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Gazette n° 3 - Albums : des histoires dessinées entre ici et ailleurs

affiche albums
À partir d’une grande variété de supports (planches de bande dessinée, esquisses, croquis préparatoires, films d’animation, entretiens filmés, photographies…), les concepteurs de l'exposition mettent en regard des œuvres, des parcours individuels avec le phénomène de l’immigration. Véronique Bourguignon propose des pistes pour exploiter cette exposition.

Dans la Gazette n°3 du groupe ressources de lettres-histoire, Véronique Bourguignon nous propose ses réflexions pour exploiter cette exposition dans des séquences de français et d’histoire des arts pour les objets d’étude "Identité et diversité" et "Au XXème l’homme et son rapport au monde à travers la littérature et les autres arts".

1.Une exposition en trois étapes

  • La première partie propose de montrer les liens qui existent entre la bande dessinée et les migrations. On suit ainsi l’itinéraire d’auteurs tel que George Mcmanus, fils d’immigrés autrichiens installés aux Etats-Unis, René Goscinny, Farid Boudjellal mais aussi Enki Bilal, Marjane Satrapi pour ne citer qu’eux.

    A travers leur histoire, on perçoit comment les migrations ont contribué à la naissance de courants artistiques, à la construction de cultures populaires voire de mémoires communautaires à l’exemple des artistes juifs comme Will Eisner ou Art Spiegelman. Les migrations d’artistes participent aussi aux échanges culturels et politiques. D’ailleurs l’étude de certaines planches exposées met en avant l’interculturalité.
  • La partie suivante permet aux visiteurs de suivre le travail de l’artiste. Sont présentées la documentation, les ébauches, les esquisses, les nouvelles technologies utilisées par les auteurs. On suit le processus de création et on appréhende les changements opérés en un siècle. De même on perçoit l’évolution du traitement du thème de l’immigration : on passe d’une bande dessinée qui distrait à une bande dessinée militante qui dénonce.
  • Enfin la troisième partie de l’exposition s’interroge sur la représentation du migrant et sur son parcours. Si au début du 20ème siècle, on suit le phénomène de migration à partir de parcours individuels, dans les années 1950-1970, l’immigrant devient un étranger, un personnage secondaire avant de redevenir un personnage principal dans les années 1980 à l’image des personnages de Farid Boudjellal. Depuis les années 2000, le migrant devient aussi une figure plurielle (les sans-papiers, les femmes par exemple).

Mais quelque soit son statut, le migrant semble toujours suivre le même parcours : le départ, le voyage, l’arrivée et parfois le retour. On peut s’interroger alors sur l’universalité du thème. Pour tenter de répondre à cette interrogation, le phénomène de migration est envisagé à partir de différents points de vue. En effet, si la présentation se fait vue d’Europe, l’exposition propose aussi de l’aborder à travers le regard d’autres continents.

2. Des genres littéraires et non littéraires revisités par la bande dessinée

L’exposition permet d’observer l’évolution de genre tels la fable, le conte, l’autobiographie, le reportage, le témoignage...

En effet dans son œuvre, Un Monde libre, Halim Mahmoudi, pour raconter son histoire, l’histoire de l’immigration, prend appui sur un conte arabe qu’il transpose et met en image. Un travail de comparaison entre le conte originel et sa transposition semble être un projet de lecture intéressant. On questionne ainsi les objectifs de l’auteur : pourquoi l’auteur a-t-il pris appui sur ce conte ? Qu’a voulu montrer l’auteur ? quel sens donné à ce travail de transposition ?

La fable est, elle aussi, présente à travers, par exemple, l’adaptation du livre et du documentaire de Yamina Benguigui, Mémoires d’immigrés, par Jérôme Ruillier. Comme dans la tradition fabuliste, dans Les Mohamed, il utilise l’anthropomorphisme (personnages à tête d’ours). Cette technique donne ainsi un caractère universel à la fable. En adaptant le travail de Yamina Benguigui, l’artiste voulait confronter l’imaginaire au réel, donner une nouvelle lecture en le rendant accessible au plus grand nombre.

Persépolis de Marjane Satrapi donne un nouvel aspect à l’autobiographie. L’étude de ses ouvrages interroge sur le choix des couleurs, du graphisme, du récit commenté plutôt que raconté, du découpage en chapitre, des points de vue mais aussi sur le problème du souvenir et de sa reconstitution.

3. Un thème ouvert

A l’exemple de Persépolis, qui permet d’aborder le thème de l’immigration mais aussi ceux de l’intégration, de l’adaptation à d’autres cultures, de l’identité, l’ensemble des œuvres présenté dans l’exposition ouvre la réflexion sur d’autres sujets : la filiation, la transmission, la démarche mémorielle, le voyage, la culture présents dans nos programmes de CAP et de BAC PRO.

Ainsi Farid Boudjellal dans le tome 2 de Petit Polio intitulé « Mémé d’Arménie », pose la question de la filiation, de la transmission. Dans cet album, le personnage fait la rencontre de sa grand-mère qu’il connaît peu et qui lui raconte sa famille, son histoire.

Dans le même esprit mais en utilisant le procédé du flash-back, Will Eisner dans Au cœur de la tempête, raconte des épisodes de son enfance. Ces scènes sont le moyen de dresser un portrait de la société américaine et de New York plus particulièrement des années 1920-1940. L’auteur y décrit les relations entre les différentes communautés, leurs mentalités, leurs préjugés.

Baru, quant à lui, dans Les Années Spoutnik, participe à un vrai travail de mémoire et de réflexion sur la culture ouvrière mais aussi sur les cultures des communautés immigrées. En effet dans la cité minière de Lorraine, il fait cohabiter des ouvriers d’origines très différentes (algérienne, polonaise, italienne).

Ceci ne représente qu’un faible échantillon de ce que propose le Musée de l’Histoire de l’Immigration et la variété des œuvres présentées dans cette exposition présente pour nous un grand intérêt. En proposant un parcours dans l’exposition, en choisissant quelques œuvres, elle nous invite à réfléchir sur le traitement d’un même thème, de percevoir les différences de point de vue, de procédés, d’effets sur le lecteur mais aussi les différences d’objectifs.

Cette exposition « Albums : Des histoires dessinées entre ici et ailleurs, Bande dessinée et immigration 1913-2013 » au Musée de l’Histoire de l’Immigration, nous donne l’occasion de nous interroger sur la place de la bande dessinée dans nos cours de français. Ainsi montrer aux élèves que les auteurs de BD ont pris le parti de nous raconter, de nous faire réfléchir autrement sur le phénomène de l’immigration doit faire partie de nos enseignements. Que nous dit l’auteur ? Comment nous le dit-il ? Pourquoi a-t-il fait ce choix ? Quels liens existent-ils entre le texte et le graphisme ?

En lien avec nos programmes

L’exposition Albums nous offre de multiples pistes d’exploitation pédagogique notamment en français. Le tableau dans le document joint, présente les possibilités offertes selon l’objet d’étude et la problématique de la séquence élaborée.