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Dans le rapport 2004 de l'IG, un paragraphe concernant l'EEDD

L'Inspection Générale se penche aussi sur des sujets neufs. Dans le chapitre 2 du rapport annuel 2004, elle montre les épreuves que traverse la mise en place de l'Education au développement durable (EEDD.) En voici un extrait.

« Égalité d’éducation » et parcours pluriels

 L’éducation à l’environnement pour un environnement durable

 La circulaire no 2004-110 du 8 juillet 2004 1 est venue le confirmer, l’éducation à l’environnement pour un développement durable (EEDD) est généralisée à compter de l’année scolaire 2004-2005. Cette circulaire s’appuie sur les recommandations du rapport de l’IGEN remis au ministre en avril 2003 2.


Après avoir rappelé que les fondements de l’EEDD remontent aux années 1970, les rapporteurs dressent l’état des lieux des pratiques, des dispositifs et actions qui, d’ores et déjà, visent à amener les élèves à la prise de conscience des questions environnementales, de « l’interdépendance des sociétés humaines avec l’ensemble du système planétaire » et de « la nécessité pour tous d’adopter des comportements propices à la gestion durablede celui-ci ainsi qu’au développement d’une solidarité mondiale » 3. Le constat est celui d’une grande diversité dans les approches et les méthodes, diversité dont le premier signe visible est le foisonnement des matériaux utilisés et des partenariats.


Dans le domaine des ressources documentaires, la mission a en effet répertorié une abondance de publications de sources et de formes variées, empruntant toutes sortes de supports (revues, brochures, livrets, fiches, mallettes, vidéogrammes, cédéroms, sites internet, etc.). Qu’elles portent ou non le sceau de l’éducation nationale 4, ces publications sont pour la plupart réalisées en partenariat avec :

– les ministères chargés de l’environnement et du développement durable, de l’agriculture, de la mer, de la forêt et les services déconcentrés de ces ministères ;

– des organismes sous tutelle de l’État, comme le centre national de la recherche scientifique (CNRS),l’institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (IFREMER), le commissariat à l’énergie atomique (CEA), etc. ;

– des collectivités territoriales ;– des agences (agences de l’eau, agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) ;

– des associations comme le réseau « École et nature », les centres permanents d’initiatives pour l’environnement (CPIE), la fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (FRAPNA), la fondationNicolas Hulot, le WWF (World Wildlife Fund), etc. Face à une telle multiplicité de publications, afin de limiter les redondances et d’orienter la réflexion et l’action des enseignants, il conviendra, recommandent les rapporteurs, de mettre en place une double coordination, nationale et académique.

Dans le premier degré, les classes de découverte permettent depuis longtemps de faire entreprendre aux élèves des études d’environnement hors de leur milieu habituel : classes vertes, classes de neige, classes de mer,classes de villes, etc. Interministérielles (comme les actions « 1 000 défis pour ma planète », « À l’école de laforêt » ou « Adoptez un jardin ») ou lancées à l’initiative d’associations ou de collectivités territoriales, nombreuses sont les opérations qui engagent des équipes éducatives, sur la base du volontariat, en dehors et bien au-delà des horaires scolaires. Mais l’on s’aperçoit que seules font preuve de cette implication les écoles où existent par ailleurs une véritable culture de la démarche de projet, leurs opérations relatives à l’environnement et au développement durable venant s’insérer dans tout un ensemble d’autres actions. Rares sont les académies où ces énergies locales viennent s’inscrire dans un projet global et construit, qu’elles pourraient venir irriguer de leur exemple. Dans le second degré, les dispositifs d’enseignement transversaux tels que les itinéraires de découverte (IDD) en collège, travaux personnels encadrés (TPE) en LEGT ou projets pluridisciplinaires à caractère professionnel (PPCP) en LP sembleraient, théoriquement, pouvoir se prêter de façon idéale à une éducation relative à l’environnement. De plus, ces dispositifs ont l’immense avantage d’offrir un cadre horaire inscrit à l’emploi du temps des élèves. Mais, en lycée, on s’aperçoit que les associations disciplinaires préconisées pour les TPE séparent domaine scientifique (pour les classes de la sérieS) et domaine littéraire (pour les classes de la série L) : c’est ainsi que se trouvent par exemple exclues les possibilités de rapprochement entre SVT et géographie, pourtant potentiellement fructueuses. En tout état de cause, les élèves restant a priori maîtres du choix de leur sujet (à l’intérieur de couplages de disciplines dont ilsont en revanche rarement le choix), les probabilités pour que les questions d’environnement figurent parmi les sujets traités sont faibles. Aussi les rapporteurs recommandent-ils d’inscrire de manière explicite l’environnement et le développement durable parmi les thèmes possibles des IDD, des PPCP et des TPE. Au lycée, ce serait une façon de lever certains des obstacles aux progrès d’un enseignement qui peine à atteindre pleinement sa valeur éducative, ces obstacles étant, là comme ailleurs, la perspective strictement scolaire du baccalauréat, le cloisonnement disciplinaire et la prééminence des contenus sur les méthodes. Les conclusions de ce rapport préparatoire à la généralisation de l’EEDD rejoignent celles du rapport relatif à l’éducation à la santé :

– si l’éducation à l’environnement pour un développement durable ne saurait, elle non plus, constituer une nouvelle discipline d’enseignement, c’est par son ancrage dans les disciplines existantes (au premier rang desquelles les SVT, l’histoire-géographie et l’éducation civique qu’elle parviendra à s’implanter et à remplir sa mission, elle aussi prioritaire ;

– si l’on constate que la rédaction des programmes (particulièrement ceux de SVT, de physique-chimie, de géographie et d’ECJS) a su intégrer les questions relatives à l’environnement, il y a loin, là aussi, entre cette première étape d’instruction et le passage à une dimension réellement éducative ;– la distance à parcourir passera par l’engagement personnel de chaque élève dans le cadre de projets et par la confrontation d’idées lors de débats ;

– cette même distance implique l’engagement des enseignants dans des démarches collaboratives, « la simple incitation au croisement des approches disciplinaires, même inscrites dans les textes des programmes » ne suffisant pas, soulignent à leur tour les rapporteurs, à garantir ce croisement. « La généralisation de l’environnement pour un développement durable sera également accompagnée pardes actions de formation, tant dans le cadre du programme national de pilotage que dans celui des plans académiques de formation », prescrit, dans sa conclusion, la circulaire du 8 juillet 2004. Il serait bon de veiller à ce que cette ultime prescription soit autre chose qu’une formule convenue, autre chosequ’un point d’orgue tellement obligé qu’on ne l’entend plus.

Ces exemples démontrent l’intérêt d’une prise en charge globale de l’élève, déjà évoquée, mais les difficultés de mise en oeuvre en soulignent les limites. L’École doit-elle répondre à toutes les demandes sociales ? Les nouveaux champs ne doivent-ils pas trouver leur place et leur légitimité dans les cadres déjà établis des classes et des disciplines ? Autrement dit, les disciplines doivent-elles les intégrer en sacrifiant certaines parties moins immédiatement nécessaires des programmes ? L’éducation ne passe-t-elle pas, d’abord, par l’instruction ? Le savoir maîtrisé ne civilise-t-il pas plus que les leçons de morale ?

1. Parue au BO no 28 du 15-07-2004

2. L’éducation relative à l’environnement et au développement durable : un état des lieux ; des perspectives et des propositions pour un plan d’action, texteconsultable en ligne.

3. C. no 2004-110 du 8-07-2004, BO no 28 du 15-07-2004.

4. Publications des sites académiques et publications du réseau SCEREN (services culture éditions ressource pour l’éducation nationale) regroupant le CNDP, lesCRDP et les CDDP.