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Penser la Grande Guerre en France à partir des femmes et du genre

Introduction

L’histoire des femmes et du genre et ensuite l’histoire culturelle ont considérablement renouvelé le champ de l’histoire de la Grande Guerre qui avait jusque-là privilégié les aspects militaires, politiques et diplomatiques. Bien avant l’émergence d’une histoire culturelle de la Première Guerre mondiale, l’histoire des femmes, dont le premier objectif dans les années 1970 fut de rendre visibles les femmes du passé, s’est en effet intéressée aux multiples expériences féminines pendant le conflit et à l’impact de l’événement sur la place des femmes dans les sociétés occidentales. Attentive aux réalités comme aux représentations, elle a ensuite privilégié une approche plus relationnelle, plus « genrée », observant les rapports sociaux entre les hommes et les femmes et toutes les formes de symbolisme sexué, analysant la construction des identités sexuelles. Elle a enfin observé comment le genre (traduction tardive du gender anglo-américain, sexe social construit) structure les politiques de guerre.

Le concept de genre, ainsi entendu comme un outil d'analyse qui permet de penser les rapports de hiérarchisation entre les sexes, de voir comment s'organisent les rapports de pouvoir et leur évolution, a permis un renouvellement de la lecture du conflit en plaçant les relations hommes femmes au centre de l'analyse.

La guerre est en effet traditionnellement l’affaire des hommes identifiée à la virilité et l'histoire du combat est avant tout une histoire des hommes entre eux. La variable du genre est un déterminant majeur dans les assignations traditionnelles en temps de guerre : les hommes sont censés défendre la collectivité sur les champs de bataille ; de cette collectivité, les femmes assurent le devenir en donnant la vie aux enfants dont elles s’occupent au sein de l’espace domestique.

Or la guerre, c’est aussi le temps de l’exceptionnel, elle est une rupture dans l’ordre social et familial, les sociétés sont désorganisées, les valeurs habituelles bouleversées… L’expérience de la guerre est autant un moment de contrainte formidable (libertés suspendues, privations, tourments et deuils) qu’une période où la désorganisation sociale ouvre des espaces de liberté, de transgression et de possibilité de vivre autrement.

La question est donc de savoir comment le genre structure les politiques de guerre, si celle-ci, par les situations exceptionnelles qu'elle a engendrées, a été un temps de remise en cause, d'ajustements ou de nouveaux équilibres pour les identités de genre, notamment en déconstruisant le mythe de la femme pacifiste et humaine. Il s'agit également d'interroger la thèse d'une « guerre émancipatrice » pour les femmes.

1ère partie

 I- Les formes sexuées de la mobilisation pendant la Grande Guerre : la place des femmes dans le dispositif de la Nation en armes.

 

A) La mobilisation des femmes sur le front intérieur : des combattantes sans armes pour servir la patrie

  • Femmes et « culture de guerre »

En France, comme en Allemagne et au Royaume-Uni, le consentement majoritaire des féministes à la guerre, voire leur esprit de croisade contre l’ennemi, est indéniable et conforme à la thèse des historiens de la culture de guerre, caractérisée par une sacralisation de la Nation, un esprit de croisade et la haine de l’ennemi présenté comme un barbare. Françoise Thébaud[1] met ainsi en lumière l'existence du mythe sexualisé de la femme naturellement pacifiste en tant que mère potentielle ; présent encore aujourd’hui, ce discours est porté avant 1914 par les pacifistes et par une grande partie du féminisme, qui dans sa revendication de droits politiques pour les femmes met en avant des arguments d’égalité et de différence porteurs d’une véritable utopie suffragiste : si les femmes votent, affirme ainsi La Française du 5 juillet 1914, il n’y aura plus de guerre, plus de taudis, plus de prostitution, plus de tuberculose… or les féministes ont adhéré massivement à l’effort de guerre et l’internationalisme « féministe » s’est effondré.

Ainsi à l'été 1914, les féministes mettent en sourdine leur revendication suffragiste pourtant à son apogée et participent dans toute l’Europe à l’union sacrée, oubliant leur solidarité, pour parler de « devoirs patriotiques ». Dans le journal La Fronde, Marguerite Durand lance un appel : « femmes, votre pays a besoin de vous, soyons dignes d’être Françaises ». Les féministes appellent les femmes à servir et à se mobiliser, pour assurer les productions de guerre mais plus encore pour aider soldats, blessés ou réfugiés. Elles espèrent toutefois que la preuve de leur patriotisme sera récompensée après la guerre par l’obtention du droit de suffrage.

La mobilisation générale du 1er août concerne la population masculine (3,6 millions d’hommes placés sous l’autorité militaire) car seuls les hommes peuvent porter les armes. De même seuls les hommes votent. Faire la guerre et exercer le droit de suffrage sont deux caractéristiques primordiales de la citoyenneté de laquelle sont exclues les femmes.

Dans ce contexte, un rôle particulier est dévolu aux femmes : consentement à la guerre, esprit de sacrifice et dévouement, attente fidèle du compagnon mobilisé sur le front. Les manuels d’éducation morale destinés aux jeunes filles abondent en ce sens.

De fait partout des femmes répondent à l’appel patriotique et se mobilisent aussi pour soigner des blessés dans les hôpitaux de la Croix rouge, animer des cantines dans les gares, nourrir des réfugiés, des chômeurs ou les familles des mobilisés restées sans ressources.

Les dames d’œuvre sont très actives. La puissante Ligue patriotique des Françaises, catholique, crée une trentaine d’ouvroirs et s’associe à des laïques pour créer l’Association pour l’enrôlement volontaire des Françaises au service de la Patrie. Les féministes créent le Conseil national des femmes françaises qui ouvre des foyers de soldats et un Office de renseignement aux familles dispersées. En 1915 est créée la Famille du soldat avec les marraines de guerre.

Le domaine social est le domaine où la mobilisation féminine était le plus attendu, les femmes étant coutumières de ce genre d’activités charitables depuis le XIXe siècle, perçues comme des activités « féminines traditionnelles » : infirmières, cantinières, marraines de guerre.

Cependant, l’observation des femmes dans leur diversité nuance aussi la thèse culturaliste. Les rapports policiers sur l’état de l’opinion publique comme les correspondances de gens plus « ordinaires » montrent plutôt, au-delà de la diversité des attitudes, la résignation face à un conflit inévitable, la lassitude d’un combat qui dure, la dénonciation des souffrances et des misères engendrées par la guerre. Le travail de Jean-Louis Robert a certes dénoncé le mythe d’un mouvement pacifiste déclenché par les couturières parisiennes en mai 1917 et montré que les grèves des femmes sont avant tout salariales mais des grèves de munitionnettes en 1917 expriment pour le moins une aspiration au retour des soldats[2].

Des dissidentes ont également oeuvré en faveur de la paix à partir du Congrès international des femmes pour la paix d’avril 1915 à La Haye. Gabrielle Duchêne crée la section française du Comité international des femmes pour la paix permanente avec des féministes et des socialistes. La socialiste Louise Saumoneau crée le petit Groupe des femmes socialistes qui refusent l’Union sacrée. En 1917 est créée la Voix des femmes avec Louise Bodin, Colette Reynaud mais aussi Romain Rolland et Henri Barbusse. C’est le procès d’Hélène Brion[3] qui va donner un retentissement à leur action. En mars 1918, cette institutrice syndicaliste (CGT) et féministe, comparaît pour avoir diffusé des brochures pacifistes et est arrêtée pour défaitisme. Or elle réfute le chef d’inculpation, en affirmant que son pacifisme est une application en temps de guerre de son féminisme. Elle inscrit le féminisme dans une hostilité à la guerre et montre que la participation politique des femmes aurait empêché la guerre. Impressionné, le tribunal ne la condamne qu’à la prison avec sursis.

 

  • L'effort de guerre : les femmes sur tous les fronts

Le départ des soldats entraîne de nombreuses familles dans la misère. L’allocation versée par l’État en Allemagne comme en France où elle est conçue pour soutenir le moral des soldats et non pour aider les familles, est trop basse. La brusque montée du chômage dans les secteurs professionnels traditionnellement féminins (habillement, luxe) fait empirer la situation.

La mobilisation des femmes dans l'agriculture est rapide, par nécessité en raison des moissons, dès le 7 août 1914. Les paysannes sont ainsi les premières femmes auxquelles le gouvernement français fait appel pour participer à l’effort de guerre. Répondant à l'appel de René Viviani afin que «  les femmes remplacent sur le champ du travail ceux qui sont sur le champ de bataille » les paysannes suppléent l'absence des 1 500 000 travailleurs appelés au front, chiffre qui croît avec les années de conflit : en 1918, 60 % des agriculteurs sont au combat. Les familles n’ont pas les moyens de remplacer par des machines les bêtes réquisitionnées de sorte que les paysannes s’attellent elles-mêmes à la charrue. Elles ont cependant tôt fait de comprendre que la mécanisation rend caduque la différence musculaire entre les sexes ; aussi celles qui en ont les moyens s'engagent-elles dans la mécanisation, que conseille du reste le gouvernement. Pour les femmes des fermes modestes, surtout celles qui n'ont pas de personnel, le travail des champs est surtout synonyme de désarroi, de solitude, de surmenage et d'accidents. La prise de responsabilité et la liberté des femmes sont par ailleurs limitées par la morale villageoise et familiale qui délègue aux hommes, trop âgés ou trop jeunes pour être au combat, l'autorité patriarcale des absents et attend des femmes qu'elles soient les gardiennes des mœurs et de la tradition.

À partir de 1915, les États belligérants comprennent que la guerre va durer. Il faut donc réorganiser les économies, alimenter les tranchées en hommes valides et fabriquer toujours plus d’armes sophistiquées. Partout, il faut alors faire appel aux femmes pour pallier le manque de main-d’œuvre. Mais en France, le recrutement n’est ni systématique, ni massif : les femmes constituaient déjà 32% de la main-d’œuvre avant la guerre : elles ne dépasseront pas 40% atteints à la fin de 1917. Ainsi comme le souligne Françoise Thébaud[4], l'entrée dans le monde du travail n'a pas concerné uniquement les bourgeoises. Les femmes du peuple, ont elles, toujours travaillé. La guerre ne les introduisit donc pas dans le monde du travail. En revanche, il y a eu déplacement des industries traditionnellement féminines en crise vers d’autres emplois. Les banques, les PTT, les chemins de fer les embauchent massivement, l’enseignement se féminise dans les écoles de garçons et deux femmes, Jeanne Tardy et Berthe Milliard entrent même au ministère des Finances et du Travail dans le gouvernement Ribot formé en mars 1917.

Mais dans les industries de guerre, où il fallait des compétences spécifiques, on préfère d'abord faire appel aux étrangers, aux travailleurs des colonies ou rappeler du front des hommes qualifiés. Il parut en effet préférable au gouvernement français de ramener cadres et ouvriers qualifiés, avec certes une infinie prudence pour ne pas dégarnir le front.

Ainsi à partir de 1915, ce sont entre 350 000 et 500 000 hommes qui furent redéployés vers les usines d'armement, formant ainsi le groupe privilégié des « affectés spéciaux »[5].  Comme à la fin de 1915, ils ne suffisent plus, on recrute des « munitionnettes », d’abord à des tâches subalternes, puis à tous les postes, y compris ceux qui exigent une grande puissance physique. Elles sont 600 000 en 1918 c'est-à-dire le quart des ouvriers d’usine, attirées par les bons salaires. Leur présence accélère la mécanisation et donc la répétition des tâches et l’augmentation des cadences, et les patrons sont tentés de baisser les salaires d’où des grèves qui se multiplient en 1917.

Il y a bien donc eu transfert d’une partie de la main-d’œuvre féminine des secteurs traditionnels (textile, domesticité) vers les secteurs de production liés à la guerre (métallurgie, chimie), mais dès la fin de la guerre en novembre/décembre 1918, les femmes ont été démobilisées brutalement des usines de guerre, à l'exception des veuves.

En Grande-Bretagne par exemple,l’ouverture au travail féminin est plus massive bien qu’il soit aussi considéré comme explicitement temporaire : les femmes ne sont embauchées qu’avec un engagement de démission. De l’été 1914 à l’automne 1918, la main-d’œuvre féminine dans la grande industrie et le commerce augmente de 24% à 38%. Les femmes sont plus nombreuses qu’en France dans l’armement avec 1 million en 1918. Elles sont aussi présentes dans l’armée : au printemps 1917 naît le Women‘s Army Auxiliary Corps, corps auxiliaire regroupant des associations de volontaires, dotées d’uniformes, de grades et de règlements militaires. Elles sont en fait cantonnées dans les cuisines, les bureaux ou les ateliers de mécanique, un peu comme les employées de services auxiliaires de l’armée française mais elles forment un véritable corps armé autonome.

Si les conditions de travail sont dures (horaires, cadences, pénibilité), le travail en France pendant la guerre a constitué pour certaines femmes une relative expérience de liberté, d’émancipation que met en avant F. Thébaud. Elles ont eu pour certaines des salaires élevés, une autonomie pour les plus jeunes, des responsabilités dans l’administration, même si il faut souligner le caractère provisoire et superficiel de ces changements[6].

Mais la guerre a aussi provoqué un « brouillage des identités sexuelles » et les contemporains condamnent la « masculinisation » des femmes qui travaillent. La crainte des hommes va au-delà de la crainte de la concurrence ; elle se fixe sur la confusion des rôles dans le public comme dans le privé et s'exprime notamment dans l'explosion d'une littérature misogyne et antiféministe qui montre, à plaisir, la femme frivole, futile, infidèle dès que la censure laisse libre court à ces écrits, interdits au cœur du conflit pour ne pas démoraliser les troupes.

D’où l’obsession des contemporains à multiplier les métaphores : « enfiler les obus comme des perles », « faire de la métallurgie comme du tricot » et à traquer les qualités féminines (grâce, dévouement, minutie). Même lorsque le travail ou les vêtements sont masculins, il s’agit de se rassurer sur l’immuabilité de la frontière entre les sexes, comme l'atteste cet extrait du journal J'ai vu de juin 1917, qui donne des informations sur l'ouvrière de la victoire :on la voitsouriante avec un énorme obus dans la main gauche, un fusil dans la droite et la légende suivante : « vêtues de la cotte des ouvriers, on les a vues dans les usines tourner les obus, fondre de l’acier pour les canons, fabriquer des explosifs. Et dans cette atmosphère de mort, parmi ces durs travaux d'hommes, si rudes à leurs bras fragiles, elles ont su rester femme et garder toute leur grâce ».

 

  • Mobiliser le corps des femmes : le processus de « nationalisation »

La Grande Guerre se joue aussi sur le « front de la maternité ». L’Union sacrée enclenche une mobilisation du corps des femmes, ce que Françoise Thébaud a appelé le processus de « nationalisation ». Il y a en effet consensus sur le rôle dévolu aux femmes : fonction procréatrice et mission maternelle des femmes qui serait leur fonction naturelle.

Le 18 novembre 1915, Pierre Rameil dépose un projet de loi en faveur de la maternité et de l'allaitement maternel car la femme doit pouvoir accomplir « son devoir de Française en donnant un enfant à la patrie ». Des cantines maternelles, des Gouttes de lait, des consultations du nourrisson, des cours de puériculture, des crèches d'usine apparaissent à Paris et en province. En 1916, sont créées la Ligue française pour le relèvement de la maternité, et La plus grande famille avec Auguste Isaac qui, après la guerre, obtient que soit décernée une médaille « aux familles nombreuses, la Patrie reconnaissante ».

Le débat sur le travail féminin est relancé, car il est rendu responsable de la baisse de la natalité. Mais face aux impératifs immédiats de la Défense nationale, le Parlement se contente de la loi Engerand sur les chambres d'allaitement en août 1917.

 

B) Des femmes au front, des hommes à l’arrière : un déplacement des assignations traditionnelles des sexes ?

Beaucoup, à commencer par les féministes, veulent participer plus pleinement à l’effort de guerre : en France, La Fronde de Marguerite Durand demande en vain un service militaire auxiliaire pour les femmes. Celles qui se sont risquées au front travesties en poilus sont arrêtées et renvoyées à l’arrière. Elles sont radicalement exclues de l’armée. On a donc unrefus, en France et dans d'autres pays européens de la femme guerrière, de la combattante en armes. Dans le discours officiel, la séparation homme-femme semble évidente pendant la Première Guerre mondiale. Les hommes participent aux opérations militaires, les femmes ne doivent pas être à proximité du front, lieu où s’exerce la violence. Cette volonté de distinction et d’exclusion des femmes du champ de la guerre, est à lier au mouvement de construction de la citoyenneté en France. En effet, un des devoirs du citoyen est le don de son sang pour défendre la patrie. On assiste à l'extension à l'ensemble des hommes du référent masculin citoyen-soldat-père de famille et patriote. Les femmes, n’ayant pas accès à la citoyenneté, ne peuvent donc prendre part au combat car ceci contribuerait à brouiller les représentations.

Puis il fallut se résoudre à accepter des femmes peu à peu dans la zone des armées, comme infirmières. Les infirmières militaires passèrent de quelques centaines en 1914 à 30 000 en 1918 ; à partir de 1915, elles furent d’abord les seules infirmières a avoir accès à la zone des armées ; puis face aux besoins gigantesques au printemps 1917, le ministère de la Guerre autorisa finalement l’admission de volontaires femmes de la Croix-Rouge dans la zone de guerre.

Ainsi, les héroïnes de la guerre, ce sont ces infirmières surnommées les « anges blancs », qu’elles soient de formation ou bénévoles. Françaises, Anglaises, Belges, Américaines s’occupent des soldats blessés, à la différence près que les infirmières anglaises sont en uniforme et considérées comme des militaires alors que les autres sont des civiles. La majorité sont d’origine sociale élevée d’où le choc pour certaines jeunes filles élevées dans la pudeur et la crainte du corps masculin, de soigner les corps souffrants.

En même temps les soldats considèrent les infirmières de manière ambivalente : à la fois anges bienfaiteurs et anges exterminateurs lorsqu’elles déclarent les blessés aptes à retourner au front; à la fois maternelles et tentatrices puisque vivant dans la promiscuité des soldats.



[1] Françoise Thébaud, « Penser la guerre à partir des femmes et du genre : l’exemple de la Grande Guerre », Astérion, 2004.

[2] J.-L. Robert, Les Ouvriers, la Patrie et la Révolution, Annales littéraires de l’université de Besançon, n° 592, 1995.

[3] Y. Ripa, «  Féminisme et pacifisme : la plaidoirie d'Hélène Brion », Les femmes actrices de l'Histoire, France, 1789-1945, Armand Colin, 1999.

[4] F. Thébaud,  Les femmes au temps de la guerre de 14, Editions Payot et Rivages, 2013.

[5] Sans être démobilisés, ils retrouvèrent une activité civile. Surgirent des tensions avec la paysannerie et d'autres catégories socio-professionnelles, chacun suspectant le voisin d'être un « embusqué », mis à l'abri des dangers du front. Voir Capdevila Luc, Rouquet François, Virgili Fabrice, Voldman Danièle, Hommes et femmes dans la France en guerre (1914-1945,), Payot, 2003.

[6] F. Thébaud, «  La Grande Guerre : le triomphe de la division sexuelle », Histoire des femmes en Occident, tome V.

2ème partie

II - Les souffrances de guerre

            Œuvre d’historiens plus que d’historiennes, les travaux sur les violences de guerre ne se réclament pas de l’histoire des femmes mais d’une histoire culturelle des conflits définie en réaction à l’historiographie antérieure, comme un double projet : ne plus écrire une histoire aseptisée de la guerre qui occulte la violence physique (subie ou exercée) et la souffrance des corps et des âmes ; cerner la culture de guerre et en comprendre la dimension eschatologique comme les enjeux idéologiques. Les phénomènes de violence font donc notamment l'objet aujourd'hui d'une attention particulière des historiens.

A) Les violences sexuées et sexuelles de guerre

  • Violences et déportations subies par les femmes dans les zones occupées : les oubliées de l'histoire

Dans les territoires occupés par les troupes des Empires centraux et notamment par l'Allemagne en Belgique et dans le Nord-Est de la France, les témoignages d’exactions contre les femmes sont nombreux. Outre le pillage et les réquisitions, des jeunes filles sont déportées pour travailler dans les champs ou les fabriques ou détenues dans des camps, maltraitées, parfois contraintes à se prostituer. Les déportations de femmes hors des villes occupées suscitèrent des réactions violentes pour que les Allemands mettent fin à cette pratique dès 1916[1].

Tous les camps font état, dans des formes comparables, de viols commis par les ennemis dans les territoires occupés : sur le front ouest, en France et en Belgique ; sur le front est, en Prusse orientale, en Russie, en Galicie autrichienne et en Serbie. Ces viols font l’objet, à des fins de propagande, de rapports publiés par toutes les nations belligérantes.

En France, les rapports sont l’œuvre de la Commission d’enquête en vue de constater les actes commis par l’ennemi en violation du droit des gens. La quasi-totalité des quotidiens en publient une partie à la mi-janvier 1915 : cela fonde le discours français sur les atrocités allemandes pendant toute la guerre. L’enquête est directe, on va même dans les territoires évacués par les Allemands après la bataille de la Marne. On cherche à établir que le viol a été une pratique de masse (mais l’information statistique fait entièrement défaut en réalité).

Stéphane Audoin-Rouzeau remarque à ce sujet que le thème des viols est un objet culturel nouveau, symptomatique des franchissements de seuils de la violence de guerre d’un conflit à l’autre : la propagande de la guerre de 14-18 leur fait la part belle tandis que celle de la guerre de 1870-1871, si elle développait déjà les thèmes des atrocités prussiennes et de la barbarie teutonne, restait beaucoup plus discrète sur le viol.

Il est difficile de quantifier les viols commis par les troupes d’invasion car la honte pousse les femmes au silence, mais le débat sur les « enfants de l’ennemi »[2] révèle en France l’ampleur du problème.

John Horne et Alan Kramer[3] ont montré que les “atrocités allemandes” eurent bien lieu, surtout pendant l’invasion plus que pendant l’occupation, sans qu’elles aient toutefois eu l’ampleur et les motifs qu’invoquait la propagande. Les viols de guerre apparaissent le plus souvent comme des viols de groupe et présentent fréquemment des points communs dans les récits qu’en font les victimes : omniprésence des armes et particulièrement de la menace de la baïonnette, qui marque les esprits ; ils s’accompagnent parfois de pillages, de coups, voire de la mise à mort ; ils sont souvent publics, commis en présence du père et des enfants.

Les contemporains se sont montrés incapables de penser les viols de guerre et de les insérer dans leur système d’interprétation des “atrocités” ennemies : on ne les considère pas autrement qu’en tant que débordements d’ordre individuel, révélateurs de l’inhumanité ennemie. Stéphane Audoin-Rouzeau en appelle à la sociologie, à l’anthropologie et à une connaissance plus fine des “représentations combattantes” et de la violence de guerre en 1914-1918 pour aller plus loin et voit quatre éléments : la volonté de conquête et d’humiliation de l’adversaire à travers le corps des femmes, le rôle joué par l’anomie de la guerre, par le port des armes et par le sentiment d’impunité, le traumatisme du combat et la peur engendrée par des dangers imaginaires, enfin l’effet de (petit) groupe : les “groupes primaires”[4] font triompher, au cours du viol collectif, le mythe de la virilité qui est exalté au combat et scellent ainsi leur camaraderie.

Paradoxalement, les journaux édulcorent la brutalité et la crudité des témoignages par l’emploi de la périphrase ou de la métaphore. Le même processus d’occultation de la réalité du viol se retrouve dans les récits de fiction. En fait, le mot même de viol est rarement prononcé. L’iconographie participe du mouvement et ne fait que suggérer.

Les viols de guerre témoignent cependant d'une certaine ambiguïté. Ils sont en effet au croisement d’une criminalité sexuelle et de l’image que l’on se fait de l’ennemi. Ce ne sont pas seulement les femmes qui ont été violées, mais aussi la Nation : souiller les femmes, c’est souiller la Patrie, la terre des ancêtres. Cette violence est donc tout autant une violence contre l’ennemi qu’une violence contre les femmes.

Profondément sexualisé, le discours de guerre met en avant une division complémentaire de la nation entre l’homme-soldat et les femmes et les enfants assimilés à la terre qu’il défend. Le rôle des hommes est de défendre l’inviolabilité du corps féminin, symbole de la nation et du foyer, d’où l’équation posée entre pureté nationale et pureté sexuelle qui conduit à une mythification du viol, très présente dans l’iconographie de guerre. Viol des femmes, viol de la patrie. Mais aussi, sur un plan symbolique, viol des hommes. La protection des femmes était l’un des points d’ancrage du sentiment national français et le viol est la matérialisation de l’impuissance des hommes à les protéger.

Symptomatiques sont les romans de l’après-guerre, centrés sur une crise d’identité masculine consécutive au viol des épouses ; les hommes, et non leurs femmes, y font figure de victimes,  accablés de honte dans Les Drames de la guerre de Pierre de Saint Yves ou en proie à la folie jalouse dans Les Berceaux tragiques d’Albert Giuliani. La Loi du mâle, du docteur Rabier, ose soulever ce qui, selon Stéphane Audoin-Rouzeau, fait partie d’un des non-dits les plus ancrés de la psychologie masculine du viol : et si la femme avait trouvé du plaisir avec l’ennemi ?

Cette exaltation de la femme de son camp coexiste avec une conception hiérarchique des rapports de sexe et un mépris des femmes qui conduit à féminiser l’ennemi dans la propagande, pour en souligner la décadence.[5] Plus généralement et plus nettement qu’en période de paix, le genre aide à penser l’identité nationale.[6].

Une des questions a été de savoir s’il fallait supprimer, abandonner ou conserver les enfants du viol. Ce débat est général et implique la presse, les “intellectuels”, les médecins, les féministes, les Eglises, les socialistes, les syndicalistes...

Des féministes (pas les réformistes qui accordent une place centrale aux valeurs de la maternité) demandent d’autoriser l’avortement ou l’accouchement sous X en France, d’autres de parrainer ces enfants de la honte. En fait, on laisse les femmes se débrouiller. Si au début de la guerre, les juges sont indulgents pour les infanticides ou les avortements (on craint pour la pureté de la race), avec la chute de la natalité et les pertes humaines des champs de bataille, l’État décide que ces enfants du viol seront élevés comme de bons petits Français et punissent les mères qui les suppriment. En général, on se soucie plus du sort de l’enfant que de la femme.

Sinon, les partisans de l’avortement sont surtout préoccupés de l’hérédité paternelle et des conditions de la conception (violence et alcool), susceptibles d’aggraver le risque de dégénérescence. Les médecins autour du Dr Variot en appellent à la pureté de la race et refusent l’idée d’une correction par le milieu. Ce discours médical touche toute la société : tout enfant né du viol boche sera nécessairement un affreux et violent Galate[7] qui contribuera au recul de la Civilisation (Stéphane Audoin-Rouzeau note que le débat virilise implicitement les enfants du viol; ce sont les fils de l’ennemi et non ses filles qui constituent un danger) et, parallèlement, un attardé mental. La culture de guerre radicalise l’idée d’eugénisme radical. Le sang et le sperme de l’ennemi sont perçus comme de très graves facteurs d’intoxication.

 

B) Contraintes et souffrances des hommes et des femmes : gérer la séparation et le deuil

 

  • Gérer la séparation

La guerre, rappelons-le, commence par séparer les couples. Elle éloigne, peut-être pour toujours les maris des épouses et les fiancés de leurs promises. Désormais, pour les amants séparés, il n'y a plus d'autres solutions que la sublimation, en dehors des courtes périodes de permission et de retrouvailles physiques. En attendant, les millions de lettres qui se croisent entre l'avant et l'arrière renouvellent quotidiennement les serments d'amour, comme si la distance renforçait la passion. Et quand la correspondance ne suffit plus à surmonter la souffrance de la séparation, les amants cherchent à se rejoindre dans la zone des armées, lors des longs séjours des soldats en cantonnement, à l'arrière des lignes. En contravention complète avec les instructions de l'état-major, des milliers de femmes se précipitent à Reims, Amiens ou Epernay, où elles occupent tous les hôtels.

Les hommes de la Première Guerre mondiale apparaissent traumatisés par leur expérience et pas seulement celle du feu, mais aussi celle de l’éloignement et de la séparation des femmes pendant quatre années. Ces hommes en souffrance ont le sentiment de ne plus maîtriser leur destin : partis en 1914 avec l'image du héros viril, se préparant au corps-à-corps, les mobilisés ont découvert que la guerre moderne et industrielle consistait surtout à tenir le terrain et à subir passivement le feu de l'artillerie ennemie. Les rôles sexués et la relation de dépendance se sont inversés momentanément, d'où un traumatisme masculin[8]. Les soldats souffrent en effet d’un état de dépendance par rapport à l’arrière féminin. Cette dépendance est triple : dépendance à l’égard des infirmières qui manipulent les corps des hommes et les infantilisent, dépendance du courrier des épouses, dépendance à l’égard des marraines de guerre instituées depuis janvier 1915.Entre 1916 et 1918 des scandales éclatent : un sous-officier a collectionné 263 marraines et certaines étaient aussi des amoureuses donc on dénonce l'aspect intéressé et sexuel de ces rencontres…

La marraine de guerre fit alors l’objet de campagnes de dénigrement ; la figure de la marraine est double : vieilles filles qui trouvent là l’occasion d'entrer en relation avec des hommes et illusion de l’amour, ou au contraire femmes légères qui multiplient les aventures. Elles sont aussi parfois assimilées à de mauvaises Françaises ou à des espionnes.

Tous ne peuvent pas sublimer la douleur de la séparation comme le poète Guillaume Apollinaire :

« Quatre jours mon amour, pas de lettres de toi/le jour n'existe plus, le soleil s'est noyé/la caserne est changée en maison de l’effroi/et je suis triste ainsi qu‘un cheval convoyé ».

Les hommes ont besoin de puiser dans le soutien affectif des femmes, s’il manque, c’est la catastrophe. Beaucoup de poilus supplient leur femme de ne pas les trahir dans les lettres et de rester fidèles. Ces correspondances nuancent l’image des poilus-héros en exposant leur fragilité affective. Longtemps, les historiens ont refusé de prendre la mesure de ces souffrances et les ont juste cantonnées au domaine physique (froid, boue, poux, manque de sommeil...). En fait, les  premiers historiens sont eux-mêmes des anciens combattants et ont préféré ignorer certains aspects traumatiques pour éviter de faire leur histoire personnelle et ont donné une version aseptisée du passé. Par ailleurs, ce type de souffrance semblait plutôt correspondre aux femmes dans la division traditionnelle féminité/masculinité.

Cette frustration affective et sexuelle des soldats provoque aussi une misogynie qui s’exprime avec violence. Blaise Cendrars relate « les horreurs que les hommes peuvent raconter sur les femmes quand ils sont seuls entre eux ». Une chanson des soldats français intitulée sobrement « Faut leur rentrerdedans » est à la limite de la pornographie et témoigne de la peur de l’émancipationféminine et de la castration, sa conséquence. L’historienne M-L Roberts considère laguerre comme une « expérience profondément émasculatrice », un sentiment de perte depouvoir qui prend sa source dans les souffrances infligées aux hommes.

Les poilus se sentent frustrés, floués par cette guerre longue et bien plus dure qu’aucune autre. D’où le développement d’un ressentiment, fait du soupçon qu’à l’arrière leurs femmes en profitent pour « faire la vie » tandis que les « hommes se faisaient casser la gueule pour les défendre ». Le discours sur les femmes qui « ne s'en font pas » et qui profitent de la guerre se généralise sur le front, et avant même la parution du Diable au corps de Raymond Radiguet, cette idée est déjà bien présente dans les esprits. Les hommes ont aussi le sentiment de s’être fait avoir en partant car ils sont remplacés par les femmes dans la vie économique et sociale. Plus humiliant, ils ont l’impression qu’on se passe fort bien d’eux pour faire marcher la famille, la ferme, la boutique... Ils redoutent que les femmes libérées de leur tutelle et gagnant de l’argent ne deviennent des femmes légères. Ils reprochent aussi aux femmes leur mobilisation dans la guerre au lieu de l’empêcher, au nom de leur rôle naturel de « conservatrices de la vie ».

La séparation ne rapproche pas forcément les couples : la peur de l'adultère, qui prospère sur l'éloignement, torture les soldats. Si les poilus jaloux qui ne préviennent pas de leur retour en permission et débarquent à l'improviste dans leur foyer sont plutôt rares, certains maris aveuglés par la crainte commettent cependant des crimes passionnels en revenant du front et sont acquittés par les tribunaux puisque les corps des femmes « appartiennent » à la nation et aux maris. Dans certains cas il existe aussi des débordements de violence guerrière sur la famille, la maltraitance devenant alors exutoire des souffrances endurées.

L’expérience de la guerre a créé un fossé entre les sexes. La courbe des divorces, surtout demandés par les hommes, augmente après guerre, signe de l’incompréhension née de la guerre entre hommes et femmes. La guerre est une expérience sexuée et les mobilisés rendus à la vie civile s’inquiètent du bouleversement des genres et de la remise en cause de leur autorité. D’où une volonté de retour à l’ordre dans l’immédiat après-guerre : au moment où les familles sont détruites, on célèbre plus que jamais les vertus du foyer et l’image de la mère.

 

  • Quand l’État s’en mêle : réorganisation des mœurs et contrôle de la sexualité

En 1914, l’atmosphère n’est pas aussi puritaine que vingt-cinq ans plus tard. La grivoiserie de la Belle Époque se manifeste encore dans la littérature et la presse.

Cependant la longueur du conflit contraint l’État à prendre en charge la séparation des hommes et des femmes. Il fallait impérativement rassurer les combattants sur la fidélité de leurs femmes.

C’est surtout la moralité des couples séparés par la guerre qui occupe les autorités d'où l'usage de la censure traquant la moindre allusion à l’infidélité des femmes ; le poilu devait pouvoir fantasmer pour oublier le cauchemar des tranchées, tout en étant rassuré sur les vertus de sa compagne. 

La priorité est donc pour les autorités de garantir le maintien des liens conjugaux malgré la séparation. Presse et cartes postales illustrées façonnent un type de représentation collective de la femme de poilu : souriante mais d’un sourire contenu, grave et digne, souvent occupée aux travaux de la ferme et de la maison et plus encore en train d’attiser chez les enfants la flamme du souvenir admiratif de leur père combattant  dans le but de rassurer les poilus sur les sentiments de l’arrière. De même, avant la mise en place des permissions, les législateurs, conscients des ruptures provoquées par le conflit et inquiets des hécatombes des premiers mois de guerre, votèrent une loi permettant le mariage par procuration des mobilisés. Ainsi les soldats français ont pu se marier à distance grâce à une loi, votée le 4 avril 1915, autorisant le mariage par procuration des mobilisés. Cette loi, exceptionnelle et provisoire puisqu’elle est mise en vigueur pour la durée du conflit, place le couple au cœur des enjeux de guerre. Elle est censée d’une part faciliter, pour les couples séparés, la traversée de l’épreuve ; elle doit, d’autre part, favoriser le bon moral du soldat et participe donc pleinement à la politique du pays en guerre ; elle a enfin pour objectif la sauvegarde de l’institution du mariage et de la famille en permettant, malgré les bouleversements et les séparations, les cérémonies d’union.[9] L'enjeu est moral, social et patriotique.

La vie sexuelle des femmes à l'arrière fut sévèrement contrôlée pendant le premier conflit. La surveillance s'exerça par le biais des pouvoirs publics (préfets, commissaires de police) avec des moyens de pression simples. La dépendance économique de nombreuses femmes les assujettissait, pour toucher l'allocation versée par l'État, à une conduite irréprochable. Mais le contrôle était aussi social. « Les fréquentations des épouses sont espionnées écrit Frédéric Rousseau,  leur tour de taille est sans cesse mesuré du regard. La chasse aux avortements clandestins bat son plein. Les femmes enceintes soupçonnées d'avoir avorté sont généralement dénoncées au procureur de la République par d'autres femmes sentinelles de l'ordre moral »[10]

L'État tente ainsi d’assurer le contrôle masculin sur la sexualité féminine, mais également de renforcer l’encadrement social de la sexualité masculine. La Grande Guerre devait être courte et rien n'avait été prévu au sujet de « l'intendance sexuelle ». Et pour cause, le conflit se pensant en termes moraux, celui d'un combat du droit et de la civilisation contre la barbarie, l'armée n'a pas été épargnée par la vague de moralisation qui submerge la France. Mais la guerre dure et le souffle moral perd de sa vigueur. La prostitution, que l'on croyait réduite et presque disparue en 1914, connaît un profond développement du fait de la misère des temps et de la demande de centaines de milliers d'hommes en situation de frustration sexuelle. À proximité de la zone des armées, on trouve la présence de prostituées clandestines ou encartées et les bordels locaux fleurissent comme des champignons dans la zone des armées.

L’enjeu est avant tout stratégique : le risque vénérien et son incidence sur les effectifs militaires furent pris très au sérieux par l’état major. Celui-ci commence à prendre des mesures autoritaires: chasse aux prostituées dans les zones armées, internement administratif et évacuation forcée sur l'arrière ; dans le même temps, diverses tentatives ont eu lieu pour développer une politique de prophylaxie par distribution de brochures d’information, préservatifs, pommades anti-vénériennes, conférences médicales sur la force de la chasteté. L’aboutissement de ce contrôle de l’état-major fut la circulaire ministérielle de mars 1918 autorisant la création de maisons de tolérance, surveillées d’un point de vue sanitaire, pour contrôler et canaliser les passions sexuelles et par peur de la contamination syphilitique.

 

  • Femmes et cercles de deuil

On respecte la douleur des mères ayant perdu un fils, mais on se méfie de celle des veuves (600 000 en France ou en Allemagne) toujours soupçonnées d’être « joyeuses» (étude d’Audouin-Rouzeau, Cinq deuils de guerre, Noesis, 2001). Pourtant, les veuves restent des victimes souvent trop ignorées de la guerre (loi tardive de 1919 pour améliorer leur situation). Beaucoup de jeunes filles sont dites « veuves blanches » car leur fiancé a été tué ou elles sont condamnées au célibat à cause du déséquilibre entre les sexes. La catégorie de femme la plus touchée est celle des paysannes car les paysans ont formé la majorité de l’infanterie, alors que la jeunesse des grandes écoles et les professions libérales sont allées dans les corps d’officiers.

Les femmes de mineurs, ouvriers qualifiés et conducteurs de train ont, en revanche, le privilège d’avoir leur mari loin du front à leurs côtés. Du coup, elles sont accusées par les paysannes d’être des femmes de « planqués » : ouvriers mobilisés dans les usines de guerre, cheminots... Mais les paysannes séparées de leur mari, sont accusées de profiter de la guerre car elles vendent cher les denrées de base. Ces accrocs à l’union sacrée dès 1915 sont le signe des intérêts différents des femmes, y compris dans les couches populaires.


[1] Il y eu déplacement de milliers de jeunes filles de l’agglomération lilloise pendant la semaine sainte de 1916, jeunes filles de toutes origines sociales à qui sont imposées promiscuité et humiliation d’une visite médicale inquisitrice. Le scandale qu’elles provoquent en France, les protestations d’hommes politiques et des évêques (qui invoquent la pureté de la jeune fille), l’intervention du roi d’Espagne contraignent les Allemands à cesser cette pratique. En décembre 1916, des ligues féminines participent à une manifestation organisée par la Ligue des droits de l’homme et lancent un appel « aux femmes de tous les pays », pour qu’elles « apportent à leurs sœurs victimes de la force » « le secours de la conscience du monde ».

[2] Audoin-Rouzeau Stéphane, L’enfant de l’ennemi, 1914-1918, Paris, Aubier, 1995.

[3] German “Atrocities”... : de J. Horne : Les mains coupées : “atrocités allemandes” et opinion française en 1914 ; d’A. Kramer : Les “atrocités allemandes” : mythologie populaire, propagande et manipulations dans l’armée  allemande,  in Revue Guerres mondiales et conflits contemporains, n° 171, juillet 1993.

[4] Le terme, emprunté à l’historiographie anglo-saxonne, désigne ces petits noyaux d’hommes, entre 2 et 5 personnes, qui se sont formés dès le début de la guerre et qui recréent un lien social et de camaraderie indéfectible dans l’anonymat de la Première Guerre mondiale.

[5]  F. Thébaud, « Penser la guerre à partir des femmes et du genre : l’exemple de la Grande Guerre », op.cit.

[6] Maurice Agulhon : Marianne en 1914-1918, in Guerres et cultures, 1914-1918, sous dir. J.J. Becker

[7] Voire pire encore : l’écrivain Jehan Rictus craque : la race allemande est « une race inférieure et immonde » : « gorilles, orangs-outangs, mandrilles ils sont et demeurent quoi qu’ils fassent. » Vive la Kultur simiesque !

[8] Capdevila Luc, Rouquet François, Virgili Fabrice, Voldman Danièle, Hommes et femmes dans la France en guerre (1914-1945,), op.cit.

[9] Vidal-Naquet Clémentine, « S'épouser à distance. » Le mariage à l'épreuve de la Grande Guerre, Revue d'histoire moderne et contemporaine, 2006/3 no 53-3, p. 142-158

[10] Frédéric Rousseau, « Paroles de femmes de poilus : jours de guerre au féminin sur le front intérieur languedocien », Annales du Midi, n° 232, 2000.

3ème partie

III – Les sorties de guerre : aux femmes la patrie se montre-telle reconnaissante ?

A) Place aux hommes : la réaffirmation d’un ordre social sexué

  • Repeupler les États et produire de la chair à canon : le devoir des femmes

La question est de savoir si la guerre a contribué à émanciper les femmes ou a au contraire accentué la hiérarchie entre les sexes, au-delà des discours de l'époque.

En effet à l’armistice, les hommes n’aspirent qu’à une restauration de l’ordre ancien. D'ailleurs, dès le 11 novembre, on se dépêche partout de licencier les femmes : de la métallurgie, de l’armement, des transports ; il faut faire place aux hommes et il faut repeupler l’Europe car la guerre a renforcé l’idée qu’une activité salariée est incompatible avec la maternité.

Enfanter devient plus que jamais pour les femmes « un devoir patriotique » que natalistes et familiaux ne cessent de proclamer.

Près de 9 millions de morts, tel est l’impôt du sang payé par les hommes durant la guerre. Aux femmes maintenant de payer le leur en faisant des enfants, dans un contexte de peur de la dénatalité. 

La Ligue française pour le relèvement de la moralité publique de Paul Bureau préconise la suppression du célibat, du concubinage et du travail féminin dans l’industrie et le commerce « car seul le rétablissement de la vie familiale comme elle existait jadis pourra redonner vigueur au pays ». Les féministes elles-mêmes se rallient à ce souci nataliste : Cécile Brunschvicg et Marguerite Witt-Schlumberger de l’Union française pour le suffrage des femmes (UFSF) dénoncent la stérilité volontaire ». Le traumatisme d’un deuil collectif inégalé ne fait donc pas évoluer cette conception pendant l’entre-deux-guerres. La répression des pratiques anticonceptionnelles et de l’avortement est particulièrement intense en France avec les lois interdisant la vente et la publicité des moyens de contraception en 1920 et la répression accrue contre l’avortement en 1923. En juillet 1939, le code de la Famille aggrave les mesures répressives contre l’avortement et établit une distinction entre les « bonnes » et les « mauvaises mères ».

Cependant, après une démobilisation brutale fin 1918, les conséquences du conflit sur le travail des femmes sont nuancées et la baisse globale de l'activité féminine recouvre en réalité bien des changements : recul des emplois domestiques, dénoncés comme asservissants ; expansion du travail féminin à l’usine, du moins dans la grande industrie moderne taylorisée (métallurgie légère et industrie électrique) qui confie aux femmes, leçon de la guerre, les travaux répétitifs non qualifiés[1] ; développement et féminisation des emplois tertiaires grâce à un accès plus égalitaire aux études secondaires et supérieures. Les principales gagnantes de la guerre sont sur ce point les jeunes filles de la bourgeoisie qui, plus encore que leurs sœurs des milieux populaires, peuvent aussi bénéficier des modifications significatives des pratiques vestimentaires (abandon du corset, des vêtements longs et ajustés, des chapeaux encombrants et parfois des chignons) et d’une indéniable libération des mœurs qui se déploie cependant à l’ombre du deuil, de l’ordre moral et de la répression des pratiques contraceptives.

  •  Quelle place pour les femmes dans la mémoire collective ?

Au lendemain du premier conflit mondial, la guerre restait, dans la culture française, presque exclusivement une affaire d'hommes. Dans l'imaginaire des vétérans des tranchées, les femmes n'avaient aucune place.

Le héros de guerre, c’est en effet le soldat et les monuments aux morts en témoignent. Rares sont donc les monuments a avoir érigé les femmes au rang de travailleuses, de collaboratrices des guerriers, comme l'attestent les monuments aux morts qui fleurissent en France dans les années 20 où les femmes sont représentées sous les traits de veuves (extrême douleur, veuve éplorée) ou de mères qui pleurent les poilus morts ou encore sous forme d’allégorie : la victoire, la liberté, la guerre, la république, la ville face aux agressions…(statuomanie d’Agulhon).

Quelques cas font figure d'exception dans les régions envahies, comme Louise de Bettignies agent d’un réseau à Lille, sa ville natale, qui fut arrêtée, emprisonnée, et tuée par les Allemands en septembre 1918. Aussi à Lille, le sculpteur a représenté un poilu baisant la main de cette femme.

À la différence des pays anglo-saxons, dont l'espace commémoratif est doté de nombreux monuments honorant les infirmières, ce type féminin en guerre a été largement délaissé en France. Seule la figure héroïque de l'agente de renseignement britannique Edith Cavell conserva une place notable dans l'espace mnémonique français par des publications, des noms de rue, d'écoles et d'hôpitaux. Une souscription publique finança même la réalisation d'un bas-relief commémorant son « martyre » place de la Concorde. Mais ce n'était pas de l'espionne dont on se souvenait. À travers le stéréotype féminin de la souffrance passive et silencieuse, on se rappelait du sacrifice de l'infirmière victime de la barbarie ennemie. Le monument dédié aux infirmières françaises à Berck-Plage (Pas-de-Calais) est également révélateur : sur ce monument ne figure pas d'infirmière, mais un poilu.

Stéphane Audoin-Rouzeau dans son ouvrage L’enfant de l’ennemi 1914-1918 pointe une autre forme d'amnésie, partant du constat que les viols des femmes pendant le conflit de 14-18, après avoir été instrumentalisés à l’époque par la propagande de guerre, ont souffert jusqu’à une date très récente d’un refoulement dans la mémoire collective. Il stigmatise ce silence qui pèse sur « l’histoire de l’essentiel », pour reprendre les mots d’Alain Corbin[2], et cherche à comprendre les raisons de ce refus d’intégrer dans les pratiques commémoratives l’un des aspects les plus traumatisants de la violence de guerre exercée sur des civils.

 

B) Egalité des droits civiques mais sous-représentation politique

Si dans quelques États européens les femmes obtiennent le droit de vote à l’issue de la guerre (Russie 1917, Luxembourg, Suède, Pays-Bas, Irlande, Canada entre 1919 et 1920, Allemagne 1918, États-Unis 1920, Grande-Bretagne 1918 pour les femmes de plus de 30 ans et 1928 pour toutes, Turquie 1930, Espagne 1931), ce n’est pas le cas de la France qui accuse un retard en ce domaine. Pourtant les partisans du vote féminin font valoir le patriotisme des femmes. Mais ses adversaires répliquent que les femmes n’ont accompli que leur devoir familial et social, alors que les hommes ont joué un rôle politique et militaire. Certains accepteraient cependant un « vote des morts », c'est-à-dire des veuves de guerre ou d’une femme par famille de soldats morts pour la France. En fait, le déséquilibre du sexe ratio inquiète, autant que le « péril clérical » qu’agitent les sénateurs radicaux.



[1] L. Downs, L’inégalité à la chaîne. La division sexuée du travail dans l’industrie métallurgique en France et en Angleterre (1914-1939), Paris, Albin Michel, 2002.

[2] A. Corbin emploie cette expression à propos d’un autre domaine, la médecine in Pour l’histoire de la médecine, autour de l’œuvre de Jacques Léonard, mais qui participe du même objectif d’investigation sur l’histoire du corps et de ses souffrances.

Bilan et bibilographie

Bilan

Les guerres sont des moments de désordre et de remise en question des normes sociales avec parfois une redistribution des rôles sociaux face aux besoins de la guerre, des transformations contradictoires, à la fois par une réaffirmation de la place des hommes au combat et des femmes à l’arrière, mais aussi par un déplacement parfois de ces assignations, avec notamment une remise en cause de la virilité guerrière, les combats d’artillerie n’engendrant plus de héros chevaleresques, seulement des victimes condamnées à l’inaction sous les tirs d’obus.

Il y a ainsi des femmes qui souhaitent se battre et des hommes au front qui ont peur et doutent d’être des héros ; des hommes qui participent à l’effort de guerre en restant à leur poste de travail civil et des femmes qui montent au front, comme les infirmières, pour secourir les blessés ; des femmes qui ont été à la fois du côté de la barbarisation et du côté de l'humanisation ; des transgressions sexuelles,  des tentations homosexuelles dans l’armée et des amours illicites avec des ennemis. Autant de décalages, de signes de désordre.

 

Pour autant, une analyse genrée montre qu'hommes et femmes vivent pendant ce conflit des expériences différentes et non synchrones et que les rôles féminins restent toujours subordonnés aux rôles masculins. Les identités sexuelles sont certes bousculées et l'après-guerre tente une difficile restauration des relations anciennes entre les hommes et les femmes.

 

Mais quels effets réels après guerre ? La guerre de 14 a-t-elle émancipé les Françaises ?

Malgré les analyses nuancées des historiens, l’opinion commune retient encore l'idée d'une guerre émancipatrice qui conduit aux «  Années folles », particulièrement en France où s’est imposée dans les mémoires l’image de la garçonne des années 1920. Si l'on reconnaît que ce terme ne convient pas aux conditions de vie de la majorité de la population et que notre imaginaire a pu être façonné par quelques écrivains et journalistes, l'image d'une femme androgyne, aux cheveux courts et aux jupes raccourcies, indépendante économiquement et sexuellement, reste très prégnante.

Les historiens et historiennes des années 1980 contestent pourtant la thèse de la guerre émancipatrice et montrent, après une relecture critique des sources et une approche plus genrée, le caractère soit provisoire soit superficiel des changements. Par sa nature, par le traumatisme qu’elle engendre, la guerre leur paraît plutôt conservatrice, voire régressive, en matière de rapports entre les sexes.

À leur tour, les années 1990 infléchissent les interprétations. La Britannique Siân Reynolds décrit les lents processus de transformation à l’œuvre dans l’entre-deux-guerres français (mixité des lectures enfantines et des mouvements de jeunesse, perméabilité de la vie publique et reconnaissance de l’expertise des femmes en matière de politique sociale) et considère ces deux décennies comme une période de transition qui prépare des tournants futurs[1].

Ainsi est mise en avant la difficulté de conclure de manière univoque, l’importance de l’échelle d’observation (l’individu, le groupe, la collectivité) et de la chronologie observée (court, moyen ou long terme), l’incidence de l’angle d’approche (social, culturel, juridique...) et plus encore le poids des différences entre femmes : différences de classe, d’âge, d’appartenance nationale, de lieu de résidence, restant fondamentale.

Audrey GELMAN


[1]  S. Reynolds, France Between The Wars. Gender and Politics, Londres, New York, Routledge, 1996.

 

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http://musea.univ-angers.fr Des expositions virtuelles consacrées aux femmes.

http://clio.revues.org/ La plupart des numéros de Clio y sont en ligne.

http:// www.rdv-histoire.com  le 12ème RDV de l’histoire à Blois de 2009 : «  Le corps dans tous ses états » et le 7ème RDV en 2004 : « Les femmes dans l’histoire » ; Blois 2013, Table ronde, «  Guerre, femmes et genre ; la guerre a-t-elle un sexe ? ».