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Neutres en 1914

Eclairages à travers l’exemple des Suisses de Paris. Par Stéphanie Leu, professeur en CPGE aux lycée Carnot et Chaptal

Lorsque l’on parle de la neutralité d’un Etat, on doit distinguer deux choses.

  • le droit de la neutralité, partie du droit international, définit l’ensemble des droits et devoirs des Etats neutres. Etabli en 1907, il engage l’Etat neutre sur quelques grands principes : absence de participation directe aux conflits, autodéfense, égalité de traitement de chaque belligérant, interdiction de fournir des soldats et de donner l’accès à son territoire à toute partie belligérante
  • la politique de neutralité, adaptable à la situation internationale, est l’ensemble des mesures prise par un Etat pour s’assurer de l’efficacité et de la crédibilité de sa neutralité.

La neutralité suisse, qui est considérée comme un des ciments de cet Etat pluriculturel et reconnue internationalement depuis le traité de Paris de 1815, est dite « active » par l’humanitaire et l’insertion dans les organismes de coopération internationale, librement choisie, permanente et armée.

Enjeux

Anciennement installée et organisée, la colonie suisse de la capitale française a connu une augmentation rapide durant tout le XIXe siècle et forme en 1914 une communauté hétérogène de 30.000 personnes environ, faite d’artistes, de banquiers et d’ingénieurs tout autant que d’ouvriers et de petits employés[1].

Durant les premiers mois du conflit, le nombre de ressortissants suisses tend à diminuer rapidement. Nombreux sont ceux qui regagnent la Confédération, soit par obligations militaires, soit pour fuir la menace des combats. Mais beaucoup restent et s’organisent autour des associations patriotiques, caritatives ou professionnelles comme l’Union Helvetia pour les employés de l’hôtellerie. Dans ce secteur, le nombre de ressortissants augmente même à partir de 1915/1916 lorsque de jeunes Suisses viennent occuper les places laissées vacantes dans les hôtels et restaurants de la capitale par les hommes mobilisés.  

Neutres en guerre 01Figure 1 : Officiers suisses accompagnant les grands blessés à la Gare de Lyon
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69092507.r=.langFR%60 (Agence Rol)

 

Plongés avec les autres Parisiens dans la vie quotidienne d’une ville marquée par la proximité du conflit, les Suisses de Paris partagent aussi les divisions qui affectent la Suisse et qui témoignent plus généralement de la difficulté d’être neutres dans un pays et sur un continent en guerre. Ainsi, un petit nombre s’engage ouvertement pour l’Allemagne, à l’image d’une grande partie de la Suisse alémanique. C’est ainsi le cas dans les premières années du conflit du Légat suisse à Paris, Charles Lardy, originaire de Neuchâtel et docteur en droit de l’université de Heidelberg. Démissionnaire en 1917, il est remplacé par un Genevois, Alphonse Dunant, jugé plus proche des Alliés à l’heure où G. Clemenceau attaque de plus en plus violemment la neutralité suisse[2]. A l’inverse de cette attitude, quelques centaines d’autres, à l’image de Frédéric-Louis Sauser-Hall, dit Blaise Cendrars, font, dès les premiers jours du conflit, le choix de l’engagement pour le pays où ils vivent.

Dans les deux cas, c’est la valeur de la neutralité suisse et même son effectivité qui est questionnée. Et la guerre donne l’occasion de s’interroger profondément sur les valeurs que doivent porter les nationaux suisses.

   L’engagement humanitaire est ainsi décisif. Après de longues discussions entre les belligérants, la Suisse accueille d’ailleurs sur son territoire des blessés (mars 1915) puis des prisonniers civils[3] (février 1916) dans le cadre notamment de l’article 11 de la Convention de la Haye concernant les droits et les devoirs des Puissances et des personnes neutres en cas de guerre sur terre.

« La Puissance neutre qui reçoit sur son territoire des troupes appartenant aux armées belligérantes, les internera, autant que possible, loin du théâtre de la guerre. Elle pourra les garder dans des camps, et même les enfermer dans des forteresses ou dans des lieux appropriés à cet effet. […]»[4].

  Ces prisonniers sont internés dans des « camps », bien souvent des hôtels d’altitude et anciens sanatoriums reconvertis à la hâte et ils sont encouragés à partir de juillet 1916 à travailler ou étudier dans des structures créées par les services des différentes armées. Placés sous la surveillance du gouvernement fédéral, ils le sont aussi des syndicats qui redoutent la concurrence de cette main d’œuvre à l’heure où les difficultés du ravitaillement s’accroissent et où les contestations progressent pour atteindre leur paroxysme avec la grève générale de novembre 1918. Nonobstant les profondes convictions humanistes de ses promoteurs, l’humanitaire en Suisse se veut alors utile. Comme l’explique le major Édouard Favre, auteur d’un compte-rendu détaillé sur le fonctionnement du service de l’internement, « on jugera la Suisse et les Suisses par l’internement ». L’après-guerre se prépare: la Suisse doit y conforter l’image « d’un pays de liberté et de justice »[5]. A Paris comme dans toutes les grandes capitales européennes, le message est reçu et l’action humanitaire s’organise au sein des colonies expatriées, non sans tensions.

Nous nous proposons ici de retracer en quelques pages l’histoire des neutres en guerre en l’ancrant dans l’expérience des Suisses de Paris.

La déclaration de guerre & l’engagement

  La déclaration de guerre fait entrer la représentation suisse à Paris dans une organisation de crise qui rappelle à son chef, Charles Lardy les sombres heures de la Commune qu’il a connues comme jeune secrétaire de Légation auprès de son prédécesseur, Johannes Kern.

Dans les premiers jours d’août 1914, les locaux de la représentation suisse à Paris sont ainsi pris d’assaut. La rue Hérold (1er adt) est bloquée durant trois semaines au point de devoir être gardée quotidiennement par une dizaine de policiers parisiens. Lardy et ses conseillers se voient obligés de crier depuis les fenêtres les renseignements les plus courants et répondre jour et nuit au courrier qui leur est adressé de France entière. Les résidents veulent alors obtenir dans l’urgence des renseignements sur les décrets français du 2 et 3 août 1914 qui, respectivement, imposent aux étrangers d’obtenir auprès d’un commissariat ou de leur mairie un permis de séjour et rétablissent l’obligation de passeport et de visa pour passer la frontière. Quant aux Suisses de passage, négociants, commerçants, touristes aux bains de mer et ouvriers embauchés sur des chantiers français, ils souhaitent pouvoir organiser le retour au pays au plus vite.

Mais de la manière la plus urgente, la Légation doit organiser le départ des 1600 premiers hommes mobilisés en Suisse dès le 4 août 1914 : la mission de « couverture frontière » à laquelle l’armée fédérale pour défendre la neutralité de son territoire se prépare. Il s’agit pour elle de prévenir une invasion toujours crainte après la violation de la neutralité belge et de contrôler les entrées illégales sur le territoire. Toutefois à mesure que les zones de combat se figent et faute de missions, les soldats assignés à la mission frontière passent principalement leur temps à « faire de l’exercice », manœuvrer, aider les femmes à assurer les travaux des champs et finalement encadrer les camps d’internement.

Neutres en guerre 02Bienne, auteur : Kissling – visible : http://www.notrehistoire.ch/group/la-mobilisation-39-45/photo/27780/

 

En tout état de cause, pour répondre efficacement à l’ordre de mobilisation, la Légation négocie un accord avec la compagnie des PLM. Et, dès le 4 août, des collaborateurs de la Légation s’installent à demeure à la Gare de Lyon pour organiser le départ des mobilisés et, éventuellement, de leurs familles. Pendant trois semaines, quatre trains relient ainsi chaque jour Paris à Annemasse. Le trajet est d’abord gratuit dans les trains militaires, puis les tickets sont achetés au demi-tarif à partir du 17 août. A chaque nouvelle vague de mobilisation les mêmes scènes se reproduisent[6]. Mais ces départs ne se font pas sans difficultés au sein de la large communauté immigrée et expatriée.

Il faut d’abord contenir les tensions liées à cet appel au sein de la colonie parisienne dans la mesure où seuls les hommes régulièrement immatriculés auprès de la Légation et des consulats sont mobilisables et donc mobilisés. Ceux qui ne sont pas enregistrés auprès des services consulaires, bien souvent pour échapper à la taxe militaire qui peut remplacer en Suisse le service obligatoire, ne sont pas concernés. Des lettres arrivent ainsi quotidiennement dans les bureaux de la Légation pour identifier ceux qui ont « omis » de s’inscrire au rôle militaire à l’image du mot envoyé par un  ouvrier tessinois pour dénoncer maladroitement un de ses voisins: « Il y a au numéro 5 de la rue Pomereu à Paris un Suisse nomè (sic) Bratchi. Que faitil à Paris ? Signé : un Suisse qui part »[7].

 

 Neutres en guerre 03Source : Archives fédérales suisses

 

La Légation et le Conseil Fédéral s’inquiètent toutefois beaucoup plus de l’engagement de volontaires suisses au sein de l’armée française, à l’image du choix fait par Blaise Cendrars. Originaire de La Chaux-de-Fonds, celui-ci a vécu durant sa jeunesse en Italie, en Allemagne et à Bâle avant d’être envoyé par ses parents en apprentissage en Russie auprès d’un horloger suisse. Rentré en Suisse en 1907, il voyage ensuite entre Paris, New York et Saint-Pétersbourg de 1910 à 1913, date à laquelle il s’installe dans la capitale et fréquente les milieux d’avant-garde au sein desquels il se lie avec Apollinaire, Chagall, Picasso et Léger[8]. Parce qu’il est romand, le jeune Cendrars se définitcomme un « Français de l’extérieur » au même titre, selon lui, que les Belges ou les Canadiens[9]. Aussi, bien qu’installé à Paris depuis peu de temps lorsque la guerre éclate, il se sent appelé à la défense des valeurs de la République et signe le 29 juillet 1914 avec d’autres artistes – dont son compatriote, le poète vaudois Charles Fuster –Un appel aux amis de la France, d’abord placardé sur les murs de Paris avant d’être rapidement repris par de grands quotidiens populaires, dont Le Matin.

 Neutres en guerre 04Source : http://www.histoire-immigration.fr/des-dossiers-thematiques-sur-l-histoire-de-l-immigration/l-immigration-des-suisses-en-france

 

 

 

 

 

 

 

«  L'heure est grave.

Tout homme digne de ce nom doit aujourd'hui agir, doit se défendre, de rester inactif au milieu de la plus formidable conflagration que l’histoire n’ait jamais pu enregistrer.

Toute hésitation serait un crime.

Point de paroles, des actes.

Des étrangers amis de la France, qui pendant leur séjour en France, ont appris à l'aimer et à la chérir comme une seconde, patrie, sentent, le besoin impérieux de lui offrir leurs bras.

Intellectuels, étudiants, ouvriers, hommes valides de toutes sortes - nés ailleurs, domiciliés ici - nous qui avons trouvé en France la nourriture de notre esprit ou la nourriture matérielle, groupons-nous en un faisceau solide de volontés mises au service de la plus grande France. »

 

Germanophile assumé comme l’est encore une partie du gouvernement et de l’armée suisse – au moins jusqu’en 1917[10], Charles Lardy, voit d’un assez mauvais œil la publicité faite à ses engagements d’autant qu’ils sont pour partie organisés par la d’ordinaire très discrète communauté suisse de Paris. Soutenu par les autorités militaires françaises et la Préfecture de Police parisienne, le Comité qui est à l’origine de la constitution du Corps des volontaires suisses (photo) est fondé à l’initiative de deux membres « bien connus » de la colonie, dont l’ancien secrétaire de la Société Suisse de Secours Mutuels [11]. Le comité installe ses bureaux d’abord au Café du Globe sur le boulevard de Strasbourg qui sert d’habituels lieux de réunion aux diverses associations suisses de Paris [12]. Puis il occupe un local de la rue Bertholet dans le 5e arrondissement. Dans les premiers jours du mois d’août, ses affiches sont visibles dans de les quartiers de Paris les plus fréquentés par les Suisses de Paris, à savoir le boulevard Saint-Michel et les quartiers de l’Opéra, de la Gare de l’Est et les rues autour de la Légation. Lardy ne manque d’ailleurs pas de considérer rapidement cette action comme un « appel à la désertion » [13].

A son retour de Bordeaux, où il a suivi les autorités françaises, le Légat modère toutefois son propos [14]. Soulagé, il constate que les initiateurs du Comité ont systématiquement incité les jeunes Suisses soumis au service militaire fédéral à répondre à leurs engagements. Sur les 1600 appelés par la Suisse au mois d’août 1914, seuls deux ont finalement préféré rejoindre le Corps des volontaires français. En revanche, les initiateurs du projet ont aidé ceux qui, déliés de leurs obligations militaires en Suisse, désiraient s’engager dans les rangs alliés[15]. Parmi ces derniers, on trouve majoritairement des jeunes gens, nés en France de parents suisses, qui n’ont pas encore opté pour la nationalité de leurs parents [16]. Le cas de Maurice Terribilini, tessinois d’origine et peintre aux établissements Astra est symbolique de ce parcours. Né à Sèvres en 1895 d’un père suisse et d’une mère originaire de Lorraine, condamné pour vol dans sa jeunesse, il s’engage avant sa 21e année dans l’armée française et combat 18 mois dans l’armée d’Orient mobilisée dans les Balkans. A sa démobilisation en janvier 1918, et bien qu’il soit marié à une Française, il opte pour la nationalité suisse [17].

Parmi ces volontaires, on retrouve de nombreux chômeurs attirés par la solde[18] mais aussi des hommes plus âgés qui, selon la Légation, veulent faire la preuve de l’attachement « pour le pays où ils se sont fait leur position » [19] alors qu’ils sont par ailleurs déliés de leurs obligations militaires en Suisse.

Neutres en guerre 05Sources : Mémoires des hommes - NB : Benoît GERBER est né en 1876 en Suisse près de Lausanne et vit rue Houdon dans le 18e arrondissement. A son incorporation, il est dégagé de ses obligations militaires en Suisse en raison de son âge.

 

Au total, selon le journal Le Matin cité par une Légation parisienne qui n’a pas les moyens de vérifier ce chiffre, entre 1500 et 2000 Suisses de Paris ont intégré dans les bureaux de la Seine les rangs de l’armée française via les provisoires régiments de marche que Blaise Cendrars évoque dans les premières pages du deuxième volet de sa tétralogie de romans autobiographiques : la Main coupée. Enflammé, il dépeint en ces termes un 3e régiment de marche de Paris, majoritairement composé d’étrangers du petit peuple républicain du Paris de l’immigration récente :

« Et dire que nous étions tous des étrangers, des fils d’étrangers, certes, mais à quelques exceptions près toux ceux qui tenaient le crachoir étaient nés à Paris. Il n’y avait pas un seul paysan parmi nous, rien que des petits artisans des faubourgs, tailleurs, fourreurs, tapissiers, doreurs sur cuir […], des coureurs cyclistes, des maquereaux et des barbeaux, les petits-fils de révolutionnaires de 1848 venus de tous les coins d’Europe garnir les barricades de juillet ou ceux des derniers compagnons faisant leur tour de France » [20].

            A l’échelle de la France, ce sont certainement près de 6000 soldats suisses qui rejoignent les rangs de l’armée française ; certains venus directement de Suisse, s’engagent au bureau d’Annecy ou de Belfort.

Mais tous les « poilus suisses » ne partagent certainement pas le même élan républicain dont témoigne Cendrars : en effet ces volontaires sont bientôt rejoints par des hommes incorporés de manière plus ou moins forcée par les autorités françaises. Ces incorporations forcées qu’il est encore malaisé de chiffrer, concernent principalement des hommes qui, tout en ayant opté dans le cadre de la loi de 1889 pour la nationalité suisse, n’ont volontairement pas satisfait aux obligations militaires de ce pays. A Paris, il n’en a pas encore été trouvé. Mais ce cas se présente par exemple dans la région de Belfort où un dénommé Convers qui, après avoir régulièrement obtenu le permis de séjour à Pierrefontaine, est sommé de choisir par le commandant militaire de la région entre l’expulsion ou la Légion. Il choisit la seconde solution et est incorporé à son tour dans la 3e compagnie du 1er régiment de marche étranger [21].

Au front

Envoyés au front, les régiments de marche subissent de lourdes pertes dans les premières semaines. Blaise Cendrars se souvient d’ailleurs que la première perte de son régiment fut celle d’un Suisse :

« Mon escouade n’avait eu qu’un mort, Saint Glin-Glin, un Suisse-Allemand qui parlait du nez, un Argovien dont j’ai malheureusement oublié le nom, enseveli dans son abri par une torpille, une de ces grosses boules noires à longue tige de cuivre qui s’amenaient en se dandinant et en faisant un boucan de tous les diables, qui faisaient généralement beaucoup plus de bruit que de mal, et que nous appelions des « sceaux de charbon ». C’était un coup malchanceux. Saint Glin-Glin n’a pas eu de chance »[22].

     Le feu de l’engagement s’éteint toutefois rapidement et les volontaires suisses multiplient les plaintes, particulièrement lorsqu’ils sont reversés des provisoires régiments de marche vers les régiments de la Légion dans le courant de l’année 1915. Si quelques-uns, devant une guerre qui se prolonge, demandent à être libérés puis rapatriés, la plupart entonne alors un discours de la singularité, fréquent parmi la communauté suisse de France anciennement désireuse de ne pas être confondue avec le commun de l’immigration. Le fait que la Suisse et la France partagent depuis le milieu du XIXe siècle la même communauté de destin d’être les deux plus importants pays d’immigration du continent justifie en effet anciennement ce discours de la spécificité voire de la supériorité.

            La lecture des lettres envoyées par les soldats suisses et compilées par les diplomates suisses en poste en France témoigne largement de cet état d’esprit. Confondus avec le « commun » du régiment[23], mêlés « avec la racaille […]»[24] et commandés par des officiers jugés médiocres, tout juste habitués à diriger «les gommes de sac et de corde qui font le gros de la Légion »[25], ils réclament à être versés dans les troupes françaises régulières[26] comme le sont progressivement les combattants originaires des pays alliés, italiens, belges, russes, anglais et serbes. Relayés en particulier par Félix Bonjour, rédacteur du journal radical vaudois et francophile, la Revue, ils sollicitent de manière régulière l’intervention des autorités suisses pour faire évoluer leurs conditions d’affectation. Les demandes de Lardy auprès du Ministère des Affaires étrangères ne sont toutefois pas entendues et le Ministère de la Guerre maintient l’incorporation des 6000 soldats suisses dans la Légion en se fondant sur une interprétation reconnue de l’article 17, chapitre III de la convention (V) de La Haye de 1907. Le neutre prenant du service pour une puissance belligérante, et de ce fait cessant individuellement de pouvoir revendiquer la neutralité que lui confère sa nationalité, n’est pas considéré comme ressortissant d’une puissance alliée mais est assimilé aux ressortissants des nations ennemies[27].

Même si il affirme « Légion ou pas Légion. Personnellement cela me laissait absolument indifférent. Je ne me paie pas de mots. Je m’étais engagé »[28], Blaise Cendrars n’en confirme pas moins dans La Main coupée la difficulté de voir progressivement son régiment de marche constitué en novembre 1914 à partir du régiment de marche de Paris se vider des soldats de nationalités alliées qui sont versés dans les rangs de leur armée nationale ou les rangs des régiments ordinaires. Le romand Cendrars qui se sentait tant Français note un « changement d’esprit » qui suit le remplacement des Américains, Anglais, Italiens par des Espagnols, des Tchèques, des Suisses allemands et surtout par « les vieux légionnaires d’Afrique ». « On ne s’y reconnaissait plus », écrit-il[29]. Alors qu’il est finalement intégré dans la Légion en juillet 1915, B. Cendrars évoque même une « démoralisation générale » et décrit les premières désertions[30]. Toutefois dans l’Homme foudroyé, il préfère évoquer l’attente, la « peur du lendemain », l’« inconnue épouvante » pour expliquer cette « curieuse épidémie, d’ordre mental » qui conduit par exemple un Suisse de son régiment à kidnapper, à la sortie de la messe, la femme du maire, puis voler sa voiture et la caisse de la commune[31].

A partir de la fin de l’année 1915, les plaintes et les demandes d’intervention des soldats cessent pratiquement. Se pose toutefois désormais la question pour les Suisses de l’arrière de savoir pour les autorités fédérales comment traiter ces soldats et leurs familles restées à l’arrière.

A l’été 1916, Charles Lardy reçoit coup sur coup deux lettres. Une lui est adressée par le Légat suisse à Londres. La deuxième lui vient du maire du 9e arrondissement de Paris. Les deux correspondants veulent pouvoir répondre aux demandes qu’ils ont reçues de l’association parisienne de l’Œuvre en faveur des volontaires suisses et s’inquiètent auprès du représentant suisse de son honorabilité. Installée dans les locaux du Cercle commercial suisse, rue des Messageries à Paris, l’association requérante a succédé au Comité des volontaires et vient en aide aux familles suisses des engagés dans l’armée française. Celles-ci sont en effet privées des secours distribués par le Comité central de la colonie suisse aux familles suisses de Paris qui s’organise alors pour aider les femmes de mobilisés en Suisse, restées seules et sans revenu[32]. Financée par les cotisations de ses membres, mais aussi par des dons provenant d’associations suisses ou encore plus modestement d’entreprises comme Bailly, Nestlé ou Turner qui, soupçonnées de proximité avec les Empires centraux, s’achètent par là-même une petite part de respectabilité en France[33], l’Œuvre en faveur des volontaires suisses est alors à la recherche d’une deuxième salle à Paris et de nouveaux subsides. La réponse de Lardy à ses deux lettres est remarquablement hésitante. S’il rappelle à ses interlocuteurs qu’il est impossible pour lui de s’intéresser à des personnes « qui ont incité à ne pas répondre à l’appel sous les drapeaux dans leur pays » et nié « la neutralité morale que des Suisses devraient observer »[34], il ne condamne plus l’initiative sur le principe et insiste longuement – et presque étonnamment - sur la respectabilité des responsables de l’association[35]. Mais dans le même temps, il tente de déloger cette association des locaux du Cercle commercial, jugé trop visible, et refuse, comme son successeur, de la subventionner directement.

Cette intransigeance à l’égard de ceux qui se sont montrés déloyaux et ont rompu la neutralité suisse au risque de mettre en péril la politique de neutralité de la Confédération, est largement partagée par celui qui succède en 1917 à Lardy au poste parisien, Adolphe Dunant, jugé pourtant plus francophile. Lorsque Lardy se résout en 1916, à la demande pressante de familles, à soutenir la demande de légionnaires suisses qui veulent venir passer leur permission en Suisse, sa réponse alors qu’il est encore chef du Département des Affaires étrangères à Berne est sans appel : « le Département politique est d’avis qu’il n’y a pas lieu de s’intéresser au retour en Suisse de ces soldats qui ont préféré suivre un autre drapeau que le leur »[36]. Le Département militaire se range bientôt à cet avis, tout en faisant exception pour les légionnaires qui se seraient engagés avant le conflit et à la condition qu’ils passent la frontière en civil.

Une nationalité convoitée, disputée et à protéger

Si la neutralité peut être considérée au sein des sociétés en guerre comme une marque de lâcheté voire de trahison dans les sociétés d’accueil, la nationalité suisse n’en reste pas moins convoitée et fait l’objet de nombreux trafics

 Neutres en guerre 06Source : Archives fédérales

 

 

            Les disparitions de papiers d’état-civil et livrets militaires se multiplient d’ailleurs dès le début du conflit dans les gares parisiennes, dans les trains à destination de Lyon mais aussi dans les hôtels parisiens, parmi les clients et plus encore les employés suisses. Pour les deux seules dernières années de la guerre, plus de 700 passeports suisses disparaissent ainsi dans des circonstances plus ou moins troubles dans la capitale. La Légation pense rapidement, sans pouvoir le prouver, que beaucoup sont vendus par les personnels d’hôtellerie à des réfractaires pour leur permettre d’entrer en Suisse. La plupart sont volés. C’est d’ailleurs ce que confirme un envoi de septembre 1917 du Département politique à destination de la Légation contenant les papiers d’un dénommé Nicolet. Ces derniers avaient été dérobés à Paris par un ressortissant hongrois qui s’en était servi pour passer la frontière avant de les abandonner à l’Ambassade de France qui les avait ensuite remis aux autorités fédérales[37]. Mais parce qu’ils servent généralement à passer la frontière et que tous les voleurs n’ont pas la même conscience que ce déserteur hongrois, peu de ces « faux » réapparaissent malgré les contrôles systématiques effectués par les diverses associations et sociétés suisses à chaque demande d’aide ou de rapatriement[38].

            Au-delà des usurpations visiblement difficiles à contrecarrer d’autant qu’elles se heurtent à la politique de refuge de la Suisse, la politique de contrôle systématique de la Légation vise prioritairement à lutter contre les fausses déclarations de nationalité. Dès la mobilisation, de nombreux réfractaires allemands, français puis belges tentent en effet de se faire passer pour Suisses partout en France[39]. Et parmi la petite dizaine de lettres de prisonniers internés dans les camps ouverts en France, qu’il réceptionne chaque semaine, le personnel de Légation ne manque pas de découvrir que beaucoup émanent d’Alsaciens mais aussi d’Allemands nés ou résidant en Suisse[40].

Cette politique de contrôle connaît une interprétation très large pour devenir un moyen de distinguer les « bons » des « mauvais » Suisses. Alphonse Dunant refuse ainsi d’intervenir en faveur d’un compatriote. Né à Zurich de parents allemands, installé à Paris depuis 1904, ce négociant a été naturalisé suisse en 1905. En 1916, il est emprisonné depuis deux ans en France lorsque la demande d’intervention en sa faveur arrive via la Légation de Berlin sur le bureau du Légat parisien. A. Dunant explique alors qu’il ne défendra ce pseudo-compatriote que lorsque celui-ci « se sera pas directement adressé à la Légation suisse » de Paris et qu’il apporte la preuve qu’être Suisse n’est pas qu’une affaire d’intérêts. Or cette évolution, qui se dessine à Paris, n’est pas sans faire écho à la définition que donne en Suisse la Nouvelle Société Helvétique du « Suisse de l’étranger » dans son bulletin de juin 1917 : “[…] Wer aus nur rein materiellen Interessen Verständnis von der Heimat fordert, […] der verdient den Namen Auslandsschweizer nicht“[41].

            Cette lutte contre ceux que l’on juge désormais « indésirables » s’expliquent aussi par le fait que parmi les étrangers qui résident à l’arrière alors que les Français sont au front[42], les Suisses sont fréquemment pris pour cible. Apparaître irréprochables est alors un but et un moyen de protection.

Dans les premiers mois du conflit, beaucoup de lecteurs des journaux romands sont accusés de désinformation ; il faut rappeler ainsi que la Gazette de Genève double son tirage entre août et septembre 1914 pour répondre à la demande française après la réouverture de la frontière au 1er septembre 1914. Beaucoup de Suisses en France, principalement à Paris et en Afrique du Nord, sont également victimes de dénonciations pour espionnage ou sympathie pour les Empires centraux. Si certains bénéficient d’un non-lieu, une fois prouvé que de vieilles querelles commerciales ou personnelles étaient à l’origine de la procédure, certains font l’objet d’une procédure d’expulsion, d’autres sont légèrement condamnés, à l’image d’une dénommée Amélie Hammel. Employée d’horlogerie à Paris, elle est d’abord accusée d’espionnage puis d’avoir insulté le commissaire de police venu l’arrêter : « Vous êtes un mauvais Français, vous devriez être au front » avait-t-elle alors lancé. Alors que les résultats de l’enquête de moralité sont satisfaisants, son patron et futur mari prend également sa défense en rappelant qu’elle est « démoralisée et exaspérée » par les « ennuis continuels à cause de son accent ». Finalement elle est condamnée à 15 jours de prison et à une simple amende que le Légat suisse estime mérités[43].

Si un petit nombre rompt donc avec la neutralité suisse et que la majorité, alémanique notamment, doit lutter pour ne pas être confondue avec le Boche, la majorité des Suisses de Paris tente plutôt d’entretenir une « image » de la Suisse, tendue vers l’humanitaire.

L’action humanitaire – l’exemple de l’œuvre de la colonie suisse de Paris

            L’action humanitaire s’inscrit dans une longue tradition portée par l’engagement de quelques familles suisses qui avaient déjà organisé tout le long du XIXe siècle un dense réseau d’associations patriotiques et de charité.

Si le but humanitaire des diverses actions menées ne peut être remis en cause, celles-ci ne sont pas exemptes de l’arrière-pensée de conforter une image positive de la neutralité suisse, au moment où les attaques se multiplient contre les neutres et plus spécifiquement les Suisses, notamment de langue allemande. L’exemple de l’œuvre de la colonie suisse est en ce sens symptomatique.

            Le règlement de l’internement publié par l’état-major des armées fédérales en février 1916[44] permet aux familles des internés de leur rendre visite en Suisse. A partir de mai 1916, elles peuvent se faire aider par la communauté suisse de Paris. qui fonde une Œuvre de la colonie suisse en France en faveur des militaires français internés en Suisse et de leurs familles. Placée sous l’égide de la Légation suisses déclarée en préfecture dans le cadre de la loi française sur les œuvres de guerre de mai 1916, financée principalement par des entreprises, des dons de privés, elle émane des associations patriotiques suisses de Paris. On retrouve ici parmi les fondateurs le président de l’Harmonie tessinoise, des membres et membres honoraires de la Société Helvétique de Bienfaisance, de la Société de Secours Mutuels, du Cercle commercial suisse, les présidents de l’Asile des vieillards, de la Chorale suisse, de la Franscini, de l’Union Helvetia et de la Société suisse de tir. En août 1916, le Ministère français des Affaires étrangères appuie auprès de son collègue de l'Intérieur la demande des consuls suisses qui espèrent obtenir, à la demande du comité central de l’Œuvre, l’aide des préfets et sous-préfets de leur arrondissement consulaire[45]. En septembre, le Ministère de l'Intérieur autorise la mairie du 7e arrondissement à apposer deux affiches informant les intéressés des formalités à remplir pour bénéficier des avantages offerts. Avant la fin de l’été 1916, celles-ci sont visibles dans de nombreuses mairies, associations et dans toutes les gares de Paris, de banlieue puis de province.

Neutres en guerre 07Neutres en guerre 08

Affiche de l’œuvre de la colonie suisse en France apposée dans les gares et mairies (1916)
Source : AN, F23, vol. 8

            Pour bénéficier de l’aide de la communauté suisse, les requérants doivent fournir un passeport visé par les autorités consulaires suisses, un certificat d’indigence leur permettant de circuler au tarif militaire, une attestation du chef du centre d’internement et enfin un extrait de casier judiciaire à partir de 1917. Dès septembre 1916, 800 familles, soit 1200 personnes, ont ainsi déjà bénéficié de cette aide[46], souvent complétée en Suisse par l’action de sociétés similaires à l’image de l’œuvre du Revoir à Lausanne.

Au final, malgré les nombreuses fermetures de frontières et l’augmentation continue du tarif des chemins de fer qui ont rendu de plus en plus difficile l’organisation des voyages et poussé à réduire dès novembre 1916 le montant de l’allocation accordée aux familles[47], le voyage de 10265 personnes et celui de plus de 6000 internés ont été financées par l’Œuvre durant le conflit[48].

Epilogue

            La tension entre les Suisses de Paris et les Parisiens est ravivée à la fin du conflit. L’arrivée de travailleurs suisses à l’arrière avait été complaisamment acceptée durant le conflit. A plusieurs reprises, le Ministère de l’Intérieur s’était d’ailleurs opposé à l’expulsion de familles dont les enfants avaient opté pour la nationalité suisse et que le Préfet de Police de Paris avait décidée. Le Ministère invoquait alors l’intérêt économique et politique pour ne pas brusquer une opinion publique suisse soumise à la propagande allemande.

Mais à la fin du conflit, cette complaisance s’efface temporairement : Au début de l’année 1919, les ligues d’anciens combattants et l’association des hôteliers français organisent avec le soutien de l'Action française une violente campagne de presse contre les patrons du secteur hôtelier pour les forcer à réintégrer au plus vite les Français démobilisés et licencier les étrangers. Dans l’année 1919, 300 employés suisses, pour un certain nombre d’entre eux allemands récemment naturalisés, perdent ainsi leur place à Paris mais aussi dans les hôtels de la Côte d’Azur, à Nice et Cannes dans un mouvement assez largement soutenu par les autorités françaises[49].

 

Littérature
Sur la 1rère Guerre mondiale, dans l’œuvre de Blaise Cendrars, voir notamment : _
- La Main Coupée
- L’Homme foudroyé
- « J’ai saigné », in : La vie dangereuse, Paris, Grasset – Les Cahiers rouges _

De Guy de Pourtalès
- La pêche miraculeuse, Paris, Folio
- Correspondances, tome 1. 1909-1918, Genève, Slatkine

 


[1] 44000 si on considère l’ensemble du département de la Seine. Plus de la moitié des Suisses de France résident dans cette région à la veille du conflit.

[2] La nomination de Dunant est saluée dans les milieux francophiles comme le signe de la « victoire de Genève » et l’assurance que la Suisse sera « représentée par un homme qui saura s’y faire apprécier » et se fera connaître « sous un autre jour que précédemment ». Il remet ses lettres de créance à Poincaré en octobre 1917, Lettre du Légat de Suisse en Roumanie, Gustave Boissier, à Guy de Pourtalès, in : Guy de Pourtalès, Correspondances, Genève, Slatkine,p.470.

[3] Dans le cas des Français, il s’agit pour l’essentiel de ressortissants installés en Allemagne avant-guerre ou d’hommes originaires des départements occupés du Nord. Voir notamment Annette Becker, Oubliés de la Grande Guerre. Humanitaire et culture de guerre, Paris, Hachette, 1998

[5] Edouard Favre, L'internement en Suisse des prisonniers de guerre malades ou blessés. Rapport fait par ordre du colonel Hauser, Genève/ Georg - Berne/ Bureau du service de l'internement, 1917-1919, vol.1, p. VII (avant-propos). 

[6] Archives Fédérales (AF), E 2400, Rapport de gestion de la Légation, année 1914.

[7] AF, E 2200.41, 1, vol. 1292, 11 août1914.

[8] Fernand Léger dessinera les illustrations de la première édition du célèbre J’ai tué en 1918

[9] Blaise Cendrars, La main coupée, Paris, Folio, p.30. La main coupée est le deuxième volume des mémoires que Blaise Cendrars publie au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Le titre fait référence à l’amputation de l’avant-bras droit que Cendrars a dû subir après avoir été blessé durant la grande offensive de Champagne en septembre 1915. Voir aussi : J’ai saigné, dans : La Vie dangereuse, Paris, Grasset – Les Cahiers rouges.

[10] En juillet 1915, le général Ulrich Wille souhaite voir la Confédération entrer en guerre aux côtés de l’Allemagne. En janvier 1916, éclate l’affaire des colonels. A cette date, deux colonels alémaniques reconnaissent avoir transmis aux attachés militaires allemand et autrichien à Berne des informations sur les Alliés. Mais ils bénéficient d’un non-lieu devant les tribunaux et ne sont condamnés qu’à une légère peine disciplinaire. Voir notamment: Edgar Bonjour, Geschichte der schweizerischen Neutralität, Basel, Helbing & Lichtenhahn.

[11] Cette société a été fondée dans la capitale parisienne en 1849 par des catholiques. Elle répond et complète l’action de la Société Helvétique de Bienfaisance de Paris, née en 1820 dans les milieux protestants.

[12] A l'intersection du boulevard de Bonne-Nouvelle et du boulevard de Strasbourg, la grande salle de ce café, où se tient en permanence une « foire aux cabots », abrite aussi de nombreuses réunions politiques ou syndicales à l’image de la conférence internationale de la CGT en 1909. Il est aussi un lien de rencontre des surréalistes évoqué par R. Queneau dans Zazie dans le métro. Situé non loin de la Gare de l’Est, il est au cœur du Paris suisse. L’édification de l’immeuble de la Chambre de commerce suisse de Paris au 10 rue des Messageries dans le 10e arrondissement en témoigne. Aujourd’hui encore, l’immeuble abrite l’école suisse internationale de Paris.

[13] AF, E 2400, Rapport de gestion de la Légation, année 1914.

[14] AF, E 2001 (A), 1000/45, vol. 1831, Rapport de Lardy au président de la Confédération au chef du Département politique, 8 décembre 1914.

[15] Id.

[16] Archives Nationales françaises (AN), F7 12731, Rapport de la préfecture de police de Paris au Ministère de l'Intérieur, 23 janvier 1918.

[17] ADS (Archives de la Seine), recensement & AF, F7 12731

[18] AF, E 2200.41, 1, vol. 1299, Lettre du Département politique fédéral à Lardy– copie d’un rapport fait par Weber, 6 août 1914.

[19] AF, E 2001 (A), 1000/45, vol. 1831, Rapport de Lardy au président de la Confédération au chef du Département politique, 8 décembre 1914.

[20] Blaise Cendrars, La Main coupée, Paris, Folio, p.31/32

[21] AF, E 2001 (A), 1000/45, vol. 1832, Lettre de Lardy à Hoffmann, 17 août 1915.

[22] Blaise Cendrars, La Main coupée, p.99

[23] AF, E 2001 (A), 1000/45, vol. 1832, Lettre de Félix Bonjour, rédacteur de « la Revue », au chef de la DAE, Hoffmann, 12 juillet 1915 ; Lettre de Lardy à Hoffmann, 11 juin 1915 & 18 juillet 1915 ; lettre collective de 33 Suisses « du front » à la Légation, 23 juin 1915.

[24] Id., Lettre de Lardy à Hoffmann, 8 décembre 1915.

[25] Id., 18 juillet 1915.

[26] AF, E 2200.41, 1, vol.1229, Lettre de H. Dubois à la Légation, 20 avril 1915 ; Lettre de la Légation au conseiller Hoffmann, 12 juillet 1915.

[27] Extrait de la convention de la Haye

« Un neutre ne peut pas se prévaloir de sa neutralité :

a) s'il commet des actes hostiles contre un belligérant

b) s'il commet des actes en faveur d'un belligérant, notamment s'il prend volontairement du service dans les rangs de la force armée de l'une des Parties. En pareil cas, le neutre ne sera pas traité plus rigoureusement par le belligérant contre lequel il s'est départi de la neutralité que ne pourrait l'être, à raison du même fait, un national de l'autre État belligérant »

[28] Blaise Cendrars, La Main Coupée, p.157

[29] Id. p.61

[30] Id., p.152

[31] Blaise Cendrars, L’Homme foudroyé, p.31

[32] En revanche, la nationalité ne joue aucun rôle dans le versement des secours français aux familles des engagés.

[33] AF, E 2200.41, vol. 1229, Premier rapport du comité, décembre 1916.

[34] Id., Lettre de Lardy à Hoffmann, 12 octobre 1916.

[35] AF, E 2200.41, vol. 1229, Réponse de Lardy au maire du 9e arrondissement, août 1916 & Lettre de Hoffman à Lardy, 22 septembre 1916 ; Lettre du président de l’œuvre à Lardy, 18 avril 1917 ; Gottfried Sennhauser, op.cit., p. 23 ; AF, E 2400, Rapport de gestion de la Légation, année 1920.

[36] AF, E 2001 (A), 1000/145, vol. 1832, Lettre de Lardy au conseiller fédéral, chef de la Division des Affaires étrangères, 18 novembre 1916.

[37] AF, E 2200.41, 1, vol. 1463, Lettre du chef de la Division des Affaires étrangères de Weck au chargé d’affaires de la Légation de Suisse, 6 septembre 1917.

[38] Et finalement on ne peut donner qu’un seul exemple de l’efficacité supposée des contrôles effectués entre 1914 et 1918 par les autorités consulaires. Il concerne un Français qui a pu se « procurer » les papiers d’un Vaudois et faire inscrire sa femme et ses enfants sous son nouveau nom à l’État civil français. C’est à l’occasion d’une demande de secours que la Légation découvre que le vrai Vaudois est déjà marié en Suisse. Alors qu’il est en chemin pour être rapatrié avec sa famille vers la Suisse par la société de bienfaisance de Bordeaux, l’usurpateur est arrêté. CH, AF, E 2400, Rapport de gestion de la Légation, année 1916.

[39] Id., Rapport de gestion de la Légation, année 1914 ; CH, AF, E 2200.41, 1, vol. 1463, Affaire Weber, année 1917.

[40] Ibid., Rapport de Lardy au chef du Département fédéral des Affaires étrangères, 19 février 1915.

[41] « Celui qui attend de sa patrie de la compréhension pour de simples raisons matérielles, celui-là ne mérite pas d’être appelé Suisses de l’étranger ». Cité dans Gérald Arlettaz, « La NSH et les Suisses de l’étranger »… op.cit., p.42/43.

[42] Voir notamment : Claire Zalc, Immigrants et indépendants. Parcours et contraintes. Les petits entrepreneurs étrangers dans le département de la Seine, thèse, Paris X, 2002.

[43] CH, AF, E 2001 (A), 1000/145, vol. 861, Affaire Amélie Hammel, décembre 1915.

[44] Cité dans Édouard Favre, op.cit., vol.1, p. 11.

[45] AN, F23, vol. 8, Lettre du Ministère des Affaires étrangères au Ministère de l'Intérieur, 10 août 1916.

[46] Le Journal de Genève, 13 septembre 1916.

[47] AF, E 2200.106, 1000/140, vol. 27, Annonce du comité exécutif de l’œuvre de la colonie suisse en France, novembre 1916/

[48] SHB, Rapport général de l’œuvre suisse en faveur des militaires internés en Suisse, 1916-1919, p. 21.

[49] La campagne touche dans une moindre mesure des employés hollandais, danois et espagnols. CH, AF, E.2200.41, 1, 1917, carton 1571, dossier 1743.