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20 ans de listes de baccalauréat

bac Ghislaine Dan, professeure de lettres pour des élèves de première S et ES, met à disposition ses listes de textes et les étapes de ses études pour le baccalauréat des années 1991 à 2013. Ces documents sont classés par genre (doc2), par titres de séquence (doc3) et par année (doc 4 à 20). On peut aussi télécharger l'intégralité du dossier en une fois compressé au format .zip

Mme Dan est une enseignante expérimentée. La mise à disposition du travail mené avec ses élèves en classe de Première ES et S sur une vingtaine d’années par le biais des listes de textes ou des descriptifs présentés à l’oral de l’EAF fournit aux enseignants de Lettres un matériau de choix pour stimuler leur réflexion didactique. 

Il faut préalablement rappeler le statut de ce qui s’appelle aujourd’hui descriptif : si le document support remis par l’élève n’est pas la relation exhaustive de tout le travail de l’année, du moins tous les textes qui y figurent ont fait l’objet d’une attention du professeur et donnent une idée assez précise du projet pédagogique réalisé.

Tous ces documents sont bien évidemment conformes aux prescriptions des textes réglementaires. La variété des textes proposés prouve, s’il en était besoin, que le cadrage de l’épreuve orale ne restreint ou n’uniformise pas l’éventail des œuvres ou extraits étudiés mais laisse, dans le cadre ainsi défini, une grande liberté de choix à l’enseignant dans les textes qu’il propose à ses classes.

Ces listes portent naturellement la trace des changements de programme ou des modalités du déroulement de l’épreuve orale, elles illustrent également la permanence de la visée d’une formation littéraire, au-delà des changements d’étiquette (lecture méthodique vs analytique, groupements de textes à cohérence thématique / problématique vs groupement de textes complémentaires…).

L’entrée par les genres demeure la catégorie ordonnatrice de l’approche des textes : roman, poésie, théâtre, littérature d’idées. Les programmes en vigueur ont rétabli le roman comme objet d’étude en classe de première, en lieu et place du biographique, souvent réduit à l’autobiographique. Sur la « longue durée » de ces listes, chacun des grands genres est ainsi régulièrement abordé. On notera la place consistante de la littérature d’idées, tant pour les œuvres intégrales (souvent courtes en raison de leur densité) que pour les groupements de textes (en particulier « Démonstrations en tous genres »).

Deux perspectives, générique et historique, ordonnent les objets d’étude. Les références culturelles ne prennent tout leur sens que par leur inscription dans une histoire – qu’elle prenne la forme de groupement de textes complémentaire ou de lecture cursive. L’examen comparé de l’étude réitérée (2002, 2004, 2006, 2013) d’une même œuvre est significatif : L’Illusion Comique donne toujours lieu à des lectures analytiques d’extraits et à des études transversales ; son étude est ultérieurement mise en perspective de façon variée : groupement de textes sur la mise en abyme, lecture cursive d’une pièce baroque, confrontation de mises en scène contemporaines récentes... On puise dans une œuvre littéraire, on ne l’épuise pas. Ajoutons que la même borne terminale « à nos jours » assignée à tous les objets d’étude de la classe de première invite les enseignants à ne pas cantonner le choix de leurs textes dans la littérature patrimoniale ou consacrée, mais à offrir à leurs élèves des œuvres contemporaines qui témoignent de l’actualité de la pratique littéraire, quand bien même les examinateurs se montrent frileux à interroger ou à engager le dialogue sur des textes qu’ils ne connaissent pas.

Chacune des listes présentées équilibre œuvres intégrales et groupements de textes – ces deux modalités s’imposent réglementairement ; leur déclinaison dans les quatre genres et le réquisit de six ensembles textuels permettent des combinaisons multiples et variées. Dans chacune des 17 listes proposées, deux œuvres intégrales au moins ont été étudiées. Si le théâtre donne systématiquement lieu à l’étude d’une pièce, la poésie est majoritairement abordée par des groupements de textes ; la définition souple de l’œuvre poétique dans les actuels programmes (« partie substantielle d’un recueil ») est de nature à infléchir la perception spontanée du genre au travers du seul poème et à développer la lecture d’œuvres poétiques.

Cet échantillon longitudinal d’un parcours professionnel est significatif de la gestion renouvelée par un enseignant des textes qu’il propose aux cohortes successives d’élèves qui lui sont confiés : doit-il se répéter ? tout changer, modifier, et dans quelle mesure, les textes d’une année sur l’autre ? Questions endogènes… pour les élèves, les textes sont une découverte. Ici encore, la liberté pédagogique est engagée, dans le silence heureux des textes… : aucune norme n’est fixée, aucune indication n’est donnée. Tel le père de famille de l’Evangile « qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes », le corpus des 17 listes et des 52 ensembles textuels qu’elles contiennent présente un exemple fort d’un arbitrage en faveur d’un renouvellement annuel consistant : une seule liste est constituée intégralement d’ensembles antérieurs quand les trois premières années donnent lieu à un renouvellement de tous les ensembles… Dans son choix de textes nouveaux, le professeur apparait comme un expérimentateur : près de 60% des ensembles présentés ne le sont qu’une seule année, environ 40% ont une postérité qui n’est pas simple reconduction à l’identique : l’emblématique groupement L’écriture autobiographique : commencements propose une lecture analytique des mêmes extraits, tout en s’enrichissant de lectures et de documents complémentaires… Dans le respect des programmes, entre un souci légitime de confort, le désir, informé par l’expérience, de reprendre l’analyse d’un même extrait et l’envie de se renouveler, les marges de manœuvre sont multiples ; quel qu’en soit le résultat, les choix de l’enseignant en matière de permanence ou de renouvellement dans l’élaboration de son projet pédagogique gagnent à être explicités.

Les quelques commentaires qui précèdent n’épuisent pas l’intérêt de ce riche corpus. Le site académique accueillera avec intérêt toutes les réactions des professeurs.

Martin DUFOUR, IA-IPR Lettres