminale. Pour faire progresser les élèves, il est essentiel de leur faire prendre conscience que l’écriture est un long processus qui nécessite des réécritures. Inspirons-nous de nos pratiques en CAP et envisageons, dans la phase de formation de nos élèves, plusieurs étapes à l’écriture (écriture – réécriture), apprenons leur à reprendre leurs écrits, à les améliorer. D’ailleurs ces pauses offrent l’opportunité de travailler la langue (la syntaxe, la cohérence, la ponctuation), le lexique (le mot juste). Parallèlement à ce type d’écriture, habituer nos élèves à prendre des notes pendant le cours, lors d’un travail sur un document ou encore à pratiquer l’écriture personnelle (l’écriture pour soi pour mieux comprendre, pour mieux raisonner par exemple) participe à développer leur autonomie.

3. Dans quels cadres ?

Les cours de Français bien sûr mais aussi d’Histoire-Géographie et d’Education civique sont le lieu de ces apprentissages. En effet, le programme d’Histoire-Géographie et d’Education civique (BO spécial n°2 du 19 février 2009) insiste sur les différentes capacités que les élèves doivent acquérir tout au long de leur cursus en Baccalauréat professionnel. Par exemple, nous devons aborder le récit, la description, la caractérisation, la présentation synthétique, la rédaction d’un texte organisé, respectant l’orthographe, la construction des phrases … Ainsi les pratiques de l’oral et de l’écrit doivent être fortement présentes dans nos enseignements.
D’autres cadres tels que l’Accompagnement personnalisé, l’Enseignement Général Lié à la Spécialité sur le modèle des ateliers rédactionnels pour la spécialité tertiaire, Gestion-Administration, permettent de développer ces compétences et l’autonomie des élèves.

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